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mercredi 24 juillet 2013

France 2 fait de l’intox contre l’église catholique

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Il y a quelques jours, au journal de 20h00, dans les nouvelles internationales, reportage ciblé sur les JMJ à Rio. Cela, sous un titre racoleur martelé par le journaliste : « le Brésil, plus grand pays catholique au monde, ne le sera plus dans quelques décennies…L’Eglise catholique ne sera plus majoritaire, dépassée par les évangéliques ».
Et si le présentateur nous montre l’effervescence des préparatifs des rencontres avec le pape François (2 millions de jeunes) c’est pour affirmer aussitôt, sur un ton déterminé, que le Vatican a choisi le Brésil par pure stratégie ! Motif invoqué : les églises évangéliques locales en pleine expansion désertifient les sanctuaires catholiques, dont les fidèles se ruent dans les assemblées pentecôtistes…Pour enfoncer le clou, on nous montre d’abord une petite chapelle catholique avec seulement six personnes âgées et une religieuse, et en contraste une assemblée charismatique bondée, avec show à l’américaine, une foule de jeunes qui balancent les bras en répétant des slogans et en écoutant les admonestations d’un animateur survolté.
Le présentateur précise son analyse : les groupes évangéliques se multiplient et attirent les jeunes parce que leurs célébrations sont plus vivantes que chez les catholiques, mais surtout, insiste-t-il, les pasteurs redonnent de l’espoir à toute une jeunesse touchée par la pauvreté.
Il s’agit là d’une pure intox. En effet, il existe depuis un siècle dans l’Eglise catholique non seulement d’agissantes associations caritatives d’aide aux plus démunis, mais aussi des mouvements de jeunesse qui ont pris en compte les conditions de vie difficiles de certains milieux sociaux dans le but de former les jeunes à changer leurs situations. Qui va imaginer que l’Eglise catholique se contente de réunir ses fidèles à la messe dominicale ou de distribuer mécaniquement des sacrements?
Dans les milieux évangéliques qui se développent en effet avec fulgurance – soutenus et financés depuis les Etats Unis – on ne met l’accent que sur « la Bible », et c’est l’émotionnel qui conditionne les manifestations de groupes. On peut penser – devant cette effervescence – à la parabole du semeur qui avertit que certaines semences germent instantanément mais vont se dessécher rapidement faute de racines.
Car la carence d’enracinement est réelle ! Ces communautés qu’on peut difficilement appeler « églises » au sens traditionnel et historique du terme, se font et se défont au gré des stratégies de leurs animateurs et des états d’âme des jeunes ponctuellement sensibilisés. L’impact émotif peut être très fort chez les membres, mais la persévérance est rarement durable ! Ce qui fait que ces communautés, qui ne sont pas des Eglises historiques, et dont la théologie est plutôt sommaire, avec leur lecture littéraliste de la Bible, promettent aux pauvres la réussite et la richesse comme une bénédiction, pour autant que l’on se conforme aux injonctions tirées de l’Ecriture et que l’on paye la dîme.
 
Le même phénomène existe d’ailleurs en Afrique et en Asie. Recyclant ainsi des prises en mains depuis longtemps abandonnées dans l’Eglise catholique, ces communautés évangéliques autoproclamées dispensent souvent une vision dualiste de l’existence, à la limite sectaire ; ainsi, la pratique ambiguë de l’exorcisme dépasse ce qu’on peut imaginer, car il y est plus question du démon que de Dieu, tant la mise en condition est culpabilisante.
Je ne généralise évidemment pas ces critiques à l’ensemble des courants évangéliques. En Suisse, ils sont aussi très présents dans leur diversité, et nous partageons avec certains d’entre eux une part de spiritualité consensuelle sur des points forts comme le goût de l’Ecriture sainte, la réflexion anthropologique, l’amour d’Israël et bien d’autres aspects de la foi judéo-chrétienne. Mais l’étiquette recouvre tout et son contraire.
Je crois qu’à Rio, en réponse à ces stéréotypes journalistiques, les JMJ vont montrer que la Parole de Dieu est centrale dans la vie de l’Eglise catholique et que les thèmes qui préoccupent la jeunesse du monde entier en recherche d’un bel avenir seront au rendez-vous, mis en valeur par les charismes du pape François, avec une vision éthique plus globale à traduire en actes sur le terrain.
Une nouvelle fois, France 2 joue les analystes avec ce subtil parfum anticatholique qui est habituel aux médias; mais l’articulation idéologique de ses argumentaires révèle non seulement les préjugés qui restreignent toute réflexion à la vulgate postchrétienne, mais aussi la profonde méconnaissance des phénomènes religieux qu’elle prétend expliquer au grand public.
© Abbé Alain René Arbez pour www.Dreuz.info
 
Les medias versent facilement dans l’anticatholicisme primaire.

