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vendredi 8 décembre 2017

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1854 : le pape Pie IX proclame le dogme de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge (fêtée dès le Moyen Age) : « dès le premier instant de sa conception, par grâce et privilège du Dieu tout-puissant, la bienheureuse Vierge Marie a été préservée du péché originel ». On organisait (en France, les traditionalistes le font toujours) des processions ce jour. 1864 : encyclique Quanta Cura du pape Pie IX qui condamne le libéralisme, le rationalisme, le naturalisme, le communisme et le socialisme. On peut la lire en français en fin de cet article. 1904 : mort de Gabriel Syveton, responsable de la Ligue de la patrie française, et député de Paris depuis 1902 (sous les pressions de Jaurès, il sera invalidé et réélu deux fois). Agrégé d’histoire, ce condisciple de Léon Daudet avait giflé le général André, ministre de la Guerre, le 4 novembre 1904 à la chambre des députés, à l’occasion de l’affaire des fiches. Arrêté le 10 novembre, relâché et devant être jugé devant la cour d’assises le 9, il est retrouvé le 8 au matin, mort par asphyxie dans son cabinet de travail. Véritable chef de la campagne électorale nationaliste de 1902, ce brillant Rastignac, qui risquait de mettre la République en danger, avait été assassiné, soit par la police politique, soit par la franc-maçonnerie. Sa disparition sonne le glas du nationalisme non monarchiste et laisse la voie ouverte à l’Action française. 1923 : obsèques nationales de Maurice Barrès (livres ici), père du nationalisme français, en présence du chef de l’Etat, du chef du gouvernement, du maréchal Foch, etc. Le corbillard, traîné par dix chevaux noirs, fait halte devant la statue de Strasbourg (place de la Concorde) et devant celle de Jeanne d’Arc, place des pyramides, avant de rejoindre Notre-Dame. Le corps sera transféré à Charmes (son village natal en Lorraine), le lendemain. Source : Ephémérides nationalistes Encyclique Quanta cura du 8 décembre 1864 À tous nos Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques et Évêques, en grâce et communion avec le Siècle Apostolique. Pie IX, Pape Vénérables Frères, Salut et Bénédiction Apostolique. 1 – Avec quel soin et quelle vigilance pastorale les Pontifes Romains Nos Prédécesseurs, ont rempli la mission à eux confiée par le Christ Seigneur lui-même en la personne du Bienheureux Pierre, Prince des Apôtres, et ont ainsi accompli leur devoir de paître les agneaux et les brebis! Sans jamais discontinuer, ont attentivement nourri tout le troupeau du Seigneur des paroles de la foi, ont imprégné de la doctrine de salut, écarté des pâturages empoisonnés, voilà ce dont tout le monde est convaincu et assuré, Vous surtout, Vénérables Frères. Oui vraiment Nos Prédécesseurs se montrèrent les défenseurs et les vengeurs de l’auguste religion catholique, de la vérité et de la justice : soucieux, avant tout, du salut des âmes, ils n’ont jamais rien eu de plus à coeur que de découvrir et de condamner par leurs très sages Lettres et Constitutions toutes les hérésies et les erreurs qui, contraires à notre Foi divine, à la doctrine de l’Église Catholique, à l’honnêteté des moeurs et au salut éternel des hommes, ont fréquemment soulevé de violentes tempêtes et lamentablement souillé l’Église et la Cité. 2 – C’est pourquoi Nos mêmes Prédécesseurs ont constamment opposé la fermeté Apostolique aux machinations criminelles d’hommes iniques, qui projettent l’écume de leurs désordres comme les vagues d’une mer en furie et promettent la liberté, eux, les esclaves de la corruption : ébranler les fondements de la religion catholique et de la société civile par leurs fausses opinions et les plus pernicieux écrits, faire disparaître toute trace de vertu et de justice, corrompre les âmes et les esprits, détourner des justes principes de la morale ceux qui ne sont pas sur leurs gardes, en particulier la jeunesse inexpérimentée, la dépraver pitoyablement, l’entraîner dans les pièges de l’erreur, et enfin l’arracher du sein de l’Église catholique, voilà le sens de tous leurs efforts. 3 – Vous êtes les premiers à savoir, Vénérables Frères, qu’à peine avions-Nous été élevé à cette chaire de Pierre, par un secret dessein de la Providence Divine et sans aucun mérite de Notre part, Nous avons vu pour la plus grande douleur de Notre âme une tempête vraiment effroyable soulevée par tant de doctrines perverses. Nous avons vu les maux les plus accablants, qu’on ne déplorera jamais assez et que tant d’erreurs ont attirés sur le peuple chrétien. C’est pour remplir les devoirs de Notre Ministère Apostolique et suivre les traces glorieuses de Nos Prédécesseurs que Nous avons élevé la voix. En plusieurs Encycliques déjà publiées, dans les Allocutions prononcées en consistoire et en d’autres Lettres Apostoliques, Nous avons condamné les principales erreurs de notre bien triste époque, fait appel à votre haute vigilance épiscopale, averti et encouragé tous Nos très chers fils de l’Église Catholique à fuir et redouter la contagion d’une peste si violente. Et en particulier, par Notre première Encyclique du 9 novembre 1846, à Vous adressée, et les deux allocutions prononcées en consistoire le 9 décembre 1854 et le 9 juin 1862, nous avons condamné ces monstruosités extraordinaires que sont les opinions, qui surtout de nos jours, dominent pour le plus grand dommage des âmes et au détriment de la société civile elle-même. Ces opinions s’opposent essentiellement, non seulement à l’Église catholique, à sa doctrine de salut et à ses droits vénérables, mais encore à l’éternelle loi naturelle gravée par Dieu dans tous les coeurs et à la droite raison. C’est d’elles que presque toutes les autres erreurs firent leur origine. 4 – Cependant, bien que nous n’ayons pas négligé de proscrire et de réprouver fréquemment les plus graves de ces erreurs, la cause de l’Église catholique et le salut des âmes que Dieu nous a confié, et le bien de la société humaine elle-même, réclament impérieusement que Nous lancions un nouvel appel à votre sollicitude pastorale pour terrasser d’autres idées fausses qui découlent de source de ces mêmes erreurs. Ces opinions trompeuses et perverses sont d’autant plus détestables qu’elles visent principalement à entraver et renverser cette puissance de salut que l’Église catholique, en vertu de la mission et du mandat reçu de son divin Auteur, doit exercer librement jusqu’à la consommation des siècles, non moins à l’égard des individus que des nations, des peuples et de leurs chefs. Elles cherchent à faire disparaître cette mutuelle alliance et cette concorde entre le Sacerdoce et l’Empire, qui s’est toujours avérée propice et salutaire à la Religion et à la société (1). 5 – Et de fait, vous le savez parfaitement, Vénérables Frères, il s’en trouve beaucoup aujourd’hui pour appliquer à la société civile le principe impie et absurde du  » naturalisme « , comme ils l’appellent, et pour oser enseigner que  » le meilleur régime politique et le progrès de la vie civile exigent absolument que la société humaine soit constituée et gouvernée sans plus tenir compte de la Religion que si elle n’existait pas, ou du moins sans faire aucune différence entre la vraie et les fausses religions « . Et contre la doctrine de la Sainte Écriture, de l’Église et des saints Pères, ils affirment sans hésitation que :  » la meilleure condition de la société est celle où on ne reconnaît pas au pouvoir le devoir de réprimer par des peines légales les violations de la loi catholique, si ce n’est dans la mesure où la tranquillité publique le demande « . À partir de cette idée tout à fait fausse du gouvernement des sociétés, ils ne craignent pas de soutenir cette opinion erronée, funeste au maximum pour l’Église catholique et le salut des âmes, que Notre Prédécesseur Grégoire XVI, d’heureuse mémoire, qualifiait de  » délire  » (2) :  » La liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme. Ce droit doit être proclamé et garanti par la loi dans toute société bien organisée. Les citoyens ont droit à l’entière liberté de manifester hautement et publiquement leurs opinions quelles qu’elles soient, par les moyens de la parole, de l’imprimé ou tout autre méthode sans que l’autorité civile ni ecclésiastique puisse lui imposer une limite « . Or, en donnant pour certitudes des opinions hasardeuses, ils ne pensent ni ne se rendent compte qu’ils prêchent  » la liberté de perdition  » (3), et que  » s’il est permis à toutes les convictions humaines de décider de tout librement, il n’en manquera jamais pour oser résister à la vérité et faire confiance au verbiage d’une sagesse toute humaine. On sait cependant combien la foi et la sagesse chrétienne doivent éviter cette vanité si dommageable, selon l’enseignement même de Notre Seigneur Jésus-Christ  » (4). 