lundi 24 juillet 2017

Des milliards de dollars d’armes contre la Syrie

Lors de la libération d’Alep et de la prise de l’état-major saoudien qui s’y trouvait, la journaliste bulgare Dilyana Gaytandzhieva constata la présence d’armes de son pays dans neufs entrepôts abandonnés par les jihadistes. Elle nota soigneusement les indications portées sur les caisses et, de retour dans son pays, enquêta sur la manière dont elles étaient arrivées en Syrie.
Depuis 2009 —à la brève exception de la période allant de mars 2013 à novembre 2014—, la Bulgarie est gouvernée par Boïko Borissov, un personnage haut en couleur, issu de l’une des principales organisations criminelles européennes, la SIC. Rappelons que la Bulgarie est à la fois membre de l’Otan et de l’Union européenne et qu’aucune de ces deux organisations n’a émis la moindre critique contre l’arrivée au pouvoir d’un chef mafieux identifié depuis longtemps par les services internationaux de police.
C’est donc clairement en mettant leur vie en jeu que Dilyana Gaytandzhieva a remonté la filière et que la rédaction du quotidien de Sofia, Trud, a publié son dossier [1]. Si la Bulgarie a été l’un des principaux exportateurs d’armes vers la Syrie, elle a bénéficié de l’aide de l’Azerbaïdjan.

Le gigantesque trafic d’armes de la CIA contre l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, la Syrie et l’Inde

Depuis le début des printemps arabes, un gigantesque trafic d’armes a été organisé par la CIA et le Pentagone en violation de nombreuses résolutions du Conseil de sécurité de l’Onu. Toutes les opérations que nous allons récapituler ici sont illégales en droit international, y compris celles organisées publiquement par le Pentagone.
En matière de trafic d’armes, même lorsque des individus ou des sociétés privées servent de paravent, il est impossible d’exporter des matériels sensibles sans l’assentiment des gouvernements concernés.
Toutes les armes dont nous allons parler, sauf les systèmes de renseignement électronique, sont de type soviétique. Par définition, même si l’on prétend que des armées dotées d’armes de type Otan sont les destinataires finales de ces livraisons, c’est impossible. Ces armées servent juste à couvrir le trafic.
On savait déjà que la CIA avait fait appel à la SIC et à Boïko Borissov pour fabriquer en urgence du Captagon à destination des jihadistes en Libye, puis en Syrie. Depuis l’enquête de Maria Petkova publiée dans Balkan Investigative Reporting Network(BIRN), on savait que la CIA et le SOCOM (Special Operations Command du Pentagone) avaient acheté pour 500 millions de dollars d’armes à la Bulgarie, entre 2011 et 2014, pour les jihadistes. Puis que d’autres armes furent payées par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis et transportées par Saudi Arabian Cargo et Etihad Cargo [2].
Selon Krešimir Žabec du quotidien de Zagreb Jutarnji list, fin 2012, la Croatie livrait aux jihadistes syriens 230 tonnes d’armes pour une valeur 6,5 millions de dollars. Le transfert en Turquie était opéré par trois Iliouchine de la compagnie Jordan International Air Cargo, puis les armes étaient parachutées par l’Armée qatarie [3]. Selon Eric Schmitt du New York Times, l’ensemble de ce dispositif avait été imaginé par le général David Petraeus, directeur de la CIA [4].
Lorsqu’en 2012, le Hezbollah tenta de découvrir le trafic de la CIA et du SOCOM, un attentat fut perpétré contre des touristes israéliens à l’aéroport de Burgas, le centre névralgique du trafic. Contre l’enquête de la police bulgare et les constatations du médecin légiste, le gouvernement Borissov attribua ce crime au Hezbollah et l’Union européenne classa la Résistance libanaise comme « organisation terroriste » (sic). Il fallut attendre la chute provisoire de Borissov pour que le ministre des Affaires étrangères, Kristian Vigenine, souligne que cette accusation est sans aucun fondement.
Selon une source proche du PKK, en mai et juin 2014, les services secrets turcs ont affrété des trains spéciaux pour livrer à Rakka, c’est-à-dire à ce qui s’appelait alors l’Émirat islamique en Irak et en Syrie et qui est connu aujourd’hui comme Daesh, des armes ukrainiennes payées par l’Arabie saoudite et plus d’un millier de Toyota Hilux (pick-up double cabine) spécialement arrangés pour résister aux sables du désert. Selon une source belge, l’achat des véhicules avait été négocié avec le Japonais Toyota par la société saoudienne Abdul Latif Jameel.
Selon Andrey Fomin de l’Oriental Review, le Qatar qui ne voulait pas être en reste a acheté pour les jihadistes à la société d’État ukrainienne UkrOboronProm la version la plus récente de l’Air Missile Defense Complex "Pechora-2D". La livraison a été effectuée par la société chypriote Blessway Ltd [5].
Selon Jeremy Binnie et Neil Gibson de la revue professionnelle de l’armement Jane’s, l’US Navy Military Sealift Command a lancé en 2015 deux appels d’offres pour transporter des armes du port roumain de Constanta vers le port jordanien d’Aqaba. Le contrat a été emporté par Transatlantic Lines [6]. Il a été exécuté juste après la signature du cessez-le-feu par Washington, le 12 février 2016, en violation de son engagement.
Selon Pierre Balanian d’Asia News, ce dispositif s’est poursuivi en mars 2017 avec l’ouverture d’une ligne maritime régulière de la compagnie états-unienne Liberty Global Logistics reliant Livourne (Italie) / Aqaba (Jordanie) / Djeddah (Arabie saoudite) [7]. Selon le géographe Manlio Dinucci, elle était principalement destinée à la livraison de blindés vers la Syrie et le Yémen [8].
Selon les journalistes turcs Yörük Işık et Alper Beler, les derniers contrats de l’ère Obama ont été effectués par Orbital ATK qui a organisé, via Chemring et Danish H. Folmer & Co, une ligne régulière entre Burgas (Bulgarie) et Jeddah (Arabie saoudite). Pour la première fois, on parle ici non seulement d’armes produites par Vazovski Machine Building Factory (VMZ) (Bulgarie), mais aussi par Tatra Defense Industrial Ltd. (Tchéquie) [9].
Bien d’autres opérations ont eu lieu secrètement comme l’attestent par exemple les affaires du cargo Lutfallah II, arraisonné par la marine libanaise le 27 avril 2012, ou du cargo togolais, le Trader, arraisonné par la Grèce, le 1er mars 2016.
Le total de ces opérations représente des centaines de tonnes d’armes et de munition, peut-être des milliers, principalement payées par les monarchies absolues du Golfe, prétendument pour soutenir une « révolution démocratique ». En réalité, les pétro-dictatures ne sont intervenues que pour dispenser l’administration Obama de rendre des compte au Congrès US (Opération Timber Sycamore) et lui faire prendre des vessies pour des lanternes [10]. L’ensemble de ce trafic a été personnellement contrôlé par le général David Petraeus, d’abord depuis la CIA dont il était le directeur, puis depuis la société de placements financiers KKR qu’il a rejointe. Il a profité de l’aide de hauts-fonctionnaires, parfois sous la présidence de Barack Obama, puis massivement sous celle de Donald Trump.
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L’opération Timber Sycamore (Bois de sycomore) est la plus importante affaire de trafic d’armes de l’Histoire.