Ils sont moins critique sur l’islam faut dire que les risques sont plus importants.

jeudi 4 juillet 2013

Crise brésilienne : la faute à l’étatisme de la mère Rousseff

L’actuelle crise brésilienne est assez simple à résumer : d’un côté, l’abandon des politiques libérales mises en place avec succès, il y a de ça vingt ans par le président Fernando Henrique Cardoso et poursuivies en grande partie avec non moins de succès par le président Lula ; de l’autre le retour aux très catastrophiques recettes interventionnistes et étatistes par la présidente mère-du-peuple Dilma Rousseff. Un magnifique cas d’école pour les thuriféraires du fumeux « Etat stratège » interventionniste, protectionniste…
1) Le protectionnisme de Dilma Rousseff a mis fin à la croissance miracle des années 2000 par Alain Faujas dans Le Monde
2) Au Brésil, une crise créée par l’État : depuis l’abandon pour des raisons électorales de la rigueur budgétaire choisie par Lula au début de son premier mandat, rien ne va plus au Brésil. Par Fabio Rafael Fiallo dans Contrepoints
3) Brazil’s mediocre economy : A fall from grace. How to squander an inheritance—and how easily it could be restored. Dans The Economist

1) Le protectionnisme de Dilma Rousseff a mis fin à la croissance miracle des années 2000 LE MONDE | 18.06.2013
Manifestement, Dilma Rousseff, devenue présidente du Brésil le 1er janvier 2011, n’a pas l’art et la manière économiques de son prédécesseur, Lula da Silva. Il n’est que de regarder la courbe déclinante de la croissance : + 7,5 % en 2010, + 2,7 % en 2011, + 0,9 % en 2012, et + 2,9 % annoncés cette année par l’OCDE.
Les taux d’intérêt remontent avec les risques d’une inflation atteignant 6,6 %. « Ferme du monde », le Brésil agricole continue sur sa lancée (+ 9,7 %), mais son activité industrielle est en recul (– 0,3 %). Autres indicateurs en berne : la Bourse, en chute de 10 points sur un an, la note dégradée des banques publiques et une consommation stagnante.
Ces résultats sont d’autant plus décevants que Brasilia a cherché à soutenir la demande et l’investissement intérieurs par des politiques budgétaire et monétaire généreuses et par des injections massives de crédit en 2012.
Guido Mantega, l’inamovible ministre des finances des deux derniers chefs de l’Etat, ne manque pas d’invoquer le regain de la crise dont il répète à satiété que les Occidentaux sont les responsables et dont, souligne-t-il, la Chine fait elle aussi les frais. Le mal n’est pas seulement conjoncturel. Lula da Silva avait su concilier une politique sociale hardie avec un libéralisme économique qui avait dopé l’activité. Dilma Rousseff a mis le cap sur un dirigisme économique revendiqué.
Elle a mis au pas le géant du fer, Vale, qui ne privilégiait pas assez l’emploi brésilien. Elle a relevé les droits de douane sur les importations, y compris en provenance d’Argentine. Au cours des six derniers mois, ce n’est plus celle-ci qui est la championne du monde du protectionnisme, mais bien le Brésil, si l’on en croit les statistiques de l’Organisation mondiale du commerce publiées lundi 17 juin.
Ce patriotisme économique est en train de détraquer la formule qui avait valu au pays une réelle émergence durant les années 2000. A l’époque, le Brésil avait attiré de nombreux capitaux étrangers, ce qui, d’ailleurs, lui avait causé des difficultés en poussant la monnaie nationale à la hausse au risque de nuire aux exportations.
Aujourd’hui, c’est le risque inverse – un reflux des capitaux – qui pourrait se confirmer, au moment où le Brésil a ouvert une multitude de chantiers pour accueillir la Coupe du monde de football de 2014 et les Jeux olympiques de 2016 et mettre à niveau ses infrastructures d’accueil et de transports (routes, voies ferrées, ports et aéroports).
« Le Brésil s’est tiré une balle dans le pied en surtaxant ses importations, estime Ludovic Subran, chef économiste chez l’assureur Euler Hermès. Il aurait pu profiter des deux événements sportifs pour envoyer un message d’ouverture et pour attirer les investisseurs dont il a besoin. Aujourd’hui, il est évident que les exportateurs notamment commencent à quitter le Brésil. »
2) Au Brésil, une crise créée par l’État : Depuis l’abandon pour des raisons électorales de la rigueur budgétaire choisie par Lula au début de son premier mandat, rien ne va plus au Brésil.
Lorsque le charismatique Inácio Lula da Silva accéda à la présidence du Brésil en janvier 2003, il avait préalablement accompli une mini révolution culturelle au sein de son Parti des Travailleurs. Au cours de la campagne électorale, Lula avait en effet mis de côté la rhétorique gauchisante du PT et promis qu’’il poursuivrait la politique macroéconomique libérale du président sortant, Fernando Henrique Cardoso.