6 – Là où la religion a été mise à l’écart de la société civile, la doctrine et l’autorité de la révélation divine répudiées, la pure notion même de la justice et du droit humain s’obscurcit et se perd, et la force matérielle prend la place de la véritable justice et du droit légitime. D’où l’on voit clairement pourquoi certains, reléguant au dernier rang les plus sûrs principes de la saine raison, sans en tenir compte, osent proclamer que :  » La volonté du peuple qui se manifeste par ce qu’on dit être l’opinion publique, ou autrement, constitue la loi suprême dégagée de tout droit divin et humain, et que dans l’ordre politique des faits accomplis, par cela même qu’ils sont accomplis, ont force de droit.  » 7 – Mais qui ne voit et ne sent parfaitement qu’une société dégagée des liens de la religion et de la vraie justice, ne peut plus se proposer aucun autre but que d’amasser et d’accumuler des richesses, ni suivre d’autre loi dans ses actes que l’indomptable désir de l’âme d’être esclave de ses propres passions et intérêts ? C’est pourquoi les hommes de cette espèce poursuivent d’une haine si cruelle les Familles Religieuses, en dépit des services rendus au prix des plus grands efforts à la religion chrétienne, à la société civile et à la culture ; ils déblatèrent contre elle en disant qu’elles n’ont aucune raison légitime d’exister, et c’est ainsi qu’ils applaudissent aux divagations des hérétiques. Or, comme l’enseignait en toute sagesse Notre Prédécesseur Pie VI d’heureuse mémoire :  » l’abolition des réguliers blesse le droit de professer publiquement les conseils évangéliques, blesse un mode de vie recommandé dans l’Église comme conforme à la doctrine des Apôtres, blesse la mémoire de ces illustres fondateurs que nous vénérons sur les autels, et qui n’ont établi ces ordres que sous l’inspiration de Dieu « . 8 – Et ils déclarent même dans leur impiété qu’il faut ôter aux citoyens et à l’Église la faculté  » de fournir valablement des aumônes publiques par charité chrétienne « , et abolir la loi  » qui à des jours déterminés défend les oeuvres serviles pour vaquer au culte divin  » sous le prétexte si fallacieux que  » la faculté et la loi ci-dessus évoquées sont contraires aux principes de la bonne économie politique « . 9 – Et non contents de mettre la religion à l’écart de la société, ils veulent même l’écarter de la vie privée des familles. En effet, enseignant et professant la si funeste erreur du Communisme et du Socialisme, ils affirment que :  » La société domestique ou la famille emprunte au seul droit civil toute sa raison d’être ; et qu’en conséquence c’est de la loi civile seule que découlent et dépendent tous les droits des parents sur les enfants, et d’abord le droit d’instruction et d’éducation.  » Par ces opinions impies et ces machinations, ces hommes de mensonge veulent surtout aboutir à ce que la doctrine et le pouvoir de l’Église catholique qui apportent le salut, soient entièrement éliminés de l’instruction et de l’éducation de la jeunesse, et que l’âme tendre et malléable des jeunes soit infectée et déformée pitoyablement par toutes sortes d’erreurs perverses et par le vice. Oui, tous ceux qui ont mis leurs efforts à bouleverser l’ordre sacré et l’ordre public, à renverser l’ordre juste de la société, et à anéantir tous les droits divins et humains, ont toujours fait tendre leurs desseins criminels, leurs désirs et leurs oeuvres principalement à tromper et à dépraver la jeunesse qui ne s’y attend pas, comme Nous l’avons indiqué plus haut ; et ils ont mis tout leur espoir dans la corruption de cette jeunesse. 10 – Voilà pourquoi jamais ils ne cessent d’infliger toutes sortes de vexations indicibles à l’un et l’autre clergé d’où rejaillirent tant d’immenses bienfaits sur l’ordre religieux, civil et culturel, comme l’attestent avec éclat les plus sûrs monuments de l’histoire ; voilà pourquoi ils déclarent que ce clergé même, en tant qu’ennemi du véritable et utile progrès de la science et de la civilisation, doit être écarté de toute charge et de tout rôle dans l’instruction et l’éducation de la jeunesse. 11 – Mais il en est d’autres qui, renouvelant les chimères extravagantes et tant de fois condamnées des novateurs, ont l’insigne impudence de soumettre à la discrétion de l’autorité civile l’autorité suprême attribuée par le Christ Notre Seigneur à l’Église et à ce Siège Apostolique, et de dénier à cette même Église et à ce Siège tous droits en ce qui regarde les affaires extérieures. Car ils n’ont aucunement honte d’affirmer que :  » Les lois de l’Église n’obligent pas en conscience, à moins qu’elles ne soient promulguées par le pouvoir civil. – Les actes et les décrets des Pontifes Romains concernant la religion et l’Église ont besoin de la sanction et de l’approbation, ou au moins du consentement du pouvoir civil. – Les constitutions apostoliques qui condamnent les sociétés secrètes – qu’on y exige ou non le serment de garder le secret – et qui frappent d’anathème leurs adeptes et leurs défenseurs ne peuvent entrer en vigueur dans les pays où le gouvernement civil tolère ces sortes d’associations. – L’excommunication portée par le Concile de Trente et les Pontifes Romains contre ceux qui envahissent et usurpent les droits et possessions de l’Église, repose sur une confusion de l’ordre spirituel avec l’ordre civil et politique, et n’a pour but qu’un bien de ce monde. – L’Église ne doit rien décréter qui puisse lier la conscience des fidèles relativement à l’usage des biens temporels. Le droit ecclésiastique n’a pas compétence pour châtier de peines temporelles les violateurs de ses lois. – Il est conforme aux principes de la sacrée théologie et du droit public d’attribuer au gouvernement civil et de revendiquer pour lui la propriété des biens qui sont en possession de l’Église, des Familles Religieuses et autres associations pieuses « . 12 – Ils ne rougissent pas non plus de professer ouvertement et publiquement les formules et les principes hérétiques, d’où sortent tant d’opinions perverses et d’erreurs. Car ils répètent que  » le pouvoir ecclésiastique n’est pas, de droit divin, distinct et indépendant du pouvoir civil, et qu’une telle distinction et indépendance ne peut être conservée sans que l’Église envahisse et usurpe les droits essentiels du pouvoir civil « . 13 – Et Nous ne pouvons passer sous silence l’audace de ceux qui, ne supportant pas la saine doctrine, prétendent que :  » Quant à ces jugements et à ces décrets du Siège Apostolique dont l’objet regarde manifestement le bien général de l’Église, ses droits et sa discipline, on peut, du moment qu’ils ne touchent pas aux dogmes relatifs à la foi et aux moeurs, leur refuser l’assentiment et l’obéissance, sans péché et sans cesser en rien de professer le catholicisme.  » À quel point cela est contraire au dogme catholique sur le plein pouvoir, divinement conféré par le Christ Notre Seigneur lui-même au Pontife Romain, de paître, de régir et de gouverner l’Église universelle, il n’est personne qui ne le voie et qui ne le comprenne clairement et distinctement. 14 – Au milieu donc d’un telle perversité d’opinions corrompues, Nous souvenant de Notre charge Apostolique, dans notre plus vive sollicitude pour notre très sainte religion, pour la saine doctrine, et pour le salut des âmes à Nous confiées par Dieu » et pour le bien de la société humaine elle-même, Nous avons jugé bon d’élever à nouveau Notre Voix Apostolique. En conséquence, toutes et chacune des opinions déréglées et des doctrines rappelées en détail dans ces Lettres, Nous les réprouvons, proscrivons et condamnons de Notre Autorité Apostolique ; et Nous voulons et ordonnons que tous les fils de l’Église catholique les tiennent absolument pour réprouvées, proscrites et condamnées. 