Le rôle jusqu’ici secret de l’Azerbaïdjan

Selon l’ancienne fonctionnaire du FBI et fondatrice de la National Security Whistleblowers Coalition, Sibel Edmonds, de 1997 à 2001, l’Azerbaïdjan du président Heydar Aliyev hébergea à Bakou, à la demande de la CIA, le numéro 2 d’Al-Qaïda, Ayman el-Zawahiri. Bien qu’officiellement recherché par le FBI, celui qui était alors le numéro 2 du réseau jihadiste mondial se déplaçait régulièrement en avion de l’Otan en Afghanistan, en Albanie, en Égypte et en Turquie. Il recevait également des visites fréquentes du prince Bandar ben Sultan d’Arabie saoudite [11].
À ses relations sécuritaires avec Washington et Riyad, l’Azerbaïdjan —dont la population est pourtant principalement chiite— ajoute Ankara la sunnite qui le soutient dans son conflit contre l’Arménie à propos de la sécession de la République d’Artsakh (Haut-Karabagh).
À la mort d’Heydar Aliyev aux États-Unis, en 2003, son fils Ilham Aliyev, lui succède. La Chambre de commerce USA-Azerbaïdjan devient l’arrière-cour de Washington avec à côté du président Aliyev, Richard Armitage, James Baker III, Zbigniew Brzeziński, Dick Cheney, Henry Kissinger, Richard Perle, Brent Scowcroft et John Sununu.
Selon Dilyana Gaytandzhieva, le ministre des Transports, Ziya Mammadov, met en 2015 à disposition de la CIA la compagnie d’État Silk Way Airlines aux frais de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. Le ministre des Affaires étrangères, le très peu scrupuleux Elmar Mammadyarov, envoie à plusieurs de ses ambassades des demandes d’homologation de « vols diplomatiques », ce qui interdit leurs fouilles au titre de la Convention de Vienne. En moins de trois ans, plus de 350 vols disposeront de ce privilège extraordinaire.
Bien que, selon les traités internationaux, ni les avions civils, ni les avions diplomatiques ne sont autorisés à transporter des matériels militaires, les demandes de reconnaissance comme « vols diplomatiques » portent mention explicites des chargements transportés. Cependant, à la demande du département d’État US, au moins l’Afghanistan, l’Allemagne, l’Arabie saoudite, la Bulgarie, le Congo, les Émirats arabes unis, la Hongrie, Israël, le Pakistan, la Pologne, la Roumanie, la Serbie, la Slovaquie, la Tchéquie, la Turquie et le Royaume-Uni fermèrent les yeux sur cette violation du droit international comme ils avaient ignoré les vols de la CIA entre leurs prisons secrètes.
En moins de trois ans, la Silk Way Airlines a ainsi transporté pour au moins 1 milliard de dollars d’armes.
De fil en aiguille, la journaliste Dilyana Gaytandzhieva a mis à jour un vaste système qui approvisionne également les jihadistes non seulement en Irak et en Syrie, mais aussi en Afghanistan, au Pakistan et au Congo, toujours aux frais des Saoudiens et des Émiratis. Certaines armes livrées en Arabie furent réexpédiées en Afrique du Sud.
Les armes transportées en Afghanistan seraient parvenues aux Talibans, sous le contrôle des États-Unis qui prétendent les combattre. Celles livrées au Pakistan étaient probablement destinées à commettre des attentats islamistes en Inde. On ignore qui sont les destinataires finaux des armes livrées à la Garde républicaine du président Sassou N’Guesso au Congo et à l’Afrique du Sud du président Jacob Zuma.
Les principaux négociants étaient les firmes états-uniennes Chemring (déjà citée), Culmen International, Orbital ATK (également déjà citée) et Purple Shovel.
Outre les armes de type soviétique produites par la Bulgarie, l’Azerbaïdjan acheta sous la responsabilité du ministre de l’Industrie de défense, Yavar Jamalov, des stocks en Serbie, en Tchéquie et accessoirement dans d’autres États, chaque fois en déclarant être le destinataire final de ces achats. Concernant les matériels de renseignement électronique, Israël mit à disposition la firme Elbit Systems qui prétendit être le destinataire final, l’Azerbaïdjan n’ayant pas le droit d’acheter ce type de matériel. Ces exceptions attestent que le programme azerbaïdjanais, s’il a été requis par les États-Unis et l’Arabie saoudite, était contrôlé de bout en bout depuis Tel-Aviv.
L’État hébreu, qui prétend être resté neutre durant l’ensemble du conflit syrien, a pourtant de nombreuses fois bombardé l’Armée arabe syrienne. Chaque fois où Tel-Aviv a reconnu les faits, il a prétendu avoir détruit des armes destinées au Hezbollah libanais. En réalité, toutes ces opérations, sauf peut-être une, étaient coordonnées avec les jihadistes. On apprend donc aujourd’hui que Tel-Aviv supervisait les livraisons d’armes à ces mêmes jihadistes, de sorte que si Israël s’est contenté d’utiliser son armée de l’Air pour les appuyer, il jouait en réalité un rôle central dans la guerre.
Selon les conventions internationales la falsification des certificats de livraison finale et l’envoi d’armes à des groupes mercenaires, qu’ils renversent des gouvernements légitimes ou détruisent des États reconnus sont des crimes internationaux.
L’opération Timber Sycamore, dans ses différents volets, est la plus importante affaire criminelle de trafic d’armes de l’Histoire. Dans les parties mises à jour, elle implique au moins 17 États et représente plusieurs dizaines de milliers de tonnes d’armes pour plusieurs milliards de dollars.