Un tel revirement n’avait rien de capricieux. Le PT avait perdu trois élections consécutives, alors que la politique mise en place par Cardoso, d’abord comme Ministre des Finances et ensuite comme Président du Brésil, avait enregistré des succès incontestables. Son « Plan Real » (nommé ainsi d’après la monnaie nationale) avait mis fin à une inflation endémique. Cardoso avait en outre endigué les dépenses publiques, libéralisé les échanges commerciaux et facilité les investissements étrangers. Le Brésil renouait avec la croissance économique d’une manière soutenue.
Comparé aux réussites de Cardoso, la rhétorique du PT faisait piètre figure et semblait peu convaincante. D’où le changement de discours de Lula.
Une fois élu, Lula respecta sa promesse électorale. Son Premier Ministre des Finances, António Palocci, parvint à réduire et le déficit budgétaire et la dette de l’État. La modération dans l’expansion de la masse monétaire (création de billets) tenait l’inflation en échec.
Cette sobriété dans la gestion de l’économie aura favorisé la croissance économique et permis à Lula de lancer un vaste programme de lutte contre la pauvreté. La proportion des Brésiliens vivant au-dessous du seuil de pauvreté chuta spectaculairement de 31,8 pourcent en 1993-95 à 15,3 pourcent en 2009 [1].
Or, à la fin du second mandat de Lula, dans le but d’accroître les chances de la candidate du PT, Dilma Rousseff, aux élections de fin 2010, les dépenses publiques partirent à la hausse tandis que se mit à nouveau en marche la planche à billets.
Les élections gagnées, la nouvelle Présidente du Brésil s’enfoncera davantage dans les sables mouvants du laxisme fiscal et monétaire.
L’accroissement du déficit public pousse alors les taux d’intérêt à la hausse, ce qui porte préjudice aux investissements et à la consommation des ménages. Alors, pour contrer cet effet non désiré, la Banque Centrale s’engage dans l’expansion de la masse monétaire.
L’inflation dépasse régulièrement l’objectif fixé de 4,5 pourcent par an. Actuellement elle se situe autour de 6,5 %, allant jusqu’à 8,3% pour les biens non soumis au contrôle des prix [2].
Quant au contrôle des prix, cela n’a fait qu’assécher les liquidités et les marges de bénéfice des entreprises, nuisant par voie de conséquence à la production locale et aux investissements.
D’autre part, comme les augmentations du salaire minimum décrétées par le gouvernement ne correspondent pas à des gains de productivité, la compétitivité de l’industrie brésilienne en a souffert considérablement.
Pour y faire face, l’État a élargi sa participation dans des industries en difficulté, érigé des barrières commerciales et forcé la banque publique de développement (BNDES) à accorder des prêts risqués à des firmes locales.
Tout ce protectionnisme et ces emprunts faciles n’ont cependant pas servi à rendre les industries locales plus compétitives. Selon une étude de la Fédération des Industries de Sao Paulo, les importations ont doublé leur part dans la consommation d’articles manufacturés, passant de 12,5% en 2002 à 23,5% en 2012 [3].
Cerise sur le gâteau, la participation accrue de l’État dans le secteur industriel a créé un réseau d’influences propice à la corruption – au détriment des investissements publics dans les domaines du transport, de la santé et de l’éducation.
En résumé, la descente aux enfers typique de l’interventionnisme d’État est à l’œuvre au Brésil, avec, comme corollaire, la vague de protestations – contre l’inflation, la corruption et la mauvaise qualité des services publics – qui ont secoué les grandes villes brésiliennes ces dernières semaines.
Déjà en mars 2010, donc à l’époque de Lula, la revue anglaise The Economist, dans un article intitulé « Tomber à nouveau amoureux de l’État », tirait la sonnette d’alarme, mettant en garde contre le rôle croissant de l’État et les tendances inflationnistes dans l’économie brésilienne [4].
D’aucuns ont justifié le suicidaire abandon de la rigueur macroéconomique en arguant que le Brésil a dû changer de politique à cause de la Grande Récession qui touche l’économie mondiale depuis la fin de la dernière décennie.
Argument non valable. La preuve que le Brésil n’a pas suivi la bonne voie pour s’attaquer à l’actuel marasme économique réside dans le fait que le Brésil fait moins bien, ou pire, que d’autres pays confrontés au même environnement économique adverse.
Il convient de mentionner que le Brésil a enregistré une croissance inférieure et une inflation supérieure à celles de la plupart des pays de l’Amérique latine. Il sous-performe même les autres pays du groupe nommé Bric (Brésil, Russie, Inde et Chine).