15 – Et, en outre, vous savez très bien, Vénérables Frères, que de nos jours ceux qui haïssent toute vérité et toute justice, les ennemis acharnés de notre religion, au moyen de livres empoisonnés, de brochures et de journaux répandus par toute la terre, trompent les peuples, mentent perfidement, et diffusent toutes sortes d’autres doctrines impies. Vous n’ignorez pas non plus que, même à cette époque où nous sommes, on en trouve qui, mus et stimulés par l’esprit de Satan, en sont arrivés à cette impiété de nier Notre Seigneur et Maître Jésus-Christ, et ne craignent pas d’attaquer sa Divinité avec une insolence criminelle. Mais ici Nous ne pouvons, Vénérables Frères, que vous honorer à bon droit des plus grands éloges, vous qui n’avez jamais manqué, avec tout votre zèle, d’élever votre voix épiscopale contre tant d’impiété. 16 – C’est pourquoi, par Nos présentes Lettres, Nous nous adressons une fois de plus avec beaucoup d’affection à vous qui, appelés à partager Nos soucis, êtes au milieu des calamités qui nous touchent si virement. Notre consolation, Notre joie et Notre encouragement les plus grands : par la qualité de votre esprit religieux et de votre piété et aussi par cet amour, cette foi et cette déférence admirable avec lesquels, attachés à Nous et à ce Siège Apostolique dans la plus grande unité d’esprit, vous travaillez à remplir avec empressement et application votre très grave ministère épiscopal. Car Nous attendons de votre remarquable zèle pastoral que, prenant le glaive de l’esprit, qui est la parole de Dieu, et fortifiés dans la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, vous ayez la volonté de veiller chaque jour davantage avec une attention redoublée à ce que les fidèles confiés à vos soins  » s’abstiennent des herbes nuisibles que Jésus-Christ ne cultive pas, parce qu’elles n’ont pas été plantées par son Père  » (5). Et ne cessez jamais d’inculquer à ces mêmes fidèles que tout vrai bonheur découle pour les hommes de notre sainte religion, de sa doctrine et de sa pratique, et qu’  » heureux est le peuple dont Dieu est le Seigneur  » (6). Enseignez que  » l’autorité repose sur le fondement de la Foi Catholique  » (7) et qu’  » il n’y a rien de plus mortel, rien qui nous précipite autant dans le malheur, nous expose autant à tous les dangers, que de penser qu’il nous peut suffire d’avoir reçu le libre arbitre en naissant ; sans avoir à rien demander de plus à Dieu ; c’est-à-dire, qu’oubliant notre Créateur, nous renions son pouvoir sur nous pour manifester notre liberté  » (8). N’omettez pas non plus d’enseigner que  » le pouvoir de gouverner est conféré non pour le seul gouvernement de ce monde, mais avant tout pour la protection de l’Église  » (9) et que  » rien ne peut être plus profitable et plus glorieux aux chefs d’États et aux Rois que ce que Notre Prédécesseur saint Félix, rempli de sagesse et de courage, écrivait à l’empereur Zénon :  » Qu’ils laissent l’Église catholique se gouverner par ses propres lois, et ne permettent à personne de mettre obstacle à sa liberté… Il est certain qu’il leur est avantageux de s’appliquer, quand il s’agit de la cause de Dieu, et suivant l’ordre qu’Il a établi, à subordonner et non à préférer la volonté royale à celle des prêtres du Christ  » (10). 17 – C’est toujours, Vénérables Frères, mais c’est maintenant plus que jamais, au milieu de telles calamités de l’Église et de la société civile, en présence d’une si vaste conspiration d’adversaires et d’un tel amas d’erreurs contre le catholicisme et le Siège Apostolique, qu’il est absolument nécessaire de nous adresser avec confiance au Trône de la grâce pour obtenir miséricorde et trouver la grâce d’une protection opportune. À cette fin, Nous avons jugé bon de stimuler la piété de tous les fidèles pour qu’en union avec Nous, et avec vous, ils ne cessent de prier et supplier par les prières les plus ferventes et les plus humbles, le Père très clément des lumières et des miséricordes ; qu’ils se réfugient toujours dans la plénitude de la foi auprès de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a rachetés à Dieu en son sang ; qu’ils demandent avec une perpétuelle instance à son très doux Coeur, victime de sa très ardente charité envers nous, d’attirer tout à lui par les liens de son amour, et de faire que tous les hommes, enflammés de son très saint amour, marchent dignement selon son Coeur, agréables à Dieu en tout, portant des fruits en toutes sortes de bonnes oeuvres. Et, comme les prières des hommes sont indubitablement plus agréables à Dieu quand elles lui parviennent avec des coeurs purs de toute corruption, Nous avons pensé à ouvrir avec une libéralité apostolique aux fidèles chrétiens les célèbres trésors de l’Église dont la distribution Nous est confiée, afin que ces mêmes fidèles excités plus vivement à la vraie piété, et purifiés des taches de leurs péchés par le Sacrement de Pénitence, répandent avec plus de confiance leurs prières à Dieu et obtiennent sa miséricorde et sa grâce. 18 – En conséquence, par les présentes Lettres, en vertu de notre Autorité Apostolique, à tous et chacun des fidèles des deux sexes dans l’univers catholique, Nous accordons une Indulgence plénière en forme de Jubilé, à gagner durant toute l’année à venir 1865 et non au delà, dans l’espace d’un mois à désigner par vous, Vénérables Frères, et les autres Ordinaires légitimes des lieux, en la même manière et forme exactement que Nous l’avons accordée, au commencement de Notre suprême Pontificat, par Nos Lettres Apostoliques en forme de Bref du 20 novembre 1846, envoyée à tout votre Ordre épiscopal de l’univers, et commençant par ces mots :  » Arcano Divinae Providentiae consilio  » et avec tous les mêmes pouvoirs accordés par Nous dans ces Lettres. Nous voulons cependant que toutes les prescriptions contenues dans les susdites lettres soient observées, et que soient maintenues toutes les exceptions que Nous avons mentionnées. Nous accordons cela nonobstant toutes dispositions contraires, même celles qui seraient dignes d’une mention et d’une dérogation spéciales et individuelles. Et pour écarter tout doute et toute difficulté, Nous vous avons fait parvenir un exemplaire de ces Lettres. 19 – Prions, Vénérables Frères,  » du fond du coeur et de toute notre âme la miséricorde de Dieu, parce qu’il a lui-même ajouté : Je n’éloignerai pas d’eux ma miséricorde. Demandons et nous recevrons, et si nous attendons et que nous tardions à recevoir à cause de la gravité de nos offenses, frappons ; car à celui qui frappe on ouvrira, pourvu que nous frappions à la porte avec nos prières, nos gémissements et nos larmes, avec lesquels il faut insister et persévérer, et pourvu que notre prière soit unanime… que chacun prie Dieu non seulement pour lui-même mais pour tous ses frères, comme le Seigneur nous a enseigné à prier  » (11). Et pour que Dieu exauce plus facilement Nos prières et Nos voeux, les vôtres et ceux de tous les fidèles, faisons participer en toute confiance auprès de lui l’Immaculée et très sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie qui a détruit toutes les hérésies dans le monde entier, et qui, Notre Mère très aimante à tous,  » est toute suave… et pleine de miséricorde… se montre exorable à tous, très clémente à tous, compatit aux misères de tous avec la plus large affection  » (12). Comme Reine, debout à la droite de Son Fils Unique, notre Seigneur Jésus-Christ, toute enveloppée dans un vêtement d’or, il n’y a rien qu’Elle ne puisse obtenir de Lui. Demandons aussi les suffrages du Bienheureux Pierre, Prince des Apôtres, de son Coapôtre Paul, et de tous les Saints du Ciel qui devenus amis de Dieu, sont parvenus au royaume céleste, possèdent la couronne et la palme, et sûrs de leur immortalité, sont soucieux de notre salut. 20 – Enfin, demandant pour vous à Dieu de toute Notre âme l’abondance de tous les dons célestes, Nous donnons du fond du coeur et avec amour, en gage de Notre particulière affection, la Bénédiction Apostolique à vous-mêmes, Vénérables Frères, et à tous les fidèles clercs et laïcs confiés à vos soins. Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 8 décembre de l’année 1864, dixième depuis la Définition Dogmatique de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie Mère de Dieu. Et de Notre Pontificat la dix-neuvième. PIE IX, Pape Notes (1) Grégoire XVI, Encyclique Mirari Vos du 15 août 1832. (2) Grégoire XVI. Encyclique Mirari Vos du 15 août 1832. (3) Saint Augustin, Lettre 105. (4) Saint Léon, Lettre 164. (5) Saint Ignace, martyr, à Philadelphe. (6) Psaume 143. (7) Saint Célestin, Lettre 22 au Synode d’Éphèse. (8) Saint Innocent I, Lettre 29 au Concile Épiscopal de Carthage. (9) Saint Léon, Lettre 156. (10) Pie VII, encyclique Diu satis, 15 mai 1800.(11) Saint Cyprien, Lettre 11. (12) Saint Bernard, Sermon sur les douze prérogatives de la Bienheureuse Vierge Marie d’après l’Apocalypse


