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vendredi 29 septembre 2017

Le président du Kurdistan, Massoud Barzani : la seule alternative au référendum sur l’indépendance est un accord avec Bagdad comprenant des garanties internationales

Le président du Kurdistan, Massoud Barzani, a déclaré, quelques semaines avant le référendum sur l’indépendance des Kurdes irakiens, prévu pour le 25 septembre 2017, que toute alternative au référendum, sous forme d’accord entre le Kurdistan et Bagdad, devrait inclure des garanties internationales. Barzani a déclaré qu’une réduction du budget alloué au Kurdistan par le gouvernement irakien « équivaut à une seconde campagne d’Anfal [génocide des Kurdes] » et a démenti la vente de pétrole par le Kurdistan.
Barzani a précisé qu’un Etat kurde ne serait pas un foyer national pour les Kurdes uniquement, mais qu’il accueillerait d’autres religions, nationalités et ethnies, et qu’il n’interviendrait pas dans les affaires des Kurdes ailleurs dans le monde. L’interview a été diffusée sur la chaîne Al-Arabiya le 7 septembre. Extraits :
Massoud Barzani : La décision [de tenir un référendum] est juste et appropriée. C’est le droit légitime des Kurdes. Nous avons essayé d’offrir la possibilité et le temps nécessaire à toutes les parties de créer un véritable partenariat à Bagdad. Malheureusement, nous n’avons pas réussi à établir un tel partenariat. Par conséquent, nous avons été forcés de prendre cette décision. […] Dans nos réunions avec des représentants [internationaux], personne ne s’est prononcé contre le référendum ou contre le peuple du Kurdistan. Ce qu’ils ont dit, c’est que ce n’était pas le bon moment.
Journaliste : Parce que la guerre contre l’EI n’est pas terminée…
Massoud Barzani : La guerre contre l’EI n’est pas terminée, et un référendum pourrait détourner l’attention de la guerre contre le terrorisme. Mais en aucun cas, nous n’acceptons ces prétextes.
Journaliste : Jusqu’à présent, la position de Bagdad sur le référendum a été négative.
Massoud Barzani : Certes, mais nos frères à Bagdad ne devraient pas nous blâmer. Ils devraient se blâmer eux-mêmes pour ce résultat. […] Nous disons à ceux qui nous demandent de reporter le référendum : proposez-nous une alternative. Quelle proposition devons-nous envisager ? Tout accord entre le Kurdistan et Bagdad doit inclure des garanties internationales. […] Dans les années 1920, nous avons voté pour rejoindre l’Irak, à condition d’être des partenaires. Qu’avons-nous gagné de ce partenariat depuis les années 1920, et jusqu’à 2003 ? 4 500 villages kurdes ont été effacés.
Journaliste : Par qui ?
Massoud Barzani : Par le régime Baath.
Journaliste : Le régime de Saddam ?
Massoud Barzani : Oui. Même avant Saddam, les droits des Kurdes et le principe du partenariat étaient ignorés. Les régimes précédant Saddam ne les respectaient pas non plus. […] Le régime Baath a eliminé 4 500 villages. Ils ont commencé avec les Kurdes Feylis [chiites]. 12 000 Feylis, âgés de 18 à 30 ans, ont été tués. Ils ont disparu. Ils ont tué 8 000 membres de la tribu Barzani.
Journaliste : Votre propre tribu et votre famille.
Massoud Barzani : Oui. Lors de la campagne d’Al-Anfal de 1988, 182 000 citoyens ont diparu, dont 70 % de femmes et d’enfants. Puis est venue l’attaque chimique contre Halabja et tous les villages à la frontière jusqu’à Zakho. Rien qu’à Halabja, il y a eu 5 000 martyrs, dont 85 à 90 % de femmes et d’enfants. […] La réduction de notre budget par le gouvernement irakien équivaut à une deuxième campagne d’Anfal. Comment un Premier ministre peut-il faire une chose pareille ? Sur la base de quelle clause de la constitution ? Qui lui a donné le droit d’agir ainsi ? Même s’il y avait des désaccords entre le Kurdistan et Bagdad, comment pouvait-il se permettre de couper les moyens de subsistance de toute une nation ? Le prétexte qu’ils ont essayé de diffuser n’est pas fondé…
Journaliste : Que vous vendiez du pétrole seuls…
Massoud Barzani : Nous n’avons commencé à vendre du pétrole qu’après les coupes budgétaires. […] Nous avons convenu de créer un État fédéral, démocratique et laïc, mais maintenant, nous vivons dans un Etat religieux et communautariste. […]
Journaliste : Après le renversement du régime de Saddam Hussein en 2003, le Kurdistan est devenu un État pratiquement indépendant. Pourquoi insisterez-vous toujours sur ce référendum ? Le référendum vous apportera-t-il quelque chose que vous n’avez pas déjà ?
Massoud Barzani : Nous avons eu une expérience amère, et nous ne voulons pas réitérer cet échec. C’est le contraire qui est vrai : nous étions un Etat quasiment indépendant, et après l’effondrement du régime Baath, notre peuple et notre parlement ont volontairement choisi de rejoindre l’union avec Bagdad. Nous avons renoncé à notre indépendance, et ce fut peut-être une erreur. Nous avons commis une erreur.
Journaliste : Donc avant 2003, vous étiez plus indépendants qu’aujourd’hui ?
Massoud Barzani : Bien sûr. Nous avons choisi de rejoindre l’union avec Bagdad, car nous y voyions l’occasion de construire un nouvel Irak démocratique et fédéral. Malheureusement, nous nous sommes heurtés à de la procrastination et à une dérobade inattendue. Au bout du compte, nous avons compris que nous avions affaire à la même vieille culture du refus de l’autre. […]
Journaliste : Quels sont les scénarios post-référendum possibles ? Déclarerez-vous un Etat indépendant le lendemain ?
Massoud Barzani : Non. Nous nous engagerons dans de sérieuses négociations avec Bagdad sur toutes les questions.
Journaliste : Mais vous êtes déjà engagés dans de sérieuses négociations…
Massoud Barzani : Avant et après le référendum, les négociations se poursuivront. Nous rejetons catégoriquement la violence et poursuivrons les négociations avec Bagdad sur tous les sujets.
Journaliste : Alors, en quoi le référendum influera-t-il sur les négociations ? Vous négociez avant le référendum et négocierez après ; qu’est-ce qui va changer ?
Massoud Barzani : Les Kurdes auront leur mot à dire et détermineront leur avenir par eux-mêmes. Ils transmettront le message suivant à la région et au monde : « Nous voulons l’indépendance, et les négociations porteront désormais sur l’indépendance, et non sur les avantages ou les emplois ministériels. […] Je crois que la création d’un Etat kurde – ou d’un Etat « du Kurdistan », pour être précis – contribuera à renforcer la sécurité et la stabilité dans la région.
Journaliste : Quelle est la différence entre un Etat kurde et un Etat « du Kurdistan » ?
Massoud Barzani : Un Etat kurde serait l’État national des Kurdes, tandis qu’un Etat « du Kurdistan » incluerait chrétiens, Assyriens, Chaldéens, Turkmènes, Arabes… Ce ne sera pas un Etat-nation purement kurde. […]
Journaliste : Cet Etat constituera-t-il un centre pour tous les Kurdes du monde ? Sera-t-il semblable à l’Etat d’Israël, qui a rassemblé tous les Juifs du monde sur ce que les Juifs considèrent comme étant la « Terre promise » ? Rassemblerez-vous les Kurdes de Turquie, de Syrie, d’Iran, d’Irak et d’autres pays ?
Massoud Barzani : Je garantis qu’il n’y aura pas d’ingérence dans les affaires des Kurdes qui se trouvent ailleurs dans le monde. Nous les encourageons à utiliser des moyens pacifiques et démocratiques pour parvenir à des accords avec les pays dans lesquels ils vivent, mais nous n’adopterons pas de feuille de route pour eux et n’interviendrons pas dans leurs affaires. […]
Journaliste : Vous avez dit qu’il y aurait des élections présidentielles en novembre, après le référendum. Serez-vous candidat ?
Massoud Barzani : Non.
Journaliste : Vous n’y participerez pas ?
Massoud Barzani : Absolument pas.
Journaliste : Après le référendum, vous vous départirez de votre rôle politique de président ?
Massoud Barzani : Mon objectif principal, depuis que j’ai pris les armes quand j’étais jeune homme, en 1962, a été d’obtenir l’indépendance pour mon peuple. Quand ce but sera atteint – et nous en sommes tout près – ma mission sera accomplie.