Les autorités brésiliennes auront-elles compris la nécessité de revenir à la rectitude macroéconomique qui avait tant aidé à la croissance de leur pays au cours des deux dernières décennies ? Rien n’est moins sûr.
Un sondage tout récent montre que la cote d’approbation de la présidente Rousseff est tombée de 57% à 30% en moins d’un mois [5]. Aussi, craignant une défaite lors des élections présidentielles de l’an prochain, Dilma Rousseff semble plutôt pencher pour la solution de facilité, à savoir : accroître la dépense publique et faire marcher la planche à billets afin de regagner la sympathie de son électorat et de l’aile radicale de son parti. Quitte à payer plus tard, elle et son pays, le prix fort.
Brazil’s mediocre economy. A fall from grace. How to squander an inheritance—and how easily it could be restored. Jun 8th 2013
ALMOST exactly 20 years ago, in May 1993, Fernando Henrique Cardoso was named as Brazil’s 13th finance minister in as many years, a seemingly hopeless job in a country trapped in hyperinflation, debt and an anachronistic economic statism. Mr Cardoso’s Real Plan swiftly tamed inflation and took him to the presidency. There he laid the foundations for a new Brazil, of stability and liberal economic reform. This success was reinforced by his successor, Luiz Inácio Lula da Silva, a left-wing former union leader, whose government saw 30m Brazilians get out of poverty.
The trouble is that in Lula’s second term (2007-10) and especially under his chosen successor, Dilma Rousseff, the formula behind Brazil’s success has been slowly abandoned. The policy secret was simple: inflation targeting by a Central Bank operating with de facto independence; transparent public accounts; a rigorous fiscal target, which brought down the public debt; and a much more open attitude to foreign trade and private investment.
But the global recession of 2008-09 prompted Lula and Ms Rousseff to shrug at decadent liberal economics and ape Chinese state capitalism. The finance ministry wrote vast cheques to boost lending by state banks. The government gave up on market reform, and spent remorselessly. When overheating turned to stagnation (the economy grew by a paltry 0.9% last year), Ms Rousseff publicly chivvied the Central Bank to slash interest rates. When inflation neared the top of its target range (6.5%), she said she cared more about growth. She unleashed a bewildering and ever-shifting barrage of tax breaks (and tariff rises) for favoured industries but failed to balance these with spending cuts. And instead of a clear fiscal target, there are some worryingly Argentine accounting fudges (see article).
The upshot is that investors have become confused about Brazil’s economic policies. This uncertainty has contributed to a mediocre performance: since 2011 growth has been lower and inflation higher than in most Latin American countries.
Fortunately, Brazil still has some big strengths, including its farming and energy industries, more science and innovation than you might think and a huge, albeit less fizzy, domestic market. And whatever Ms Rousseff’s mistakes, they are small compared with those of, say, Argentina’s Cristina Fernández. But in any event, the going for Brazil is getting harder. A consumption and credit boom has run out of steam, the trade account has moved into deficit as Chinese demand for Brazilian iron ore slows and the imminent end of cheap money in the rich world is prompting a slide in the real. Though that will help Brazilian manufacturers, it will push up inflation.
Stay, Mr Mantega, stay
So incipient signs of a return to clearer policy in the past few weeks are welcome. To curb inflation, Alexandre Tombini, the Central Bank governor, has pushed up the benchmark interest rate (though more increases will be needed to restore lost credibility). Guido Mantega, the finance minister, has said he will no longer use fiscal policy to stimulate the economy; on June 4th he lifted a tax on capital inflows. But more change is needed if Brazil is to return to the path set by the Real Plan. Above all, Ms Rousseff’s team need to curb spending and get the state out of the business of micromanaging investment decisions.
In December, when we last urged Brazil’s government to stop meddling and let animal spirits roar, we called for Ms Rousseff to sack Mr Mantega. It was widely reported in Brazil that our impertinence had the effect of making the finance minister unsackable. Now we will try a new tack. We urge the president to hang on to him at all costs: he is such a success.