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samedi 3 décembre 2016

Mali et RCA, deux échecs du mythe du « vivre ensemble » – par Bernard Lugan

Au Mali comme en RCA, des conflits récurrents et résurgents opposent des populations que tout sépare. Au nom du mythe universaliste du « vivre ensemble », la seule solution proposée par la France est électorale. Or, l’ethno-mathématique confirmant à chaque fois la domination démographique, donc démocratique, des plus nombreux, les ressentiments des peuples minoritaires en sont aggravés. Voilà pourquoi nos interventions militaires successives, pourtant couronnées de succès, sont suivies d’autant d’échecs politiques.
Un minimum de culture ethno-historique permet pourtant de bien poser le problème :
1) Dans le Sahel, et notamment au Mali, toutes les populations nomades nordistes, qu’il s’agisse des Touareg, des Maures, des Arabes et des Peul, furent esclavagistes. Durant des siècles, elles puisèrent dans le « vivier humain » sudiste du Bilad al Sudan, le « pays des Noirs », notamment chez les Bambara, les Soninké et les Malinké. Ces derniers n’ont pas oublié leurs souffrances passées dont ils furent délivrés par la colonisation.
L’indépendance leur fournit ensuite les moyens d’une vengeance historique. Devenus les maîtres d’un Etat rassemblant artificiellement nomades et sédentaires, razzieurs et razziés, esclavagistes et victimes, ils s’en prirent aux Touareg, lesquels, en réaction, se soulevèrent à maintes reprises. Sur ce terreau propice prospérèrent ensuite les trafiquants de toutes sortes, puis les islamistes.
2) Avant la colonisation, l’actuelle RCA, le Bilad el Kouti ou Dar Kouti, littéralement la « terre des esclaves », fut ravagée par les esclavagistes musulmans venus du Soudan et du Tchad. Comme au Mali, les populations sudistes conservent la mémoire de ces chasses à l’homme dont elles furent, elles aussi, libérées par la colonisation française. Pour elles, l’offensive que la Seleka lança en 2013 était donc une moderne razzia renouant avec les raids musulmans d’avant la période coloniale.
Aujourd’hui, dans les deux pays, la situation est sans issue. Elle l’est parce que, au lieu de réfléchir à des solutions fondées sur le réel, donc sur la prise en compte du déterminant ethnique, la France, aveuglée par son idéologie universaliste n’a, comme les médecins de Molière, qu’un seul remède à proposer, le « clystère » électoral dont, quasiment partout en Afrique, l’on a pu constater l’inutilité et même la nocivité.
Une telle cécité, un tel aveuglement a une explication : les élites dirigeantes françaises sont formatées par l’africanisme devenu une discipline universitaire militante recrutant par endogamie doctrinale. Hier, il fut sous le contrôle de l’école marxiste qui bannissait le fait ethnique car il était jugé trop étranger à la conception matérialiste de l’histoire. Aujourd’hui, l’évidence ethnique est refusée car elle apporte un cruel démenti au diktat universaliste des adversaires de tout enracinement.
Il est donc urgent que soient fondées des universités « hors contrat » libérées de la doxa et dans lesquelles l’approche des Afriques pourra enfin se faire à travers le seul réel.

jeudi 28 juillet 2016

La fable de la transmission arabe du savoir antique

A en croire nos manuels, ceux d’hier et plus encore ceux d’aujourd’hui, l’héritage de la Grèce et de Rome fut complètement ignoré dans notre monde occidental, de la chute de l’empire romain et du développement du christianisme jusqu’à la «Renaissance» : nuit du Moyen Âge, mille ans d’obscurantisme !

Et d’affirmer, du même coup, que les auteurs de l’Antiquité ne furent connus que par l’intermédiaire des Arabes, traducteurs appliqués, seuls intéressés, seuls capables d’exploiter et de transmettre cette culture que nos clercs méprisaient.