Suisse terrorisme

  • Suisse, Schaffhausen: attaque à la tronçonneuse, 5 blessés, une partie de la ville est bouclée, police et ambulances sur place

Vents de révolte contre la « mondialisation libérale »

Malgré des prévisions alarmistes, les mouvements et candidats dits « populistes » ont échoué ces derniers mois à conquérir le pouvoir législatif ou exécutif dans un pays européen, qu’il s’agisse de l’Autriche (décembre 2016), des Pays-Bas (mars 2017) ou bien sûr de la France (mai-juin 2017).
Mais la question reste pendante.
La livraison estivale de la Revue internationale et stratégique (RIS) s’interroge : « Dérives autoritaires en Hongrie ou en Pologne, ‘Brexit’, élection de Donald Trump, progression des partis d’extrême droite…
Que recoupent ces contestations démocratiques et comment influent-elles sur les politiques étrangères des États ? Alors que la forme démocratique a rarement été aussi répandue parmi les communautés humaines, elle se trouve aujourd’hui contestée.
Or l’une des caractéristiques des relations internationales actuelles est le poids de ces mouvements intérieurs sur le plan extérieur, et l’imprévisibilité qui lui est attachée.
Les bouleversements démocratiques contemporains sont-ils annonciateurs d’un nouveau désordre mondial ? »
Tour d’horizon d’une contestation polymorphe des institutions participant à la « mondialisation libérale ».
Qu’est-ce que le « populisme » ? Les politologues en débattent encore.
Le terme désigne une modalité d’invocation d’une légitimité issue d’un peuple plus ou moins imaginaire, mais sert aussi comme disqualification d’options politiques à contrecourant d’une forme d’orthodoxie politique, d’inspiration libérale et mondialiste.
Ne se caractérisant ni par une idéologie ni même un style communs, le populisme regroupe en fait des formes diverses de contestation qui, par un recours au peuple et à la démocratie « véritable », débarrassée de ses instances et autres élites représentatives, entendent répondre à « une formidable crise de confiance [qui] touche à la fois les hommes, les institutions et les médias », selon Alain de Benoist (Le moment populiste, 2017).
Lequel estime que la résurgence récente du populisme en Europe tient à la défiance d’une partie des électeurs à l’égard de politiques qui affectent directement leur vie quotidienne, et pour lesquelles ils estiment ne pas avoir été consultés : immigration, intégration européenne, mondialisation.
Soit des sujets de relation internationale, de rapport au monde et à l’Autre.
Ce que confirme le journaliste britannique David Goodhart (The Road to Somewhere : The Populist Revolt and the Future, 2017), qui y décèle une distinction croissante entre les anywhere et les somewhere – « nomades » et « enracinés », « monde ouvert » et « monde fermé ».
Aux origines du populisme contemporain
Le populisme naît de manière pratiquement symétrique, à la fin du XIXsiècle, dans les campagnes russes et américaines.
Dans l’empire des tsars, il désigne à la fois une idéologie et un mouvement politique (narodnitchestvo, de narod, peuple) qui se développent dès les années 1860, pour préconiser une voie spécifique vers le socialisme.
Ils auront pour héritiers les socialistes révolutionnaires, balayés par les bolcheviques en 1917. Lénine retiendra cependant, et après lui Mao Zedong, la nécessité de mobiliser les paysans pauvres.
Car le monde rural constitue le terreau de ce populisme originel, qui émerge également aux Etats-Unis avec la création du Parti du Peuple (People’s Party) en 1891.
Cette origine rurale lui vaut une réputation de mouvement d’arrière-garde, provincial, voire « réactionnaire ».
D’autant que le populisme des Farmers américains, comme le rappelle Pascal Gauchon dans la revue de géopolitique Conflits, qui consacre un dossier à cette question, s’inspire de Thomas Jefferson, « défenseur des ‘droits humains’ contre le progrès capitaliste et incarnation de la méfiance envers Washington et le pouvoir central ».
Après la Première Guerre mondiale, c’est l’Amérique latine qui devient la terre de prédilection du populisme, prenant des formes de gauche (le Mexique de Cardenas) ou de droite (le Brésil de Vargas, qui s’inspire de l’Italie de Mussoloni).
L’Argentine voit apparaître le péronisme, à partir du mouvement des « sans-chemises » (descamisados).
Le général Peron, élu président de la République en 1945, « se réclame d’une troisième voie entre communisme et capitalisme libéral, le justicialisme ; il adopte de nombreuses mesures sociales, pratique le patriotisme économique et entretient des relations houleuses avec les ‘yankees’ ».
L’échec économique sanctionnera cette expérience, et il sera renversé par un coup d’Etat en 1955. Mais plus généralement, c’est la guerre froide qui va mettre fin à ce deuxième mouvement populiste.
Ainsi Fidel Castro, qui pouvait être assimilé aux populistes lors de son accession au pouvoir, va se placer sous protection du bloc soviétique et évoluer vers le communisme.
Tandis que, « par anticommunisme, les militaires latino-américains qui avaient constitué la colonne vertébrale des régimes populistes mettent en place des dictatures pro-américaines, souvent ralliées au libéralisme économique (Chili), que l’on ne saurait qualifier de populistes », explique encore Pascal Gauchon.
Après avoir pratiquement disparu dans les années 1960 à 1990, le populisme actuel s’inscrit dans cette généalogie.
Le président philippin Rodrigo Duterte l’illustre, ainsi bien sûr que le phénomène Trump aux Etats-Unis.
