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lundi 26 août 2013

Soudan : la guerre secrète américano-chinoise

Par Severin TCHETCHOUA TCHOKONTE

La guerre secrète américano-chinoise au Soudan constitue un des théâtres sur lesquels l’affrontement de ces deux grandes puissances autour du contrôle et de l’exploitation des matières premières africaine est exacerbée. Pour comprendre les raisons de cet affrontement, il est nécessaire d’interroger les enjeux géopolitiques et géoéconomiques de la nouvelle politique africaine des Etats-Unis et de la Chine. Ce conflit d’intérêt américano-chinois participe de la quête de puissance décisive sur la scène internationale, des nouvelles guerres économiques que se livrent les grandes puissances sur le sol africain depuis la fin de la guerre froide. Le soutien indéfectible de la Chine au régime de Khartoum et la scission du pays survenue en juillet 2011 sont autant d’indices qui permettent d’observer la « guerre secrète » que se livrent ces puissances au Soudan.
L’OPPOSITION STRATEGIQUE entre les Etats-Unis et la Chine en Afrique autour du contrôle et de l’exploitation des matières premières est matérialisée par un certain nombre de conflits localisés. Cette opposition est-elle une lente renaissance de certains aspects de la guerre froide ? En effet, l’âpreté de cette confrontation est l’expression de l’importance des matières premières africaines pour leur survie économique et l’expression de leur puissance sur la scène internationale. L’Afrique devient un enjeu énergétique majeur pour ces deux grandes puissances économiques. En 2008, la Chine importait 32% du pétrole africain contre 80% pour les Etats-Unis (Julien Bokilo ; 2012 : 46). Cette « guerre secrète », sino-américaine en Afrique est observable sur plusieurs théâtres, notamment au Soudan, où la scission du pays et la naissance du Sud-Soudan en juillet 2011 constitue un des indices les plus révélateurs de l’ « affrontement larvé » (Fweley Diangitukwa ; 2009 : 123) auquel se livrent ces deux puissances dans le pays. Rendre compte de cette opposition stratégique sino-américaine au Soudan revient à analyser les enjeux de cette rivalité (I) et à présenter les indices de cet affrontement (II).

I. Les enjeux de l’affrontement américano-chinois au Soudan 

L’Afrique est un théâtre de l’affrontement économique et diplomatique entre Pékin et Washington autour du contrôle et de l’exploitation des matières premières. En effet, « les matières premières africaines détériorent les relations entre les deux grandes puissances USA et Chine » (Julien Bokilo ; 2012 : 32). Ces deux puissances se livrent une « compétition larvée » pour acquérir le pétrole africain. Dans la course aux matières premières qui l’oppose principalement à la Chine en Afrique, les Etats-Unis utilisent divers stratagèmes pour affaiblir les régimes africains amis de Pékin, parmi lesquels figure le Soudan [1]. La détermination dugouvernement américain à fragiliser, voire à disloquer le Soudan participe de cette logique. Le contrôle des côtes maritimes soudanaises est un enjeu stratégique majeur [2] dans cette opposition stratégique (Raphael Rossignol ; 2011 : 291-299). Washington est déterminé à faire de Port-Soudan une « pompe à essence » pour son armée et son économie, mais également à faire passer le Soudan dans sa sphère d’influence, face aux velléités chinoises. Aussi, cerner les enjeux de la « guerre secrète » que se livrent les Etats-Unis et la Chine dans ce pays revient-il à analyser les raisons de la défiance américaine (A) et du soutien de la Chine vis-à-vis du régime de Khartoum (B).

A. Les raisons de la défiance américaine : le Soudan une plaque tournante du terrorisme international et une menace pour la sécurité américaine