Parler d’«Arabes» est déjà une erreur. Dans les pays d’islam, les Arabes, lettrés et traducteurs, furent certainement bien moins nombreux que les Persans, les Égyptiens et les chrétiens de Syrie et d’Irak. La plupart des textes grecs ont d’abord été traduits en langue syriaque, parler araméen de la ville d’Edesse, qui a largement survécu à l’islam et ne disparaît qu’au XIIIe siècle. Au temps d’al Ma’mum, septième calife abbasside (813-833), Hunan ibn Isbak, le plus célèbre des hellénistes, hôte privilégié de la Maison de la Sagesse à Bagdad, était un chrétien. Il a longtemps parcouru l’Asie Mineure pour y recueillir des manuscrits grecs, qu’il traduisait ou faisait traduire sous sa direction. Nos livres parlent volontiers des savants et traducteurs de Tolède, qui, au temps des califes de Cordoue, auraient étudié et fait connaître les auteurs anciens. Mais ils oublient de rappeler que cette ville épiscopale - comme plusieurs autres et nombre de monastères - était déjà, sous les rois barbares, bien avant l’occupation musulmane, un grand foyer de vie intellectuelle toute pénétrée de culture antique. Les clercs, demeurés chrétiens, très conscients de l’importance de transmettre cet héritage, ont tout simplement poursuivi leurs travaux sous de nouveaux maîtres.

On veut nous faire croire aux pires sottises et l’on nous montre des moines, copistes ignares, occupés à ne retranscrire que des textes sacrés, acharnés à jeter au feu de précieux manuscrits auxquels ils ne pouvaient rien comprendre. Pourtant, aucun témoin, aux temps obscurs du Moyen Age, n’a jamais vu une bibliothèque livrée aux flammes et nombreux sont ceux qui, au contraire, parlent de monastères rassemblant d’importants fonds de textes anciens. Il est clair que les grands centres d’études grecques ne se situaient nullement en terre d’islam, mais à Byzance. Constantin Porphyrogénète, empereur (913-951), s’est entouré d’un cercle de savants, encyclopédistes et humanistes ; les fresques des palais impériaux contaient les exploits d’Achille et d’Alexandre. Le patriarche Photius (mort en 895) inaugurait, dans son premier ouvrage, le Myriobiblion, une longue suite d’analyses et d’exégèses d’auteurs anciens. Michel Psellos (mort en 1078) commentait Platon et tentait d’associer le christianisme à la pensée grecque. Nulle trace dans l’Église, ni en Orient ni en Occident, d’un quelconque fanatisme, alors que les musulmans eux-mêmes rapportent nombre d’exemples de la fureur de leurs théologiens, et de leurs chefs religieux contre les études profanes. Al-Hakim, calife fatimide du Caire (996-1021), interdisait les bijoux aux femmes, aux hommes, les échecs, et aux étudiants, les livres païens. A la même date, en Espagne, al-Mansour, pour gagner l’appui des théologiens (musulmans), fit brûler par milliers les manuscrits grecs et romains de la grande bibliothèque de Cordoue. L’Occident chrétien n’a connu aucune crise de vertu de ce genre.

Les « Arabes » ont certainement moins recherché et étudié les auteurs grecs et romains que les chrétiens. Ceux d’Occident n’avaient nul besoin de leur aide, ayant, bien sûr, à leur disposition, dans leurs pays, des fonds de textes anciens, latins et grecs, recueillis du temps de l’empire romain et laissés en place. De toute façon, c’est à Byzance, non chez les « Arabes », que les clercs de l’Europe sont allés parfaire leur connaissance de l’Antiquité. Les pèlerinages en Terre sainte, les conciles œcuméniques, les voyages des prélats à Constantinople maintenaient et renforçaient toutes sortes de liens intellectuels. Dans l’Espagne des Wisigoths, les monastères (Dumio près de Braga, Agaliense près de Tolède, Caulanium près de Mérida), les écoles épiscopales (Séville, Tarragone, Tolède), les rois et les nobles, recueillaient des livres anciens pour leurs bibliothèques. Ce pays d’Ibérie servait de relais sur la route de mer vers l’Armorique et vers l’Irlande, où les moines, là aussi, étudiaient les textes profanes de l’Antiquité.

Peut-on oublier que les Byzantins ont, dans les années 550, reconquis et occupé toute l’Italie, les provinces maritimes de l’Espagne et une bonne part de ce qui avait été l’Afrique romaine ? Que Ravenne est restée grecque pendant plus de deux cents ans, et que les Italiens appelèrent cette région la Romagne, terre des Romains, c’est-à-dire des Byzantins, héritiers de l’empire romain ?

Byzance fut la source majeure de la transmission

Rien n’est dit non plus du rôle des marchands d’Italie, de Provence ou de Catalogne qui, dès les années Mille, fréquentaient régulièrement les escales d’Orient, et plus souvent Constantinople que Le Caire. Faut-il les voir aveugles, sans âme et sans cervelle, sans autre curiosité que leurs épices ? Le schéma s’est imposé, mais c’est à tort. Burgundio de Pise, fils d’une riche famille, a résidé à Constantinople pendant cinq années, de 1135 à 1140, chez des négociants de sa ville. Il en a rapporté un exemplaire des Pandectes, recueil des lois de Rome, rassemblé par l’empereur Justinien, conservé pieusement plus tard par les Médicis dans leur Biblioteca Laurenziana. Fin helléniste, il a traduit les ouvrages savants de Gallien et d’Hippocrate et proposa à l’empereur Frédéric Barberousse un programme entier d’autres traductions des auteurs grecs de l’Antiquité. Cet homme, ce lettré, qui ne devait rien aux Arabes, eut de nombreux disciples ou émules, tel le chanoine Rolando Bandinelli, qui devint pape en 1159 (Alexandre III).

Rendre les Occidentaux tributaires des leçons servies par les Arabes est trop de parti pris et d’ignorance : rien d’autre qu’une fable, reflet d’un curieux penchant à se dénigrer soi-même.

Jacques Heers

http://www.canalacademie.com/ida792-L-oeuvre-de-l-historien-Jacques-Heers.html

Médiéviste, Jacques Heers nous propose aussi dans cette émission une réflexion sur l’historiographie du XX ème siècle à travers son ouvrage L’histoire assassinée, parue aux éditions de Paris en 2006. Une réflexion sans concession sur l’Université et les clichés de notre histoire.