Mais c’est surtout en Europe que cette résurgence peut s’observer dans toute sa complexité.
Le réveil des mouvements populistes en Europe
Dans Populism (1981), la politiste anglaise Margaret Canovan avait déjà souligné l’extrême diversité des « populismes politiques ».
Elle distinguait quatre grandes catégories :
  • les dictatures populistes de type césaro-bonapartiste (autrefois très présentes en Amérique latine) ;
  • les démocraties populistes comme la Suisse (accordant une place centrale à la pratique référendaire) ;
  • le populisme réactionnaire d’un Enoch Powell dénonçant l’immigration dans le Royaume-Uni des années 1960 ou d’un George C. Wallace s’en prenant à l’establishment étasunien à la même époque ;
  • le « populisme des politiciens » enfin, « dans lequel elle regroupe l’ensemble de ceux qui en appellent au peuple en prétendant surmonter les clivages politiques traditionnels » (Florian Louis in Conflits).
Ce qui peut concerner beaucoup d’hommes politiques… Pour l’Europe actuelle, une approche plus géopolitique permet de distinguer plusieurs cas de figure, selon les pays concernés.
« En Pologne, en Grèce ou en Hongrie, c’est-à-dire aux périphéries de l’Union européenne, les populistes sont arrivés au pouvoir », observe Hadrien Desuin dans Conflits.
On pourrait y associer les autres pays du groupe de Visegrad (République tchèque et Slovaquie) compte tenu de leur positionnement anti-immigration, ainsi que les pays où des populistes sont ou ont été plus ou moins directement associés au pouvoir : Norvège, Finlande, Danemark…
Ces « nationaux-populistes » ou « populistes conservateurs », également influents au Royaume-Uni, se distinguent nettement de ceux de l’Europe du Sud (Lega Nord italienne exceptée), où prédominent des partis issus de la gauche anti-mondialiste (Syriza en Grèce, Podemos en Espagne, Bloco de Esquerda au Portugal).
Ces derniers diffèrent par ailleurs des « sociaux populistes » d’Europe orientale ou balkanique, anciens communistes ayant évolué vers le nationalisme, particulièrement présents en Serbie, en Roumanie et en Bulgarie (où ils participent au gouvernement).
Au coeur de l’Europe, les partis populistes sont électoralement puissants mais restent aux portes du pouvoir national, comme en Autriche (FPÖ), aux Pays-Bas (PVV), en Belgique (Vlams Belang) et même désormais en Allemagne (AfD).
L’Italie est un cas particulier, avec l’inclassable Beppe Grillo (Mouvement cinq étoiles, M5S), ainsi que la France, où s’affrontent un populisme de gauche (FI) et un autre « de droite » (FN).
Matrice, limites et prolongements des populismes
Il ressort de cette rapide radiographie des populismes en Europe toute l’ambiguïté du phénomène. Notamment au regard du clivage droite/gauche : « C’est au nom de l’antilibéralisme que la plupart des courants dits populistes s’opposent aux organisations internationales (Union européenne, Fonds monétaire international) considérées comme favorisant la financiarisation et la dérégulation de l’économie, relève le politologue Guillaume Bernard dans Conflits.
Mais les motivations peuvent être fort différentes et même contradictoires : l’internationalisme socialiste ou, à l’inverse, une forme de nationalisme.
L’euroscepticisme et le souverainisme des uns et des autres n’ont donc pas la même signification ni le même objectif : déconstruire pour mettre en oeuvre un autre processus d’internationalisation pour les uns, réenraciner les institutions et les flux économiques pour les autres
. »
Reste une matrice commune : la valorisation de ce qui vient du peuple et lui permet d’exister politiquement.
« Il existe donc, dans le vote populiste, un double aspect patrimonial portant sur le niveau de vie (aspect matériel) mais surtout sur le mode de vie (aspect culturel).
Le vote populiste, c’est la révolte des classes populaires oubliées et des classes moyennes qui se paupérisent contre les métropoles mondialisées et multiculturelles
. »
La faiblesse intrinsèque des populismes tient à leur relation ambiguë avec la notion d’élite.
« Les populistes considèrent que des élites immorales, corrompues et parasitaires viennent constamment s’opposer à un peuple envisagé comme homogène et moralement pur » (Jan-Werner Müller, Qu’est-ce que le populisme ?, 2016).
Ceux qui réussissent remplacent les anciennes élites par de nouvelles.
Ceux qui se cantonnent à la dénonciation des élites en place se condamnent à l’échec – comme toutes les jacqueries et autres « émotions » populaires qui ont émaillé la France d’Ancien régime.
En accédant au pouvoir, les populistes sont-ils en mesure de modifier la politique étrangère de leur pays et les grands équilibres géopolitiques ?
Les premiers pas de Donald Trump sur la scène internationale ne semblent pas l’indiquer.
Mais l’exemple du Brexit atteste de leur capacité à remettre en cause les équilibres politiques internes de l’Europe.
Reste une ambiguité plus fondamentale : celle du rapport aux puissances qui pèsent aujourd’hui dans le monde.
C’est ce que relève Guillaume Bernard : « Le populisme, c’est l’auberge espagnole ! Y voisinent ‘poutinisme‘ et ‘trumpisme’ dont les ambitions impériales ne peuvent pourtant que s’entrechoquer même en admettant qu’ils trouvent un ennemi commun. »
Pour aller plus loin :
  • « Contestations démocratiques, désordre international ? », Olivier de France et Marc Verzeroli (dir.), RIS n°106, IRIS, 168 p., 20 € ;
  • « Les populismes : flux ou reflux ? », dossier de la revue Conflits, n°14, été 2017, 82 p., 9,90 € (en kiosque).
http://notes-geopolitiques.com