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, l’Afrique constitue « une priorité stratégique majeure » pour les Etats-Unis (Fogue Tedom ; 2010 : 258-263). Pourtant, en matière d’insécurité, ce continent n’est pas en odeur de sainteté. Il subit l’influence des idéologies radicales du Moyen-Orient, lorsque ce ne sont pas ses fils –notamment ceux de l’Est, du Sahel et du Maghreb- qui se déplacent pour soutenir la résistance des activistes dans cette région. Plus exactement, la combinaison des facteurs tels que le partage d’un certain nombre de réalités sociopolitiques [3] avec le Moyen-Orient, leur proximité géographique, et la capacité relative du continent à faire face au flux de menaces transnationales qui passent ou se développent sur son territoire, le rend pour le moins préoccupant (Nzeugang Alexis ; 2010 : 298). L’Afrique de l’Est, notamment le Soudan et la Somalie, constitue de « véritables sanctuaires » pour le terrorisme international. En effet, depuis le coup d’état perpétré en 1989 par le général al-Bachir et son éminence grise, Hassan al-Tourabi [4], Khartoum fut transformée en « capitale africaine de la révolution islamique » (Pierre Péan ; 2011 : 256). 
Afin d’endiguer cette menace terroriste, les Etats-Unis mettent sur pieds une « sainte alliance contre Khartoum  ». Dans cette lutte anti-islamiste, le gouvernement américain instrumentalise ses relais africains, à savoir le président Yoweri Museveni, Aferwerki [5] et Meles Zenawi. En effet, depuis la prise de fonction de l’administration Clinton, un front anti-islamiste s’est formé aux Etats-Unis. Le 18 aout 1993, le département d’Etat inscrit le Soudan sur la liste des Etats soutenant le terrorisme, ce qui fait de lui un « Etat voyou ». Madeleine Albright, nouvelle représentante des Etats-Unis auprès des Nations-Unies, s’est intéressée à l’importance du Soudan dans la perspective du conflit moyen-oriental. Cette dernière s’est interrogée sur l’opportunité de renverser le régime Bachir/Tourabi au profit d’un gouvernement Garang. Un tel changement à la tête du Soudan sécuriserait la politique de pression exercée sur les palestiniens. C’est dans cette optique que « le soutien de basse intensité à Paul Kagamé va se transformer avec Clinton en engagement ferme pour l’aider à prendre le pouvoir et, de la sorte, faire plaisir à Museveni, plus que jamais l’homme-clé du système qui se met en place, et rendre par là plus cohérente l’association des guerriers africains chrétiens autour de John Garang » (Pierre Péan, 2011 : 292-293). 
L’attentat contre le World Trade Center de New York de février 1993 [6] renforça la détermination de Washington à mettre en place des voies et moyens pour continuer à exercer une forte pression sur Khartoum. Ce séjour de Ben Laden au Soudan de 1991 à 1996 renforce la détermination de Washington à neutraliser [7] le régime de Khartoum. Susan Rice affirme a cet effet : « le Soudan est le seul Etat africain sub-saharien à constituer une menace pour les intérêts et la sécurité des Etats-Unis  » (Pierre Péan ; 2011 : 444). Le président Clinton, s’inscrivant lui aussi dans cette logique prend en novembre 1997, l’Executive Order 13067 aggravant les sanctions contre Khartoum. Le dernier paragraphe de cette mesure explique que : « la situation au Soudan représente une exceptionnelle et inhabituelle menace pour la sécurité nationale et la politique étrangère des Etats-Unis (…). Le gouvernement de Washington s’oppose à l’action et à la politique de Khartoum, particulièrement pour son soutien au terrorisme international (…) » (Pierre Péan ; 2011 : 444).
Cependant, on dénote une certaine ambiguïté de la part des États-Unis, critique par rapport au Darfour, mais soutenant le gouvernement soudanais dans sa lutte contre le terrorisme. Le gouvernement soudanais, a fourni secrètement ses espions (Mukhabarat) aux États-Unis pour recueillir des informations sur l’insurrection en Irak (Tanguy Struye ; 2010 : 81). Khartoum aurait également assisté les États-Unis lors du renversement des Tribunaux islamiques en Somalie, en maintenant un contact avec les membres modérés de ces Tribunaux et avec certains chefs de guerre.

B. Le Soudan un important fournisseur d’hydrocarbures de la Chine 

En 2010, la Chine est devenue le premier consommateur mondial d’énergie, devançant les Etats-Unis (Paillard Christophe Alexandre ; 2011 : 417). Aussi, pourles autorités politiques chinoises, le pétrole est-il devenu une véritable « obsession nationale ». Ne disposant que de 1,7% de réserves mondiales d’hydrocarbures, ses besoins croissent de façon vertigineuse. Vers 2020, la Chine devra importer chaque jour entre 10 et 15 millions de barils, plus du double de la production actuelle de l’Arabie Saoudite, l’équivalent de toute la production africaine (Serge Michel et Michel Beuret ; 2008 : 272). Pour pallier cet important déficit énergétique, la Chine déploie sur l’ensemble des zones stratégiques de la planète, une véritable « diplomatie des ressources ». Elle opère un important réexamen de sa politique d’importation de pétrole et met en œuvre une nouvelle politique énergétique. Dans cette perspective, l’intérêt géostratégique pour l’Afrique croît de façon exponentielle dans la politique énergétique chinoise. Pour la Chine, les pays africains constituent une sorte de « terre promise » (Fogue Tedom ; 2010 : 265). Au rang de ces derniers figure le Soudan.
Le Soudan dispose d’un sous-sol riche en hydrocarbures, le brut soudanais assouvit à lui seul 10% des besoins pétroliers chinois. En 2008, exportait quotidiennement en moyenne 800 000 barils de pétrole du Soudan (Serge Michel et Michel Beuret ; 2008 : 268). Le Soudan est le seul pays du continent africain où la Chine s’adonne à la production pétrolière avec ses propres installations. Cela sera d’ailleurs considéré comme un tel succès à Pékin que tous les dirigeants de la CNPC seront récompensés d’un avancement hiérarchique au sein du parti communiste. La Chine y exploite le pétrole dans le bassin de Muglad, par le biais de la China National Petroleum Corporation (CNPC), elle est devenue le premier acheteur de pétrole et possède plus de 40% du consortium soudanais Greater Nile Petroleum Operating Compagny (GNPOC) (Fweley Diangitukwa ; 2009 : 139).

II. Les indices de la guerre secrète américano-chinoise au Soudan

La guerre secrète américano-chinoise au Soudan se matérialise par le soutien de la Chine au régime de Khartoum (A), d’une part, et par la scission du pays et la création du Sud Soudan, orchestrée par la Etats-Unis, d’autre part (B).