L’Histoire assassinée
de Jacques Heers aux Éditions de Paris

Sa bibliographie :
L’Histoire assassinée Aux Editions de Paris 2006 Gilles de Rais aux Editions Perrin 2005 Les négriers de l’Islam - La première traité des noirs VIIè-XVème siècles aux Editions Perrin 2003
Chute et mort de Constantinople - 1204-1453 aux Editions Perrin La ville au Moyen-Âge en Occident aux Editions Hachette La cour pontificale au temps des Borgia et des Medicis aux Editions Hachette Louis XI aux Editions Perrin La première croisade aux Editions Perrin Les barbaresques - Course et guerre en Méditerranée, XIVème-XVIème siècle aux Editions Perrin
Libérer Jérusalem la première croisade aux Editions Perrin De Saint Louis à Louis XI aux Editions Bartillat Jacques Coeur aux Editions Perrin Fêtes des fous et carnavals aux Editions Hachette Précis d’histoire du Moyen-Age aux Puf Gilles de rais aux Editions Perrin - Le clan familial au Moyen-Âge - Etude sur les structures politiques et sociales des milieux urbains aux Puf L’Occident aux XIVe et XVe siècles - L’Occident aux XIVe et XVe siècles. aux Puf - Moyen-age une imposture aux Editions Perrin 1492-1530 la ruée vers l’Amérique - les mirages et les fièvres ? chez Complexe Editions Christophe colomb, chez Hachette Littérature

http://www.clio.fr/espace_culturel/jacques_heers.asp

Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Heers
Jacques Heers, agrégé en d’histoire en 1949. Entre 1949 et 1951, il devient professeur au Mans, puis à Alençon, et enfin au Prytanée national militaire.
À partir de 1951, il est rattaché au CNRS. Dès lors, il cotoie le grand Fernand Braudel qui l'envoie en Italie préparer un doctorat d'état consacré à Gênes au XVe siècle. Il soutient sa thèse à la Sorbonne en 1958. À son retour d'Italie, il devient l'assistant de Georges Duby à la faculté des Lettres d'Aix-en-Provence. En 1957, il est nommé professeur à l'Université d'Alger où il exerce pendant cinq ans jusqu'en 1962. Par la suite, il est successivement professeur à Caen, Rouen, Université Paris X et à la Sorbonne.
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Bernard Lugan fustige la lâcheté des intellectuels, historiens idéologues, des journalistes/médias et maisons d'édition.



http://www.dailymotion.com/video/x7kluc_bernard-lugan-l-histoire-assassinee_news

jeudi 23 janvier 2014

Le révisionnisme

Origine du mot

Le mot « révisionnisme » est un dérivé du verbe « réviser », issu du latin « revisere », signifiant « revenir voir, examiner à nouveau ». Attesté à partir du XIIIe siècle, ce verbe est d’abord employé dans le sens de « considérer, examiner» ; au XVIe siècle il prend le sens de « soumettre une chose à un nouvel examen », puis, au XVIIIe celui de « revoir un ouvrage ». Ces deux derniers sens perdurent encore et cohabitent aujourd’hui. Le mot « révisionnisme » apparaît en France à la fin du XIXe siècle, à l’occasion de l’affaire Boulanger, et s’impose à l’occasion de l’affaire Dreyfus.

L’Affaire Dreyfus

En 1894, le capitaine Alfred Dreyfus, Alsacien d’origine juive, est accusé d’avoir livré des documents sensibles à l’Allemagne. Au terme de son jugement il est condamné à la prison à perpétuité et déporté au bagne guyanais.
Rapidement toutefois, certains se rendent compte que l’enquête et le procès ont été entachés d’irrégularités, et mènent une campagne pour la « révision » du procès. L’affaire Dreyfus passionne et divise profondément les Français pendant plus de dix ans, les « antidreyfusards » ou « antirévisionnistes » croyant fermement à la culpabilité du capitaine, les « dreyfusards » ou « révisionnistes » remettant en cause la régularité du procès et demandant la réhabilitation de l’homme. C’est donc dans un contexte juridique que le terme entre de plain-pied dans la langue française. Peut être qualifiée de « révisionniste » toute personne qui remet en cause une décision de justice.

Les communistes révisionnistes des années cinquante

L’usage du mot se perd par la suite, pour resurgir dans les années cinquante. En 1948 le maréchal Tito critique le centralisme soviétique et revendique pour son pays, la Yougoslavie, une « voie spécifique ». Cette vague révisionniste de l’héritage de l’URSS en général et de Staline en particulier va prendre de l’ampleur avec la divulgation du rapport Khrouchtchev en 1956 qui dénonce certains aspects de la période stalinienne, comme le culte de la personnalité et des crimes injustifiés. Mao Zedong et le PC chinois sont vent debout contre ce mouvement et nombreux sont les communistes qui, dans le contexte de la Guerre froide, voient dans ces critiques internes une démarche propre à saper l’unité et la confiance du camp communiste. Les stalino-critiques sont qualifiés par les pro-staliniens de « révisionnistes, avec une nouvelle connotation très négative puisque le terme, dans l’esprit de ceux qui l’utilisent, est un quasi-synonyme de « traître ».
C’est donc dans le contexte d’une controverse historique que le terme apparaît une seconde fois. Peut-être considéré comme « révisionniste » toute personne qui estime qu’un événement historique ou une séquence d’événements historiques, tout ou partie, doit être reconsidérée et réécrite.

Les historiens révisionnistes de la Seconde Guerre mondiale

Les deux sens du mot révisionnisme (judiciaire et historique) vont se retrouver dans la troisième incarnation du mot. Dans les années quatre-vingt, un nombre croissant d’historiens, réexaminant certaines séquences du procès de Nuremberg (nov. 1945/oct. 1946), au cours duquel furent jugés des dignitaires nazis pour crimes de guerre, relèvent ce qu’ils identifient comme des irrégularités et des incohérences, et demandent la révision d’un certain nombre de points, touchant notamment à la réalité et aux modalités du génocide des juifs et des tziganes.
Comme ils remettent en question certains éléments cruciaux, comme l’utilisation de chambres à gaz homicides, ces historiens sont également qualifiés de négationnistes par leurs adversaires. Comme dans les années cinquante, le terme est très négativement connoté, mais avec des colorations différentes. Le révisionniste désormais n’est plus un traître (comme au temps de l’affaire. Dreyfus), mais un « nazi », un « antisémite », un « fasciste », et plus récemment, un « conspirationniste ».
L’accusation de « révisionnisme » est d’autant plus redoutable que les députés français ont voté, le 13 juillet 1990, la loi Gayssot, qui interdit toute révision des conclusions du rapport final du procès de Nuremberg, sous peine de lourdes sanctions pénales.

Et de nos jours…

Les termes « révisionniste », et « négationniste » ont été fréquemment employés ces dernières années dans les médias pour qualifier ceux qui remettent en cause le récit d’événements historiques polémiques plus récents, comme les attentats du 11 septembre 2001, le génocide rwandais, ou encore les récents événements de Syrie. Bien que la remise en cause de la version officielle de ces événements ne soit pas pénalement répréhensible, l’utilisation de ces qualificatifs, combinée à l’existence de la loi Gayssot, peut prêter à confusion auprès du grand public, d’autant que de nombreux journalistes n’hésitent pas à opérer cet amalgame quand il est question de ces événements.