Détecteurs de Métaux et Mensonges Palestiniens par Bassam Tawil

La controverse née de la décision des autorités israéliennes d'installer des détecteurs de métaux à l'entrée du Mont du Temple rappelle le fameux proverbe arabe : « il m'a battu, s'est mis à pleurer, puis il est venu me plaindre ». Cette inversion de la réalité est fréquente quand les agresseurs tentent de se faire passer pour des victimes.
Les détecteurs de métaux ont été installés au Mont du Temple en réponse à l'assassinat de deux policiers israéliens par des terroristes arabes le 14 juillet dernier. Les trois terroristes - des Arabes du village israélien d'Umm al-Fahm – étaient armés d'une mitraillette et de couteaux. Les armes ont été introduites sur le Mont du Temple d'autant plus facilement que les policiers stationnés aux portes n'avaient pas pour mission de fouiller les fidèles qui se rendent à la mosquée et qu'ils ne disposaient pas de détecteurs de métaux.
Aussi invraisemblable que cela paraisse, les Palestiniens manifestent désormais quotidiennement contre la sécurisation du Mont du Temple : ils exigent que les détecteurs de métaux soient retirés. Les dirigeants palestiniens ont exhorté les fidèles à refuser les détecteurs de métaux et à prier à l'entrée des lieux saints.
L'Autorité palestinienne (PA), la Jordanie et d'autres pays arabes et musulmans accusent Israël d'avoir violé le statu quo politique qui prévaut au Mont du Temple en installant les détecteurs de métaux.
On attend encore qu'ils dénoncent les terroristes qui ont assassiné les deux policiers israéliens : car ce sont eux qui ont porté atteinte au caractère sacré du site.
Ils n'ont pas condamné non plus le meurtre des policiers qui appartiennent à la communauté Druze et qui avaient pour mission de préserver la loi et l'ordre sur le Mont du Temple. Les policiers assassinés étaient là pour assurer la sécurité des fidèles musulmans.
Au contraire – de nombreux Palestiniens et Arabes ont applaudi l'attaque terroriste comme une « opération héroïque » contre l'ennemi sioniste. Les trois terroristes tués par des policiers israéliens sont considérés comme des « martyrs » et des « héros » qui ont donné leur vie en défense de la mosquée Al-Aqsa.
Il est triste de constater que de nombreux dirigeants arabes israéliens ont refusé de condamner l'attentat mené par trois de leurs concitoyens.
Les détecteurs de métaux n'ont qu'un but : empêcher les terroristes de transformer le Mont du Temple en cache d'armes. Ce sont ces actes de guerre qui devraient être considérés comme une profanation.
Mais plutôt que de soutenir les Israéliens qui cherchent à éviter la moindre effusion de sang sur ce sol sacré, les Palestiniens et les Arabes leur reprochent d'organiser la sécurité de tous, à commencer celle des fidèles musulmans.
Les maitres en manipulation palestiniens tentent de faire croire que les détecteurs de métaux sont à l'origine de la crise, alors que la crise est née du meurtre de deux policiers.
Les Palestiniens et les Arabes en appellent à la communauté internationale et accusent Israël d'invoquer des problèmes de sécurité pour attenter au statu quo concernant le Mont du Temple et empêcher les musulmans de prier à la mosquée Al-Aqsa.
Les faits racontent une histoire différente.
Les mesures de sécurité, y compris l'installation de détecteurs de métaux, ont été la réponse directe et nécessaire à une attaque terroriste spécifique. Le gouvernement israélien ne s'est pas réuni pour décider d'installer les détecteurs de métaux afin de modifier le statu quo ou empêcher les musulmans de prier.
Ensuite, ce sont les Palestiniens qui refusent de prier au Mont du Temple, jusqu'à ce que les détecteurs de métaux soient enlevés. Les dirigeants palestiniens et les responsables du Waqf(l'organisme religieux qui gère le Mont du Temple), ont encouragé les fidèles musulmans à prier dans les rues et les places publiques pour protester contre les détecteurs de métaux. Les fidèles musulmans préfèrent prier dans les rues et les places publiques plutôt que d'accéder au Mont du Temple à travers des détecteurs de métaux. Les Palestiniens et le Waqf mentent au monde en affirmant qu'Israël refuse aux musulmans le droit d'accéder à leurs lieux saints.
Le 19 juillet 2017, environ 4 000 musulmans palestiniens ont prié à l'entrée de la vieille ville de Jérusalem, pour protester contre les détecteurs de métaux placés aux entrées du Mont du Temple. (Photo de Ilia Yefimovich / Getty Images)
La machine de propagande palestinienne diffuse à jet continu l'idée fausse que les détecteurs de métaux font partie d'un plan israélien pour déclencher une guerre religieuse destinée à détruire la mosquée Al-Aqsa. Mais c'est tout le contraire. Ce sont les dirigeants palestiniens et le Waqf qui apparaissent prêts à tout pour déclencher une guerre religieuse contre Israël et les Juifs.
Les incitations à la violence ont commencé il y a plus de deux ans, quand les dirigeants palestiniens et le Waqf ont affirmé à leur peuple et au reste du monde, qu'Israël planifiait la destruction de la mosquée d'Al-Aqsa et que les Juifs qui visitent le Mont du Temple « profanent de leurs pieds souillés » un site islamique sacré. Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a le premier accusé les juifs de meurtre rituel, déclenchant ainsi une vague d'attentats au couteau et à la voiture bélier qui n'a pas cessé à ce jour.
Les trois terroristes du 14 juillet ont obéi aux instructions d'Abbas et des autres dirigeants palestiniens et musulmans : chaque musulman à le devoir de défendre la mosquée Al-Aqsa contre les juifs. L'attaque du 14 juillet s'inscrit dans la vague d'attentats terroristes qui a commencé à la fin de 2015 et qui a été baptisée du nom d'« Intifada au couteau ».
Les Palestiniens ont aussi pris prétexte des visiteurs juifs du Mont du Temple pour lancer des attaques terroristes contre Israël. Les responsables palestiniens et les médias n'ont eu de cesse de décrire ces visites pacifiques comme des « raids violents de bandes de colons juifs contre la mosquée Al-Aqsa ». La réalité est qu'aucun juif n'a mis le pied dans la mosquée. Les visites sont limitées au Mont du Temple - ce que les touristes non-musulmans font depuis 1968.
Ce sont les Palestiniens qui profanent le Mont du Temple en lançant des attaques violentes contre les juifs et en lapidant ceux qui prient au Mur des Lamentations.
Ce sont eux qui ont introduit des armes dans le Mont du Temple pour lancer des cocktails Molotov et des pierres aux visiteurs et aux policiers juifs. Les dirigeants palestiniens et les responsables du Waqf ont également encouragé les musulmans à harceler et insulter les visiteurs juifs et les policiers.
L'an dernier, les Palestiniens ont empêché la Jordanie d'installer des dizaines de caméras de sécurité au Mont du Temple. L'opération avait pour but de réfuter ou confirmer les allégations palestiniennes selon lesquelles Israël cherchait à détruire la mosquée Al-Aqsa. Cédant à l'intimidation palestinienne - y compris la menace de détruire les caméras - les Jordaniens ont renoncé.
Pourquoi s'en prendre aux caméras ? Les Palestiniens craignaient que la violence et le harcèlement auquel ils se livrent continuellement soient dévoilés, sans parler du stockage d'armes contre les juifs et la police.
En résumé : les Palestiniens travestissent une fois de plus la réalité, en prenant prétexte cette fois des détecteurs de métaux. Ils craignent d'être empêchés d'introduire des couteaux et des armes à feu sur le Mont du Temple.
Si la finalité de la mosquée Al-Aqsa est la prière, pourquoi s'inquiéter des détecteurs de métaux ? Des milliers de Palestiniens passent tous les jours à travers des détecteurs de métaux pour se rendre en Israël, avec pour seule conséquence d'arriver sains et saufs sur leur lieu de travail. Chaque jour, Palestiniens et Israéliens franchissent des détecteurs de métaux pour accéder à un centre commercial, un bureau de poste, l'assurance maladie, les hôpitaux et les centres médicaux. Sans tollé !
La guerre déclarée aux détecteurs de métaux du Mont du Temple ne signifie qu'une chose : les Palestiniens sont déterminés à transformer le site sacré en cache d'armes et en rampe de lancement d'attaques terroristes contre les Israéliens. Si la mosquée était réellement détruite dans le processus, qui serait blâmé ? Tel est peut-être même le véritable plan. Qui au sein de la communauté internationale peut y souscrire ?
Bassam Tawil est un musulman basé au Moyen-Orient.

Situation du djihad

La Russie et les pays de la coalition

L'accord de désescalade au Sud-Ouest de la Syrie : Etat des lieux
  • En général, l'accord de désescalade dans le Sud-Ouest de la Syrie, qui est entré envigueur le 9 juillet 2017, a été maintenu, à l'exception de violations isolées surune base quotidienne. La situation dans les zones de désescalade en Syrie est décrite par lesRusses comme "stable" (Site Internet du ministère russe de la Défense, 11-17 juillet 2017). Selonle centre de coordination de Hmeymim, la plupart des violations sont signalées dans les zonessous le contrôle de l'Etat islamique et du Fateh al-Sham (anciennement le Front Al-Nusra)(Agence de presse TASS, 12 juillet 2017).
  • Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré, lors de sa visite en France, qu'Israël s'oppose à l'accord de désescalade dans le Sud de la Syrie parce qu'ilperpétue la présence iranienne en Syrie et ne tient pas compte des intérêts sécuritaires d'Israël(Quotidien israélien Haaretz, 16 juillet 2017[1]).Le ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov a déclaré que dans le cadre de l'accord, les Etats-Unis etla Russie font de leur mieux pour s'assurer que les intérêts d'Israël en matière de sécurité soient pleinementpris en compte (Agence de presse TASS, 17 juillet 2017).Le porte-parole de la Maison Blanche Sean Spicer a déclaré que les Etats-Unis et Israël ont un intérêt commun àempêcher l'enracinement de forces militaires iraniennes dans le Sud de la Syrie(Site Internet de la Maison Blanche, 17 juillet 2017).