A. Le soutien de Pékin au régime de Khartoum

L’intensification de la coopération bilatérale entre la Chine et le Soudan dans les domaines de la construction, de l’agriculture, de l’éducation et de la santé, couplée à une importante aide financière, fait de la Chine le plus important partenaire économique du Soudan. Les échanges entre les deux pays ont dépassé le seuil de trois milliards de dollars en 2009. Aussi la Chine est-elle déterminée à protéger le régime soudanais contre les pressions des puissances occidentales. En effet, la Chine « apporte son soutien au Soudan au Conseil de sécurité de l’ONU sur la question du Darfour. Quand le président Omar al-Bachir s’est opposé au déploiement des troupes onusiennes en remplacement des soldats de l’Union africaine dans la région de l’Ouest, la Chine, qui n’avait pas voté la résolution en ce sens, s’est aussi opposée à l’adoption de toute sanction visant le régime soudanais, avant de refuser, fin 2006, une action internationale commune dans le cadre du règlement du conflit. Privilégiant ses intérêts avec Khartoum (…) » (Pierre Péan ; 2011 : 481). 
En effet, en 2004, Pékin menace de faire usage de son droit de véto contre la résolution 1564 du Conseil de sécurité, au sujet d’un embargo décrété sur les armes à destination du Soudan, proposé par les Américains. Bien plus, en août 2006, grâce au soutien chinois le régime de Khartoum résiste aux pressions internationales, notamment celles du Conseil de sécurité des Nations-Unies qui, par l’entremise de la résolution 1706 prévoyait envoyer 17 300 casques bleus, relever les 7 000 casques blancs de l’Union africaine. Qui plus est, le 23 octobre, Jan Pronk, le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU, est expulsé du Soudan. Ainsi, « à mesure que les sanctions américaines et internationales s’intensifient, l’emprise de la Chine sur le Soudan se renforce » (Serge Michel et Michel Beuret ; 2008 : 242-243).
La communauté internationale se trouve obligée de négocier avec la Chine pour l’envoi des casques bleus. Pékin, en position de force, soumet à conditions sa participation à cette mission. La Chine se présente comme une « planche de salut », qui investit lourdement au Soudan, lui livre des armes et lui offre au conseil de sécurité des Nations-Unies une protection sans faille.

B. Les Etats-Unis et la dislocation du Soudan 

Les attentats du 11 Septembre 2001 aux Etats-Unis, la diminution des réserves nationales de pétrole et la dépendance qu’elle génère vis-à-vis des fournisseurs étrangers, combinés à la nationalisation du pétrole par Hugo Chavez, défunt-président de la République bolivarienne du Venezuela, ont poussé l’ensemble de la classe politique américaine à redéfinir de nouvelles zones d’intérêt stratégique pour ses approvisionnements en énergie [8]. C’est dire que pareillement aux autres puissances industrielles, les ressources africaines, soudanaises notamment, intéressent grandement les Etats-Unis (Fogue Tedom : 2010). En effet, le soutien des États-Unis au gouvernement du Sud-Soudan vise, depuis la proclamation de l’indépendance du Sud le 9 juillet 2011, à priver la Chine d’accès aux champs pétroliers appartenant désormais au 193e État de la planète : quelque 80 % des réserves de l’ex-Soudan (Raphael Rossignol : 2011). Pour s’octroyer ces importantes ressources pétrolières, endiguer la pénétration chinoise dans le pays et neutraliser le régime islamiste de Khartoum, les Etats-Unis mettent à contribution l’ensemble de leur dispositif de puissance. L’intérêt porté au Soudan par les Américains s’est confirmé sous la présidence Obama par la nomination d’un envoyé spécial, Scott Gration, général à la retraite. Sa tâche fut de promouvoir une politique d’ouverture envers le gouvernement soudanais en jouant la politique de la carotte et du bâton (pression et incitations), tout en veillant à garantir les intérêts américains au Sud. 
Le gouvernement américain apporte, tout d’abord, un soutien multiforme au SPLA de John Garang. A cet effet, le colonel américain Richard Orth joua un rôle clé dans l’approvisionnement en armes du SPLA. Dans cette bataille stratégique, Washington associe, dans une logique néoréaliste, sa société civile. C’est dans ce cadre que des actions des personnages tels que Roger Winter [9] ont grandement contribué à l’affaiblissement, voire à la dislocation du Soudan. En effet, pour ce dernier, la meilleure solution pour arrêter la guerre entre le Nord et le Sud du Soudan est que : « le Sud auquel s’adjoindraient peut-être quelques petites zones de conflit, soit dissocié du Nord-Soudan et constitue, en fait, un pays indépendant et souverain  » (Pierre Péan ; 2011 : 436). Il a assisté à toutes les réunions du bureau politique du SPLA. Lors d’une conférence de presse donnée à l’Institut de la paix (US Institute for Peace) à Washington le 17 septembre 1997, Roger Winter demande « le soutien total du gouvernement américain à une guerre destinée à abattre le gouvernement de Khartoum, même si (il sait) qu’elle entrainera une catastrophe humanitaire (…). Ce serait une guerre par proxies interposés, utilisant les troupes ougandaises et érythréennes, avec les armes, la logistique et l’entrainement américains  » (Pierre Péan ; 2011 : 443). En 2004, il est nommé représentant spécial du département d’état dans les négociations entre Khartoum et les rebelles du Sud-Soudan. Négociations qui ont abouti aucomprehensive peace agreement (Accord global de Paix), qui a mis fin à la guerre entre le Nord et le Sud et ont permis au Sud d’être indépendant en 2011. Les liaisons entre John Garang et les mouvements rebelles du Darfour sont assurées par Roger Winter, ce dernier joue un rôle déterminant dans leur approvisionnement en armes, munitions, et en avions, via la liaison Nairobi (Wilson Airport)- Rumbek, ville du Sud-Soudan où les appareils font le plein de kerosène et de munitions avant de s’envoler vers un aérodrome du Nord-Darfour. Il est depuis l’indépendance du Sud-Soudan, conseiller du gouvernement de Juba. 
Bien plus, allié de Washington dans la lutte contre le terrorisme international, Israël considère le Soudan comme très dangereux, parce que potentiellement capable de soutenir ses ennemis. Aussi, lors d’une conférence à l’Institut de la sécurité, le ministre israélien de la sécurité intérieure, Avi Dichter, déclarait début septembre 2008, « Nous devons faire de sorte que le Soudan soit constamment préoccupé par ses problèmes intérieurs  » (Pierre Péan ; 2011 : 281). Il poursuit, « il est important que le Soudan n’arrive pas à se stabiliser durablement. Important qu’Israël ait maintenu le conflit au Sud-Soudan, pendant trois décennies, et qu’il le maintienne maintenant à l’Ouest du Soudan. Il faut éviter que le Soudan devienne une puissance régionale exerçant une influence en Afrique et dans le monde arabe (…).Dichter poursuit, « il y a aux USA des forces importantes qui, pour obtenir l’indépendance du Sud-Soudan, seraient favorables à une ingérence appuyée au Soudan et au Darfour, sur le modèle du Kosovo(…) » (Pierre Péan ; 2011 :28). 
Cette posture a permis à Washington d’affaiblir le Soudan, un des plus importants partenaires africains de la Chine, en suscitant sa dislocation. Cette scission est d’autant plus préjudiciable pour Pékin que les 3/4 [10] des ressources pétrolières se trouvent dans le sud, dans la sphère d’influence américaine. Mais, à l’issue de la visite de Madame H. Clinton, le 3 août 2012, à Juba au Soudan du Sud, un accord a été signé entre les deux parties. L’accord prévoit le payement par Juba à Khartoum de 9.48 dollars par baril exporté pendant trois ans et demi [11]. Le Sud a par ailleurs accepté de verser près de 3 milliards de dollars à son voisin pour compenser les pertes de revenus depuis la partition en juillet 2011. 