Le révisionnisme, consubstantiel à la méthode historique

Cette dérive est d’autant plus étrange que c’est une règle universelle, en science historique, qu’il n’existe pas d’événement ou de séquence d’événements qui ne soit susceptible d’être révisés avec le temps. En effet, les documents pertinents permettant d’éclaircir un événement n’apparaissent jamais tous ensemble, et loin s’en faut qu’on puisse en réunir suffisamment pour aboutir à une version « inrévisable ». C’est d’autant plus vrai quand il s’agit d’événements historiques brûlants qui sont dépendants d’enjeux politiques susceptibles de biaiser l’approche des juges et des historiens. Un bon exemple est celui de la Révolution française, dont l’historiographie a beaucoup fluctué depuis deux siècles, de Tocqueville à Mathiez en passant par Chateaubriand, Michelet, et Furet.
C’est pourquoi la loi Gayssot peut être considérée comme une singularité judiciaire doublée d’une singularité historique. Avec la loi interdisant la remise en cause du génocide arménien votée en 2001 sur son modèle, c’est la seule loi en France qui interdise aux historiens d’opérer un travail de révision sur une séquence historique donnée. La singularité de cette loi est redoublée par le fait qu’elle est adossée aux conclusions d’un procès militaire organisé par le camp des vainqueurs, quelques mois seulement après la guerre.
On peut pour finir souligner cette ironie de l’histoire dans l’évolution de la connotation du mot « révisionniste » en France. Alors que le terme désignait, il y a un siècle, les défenseurs d’un capitaine juif accusé de trahison, le « révisionniste » de nos jours, dans l’imaginaire collectif, est associé mécaniquement à l’antisémitisme et à l’apologie du nazisme.
Etonnant renversement !
 François BelliotChronique Encyclopédique
Décembre 2013
 Source : L’Audible,

jeudi 12 décembre 2013

L’encombrant Monsieur Pétain

Mardi 10 décembre 2013, j’ai regardé, sur France 2, à 20h45, Un jour, une histoire, L’encombrant Monsieur Pétain. Celles et ceux qui le souhaitent, peuvent visionner ce documentaire en replay (voir premier lien en bas de page). Ci-dessous, une petite revue de presse.
Le 10 juillet 1940, par 569 voix contre 80, l’Assemblée nationale investissait le maréchal Pétain de tous les pouvoirs (extraits adaptés ; voir deuxième lien en bas de page). Confrontés au plus grand drame que le pays ait jamais connu, les Français voulaient la paix et acclamèrent un sauveur dans ce vieux soldat. Le film évoque des épisodes méconnus de la fin du régime de Vichy, le procès du maréchal Pétain, son internement à l’île d’Yeu, ses funérailles en 1951, ainsi que le vol de son cercueil, dans des conditions rocambolesques, vingt ans plus tard. S’il s’attache autant à la figure du Maréchal, c’est qu’elle est centrale.
Il faut attendre les années 1970 pour que la collaboration, à peine mentionnée dans les manuels pendant deux décennies, ressurgisse et enflamme les esprits. Grâce à un documentaire de Marcel Ophuls et André Harris, « le Chagrin et la Pitié », censuré par l’ORTF mais diffusé en salles. Grâce aussi au livre d’un historien américain, « la France de Vichy », de Robert Paxton, qui révèle à une France stupéfaite que le maréchal Pétain est à l’origine de la loi sur le statut des juifs – une des plus dures d’Europe – et que les nazis n’ont jamais demandé que les enfants soient déportés – Pierre Laval a pris cette initiative lui-même.
Tout cela était relégué au fond des mémoires. Le mythe de la France unanimement résistante, forgé à la Libération par le général de Gaulle, semblait indestructible. Les 75’000 juifs de France, déportés avec la complicité de la police française et du gouvernement de Vichy tout au long de la guerre, la république ne les reconnaissait pas.
La mémoire officielle continua à refouler les heures noires de notre histoire jusqu’à Jacques Chirac et son fameux discours du 16 juillet 1995, lors des commémorations de la rafle du Vel’ d’Hiv : « Oui, la folie criminelle de l’occupant a été, chacun le sait, secondée par des Français, secondée par l’Etat français ». Un film qui vaut surtout par la qualité des images d’archives souvent inédites et des témoignages, même s’il a tendance à privilégier l’anecdote sur la réflexion historique.
6 juin 1944. Les Alliés débarquent sur les plages de Normandie. Alors que le général de Gaulle appelle depuis Londres les Français à combattre pour la libération du pays, le maréchal Pétain, acclamé à Saint-Etienne, leur demande ne pas se soulever contre l’Occupant (extraits adaptés ; voir troisième lien en bas de page). Deux hommes, deux discours, deux camps qui s’affrontent.
Ces années de profondes divisions, entachées par la collaboration de Pétain et de son gouvernement avec l’Allemagne nazie, la France aura beaucoup du mal à y faire face. Le pouvoir politique s’efforcera de tourner la page, glorifiant les résistants pour faire oublier les collabos, effaçant les crimes de Vichy et sa participation à la Shoah.
Comment le pouvoir politique a tout fait au cours de ces dernières décennies pour tenter de faire oublier ces pages noires de l’histoire de France ? Qui sont ces historiens, ces cinéastes et ces militants qui ont lutté pour que la vérité historique soit établie et reconnue ? De la rafle du Vel d’Hiv en 1942 au discours de Jacques Chirac le 16 juillet 1995, en passant par des épisodes méconnus comme l’exil de Pétain en Allemagne en 44 ou le vol de son cercueil en 1973, ce film raconte l’histoire mouvementée d’un combat pour la mémoire.
Basé sur des images d’archives inédites, tourné dans des lieux emblématiques comme Vichy et l’île d’Yeu, le film repose sur le récit de témoins exceptionnels parmi lesquels Robert Badinter, Roland Dumas et Serge Klarsfeld et l’analyse d’historiens de référence tels que Robert Paxton, Henry Rousso et Marc Ferro.
La traduction en 1973 de son ouvrage La France de Vichy marque une rupture souvent considérée comme décisive dans l’historiographie de la France sous l’Occupation (extraits adaptés ; voir quatrième lien en bas de page). Dans sa préface, Stanley Hoffmann soutient que « sur deux points capitaux, l’apport de Paxton est révolutionnaire » : il n’y a pas eu double jeu de la part de Vichy, et le régime n’a pas joué l’effet de « bouclier » en épargnant certaines souffrances aux Français. Plus tard, les historiens Henry Rousso et Jean-Pierre Azéma opposeront Paxton à Robert Aron dont l’ouvrage l’Histoire de Vichy a connu un succès certain entre sa parution et la fin des années 1970.
Selon Rousso et Azéma, Aron aurait défendu l’idée que Pétain, le bouclier des Français, aurait su jouer double jeu avec Hitler. Ces historiens mettent notamment l’accent sur la conclusion de Robert Aron : « Négociations secrètes, télégrammes clandestins, mesures dilatoires, impossibles à percevoir par l’opinion, ne cessent de réduire la collaboration proclamée ».
Par rapport aux thèses de l’essayiste Robert Aron, Paxton bouleverse la lecture de l’histoire du régime de Vichy en affirmant que le gouvernement de Vichy a non seulement collaboré en devançant les ordres allemands : il a aussi voulu s’associer à l’« ordre nouveau » des nazis avec son projet de Révolution nationale.
Selon Henry Rousso : « La France de Vichy a proposé tout d’abord une interprétation globale du régime, de son idéologie et de son action concrète, qui a mis en lumière la profonde cohérence du projet vichyste. Celle-ci s’articule autour de l’idée centrale selon laquelle les élites dirigeantes du régime ont eu une assez claire conscience du lien qui existait entre les choix de politique extérieure et de politique intérieure, entre la collaboration d’État – un concept mis en avant par Stanley Hoffmann et consacré désormais par l’usage -, qui croyait redonner à la France une part de souveraineté perdue dans la défaite, et la Révolution nationale, une idéologie et une pratique qui visaient à la constitution d’un régime en rupture avec l’héritage républicain. La grande originalité de ce livre est d’expliquer de manière concrète et argumentée en quoi la collaboration d’État constituait une condition nécessaire, mais non suffisante, à la réalisation de la Révolution nationale ».
En s’appuyant sur les archives américaines et allemandes, l’entreprise de Paxton vise à démolir l’idée d’un Vichy jouant double-jeu et qui tentait de sauver tout ce qui pouvait l’être. Au contraire, Pétain et Laval ont toujours recherché la collaboration avec l’Allemagne nazie, et multiplié jusqu’au bout les signes et les gages de leur bonne volonté à s’entendre avec le vainqueur, allant souvent spontanément au-devant des exigences allemandes.
Loin d’avoir protégé les Français, le concours de Vichy a permis aux Allemands de réaliser plus facilement tous leurs projets – pillage économique et alimentaire, déportation des Juifs, exil forcé de la main-d’œuvre en Allemagne. Avec leur peu de troupes, de policiers et de fonctionnaires, jamais les Allemands n’auraient pu gérer un pays développé aussi vaste sans le concours actif du gouvernement, de l’administration et de la police.
Quant au supposé double jeu de Vichy, toujours selon Paxton, il n’a jamais existé. Les rares contacts officieux et sans suite avec Londres, fin 1940, démesurément gonflés et surinterprétés après la guerre par les partisans de Vichy, ne pèsent rien au regard de la réalité de la Collaboration, indéfectiblement poursuivie jusqu’à l’été 1944 inclus.
Paxton a également remis en lumière le programme de « Révolution nationale » appliqué par Vichy. L’État français n’est pas qu’un accident de l’histoire, une parenthèse ou une pure antenne de l’occupant. Il puise dans diverses traditions françaises de longue durée et doit beaucoup aux divisions franco-françaises des années 1930. Son programme mêlant projets réactionnaires et modernisateurs ne manque nullement de cohérence, et il est parfaitement autonome. Les Allemands n’ont en rien imposé la fondation de ce nouveau régime, et les statuts des Juifs par exemple furent des initiatives françaises prises sans la moindre pression de l’occupant.
Paxton montre enfin que Révolution nationale et Collaboration sont les deux faces de la même médaille : pour appliquer la première, Vichy a besoin de l’entente avec un Reich victorieux. Il ne perçoit pas la dimension planétaire du conflit, croit la guerre finie avec la défaite de la France, et de toute façon, une victoire alliée ne ferait que ramener les Juifs, les francs-maçons, les communistes et les républicains.
Dans les trente années qui ont suivi la parution de La France de Vichy, de nombreux historiens comme Rousso ou Azéma se revendiquent comme héritiers de Paxton, en apportant des approfondissements variés et diverses nuances.
Dans Vichy et les Juifs (1981), Marrus et Paxton insistent non seulement sur la collaboration entre Allemands et Français dans la déportation des Juifs, mais aussi sur le soutien qu’a reçu la législation antisémite de la part de l’ensemble de la population. Le premier à s’inscrire en faux contre cette description de l’opinion publique fut Serge Klarsfeld. Depuis, note Renée Poznanski, la description d’une société impliquée dans son ensemble continue d’être contestée.
M. Garroté réd chef www.dreuz.info
Sources :