Principaux développements en Syrie

La campagne d'Al-Raqqah
  • Les combats se poursuivent dans Al-Raqqah entre les forces des FDS, avec l'appui aérien des Etats-Unis et les membres de l'Etat islamique (qui sont actuellement au nombre de 2 000 combattants, selon lesestimations américaines). Les FDS font face à une résistance acharnée (cette semaine, ils ont subides dizaines de victimes) dans leur avancée vers le centre-ville. Lesbatailles se déroulent principalement dans la vieille ville, mais dans plusieurs quartiers (apparemmentdéjà repris par les FDS), principalement au Sud et au Nord-Est de la ville, lescombats continuent.
  • Concernant la situation à Al-Raqqah, les médias de l'Etat islamique ont précisé que les membres de l'organisation contrôlent le terrain et que les FDS ont subi de nombreuses pertes. Dansla vidéo d'une formation de tireurs d'élite à Al-Raqqah, un sniper, Zayd l'Azeri, indique en russe (avec des sous-titres en arabe) quedes combattantssont arrivés du monde entier pour combattre à Al-Raqqah. Il affirme que lesbénévoles sont répartis dans différentes unités désignées, comme les terroristes suicide, les terroristes menant l'assaut, les démineurs et les tireurs isolés. D'après Zayd l'Azéri, depuis le début dela campagne d'Al-Raqqah, un total d'environ 250 combattants des FDS ont été tués et blessés(Haqq et site Internet de partage de fichiers, 15 juillet 2017).
Déclarations américaines au sujet des combats à Al-Raqqah
  • Des sources américaines ont déclaré que la campagne d'Al-Raqqah ne sera pas facilitéepar l'entrée des forces dans le cœur de la ville. Selon le lieutenantgénéral Stephen Townsend, commandant de la coalition dirigée par les Etats-Unis, l'Etat islamique a eu plus detrois ans pour se préparer à la bataille d'Al-Raqqah. Il a ajouté que malgré la bonneouverture des FDS au début des combats, la résistance de l'Etat islamiquea par la suite augmenté(Site Internet du ministère de la Défense, le 11 juillet 2017).
  • Au cours d'une conférence de presse au département d'Etat américain, Brett H. McGurk,l'envoyé spécial du Président pour la coalitioncontre l'Etat islamique, a déclaré que les combatsdes forces des FDS dans Al-Raqqah se poursuivent de manière intensive. Selonlui, les FDS ont pénétré dans le centre-ville, ont surmonté les barrières défensives,les ceintures explosives, les tireurs, les tunnels et les attentats-suicide. Il a noté que les forcesont subi de nombreuses pertes et devraient subir des pertes supplémentaires avec la progression des combats (Site Internet du département d'Etat, 13 juillet 2017).
  • D'après les estimations de l'armée américaine, il reste environ 2 000 combattants de l'Etat islamique à Al-Raqqah, contre environ 2 500 lorsque l'attaque de la ville a commencé.Le porte-parole de la coalition le Colonel Ryan Dillona noté que durant les premières phases des combats, lesforces des FDS ont avancé rapidement. Maintenant, cependant, alors que les forces s'approchent du centre-ville,elles rencontrent une résistance féroce de la part de l'Etat islamique, qui utilise des ceintures explosives et desdrones armés, causant de nombreuses pertes (CNN, 12 juillet 2017).
Implication des Etats-Unis dans les combats d'Al-Raqqah
  • Selon le porte-parole de la coalition le Colonel Ryan Dillon,l'artillerie et lesavions de la coalition continuent d'appuyer les forces des FDS dans les combats. Dillon a noté que les conseillers militaires américainsqui conseillent les forces des FDS luttant contre l'Etat islamique àAl-Raqqah sont plus exposés à un contact avec l'ennemi que les conseillersqui agissaient dans les combats en Irak. Selon lui, l'augmentation de l'exposition dessoldats américains provient du fait qu'ils conseillent les forces locales directement, trèsprès de la ligne de front(CNN, 12 juillet 2017).
La région d'Idlib
  • Les affrontements se poursuivent dans la région d'Idlib entre le Siège de Libérationd'Al-Sham, une coalition de plusieurs organisations dirigées par le Fateh al-Sham(autrefois connu sous le nom de Front Al-Nusra), et l'Etat islamique. Le Siège de Libération d'Al-Sham a fait état de 11 décès et de plusieurs blessés à la suite d'unattentat suicide près de l'un de ses avant-postes dans la ville d'Idlib (Al-Aan Dimashq,12 juillet  2017). Le mouvement Ahrar Al-Sham aurait arrêté 21 membres de l'Etat islamiqueà Idlib (Réseau Sham, 12 juillet 2017).
La région de Palmyre
  • Au cours de la semaine, les forces syriennes sous le commandement de Hassan Suheil ont continué d'avancer vers la ville de Sukhnah. Les troupes syriennes auraient l'intention d'encercler les membres de l'Etat islamique dans la zone Ouest de Sukhnah (Observatoire syrien des droits de l'homme, 15 juillet 2017).
  • Cette semaine, les combats se sont poursuivis dans le secteur des champs de pétrole et de gaz d'Aarak et d'Al-Hail au Nord-Est de Palmyre. Il a été signalé que les forces syriennes ont pris le contrôle total du champ d'Al-Hail (Réseau Sham, 14 juillet 2017). Un total de 36 membres de l'Etat islamique auraientété tués dans les combats dans le secteur du champ d'Al-Hail (Dimashq, 14 juillet 2017). Selon un autre rapport, les forces syriennes auraient subi 14 morts etblessés dans l'explosion de mines à l'Est de la zone du champ d'Al-Hail (Agence de presse Sukhnah,17 juillet 2017).
  • La poursuite de la reprise des champs de pétrole et de gaz par les forces syriennes dans les secteurs de Palmyre et d'Al-Raqqah provoque d'autres dommages à l'économie de l'Etat islamique, qui étaitbasée dans le passé, dans une large mesure, sur les revenus tirés du pétrole et de ses produits. L'organisation a perdu la plupart de ses champs de pétrole et de gaz et est susceptible de perdre plus de champs face à lapression dont elle fait l'objet.
Mort d'un commandant iranien
  • L'Etat islamique a signalé la mort de Bahram Mehrdad, commandant des forces Ali Rida, un groupe pro-iranien opérant en Syrie sous la direction desGardiens de la révolution iranienne, dans la zone rurale à l'Est de Homs (Haqq, 14 juillet 2017). Selon les médias iraniens,le commandant qui a été tué était dans le passé commandant de secteur des Basijà Téhéran.