Conclusion

La guerre secrète américano-chinoise au Soudan constitue un des théâtres sur lesquels l’affrontement de ces deux grandes puissances autour du contrôle et de l’exploitation des matières premières africaine est exacerbée (Tchokonte Severin : 2011). Pour comprendre les raisons de cet affrontement, il est nécessaire d’interroger les enjeux géopolitiques et géoéconomiques de la nouvelle politique africaine des Etats-Unis et de la Chine (Fogue Tedom ; 2010 : 255-293). Ce conflit d’intérêt américano-chinois participe de la quête de puissance décisive sur la scène internationale, des nouvelles guerres économiques que se livrent les grandes puissances sur le sol africain depuis la fin de la guerre froide. Le soutien indéfectible de la Chine au régime de Khartoum et la scission du pays survenue en juillet 2011 sont autant d’indices qui permettent d’observer la « guerre secrète » que se livrent ces puissances au Soudan.
Copyright Août 2013-Tchokonte/Diploweb.com

Bibliographie 
Bokilo Julien, 2012, La Chine en Afrique : la Chine en concurrence avec les anciens partenaires de l’Afrique et les pays Brics, Paris, L’Harmattan, 92 p. 
Fweley Diangitukwa, 2009, Les grandes puissances et le pétrole africain : Etats-Unis et Chine : une compétition larvée pour l’hégémonie planétaire, Paris, L’Harmattan, 197 p. 
Paillard Christophe Alexandre, 2011, Les nouvelles guerres économiques, Paris, Ophrys, 633 p. 
Serge Michel & Michel Beuret, (2008), La Chinafrique. Pékin à la conquête du continent noir, Paris, Grasset et Fasquelle, 348 p. 
Tanguy Struye, 2010, La Chine et les grandes puissances en Afrique : une approche géostratégique et géoéconomique, presses universitaires de Louvain, 192 p.
Fogue Tedom Alain, « Le mythe de la marginalisation stratégique de l’Afrique : analyse de la dynamique américano-chinoise autour du pétrole africain », in Maurice Kamto et al, 2010, L’Afrique dans un monde en mutation : dynamiques internes ; marginalisation internationale ?, Paris, Afredit, pp. 255-293. 
Raphaël Rossignol « Le Soudan, des conflits régionalement enchâssés sur fond de rivalité sino-américaine », Outre-Terre 4/2011 (n° 30), p. 291-299.
Pierre Péan, Carnages : les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique, Paris, Fayard, 2011, 570 p.
Tchokonte Severin, « Le projet géostratégique de la Chine en Afrique », Géostratégiques N°33, 4e trimestre 2011, pp. 121-143. 
Nzeugang, Alexis, 2010, « Les Etats-Unis en Afrique après le 11 septembre : dynamiques locales d’une puissance globale », thèse de doctorat en science politique, Université de Yaoundé-Soa.
[1] En 1978, la compagnie américaine Chevron découvre une importante quantité de pétrole dans le sud soudan. Conscient de l’importance du gisement, le dictateur Numeiri tenta de modifier les frontières avec les provinces du Sud pour garantir au Nord un accès à l’or noir. Cette manœuvre pousse le Sud à se révolter en 1983 sous la bannière du SPLA. Au fil des années, les Etats-Unis accentuent leur pression sur Khartoum, accusé de nombreux crimes, mais surtout d’abriter depuis 1993 Oussama Ben Laden. En 1997, Bill Clinton décrète un embargo contre le Soudan, provoquant l’expulsion de Chevron, de General Motors et de toutes les compagnies américaines, laissant vacant une place que la Chine ne tardera pas à occuper. Voir, Serge Michel et Michel Beuret, La Chinafrique : Pékin à la conquête du continent noir, Paris, Grasset, 2008, p.242.
[2] Le Nord-Soudan borde la mer Rouge et constitue un lieu de passage entre le canal de Suez et le détroit de Bab el-Mandeb sur les routes commerciales vers l’Asie. Voir, Raphaël Rossignol « Le Soudan, des conflits régionalement enchâssés sur fond de rivalité sino-américaine », Outre-Terre 4/2011 (n° 30), p. 291-299.
[3] Une forte communauté musulmane, développement de l’islamisme radical, des griefs à faire valoir à l’encontre de l’occident, instabilité politique, multiplicité des régimes autoritaires, abondance des richesses naturelles, mal gouvernance, pauvreté, faiblesses de l’Etat etc.
[4] Ancien leader des frères musulmans soudanais, Hassan al-Tourabi prêche un panarabisme islamique en symbiose militante avec tous les mouvements islamistes du monde arabe. Il renforce la charia en 1991. Voir, Pierre Péan, Carnages : les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique, Paris, Fayard, 2011, p. 256.
[5] Isaias Aferwerki, leader du Front de Libération du peuple érythréen, qui a remporté la guerre contre l’Ethiopie et a déclaré de fait l’indépendance de l’Erythrée en 1991, est élu par référendum président de la République en 1993. Voir Pierre Péan, Op.cit., p.279.
[6] Cet attentat qui avait pour objectif de faire basculer la tour nord sur la tour sud et de tuer de milliers de civils, tua 6 personnes et en blessa 1042. La National Security Agency (NSA) réussit à décrypter les écoutes téléphoniques entre la mission soudanaise à l’ONU et le ministère des affaires étrangères à Khartoum. Le 24 Juin 1993, le FBI arrête huit personnes, dont cinq possédant un passeport soudanais. Les interceptions indiquent clairement que Khartoum est derrière l’attentat. Voir Pierre Péan, Ibid. p.293.
[7] En 1995, alors qu’il abritait encore Oussama Ben Laden - et peu de temps après avoir accepté de laisser la France s’emparer à Khartoum du terroriste Carlos – le Soudan est au ban des nations, classé « état voyou » par l’administration Clinton qui n’allait pas tarder à bombarder une usine pharmaceutique au nord de la capitale en prétendant qu’elle mettait au point des armes bactériologiques. Voir, Serge Michel et Michel Beuret, La Chinafrique : Pékin à la conquête du continent noir, Op.cit, p. 271.
[8] NDLR : La mise en valeur des hydrocarbures non conventionnels change la donne par la suite
[9] Parlant de Roger Winter, néoconservateur américain, Mr. Ghazi Salahdin, conseiller du président Omar Hassan El Bachir affirme : « il est à l’origine de beaucoup de nos difficultés. C’est une des personnes les plus dangereuses pour le Soudan ». Voir, Pierre Péan, Op.cit., p.281.
[10] Voir, « Le Sud-Soudan vers l’indépendance », Le monde : Bilan Géostratégie 2011. p.108.
[11] 10 Voir, « L’accord signé entre les deux Soudans porte sur le partage des dividendes issus du pétrole », rfi.fr, consulté le 06/08/2012.