 

mercredi 26 juin 2013

Brésil : Les vrais responsables de la révolte des classes moyennes sont Washington et la Fed

Depuis le début de la semaine [dernière], les Brésiliens manifestent en masse pour protester contre la hausse du coût de la vie. Pour les classes moyennes à la tête du mouvement, la corruption du gouvernement ainsi que la Coupe du monde de football de 2014 constituent les principaux bouc-émissaires. Il semblerait pourtant qu’un responsable de taille ait été oublié…
300.000 manifestants à Rio de Janeiro, le 20 juin 2013. Un million dans tout le Brésil.
Le président de la Fed, Ben Bernanke, et toutes les personnes de sa trempe, refusent de faire le lien. Ils sont trop occupés à lorgner sur l’inflation aux États-Unis qui est suspicieusement basse. Mais la Chine, elle, a les yeux rivés sur la révolte qui secoue actuellement le Brésil. Comme toutes les révoltes, celle-ci concerne des problématiques récurrentes à l’origine des inégalités, mais l’étincelle qui a mis le feu aux poudres – alors que l’inflation a engendré une hausse du coût de la vie pour les classes moyennes – n’est autre que la hausse du prix des titres de transport.
La sonnette d’alarme a déjà été tirée en septembre 2010 par le ministre des Finances brésilien, Guido Mantega. Dans l’une de ses allocutions, il a dénoncé la “guerre des devises à l’échelle internationale” à laquelle se livraient les adeptes de la planche à billets à Washington et ailleurs contre plusieurs pays, dont le sien, tout en incriminant les investissements à caractère spéculatif qu’ils entreprennent partout dans le monde, particulièrement dans les pays émergents. “Ceci est une menace dirigée contre nous, parce que notre compétitivité en est affectée” a-t-il mis en garde.