Principaux développements en Irak

La situation à Mossoul après sa libération
  • Après la libération de Mossoul,les habitants ont commencé à retourner dans la ville depuis les camps de personnes déplacées, principalement en raison des mauvaises conditions dans les camps. Les personnes déplacées reviennent principalement dans la partie orientale de la ville, qui a subimoins de dégâts que la partie Ouest. Il y a une pénurie de logements dans la villecar de nombreuses maisons ont été détruites, et les prix des appartements à loueront augmenté. En outre, il y a un problème avec l'approvisionnement en eau, l'infrastructure de l'eau ayant été détruite. Le problème de l'électricité a été temporairementrésolu à l'aide de générateurs (Al-Khaleej, 17 juillet 2017).
  • En parallèle au retour des habitants, les forces de sécurité irakiennes travaillentà détruire les pièges, les mines et les armes laisséspar l'Etat islamique.Les forces de sécurité irakiennes effectuent des explosions contrôlées et arrêtent desmembres de l'organisation en fonction de listes préparées à l'avance. Selon lesresponsables de la sécurité irakienne, il n'y a pas de combats dans la région de Mossoul et les bruits d'explosion qui peuvent êtreentendus autour de la ville sont le résultat d'explosions contrôlées des engins et des explosifslaissés sur le terrain par l'Etat islamique (Centre d'information de Ninive, 16 juillet 2017).
Réactions de l'Etat islamique à la perte de Mossoul
  • L'Etat islamique n'admet pas qu'il a perdu la campagne de Mossoul. Dans un éditorialparu dans le n° 89 d'Al-Naba, l'hebdomadaire publié par lebureau d'information de l'État islamique, l'organisation se moque des chiites et affirme que la campagne à Mossoul n'apas encore été décidée. L'éditorial indique notamment qu'alors que les soldats ducalifat ont écrit de nouvelles pages de gloire à Mossoul, les "dictateurs" chiites dansle monde entier se félicitent de leur victoire, "une victoire qui n'est pas encoreatteinte, dans une campagne qui n'est pas encore décidée" (Al-Naba, 14 juillet 2017).
  • Dans le même temps, la machine de propagande de l'Etat islamique s'efforce de glorifier lescombats de Mossoul en publiant des données (qui sont exagérées selon nous) sur les nombreuses pertes et le lourd préjudice subipar les forces irakiennes: l'Etat islamique a publié une infographie résumant les pertes subiespar les forces de sécurité irakiennes pendant la campagne pour Mossoul.Selon l'organisation,pendant les neuf mois de combats dans la ville, un total de 11 700 membres desforces de sécurité irakiennes ont été tués, dont 1 629 à la suite de tir de sniper ; des dizaines demilliers ont été blessés et sont devenus handicapés ; 2 622 points d'équipements militairesont été détruits ou mis hors service. L'Etat islamique a commis 482attaques suicide ; un total de 15 hélicoptères et drones 103 ont été abattus (Haqq, 14 juillet 2017).
  • Même après la chute de Mossoul,l'Etat islamique continue d'effectuer des opérations de guérillacontre les forces irakiennes et les forces de la mobilisation populaire(les milices chiites),démontrant une fois de plus ses capacités opérationnelles :
  • Le secteur de Mossoul: Le 15 juillet 2017, des membres de l'Etat islamique ont attaqué uneforce de la mobilisation populaire à environ 70 km au Sud de Mossoul. Un total de 23 membres ont ététués dans les échanges de tirs, certains d'entre eux par des tireurs de l'Etat islamique (Haqq, 15 juillet2017).
  • Rawa : L'armée irakienne a annoncé la mort dans une frappe aérienne de trois membres de l'Etat islamique qui essayaient de planter des engins piégés sur la route à l'Est de la ville, qui estdétenue par l'organisation (Al-Sumaria, 16 juillet 2017).
  • Rutba : L'Etat islamique a indiqué que ses membres avaient planté un engin piégé qui a endommagéun véhicule de l'armée irakienne à l'Est de Rutba (Haqq, 15 juillet 2017).
  • Baiji: L'Etat islamique a annoncé le 15 juillet 2017 qu'il avait tiré un missile sur unezone de préparation des soldats de l'armée irakienne au nord de Baiji. Selon l'organisation, la frappe a été directe(Haqq, 15 juillet 2017).

L'Egypte et la péninsule du Sinaï

La péninsule du Sinaï
  • Dans la péninsule du Sinaï, l'activité des forces de sécurité égyptiennes contre les membres de l'Etat islamique continue: l'armée de l'air égyptienne a attaqué des membres de l'organisation dansune maison dans un village à l'Ouest de Rafah. Vingt personnes auraient été tuées (Al-Bawaba News, 13 juillet 2017). Les forces de sécurité égyptiennes auraient déjoué unattentat suicide le 13 juillet 2017, à un poste frontière militaire dans le centre dela péninsule du Sinaï (Twitter, 15 juillet 2017). Dans un bombardement effectué par l'armée de l'air égyptienne au Centre de la péninsule du Sinaï, six terroristes ont été tués,et un véhicule chargé de grandes quantités d'explosifs a été détruit (Page Facebook officielle du porte-parole de l'armée égyptienne, 16 juillet 2017).
  • Des membres de l'Etat islamique ont tué le cheikh de la tribu des Rumeilat à son domicile à Ismailiyaparce qu'ils le soupçonnaient de collaborer avec les services de sécurité égyptiens. En raisonde menaces sur sa vie, le cheikh a quitté sa maison à Rafah et s'est installé à Ismailiya. Cinqindividus masqués ont fait irruption dans sa maison et l'ont tué (Al-Masry Al-Youm, 14 juillet 2017). Les forces de sécurité égyptiennes à Ismailiya ont tué quatre terroristes qui ontparticipé à l'assassinat du cheikh (Twitter, 15 juillet 2017).
  • Hurghada, une station village sur la côte de la mer Rouge (au Sud-Ouest de Charm El-Cheikh), une attaque de couteau a été effectuée. Deux touristes allemands ont été tués. Quatre autres touristes ont été blessés (Al-Masry Al-Youm, Juillet 14, 2017). L'auteurétait Abd al-Rahman Shams al-Din, 28 ans, du village d'al-Cheikh (Al-Youm Al-Sabea, 14 juillet 2017). Pour le moment, aucune organisation n'a revendiqué la responsabilité de l'attaque. Des sources officielles en Egypte et en Allemagne estiment quel'attaque a été inspirée par l'Etat islamique. Selon le ministère allemand des Affaires étrangères, le terroriste visait des ressortissants étrangers. L'un des témoins oculaires, un commerçant àl'hôtel, a noté que l'assaillant s'était écrié qu'il n'avait pas l'intention de nuire auxcitoyens égyptiens. Selon une source de sécurité égyptienne, l'agresseur était en contactavec des membres de l'Etat islamique via Internet et avait reçu pour mission d'attaquer lestouristes étrangers(Deutsche Welle, 15 juillet 2017).
Egypte
  • Le 16 juillet 2017, des sources de l'armée égyptienne ont rapporté que l'armée de l'air avaitdétruit 15 véhicules transportant des armes, des munitions et des explosifs, quiavait tenté d'entrer en Égypte הן/  la frontière Ouest, entre l'Egypte et la Libye(Page Facebook officielle du porte-parole de l'armée égyptienne, 16 juillet2017). En parallèle à leur activité dans la péninsule du Sinaï, lesforces de sécurité égyptiennes opèrent également contre des terroristes le long de la frontière avecla Libye.L'Egypte, en coopération avec l'armée libyenne, surveille l'activité à lafrontière libyenne en utilisant des moyens technologiques tels que les drones (Al-Gomhuria, 16 juillet 2017).