lundi 30 avril 2012

Soudan : l’Etat du Nil Blanc expulse 12.000 Sud-Soudanais

Le gouverneur de l’Etat du Nil Blanc, un Etat soudanais frontalier du Soudan du Sud, a donné un délai d’une semaine à 12.000 Sud-Soudanais pour quitter le pays, a rapporté dimanche l’agence de presse officielle soudanaise Suna. Le gouverneur de l’Etat du Nil Blanc, Youssef al-Chambali, a confirmé avoir fixé au 5 mai le délai pour le départ des Sudistes qui attendent à Kosti dans l’Etat du Nil Blanc, sur une aire de repos, selon Suna. « La présence de Sudistes à Kosti menace la sécurité et le climat pour les habitants de Kosti », a-t-il dit. (AFP).

mercredi 25 avril 2012

Sud Soudan : Va-t-on une fois de plus se taire et laisser l’irréparable se commettre sous nos yeux ?

Oubliées les poursuites de la CPI et le mandat d’arrêt international pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité lancé contre le président soudanais.

Le puissant Soudan du Nord, bien équipé militairement vient d’envoyer ses Mig 29 et un Antonov bombarder des marchés au Sud Soudan.
Le Sud Soudan qui ne dispose pas d’aviation ne peut pas vraiment répliquer.

Des enfants ont été tués.

Les médias occidentaux, produisent des dépêches « équilibrées ».
Au mieux d’une neutralité glaciale au pire d’une partialité déroutante.
Les agences de presse qui semblent dans l’impossibilité de livrer des informations fiables reproduisent les communiqués du Soudan islamiste (et allié de l’Iran) qui jure la main sur le cœur que son aviation n’a procédé à aucun bombardement.

Des bombardements que l’ONU condamne, tout en prenant la précaution d’appeler les victimes sud soudanaises à cesser également les hostilités. 

Alors qui se soucie du Sud Soudan ?
Le Rwanda. Le Rwanda victime du dernier génocide du 20ème siècle dans l’indifférence des Nations, d’avril à juillet 1994.
Déjà présent au Darfour dans le cadre d’une mission de l’ONU avec presque autant d’hommes sur le terrain que la France en maintient en Afghanistan.
Le principal journal de Kigali titre : « on ne peut pas abandonner le Sud-Soudan ».
Un contingent de 850 soldats rwandais (en plus des 3200 hommes des Forces de Défense du Rwanda présents au Darfour) est en cours de déploiement dans le cadre de la mission des Nations Unies pour le Sud Soudan.
Pour le chef d’Etat Major des Armées, le Lieutenant Général Charles Kayonga,  la présence rwandaise au côté du sud soudan est une obligation morale,  induite par la nouvelle constitution rwandaise.
Rwanda has to be ready to rescue and not to abandon those in need. I request you to serve humanity as you did in 1994 when you stopped the Genocide and liberated this country.
Le contingent de 850 hommes dépêché au Sud Soudan rejoint un détachement de 150 hommes bien équipés, déjà arrivé sur place via l’Ouganda.