Monsieur Mantega vise ici les efforts “audacieux” de la Fed qui ont consisté à donner des milliards aux spéculateurs qui n’ont investi ni dans la production, ni dans l’emploi aux États-Unis, préférant faire fructifier toute cette manne dans la (seule) catégorie acceptable, “les actifs”, à l’exemple de la spéculation sur les biens et les monnaies, ou bien d’autres utilisations productives de la sorte. La répercussion ne s’est pas fait attendre sur les prix brésiliens et sur le réal qui a depuis grimpé en flèche.
Le Brésil a contre-attaqué l’année dernière. Le réal a chuté de 24% par rapport au dollar. Le prix des biens importés s’est envolé – effet accentué par l’inflation qui a déjà augmenté de façon discontinue en 2007 pour atteindre 3,7%. En mai, elle a franchi la ligne rouge des 6,45%.
Le point de non-retour a alors été atteint pour les 40 millions de personnes qui ont su s’extirper de la pauvreté pour constituer ce que l’on pourrait appeler les classes moyennes (et encore…) depuis le début des années 2000. Le prix des produits quotidiens a augmenté de 96% pour les tomates sur un an, 70% pour les oignons, 20% pour le riz, et 23% pour le poulet. Depuis 2008, les loyers ont grimpé de 118%. Rio de Janeiro est devenue la troisième ville la plus chère du monde.
De son côté, l’économie est en plein dépérissement. L’année dernière, elle a pu vivoter grâce à un gain minime de 0.9%, après avoir atteint un taux de croissance de 2,7% seulement en 2011, désastreusement bas pour une nation émergente. Stagflation !
Les villes ont alors décidé d’augmenter le tarif des bus de 6,7%, faisant passer le prix du ticket de 3 réals à 3,20 réals (1,1 euros). L’étincelle qui alluma l’incendie. Jeudi, entre 5.000 et 10.000 manifestants se sont rassemblés contre la hausse des tarifs dans les transports, incendiant un bus et brisant des vitrines. La police a répliqué par la force, tirant avec des balles en caoutchouc sur sept reporters du quotidien Folha, gazant avec plaisir des journalistes TV en train de filmer les arrestations de masse…
Lundi [17 juin 2013], 200.000 personnes étaient dans les rues de plusieurs villes du pays : São Paulo, Rio (où ils étaient près de 100.000 selon des observateurs indépendants), Salvador, Curitiba, Belém, ainsi qu’à Brasília, la capitale – où certains des manifestants sont parvenus jusqu’au toit du Parlement afin de chanter l’hymne national avant de descendre.
L’augmentation constante du nombre de manifestants a pris les autorités par surprise. L’élan populaire est en pleine ascension. Les réseaux sociaux jouent un rôle de premier ordre dans l’organisation de ces protestations de grande ampleur. Et les jours à venir s’annoncent tendus. Pourtant, les manifestations ne sont pas chose commune au Brésil. Certaines protestations se sont produites par le passé mais de façon sporadique, sans aucune mesure avec celles de 1992 contre la corruption du gouvernement du président Fernando Collor de Mello. Les manifestations violentes sont encore plus rares – par opposition à la violence quotidienne caractéristique de nombreux quartiers.
Le mouvement actuel est une révolte de la jeune classe moyenne, des étudiants, des cols blancs, des passants. Bien que les tarifs de bus aient jeté le feu aux poudres, ce sont désormais la hausse du coût de la vie, les dépenses inutiles de la Coupe du monde, la corruption des élites, l’accroissement des inégalités de plus en plus criantes, le piètre état des services publics, les mesures inefficaces, et la criminalité qui sont dénoncés.
Toute la jeunesse brésilienne” était là, écrivait un étudiant ayant pris part au mouvement. Les gens “paraissent déterminés à continuer le mouvement“. Certains vont jusqu’à faire le lien avec “l’euphorie du carnaval“. Beaucoup de participants n’ont pas prêté attention à la violence et ont considéré ces manifestations comme [pacifiques] – jusqu’à ce qu’ils s’aperçoivent de la réalité à la télévision. Les slogans sur les bannières ont révélé le vaste champ des préoccupations et des attentes. Sur l’une d’entre elles, on pouvait lire “Ci-gît une nation conformiste. Brésil, réveille-toi !” Certains casseurs ont été pris à partie par la foule. “Nous sommes le futur de la nation” figurait sur une large bannière tenue par de jeunes optimistes. Néanmoins, la corruption gouvernementale demeurait la principale cible des slogans des manifestants. “Aujourd’hui, j’ai vu mon pays changer” a écrit un homme de 38 ans participant à la manifestation de Rio. “Nous n’avons pas besoin d’un nouveau stade de football mais d’un nouveau pays“.
Pour la classe politique, ces troubles tombent mal : la Brésil accueillera la Coupe du monde de football en 2014 ainsi que les Jeux Olympiques d’été de 2016 – des évènements conçus comme devant donner un coup de pieds aux fesses à une économie en pleine stagnation et renflouer les caisses. Tandis que le pays a englouti près de 15.000 milliards de dollars pour les Jeux Olympiques, la Coupe du Monde, pourtant moins onéreuse, demeure la cible des manifestants qui subissent la hausse des tarifs de bus et qui réclament des hôpitaux et un logement abordable pas de stades clinquants.
Mardi [18 juin 2013], le gouvernement a essayé de disperser les rassemblements avant que ceux-ci dégénèrent. Il a voulu essayer la carte du dialogue. Le maire de São Paulo, Fernando Haddad, a accepté de rencontrer les représentants des manifestants mais a refusé de céder sur la question du prix dans les transports ; quant au stade devant être payé, son budget a été revu à la baisse. La présidente, Dilma Rousseff, cible de nombreuses critiques, a admis que “Ces voix, qui contournent les moyens traditionnels de prise de parole, les partis politiques et les médias eux-mêmes, doivent être entendues . Elle n’a pas hésité à embrasser l’action de la foule en pleine ébullition : “L’ampleur des manifestations d’hier témoignent de l’énergie de notre démocratie“, a-t-elle affirmé.
Des mots qui font office de palliatifs. Reste à savoir s’ils pourront calmer les esprits, soigner les cicatrices causées par la brutalité policière, éteindre le feu du mécontentement, maintenir l’inflation sous contrôle et rendre le coût de la vie plus abordable. Le temps nous dira s’il s’agit là d’un simple mauvais moment à passer ou bien d’un événement dont les conséquences affecteront à long-terme la septième plus grande économie du monde. En attendant, les effets de la politique monétaire de la Fed continuent à se répercuter par ricochet sur l’ensemble de la planète.
Nous avons intentionnellement fait éclater la plus grosse bulle d’obligations d’État de l’histoire” a confessé Andy Haldane, directeur de la stabilité financière à la Banque d’Angleterre. Il était “convaincu” que l’éclatement de cette bulle allait constituer un risque. Le “retour de bâton” qui pourrait en découler serait pour lui “le plus grand risque pour la stabilité financière dans sa totalité“. Pensez à attacher vos ceintures : les secousses se font déjà ressentir partout dans le monde.
Atlantico