Toujours cette période pour culpabiliser les Français et faire haïr les grands parents par les enfants! en ce qui concerne le maréchal, vous auriez prefere un gauleiter avec toutes ses consequences? JE PRÉFÈRE LIRE AMOUROUX ou ANNIE KRIEGEL qui reconnaissait le régime de Vichy comme un moindre mal
On peut disserter pendant longtemps encore sur Vichy et sur la collaboration. Mon opinion est cependant qu’il faut en dissocier la personnalité du Maréchal Pétain. Son grand âge a été sa faiblesse. Il a été manœuvré, abusé, désinformé par une bande de voyous (dont beaucoup étaient des socialistes!) après que les élus de la 3e république se soient empressés de lui refiler le bébé quand la situation de la France était désespérée. Et je suis convaincu qu’on lui a fait couvrir les persécutions antisémites en lui mentant et en utilisant sa signature. Beaucoup d’historiens s’accordent maintenant pour reconnaître que l’Armistice, loin d’être une trahison, était inévitable. Poursuivre la lutte était utopique et aurait accru les exactions, les destructions et le nombre de victimes dans des proportions considérables. N’oublions pas que l’Armée d’Afrique reconstituée clandestinement en AFN par le général Weygand a fourni le gros des troupes du Corps Expéditionnaire en Italie, puis de l’Armée De Lattre, sans parler de la Divison Leclerc. Churchill dira de Pétain: « Je respecte profondément la personne du Maréchal Pétain. Je sais qu’à sa place, il serait difficile de faire mieux. Il a à jouer une partie surhumaine, surhumaine vraiment. » Cette partie fut malheureusement au-dessus de ses forces déclinantes…
C’est encore de la propagande américaine pour affaiblir et humilier la France. Je pense que l’initiative de cette barbarie est à mettre sur le compte d’abord des nazis, ensuite les Français ont organisé avec zèle. Il faudrait que les Français ne s’en remettent pas pour tout, aux historiens, gourous étrangers.
Je n’oublie pas, je connais parfaitement les sabotages et autres ignominies dont se rendit responsable le « parti des fusillés » avant que son maître moscovite lui donne l’ordre de combattre le nazisme. 

mercredi 4 décembre 2013

Immigration. Michèle Tribalat : «Aucun privilège n’est accordé aux Européens ou à leur héritage»


Michèle Tribalat, directrice de recherches à l’Institut national d’études démographiques (INED), est interrogée par La Nef (N°254 de décembre 2013).
• Peut-on dire que la France et l’Union européenne (UE) ont opté pour un modèle multiculturaliste ?
Bien que l’intégration ne soit pas encore une compétence européenne, les pays de l’UE se sont mis d’accord, lors du Conseil du 19 novembre 2004, sur onze principes de base communs, qui les engagent.
L’intégration dont il est question ne reconnaît aucune asymétrie entre les sociétés d’accueil et les nouveaux venus. Aucun privilège n’est accordé aux Européens ou à leur héritage. Toutes les cultures ont même droit de cité. On ne reconnaît pas de culture européenne substantielle qu’il pourrait être utile de préserver.
• Pourquoi notre modèle d’assimilation ne fonctionne-t-il plus ? Et quelle différence faites-vous entre assimilation et intégration ?
L’assimilation désigne un processus de mélanges et de convergence des comportements. Le modèle est asymétrique. C’est des nouveaux venus que sont attendus la plupart des efforts. Même si la sociétéd’accueil se transforme, elle ne perd pas le sentiment de continuité avec son histoire.
Comme l’écrit Huntington (Qui sommes-nous ?, Odile Jacob, 2012), le plébiscite de tous les jours dont parle Renan porte sur le fait de savoir si l’on garde et prolonge l’héritage ou non.Pour fonctionner, l’assimilation nécessite que les nouveaux venus acceptent d’être ceux qui ont l’essentiel des efforts à faire. Il faut aussi que le corps social dans son entier soit acquis à ce projet. Ce n’est plus le cas.
• Comment l’islam a-t-il changé le problème de l’assimilation ?
C’est alors que l’assimilation rencontrait des difficultés – avec l’importance croissante de la population musulmane – que nous avons changé de pied et opté pour un discours victimisant à outrance les immigrés et plus récemment les musulmans. Ils sont les représentants de la diversité tellement désirable et bénéfique. C’est l’intolérance des « autochtones » que l’on surveille désormais comme le lait sur le feu. […]