Les troupes rwandaises vont stationner en Equatoria formé de 3 provinces historiques du Sud Soudan, l’Equatoria oriental, central et occidental (le Sud Soudan est une fédération de 10 états).
L’Equatoria, hautement stratégique, dispose de frontières communes avec la République Centrafricaine, la République Démocratique du Congo, l’Ouganda, le Kenya et l’Éthiopie…
Par ailleurs, les trois quarts des réserves pétrolières soudanaises se trouvent au Sud soudan qui hérite ainsi d’un pactole  potentiel de 6,5 milliards de barils. Le Sud Soudan apparaît déjà comme le futur troisième producteur de pétrole en Afrique après le Nigeria et l’Angola. D’où le bellicisme du Nord. Et certains silences embarrassés.

vendredi 20 avril 2012

Is war between the Sudans inevitable?

Sudanese President Omar al-Bashir salutes during a visit to al-Obeid, North Kordofan, Sudan, Thursday, April 19, 2012 President Bashir's actions do not always live up to his rhetoric
Sudan and South Sudan are at war - of sorts - and have been for longer than it appears.
President Omar al-Bashir's bellicose declarations about liberating South Sudan from the "insects" who govern it stole the headlines.
South Sudan's conquest of the Heglig oilfields last week, with its far-reaching military and economic implications, is the physical proof of the conflict.
But it is not yet certain these recent events will result in meaningful and continued fighting outside the already embroiled border region.
President Bashir delivers two styles of speech.
In the first he reads from a measured text.
In the second he speaks off the cuff, often using humour, always stirring the passion of his supporters with dramatic rhetoric and images.
In the past he has talked of an Islamic Sudan with "no place for ethnic and cultural diversity" and hinted at painful events that might befall elections observers, UN peacekeepers or other enemies.
These kind of speeches energise the base, as they say in American politics - but do not always translate into a meaningful change to an established reality.
His fiery words in Khartoum and then el-Obeid, in front of military recruits wearing combat uniforms, may well fall into this category.
Land swap? After all, it is possible to argue Sudan and South Sudan are already fighting an undeclared war, and have been for some time.

Main disputes between the two Sudans

  • Transit fees the South should pay Sudan to use its oil pipelines
  • Demarcating the border
  • Both sides claim Abyei
  • The rights of each other's citizens now in a foreign country - there are estimated to be 500,000 southerners in Sudan and 80,000 Sudanese in the South
  • Each accuses the other of supporting rebel groups on its territory
In May last year, before South Sudan became independent, Sudanese tanks rolled into the disputed region of Abyei, sweeping aside South Sudanese police, even though these men were probably soldiers put in a different coloured uniform.
Khartoum's "invasion" of Abyei was condemned initially, then in effect accepted as a reality on the ground, to factor into negotiations.
Juba may have been given a handy precedent for its recent takeover of neighbouring Heglig.
Already the idea of an Abyei-Heglig swap has been hinted at.
But Abyei is not the only example which suggests a long-running state of war between the neighbours.
Since rebels took up arms against Khartoum in South Kordofan, and then Blue Nile, there have been accusations they are being supported by Juba.
The SPLM-North rebels once fought alongside the men who won independence for South Sudan, but were left north of the border at separation.
The US and the UN, among others, have told Juba to stop supporting SPLM-North - an accusation South Sudan denies.
Khartoum has its own difficult-to-avoid charges to ward off too: South Sudanese rebels are largely based in the Sudanese capital.
Small Arms Survey has shown, convincingly, that Juba and Khartoum are both almost certainly supporting proxy rebels on the other's territory.
Oil output hit It has been a key and heated topic of the negotiations in Ethiopia's capital, Addis Ababa, which are on hold for the moment.
SPLA (South Sudan People's Liberation Army) vehicles drive on the road from Bentiu to Heglig, on April 17, 2012 South Sudanese soldiers have been heading for the front line
Khartoum perceives the well-armed SPLM-North's actions as proof that South Sudan has been attacking it for many months. Juba has seen ethnic violence fuelled over decades by Khartoum's divide and rule tactics.
There have also been direct Sudan-South Sudan clashes on the border before these latest events, and Sudan has been caught bombing South Sudanese territory too.
Under this reading, Sudan and South Sudan have been carrying out a sort of low-level, unacknowledged war for some time.
There is no doubt Heglig has taken the situation to a much more dangerous dimension.
South Sudan's troops have struck a crippling blow to Sudan's economy.
An oil industry source, who works in Heglig, says it may account for as much as 80,000 barrels per day of Sudan's 120,000-130,000 bpd output.
Oil pipeline facility leaks oil in Heglig, on April 17, 2012. Neither side can afford to lose its oil revenue
Khartoum cannot afford to lose this. It simply does not have the foreign currency reserves to keep importing fuel to make up the gap, and there are fears the prices of basic good could rise.
Many of the South Sudanese leaders, and the various Sudanese rebel groups with similar agendas, will hope this pressure could bring about the downfall of President Bashir.
In this context it is evident the Sudanese have to regain the oilfields, either through an - unlikely - South Sudanese withdrawal because of international pressure, or through force.
Or, as a Sudanese official put it, "by hook or by crook".
Military limitations It is also easy to see why President Bashir might favour at least a limited dose of military action.
He and others in his inner circle may hope the unifying nature of combat against a "common enemy" would rally a fractured nation behind him.
It may take more than this, because after two decades in power, in which the Sudanese have been constantly at war, the people's patience is running out.
Supporters shout and gesture as Sudanese President Omar al-Bashir (R) addresses a rally at the ruling National Congress Party (NCP) headquarters in Khartoum April 18, 2012 President Bashir may hope that a war would unite Sudan behind him
South Sudan has its problems too.
The decision to shut down oil production in January - 98% of government revenue - after Sudan impounded South Sudan's oil shipments amid a dispute over transit fees - was highly popular, but the effects are being felt.
There is the beginnings of a fuel crisis in Juba, and infrastructure projects and development are on hold.
Here, too, President Salva Kiir may feel he can stave off criticism by the patriotic fervour created by fighting a war.
Both sides are mobilising troops.
Further fighting in Heglig is inevitable, and if Sudan retakes the oilfields, it is difficult to tell whether its soldiers would stop there.
The question is whether either side really intends - or is able - to spread the war further.
These have been skirmishes in a couple of locations, but no sign yet of major battles.
Both countries have serious military limitations.
Sudan is fighting off rebels in Darfur, South Kordofan and Blue Nile, and was not able to hold on to its prize possession, Heglig.
South Sudan does not have the firepower, particularly in the air, of its old enemies.
The lack of oil revenue also means both would struggle to pay for another costly war.
Both armed forces, and in particular South Sudan, have command and control problems, which means on a local level military leaders sometimes launch assaults which surprise the top brass in the capital.
An all-out war would create great misery, as wars do.
But it is not yet clear if either side has the resources, or the desire, to conduct a war for a sustained period of time outside of a relatively limited front.
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jeudi 19 avril 2012