lundi 6 février 2012

Le Brésil prend ses distances avec l'Iran

Les relations entre le Brésil et l’Iran vascillent. Dans une interview avec le journal brésilien Folha de Sao Paulo, Ali Akbar Javanfekr, qui occupe le poste de conseiller spécial pour les médias du Président Mahmoud Ahmadinedjad, a déclaré que la Présidente brésilienne, Dilma Roussef prend ses distances avec l’Iran. Javanfekr, a, en réalité, accusé Roussef d’avoir ruiné les relations entre l’Iran et le Brésil que l’ancien Président brésilien Luiz Inacio Lula avait réussi à construire. « La présidente brésilienne détruit tout ce que Lula a réalisé. Elle a détruit des années de bonnes relations », a déclaré Javanfekr. Dans une autre interview avec l’agence de presse IRNA, contrôlée par l’Etat, Javanfekr affirme : « La nouvelle Présidente brésilienne n’a pris ses fonctions que récemment et on devrait lui laisser un peu de temps pour qu’elle ait une meilleure compréhension des relations Iran-Brésil et des efforts du précédent gouvernement pour renforcer ces liens ».
Sous la Présidence de Lula, en 2010, lors d’un accord passé avec la Turquie et le Brésil, l’Iran avait signé un arrangement lui permettant de transférer de l’uranium à enrichir à l’étranger. Dans cet accord, l’Iran annonçait être prêt à échanger 1200 kgs de son uranium faiblement enrichi, contre du carburant enrichi à 20%, sur le territoire turc. L’arrangement avait échoué, cependant, à la suite du refus des Etats-Unis. La même année, Roussef était élue en tant que Présidente du Brésil et cela a marqué un coup d’arrêt aux relations aussi amicales entre l’Iran et le Brésil. La raison principale tient au soutien de Roussef à une enquête de l’ONU sur les violations des droits de l’homme en Iran, une initiative conduite par les Etats-Unis. Comme l’a rapporté le New York Times, cette décision a été interprétée comme un tournant, concernant les relations précédemment entretenues par Lula envers Téhéran.
Al-Jazeera faisait remarquer que même durant la campagne électorale, à chaque fois qu’on demandait à Roussef son point de vue sur l’Iran, elle affirmait que, pour elle, les droits de l’homme passent avant le business – un état d’esprit qui semble avoir mis mal à l’aise le gouvernement iranien. En 2011, quand le régime iranien s’est aperçu que la nouvelle Présidente brésilienne ne se montrerait pas aussi amicale avec l’Iran que son prédécesseur l’était, l’ambassadeur iranien au Brésil commentait cette position en disant que Roussef était « mal informée »du déroulement des évènements en Iran. « Roussef », écrivait Al-Jazeera, « qui a été torturée, dans sa jeunesse, alors qu’elle était aux mains de la dictature brésilienne, et qui s’est élevée au rang de première femme Présidente du Brésil, a donné des signes, tout au long de son parcours, qu’elle voulait refroidir les relations avec l’Iran. Refroidir ? Non. Elle apparaît, à présent, vouloir lui jeter un plein bac d’eau glacée. Les geler totalement ».
Le porte-parole du ministère des affaires étrangères iranien, Ramin Mehmanparast a rappelé que l’Iran attache une énorme importance aux relations avec le Brésil, et a démenti les remarques attribuées au conseiller pour les médias, Javanfekr, s’agissant des liens entre Téhéran et le Brésil, en affirmant qu’ils avaient été mal interprétés : « L’Iran attache une haute signification à ses relations avec le Brésil, comme étant le plus grand pays d’Amérique Latine et une puissance globale émergente. Dans cette perspective, les interactions et les négociations entre les deux pays suivent leur orientation normale ; aucun changement n’est intervenu dans l’attitude de Téhéran, en ce qui concerne ses relations avec le Brésil », Mehmanparast ajoutant que : « Les relations entre l’Iran et le Brésil s’inscrivent dans une histoire longue de 110 ans. Il semble que certains organes de presse et des pays-tiers ne sont pas contents de ces bonnes relations entre l’Iran et le Brésil et qu’ils s’en soient remis désespérément à monter une campagne médiatique de désinformation ».