Le comportement de l'Etat islamique

Estimation de l'activité de l'Etat islamique suite à la perte de territoires
  • Un article publié par l'agence de presse russe RIA Novosti traite de l'avenirde l'Etat islamique. L'article note que jusqu'à présent, il y a deux hypothèses quant à l'avenir de l'organisation : selon la première hypothèse, Al-Qaïda succédera à l'Etat islamique.Selon la deuxième hypothèse,les membres de ces deux organisationsseront capables de s'accorder et d'établir une sorte de front commun.Tous les commentateurs conviennent que la marque de l'organisation ne devrait pas disparaîtremême après la perte de ses territoires en Syrie et en Irak. Ils affirment que l'organisation ferausage de l'expérience acquise dans des domaines liés à l'administration de l'état, telsque le recouvrement d'impôts, des opérations commerciales et la gestion d'entreprise, qui va lui permettrede financer le terrorisme en Irak et en Syrie, et même de le transférer en Occident.
  • Les commentateurs russes affirment que bien que la mort d'Abu Bakr al-Baghdadia affaibli l'Etat islamique, elle ne conduira pas à la cessation de son activité. De plus, à leuravis, elle pourrait même créer de nouvelles difficultés dans la lutte contre l'organisation. Seloneux, le choix d'un nouveau chef à la place d'Al-Baghdadi sera une tâche difficile pour lesmembres de l'organisation et pourrait même conduire à une scission de l'organisation. Selon leurévaluation, cette scission compliquerait la lutte contre l'organisation, car lescombats ne seront pas contre une organisation, mais contre un certain nombre d'organisations rivales (RIA Novosti, 11 juillet 2017).
  • Il convient de souligner que les rapports de la mort d'Abu Bakr al-Baghdadi, d'abord parus dans les médias russes, n'ont pas encore été vérifiés.Unmembre des services antiterroristes kurdes a déclaré qu'il pensait qu'Al-Baghdadi était vivant et se trouve dans la région au sud d'Al-Raqqah. Selon lui, Al-Baghdadi est toujours en mouvement le long de la frontière irako-syrienne en évitant d'utiliserdesmoyens de communication électroniques (Reuters, 17 juillet 2017).
Mort d'un responsable de l'Etat islamique dans une frappe aérienne
  • Le Département de la défense a signalé la mort d'un responsable de l'Etat islamique enAfghanistan baptisé Abu Said.Abu Said a été tué le 11 juillet 2017, avec d'autres membres de l'organisation, dans une frappe aérienne des Etats-Unis dans laprovince de Kunar dans l'Est de l'Afghanistan (près de la frontière pakistanaise). Abu Said est le troisièmeresponsable de l'organisation tué en Afghanistan depuis Juillet 2016 (Reuters, 14 juillet 2017).

Anti-terrorisme

Turquie
  • La vague d'arrestations de suspects de l'Etat islamique enTurquie se poursuit.Selon le chef de la sécurité, lesforces de sécurité turques ont arrêté 233 personnes soupçonnées d'être impliquées dans des activités de l'Etat islamiquedans le cadre d'uneopération dans 29 provinces du pays. Les détenus comprennent 25ressortissants étrangers, qui seront traités par le ministère de l'Immigration (Spoutnik, 12 juillet2017). Cinq personnes soupçonnés d'être des membres de l'Etat islamique ont été tuées dans laprovince de Konya dans un échange de tirs avec la police turque. Le lendemain, lesforces de sécurité turques ont arrêté cinq autres individus soupçonnés d'avoir été en contact avec les cinqterroristes qui ont été tués (Hürriyet, 13 juillet 2017).
La Grande-Bretagne
  • Dans le cadre de la guerre contre le financement du terrorisme, le gouvernement britannique amené uneétude retraçant les sources de financement desactivités de l'Islam radical dans le pays. Le 12 juillet 2017, la ministre britannique de l'Intérieur Amber Rudda présenté les principales conclusions du rapport au Parlement. La conclusion la plus importanteest que la plupart du financement provient de dons anonymes et de dons privésde Grande-Bretagne.Il a également été constaté que, dans de nombreux cas, les donateurs necomprennent pas la nature des groupes extrémistes qu'ils soutiennent. Legouvernement britannique a décidé de ne pas publier l'étude complète pour des raisons de sécurité eten raison de la grande quantité de renseignements personnels qu'elle contient.
  • Selon le Home Office, l'étude fournit une bonne image de la façondont les éléments extrémistes dans le pays s'établissent financièrement, et améliore la compréhension de la façon dont les éléments islamiques extrémistes sont financés en Grande-Bretagne.Selon des fonctionnaires du gouvernement britannique, il n'y a pas d'étape spécifique à adopter, et donc le gouvernement britannique et ses alliés continueront à prônerles activités qu'ils ont effectué jusqu'à présent, y compris, entre autres(Site Internet du Home Office britannique, le 12 juillet 2017) :
  • La tenue decampagnes de sensibilisation du public sur la nature et les objectifsdes organisations auxquelles les dons sont attribués.
  • L'augmentation de la surveillance des organisations soupçonnées d'être extrémistes, tout enaugmentant le nombre d'organismes assujettis à la supervision
  • La réalisation d'un examen en profondeur de l'utilisation abusive d'organismes de bienfaisance aux finsde financement du terrorisme.
  • L'accroissement de la coopération internationale dans la lutte contrele terrorisme.

La guerre de propagande

Incitation à commettre des attentats en Occident
  • Face aux échecs de l'Etat islamique en Syrie et en Irak, l'organisation incite ses membres etses sympathisants à mener des attaques terroristes dans les pays musulmans, arabes et dans les pays d'Occident:
  • Début Juillet 2017, la branche turque de l'Etat islamique a publié unguide en turc de 66 pages contenant de nombreuses images et infographies détaillant lesdifférentes méthodes pour mener des attaques en Occident. Les méthodesmentionnées comprennent : l'incident de voitures en stationnement, l'incendie de forêts, des attaques à la voiture bélier,lafabrication de bombes, l'exécution d'attaques suicide contre des passants aumoyen de camions piégés, l'explosion de bâtiments et plus. Le guide est apparu sur la chaîne Telegram qui a également publié une vidéo de 25 minutes appelant les terroristes solitaires dans le monde à effectuer différents types d'attaques (TheWashington Times, 10 juillet 2017).
  • L'Etat islamique a appelé les combattants d'Egypte et de Tunisie de retour dans leurspays d'origine après avoir combattu dans les rangs de l'Etat islamique en Irak à commettre des attentats contre destouristes au cours de l'été. L'appel a été publié principalement dans les forums jihadistes (Al-Bawaba News, 15 juillet 2017).
  • Un article de fond dans le 11ème numéro du magazine Rumiyahpublié par la fondation Al-Hayat Media le 14 juillet 2017, en 11 langues, traite dupillage des infidèles. L'article précise la position de la loi islamique sur lesujet. L'article cite aussi une fatwa d'Ibn Taymiyyah autorisant l'enlèvement d'enfants infidèles. L'article est accompagné de photos, y compris unephoto du siège de la Banque centrale européenne, avec la légende"Les musulmans doivent attaquer l'infidèle les économiques infidèles (Rumiyah, 14 juillet 2017).