La Chine appelle de nouveau à la fin du conflit entre les deux Soudan

La Chine a réitéré jeudi son appel à la fin du conflit entre le Soudan et le Soudan du Sud, avant une visite à Pékin du président du Soudan du Sud, Salva Kiir, et alors que le président soudanais Omar el-Béchir a menacé “d’éliminer complètement” le gouvernement du Sud. “La Chine est très inquiète de l’aggravation du conflit entre les deux Soudan et appelle une fois de plus les deux parties à cesser le conflit”, a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Liu Weimin.

mardi 17 avril 2012

SOUDAN-SOUDAN DU SUD: Heglig et la frontière

Une fois encore, la zone pétrolière contestée de Heglig se trouve au cœur d’un conflit entre le Soudan et le Soudan du Sud, qui a récemment obtenu son indépendance. Les nouveaux affrontements font craindre la reprise d’une guerre totale.

Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA) a qualifié d’illégale l’occupation par le Soudan du Sud de la zone de Heglig, indiquant que la zone se trouve au nord de la frontière définie en 1956 et que son tracé a été accepté par Djouba et Khartoum – dans un accord de 2005 qui a mis fin à des décennies de guerre civile. Cette ligne de démarcation constituerait leur frontière commune en cas de sécession du Sud, qui est finalement intervenue en juillet 2011.
Le Soudan a menacé de frapper son voisin s’il refusait de se retirer de Heglig. Les mêmes menaces ont été proférées par le Soudan du Sud.
Le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon s’est entretenu directement avec le président sud-soudanais Salva Kiir et a également préconisé un retrait des troupes.

De son côté, le Soudan du Sud a accusé le Soudan de bombarder son territoire depuis novembre et d’avoir largué cinq bombes sur la ville de Bentiu, capitale de l’État d’Unité, le 12 avril. Ce jour-là, le président du Soudan du Sud, Salva Kiir, s’est adressé au parlement dans la capitale de Djouba.

« Je répète que nous ne replongerons pas le peuple sud-soudanais dans la guerre, mais si nous sommes agressés de cette manière, nous devrons nous défendre », a-t-il dit.

« J’appelle les citoyens de la république du Soudan, tout particulièrement les mères, à ne pas laisser leurs enfants se faire entraîner dans une guerre qui n’a pas de sens ».
Où se trouve Heglig?

Plus précisément, la zone de Heglig se trouve-t-elle au Soudan ou au Soudan du Sud ? En dépit de l’indignation exprimée par l’UA, la réponse à cette question est loin d’être simple.
Heglig se trouve à proximité de la moitié de la frontière de 1 800 kilomètres qui sépare les deux pays, mais des portions clés de cette frontière n’ont pas encore été définies et il n’y a pas suffisamment d’archives historiques (en raison des vastes déplacements de population à l’occasion du développement des installations pétrolières) ou de souvenirs pour identifier facilement le tracé de la frontière de 1956.
Heglig se situe entre Abyei, une autre zone disputée, et les montagnes du Nouba dans l’État du Sud-Kordofan au Soudan, où, depuis juin 2011, les forces gouvernementales se battent contre des insurgés (SPLA-N) liés aux anciens rebelles qui sont aujourd’hui au pouvoir à Djouba.
Heglig est également située à proximité de la ville frontalière de Jaw, qui a été prise par le SPLA-N à la fin du mois de février.
Au cours des négociations qui se sont conclues par la signature de l’Accord de paix global (APG) de 2005, il a été décidé que Heglig (appelée Panthou par les Sud-Soudanais, qui soutiennent que la zone a toujours fait partie de l’État d’Unité) serait incluse dans la région d’Abyei, une des « Trois Zones » (avec le Sud-Kordofan et le Nil bleu) dont la localisation au Nord ou au Sud n’a pas été définie par l’accord. Malgré l’absence de certitude, Abyei est occupée par les troupes soudanaises depuis mai 2011.