Les medias brésiliens, cependant, précisent que le gouvernement iranien est, effectivement, extrêmement irrité par Roussef et que pour prendre sa revanche sur la nouvelle politique brésilienne, le régime iranien rend la vie des hommes d’affaires brésiliens plus difficile. Le journal brésilien Folha de Sao Paulo a rapporté que le régime iranien a restreint les exportations de viande brésilienne. La multinationale brésilienne JBS, par exemple, a dû conserver des milliers de tonnes de viande bovine à bord, durant trois semaines, dans un port iranien. Le journal affirme aussi que les importateurs iraniens de viande expliquent que le Président iranien Mahmoud Ahmadinedjad a envoyé une lettre d’instruction aux douanes ordonnant d’imposer des limites à l’entrée de produits brésiliens vers l’Iran.
Après la diffusion de l’interview du conseiller d’Ahmadinedjad qui critiquait Roussef, le Président iranien a déclaré son intention de visiter le Brésil dans un avenir proche. Le gouvernement iranien a aussi insisté sur le fait qu’Ahmadinedjad viendrait en Amérique latine uniquement pour rencontrer Roussef et non les autres dirigeants dans les pays voisins.
Quoi qu’il en soit, le Président iranien n’est venu en Amérique Latine que pour une visite qui l’a emmenée au Venezuela, au Nicaragua, à Cuba, en Equateur, et qui ne comprenait pas initialement le Brésil. Ahmadinedjad, cependant, sent, à présent, qu’il a commis une erreur en négligeant le Brésil, le plus grand pays d’Amérique du Sud, et celui-là même qui dispose d’une économie en pleine expansion. Le Président iranien espère, apparemment, réussir son entreprise de charme auprès du gouvernement brésilien, qui pourrait être un partenaire politique et économique important. Sous la Présidence de Lula, en fait, le Fonds Monétaire International (FMI) avait annoncé que, parmi les pays d’Amérique Latine, le Brésil était le plus grand partenaire commercial de l’Iran. Les données montrent qu’en 2008, le commerce de l’Iran avec l’Amérique latine a triplé à 2, 9 milliards de $.
Alors que le régime iranien espère ranimer cette amitié perdue, le gouvernement brésilien semble espérer que le séjour d’Ahmadinedjad au Brésil n’arrivera pas de sitôt. Le site internet « Brésil Dépêches » rapportait que les commentateurs brésiliens « se réjouisient de ce que le Brésil ait pu s’épargner l’embarras de devoir accueillir Ahmadinedjad, au cours de sa visite récente en Amérique Latine ». Le commentateur politique Sergio Leo, écrivant dans le journal Valor Economico, a fait remarquer que la décision d’Ahmadinedjad de ne pas rendre visite au Brésil, au cours de son récent voyage en Amérique du Sud, était accueillie avec ne grande satisfaction par le gouvernement brésilien. Leo précisait que le soulagement du Brésil de ne pas avoir été approché était énorme. Le principal problème, selon les médias locaux, réside dans le fait qu’alors que Roussef semble ne vouloir, en aucun cas, faire de compromis sur les droits de l’homme, le régime iranien n’a pas, non plus, la moindre intention de les respecter. C’est pourquoi, pour Ahmadinedjad, désormais, tout rapprochement avec le Brésil sera loin d’être facile.
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