Photo: Peter Moszynski/IRIN
Des soldats de la 9ème division du SPLA-N originaires du Nouba à un point de contrôle de Jaw, ville située à la frontière contestée entre le Soudan et le Soudan du Sud (photo d’archive)

Après le rejet par Khartoum des frontières initiales d‘Abyei définies par une commission internationale, un arrêt de la Cour permanente d’arbitrage a redessiné ces frontières : la superficie d’Abyei a été considérablement réduite et Heglig a été exclue.
Bien que la Cour n’ait pas défini le tracé de la frontière entre le Nord et le Sud, Khartoum a affirmé que l’arrêt indiquait que Heglig se trouvait dans l’État du Sud-Kordofan, une interprétation que semble partager l’UA.

Le Soudan du Sud, qui indique être ouvert aux négociations relative à la démarcation entre les deux pays, affirme que Heglig se trouve au sud de la frontière, dans l’État d’Unité.
Pourquoi Heglig est-elle aussi importante ?

La dernière escalade de violence est liée au fait que des questions clés soient restées en suspens depuis la signature de l’APG : la démarcation de la frontière, le partage des revenus pétroliers et les Trois Zones. (Les habitants d’Abyei, par exemple, devaient décider par référendum s’ils souhaitaient rejoindre le Soudan du Sud en 2011, mais le référendum n’a pas encore eu lieu).
Les derniers affrontements risquent également de remettre en cause un accord important signé par Djouba et Khartoum en mars 2012 et qui aurait amélioré les conditions de vie de centaines de milliers de Sud-Soudanais au Soudan. Sans cet accord, ils auraient dû régulariser leur situation – ce qui, d’un point de vue logistique, est quasiment impossible – ou quitter le pays le 8 avril au plus tard. Le Soudan du Sud n’a pas les moyens de faire face à un afflux aussi soudain et important, notamment parce que les routes seront impraticables pendant la saison des pluies attendue prochainement.
John Ashworth, spécialiste du Soudan, a dit à IRIN : « Je ne dis pas que l’APG était imparfait, car c’était le meilleur accord qu’on pouvait espérer obtenir à l’époque, mais nous devons maintenant faire face aux problèmes qui n’ont pas été abordés par l’APG ».

Selon Douglas Johnson, historien et spécialiste d’Abyei, aucun des acteurs internationaux impliqués dans l’APG n’a véritablement pensé à ce qu’il adviendrait des Trois Zones en cas de sécession, car « au départ, leur priorité était de rendre Unité plus attrayant ». Une fois l’indépendance imminente, « ils se sont seulement assurés que l’indépendance serait pacifique ».
Mukesh Kapila, qui a dirigé les opérations des Nations Unies au Soudan en 2003 et en 2004 et travaille maintenant pour Aegis Trust, une organisation non gouvernementale (ONG) de plaidoyer, a dit à IRIN : « L’APG a éludé les plaintes légitimes des populations marginalisées qui souffraient depuis longtemps dans les régions du Nouba, d’Abyei, du Nil bleu et du Darfour. Si l’on ne procède pas à une tentative sincère de résolution de la situation de manière juste et équitable, des conflits violents continueront à éclater ici et là. La citoyenneté, le pétrole et la démarcation de la frontière compliquent peut-être le tableau, mais ils sont en grande partie liés aux plaintes des habitants maltraités des zones frontalières du Soudan qu’il faut tout de suite prendre en compte pour que les deux pays connaissent paix et stabilité ».

http://www.irinnews.org/fr/Report/95299/SOUDAN-SOUDAN-DU-SUD-Heglig-et-la-frontière

mercredi 21 septembre 2011

Sud-Soudan - Massacres de chrétiens et torture des prêtres

Les islamistes Nord-Soudanais sont simplement en train de massacrer les populations chrétiennes Sud-Soudanaise en toute impunité ... ces populations qui s'imaginaient êtres "tranquilles" après l'indépendance du Korfodan-Sud (Sud-Soudan) ...  

 Tiré de l'Observatoire de la christianophobie 

Le tracé exact de la frontière entre la République du Soudan (Nord) et la République du Sud Soudan, arrivée à l’indépendance le 8 juillet dernier, est imprécise ce qui fait que la région d’Abyei dans le Kordofan Sud est disputée entre les deux États.

Riche en pétrole, cette région est convoitée par le Nord islamique, et le président catholique  Salva Kir Mayardit est en infériorité militaire ...

Le Nord, profitant de sa supériorité militaire, a investi cette région en mai dernier provoquant de nouveaux massacres des populations civiles et entraînant de nouveaux exodes.


Le père Abraham Lual, curé d’une paroisse catholique de Kadugli (capitale du Kordofan Sud), a éprouvé dans sa chair et dans son âme ces misères.

Ce prêtre vit aujourd’hui dans la clandestinité ayant été arrêté pas moins de trois fois par les soldats nordistes au cours des trois derniers mois. Ainsi les 8 juin et 28 août derniers, où il fut arrêté et torturé pendant plusieurs jours de suite – il en garde de graves séquelles à une jambe – par des soldats nordistes, son église ayant été réduite en cendres deux mois plus tôt par ces mêmes troupes musulmanes. De nouveau arrêté le 6 septembre, subissant un interrogatoire “musclé” pendant cinq heures, il se vit accuser d’être soutenu par les chrétiens occidentaux, d’être hostile à l’islam et à l’investissement de cette région du Kordofan Sud par le gouvernement de Khartoum – on le serait à moins…

Menacé de mort s’il retournait voir ce qu’il restait de son église, le Père Lual a passé outre et s’est rendu sur place pour constater qu’il n’en restait rien et pas davantage de ses ouailles : beaucoup on été abattus, le reste a fui les lieux…



http://infos-meconnues.blogspot.com/2011/09/sud-soudan-massacres-de-chretiens-et.html