mercredi 1 mars 2017

Mc Cain

A l’occasion d’un voyage officiel au Moyen-Orient, durant lequel il a été reçu par le président turc et le roi d’Arabie saoudite, le sénateur John McCain s’est secrètement —et illégalement— rendu en Syrie. Il y a rencontré des chefs militaires kurdes et états-uniens.
Cette rencontre est intervenue alors que s’ouvrent de nouvelles négociations de paix à Genève.
John McCain était venu en Syrie, en mai 2013, rencontrer les chefs des groupes armés, dont les responsables du futur Émirat islamique.
En février 2011, il avait co-présidé au Caire la réunion de lancement des guerres de Libye et de Syrie, puis il s’était rendu au Liban pour choisir d’implanter à Ersal une base arrière des islamistes.

mardi 13 décembre 2016

Un groupe radical kurde revendique la double attaque d'Istanbul

"Les TAK ont revendiqué l'attentat qui s'est produit hier à Istanbul", a rapporté l'agence de presse Firat, proche de la mouvance séparatiste kurde. Au moins 38 personnes, dont 30 policiers, ont été tuées dans les deux explosions près du stade de Besiktas.
AFP


mardi 25 octobre 2016

ISIS sidetracks Mosul operation to fronts around the city

A week into the Mosul offensive, the combined US-Iraqi-Kurdish armies have so far not broken through the defensive belt ISIS has thrown around the town, DEBKAfile’s military sources report. The terrorist group has moreover mounted several counter-attacks on a wider scale than generally reported.  In Kirkuk, clashes between Kurdish and Islamist fighters continued Sunday on the third day of the ISIS raid of the oil city, despite claims that Kurdish authorities had regained control. At least 80 dead are reported there.
ISIS also attacked the Anbar provincial town of Rutba, 700km southeast of Mosul. This town is the key to control of the Baghdad-Amman highway and is situated near the Ayn al-Asad Air Base, the biggest US military facility in Iraq, where US air and special operations units are housed. The fighting there continues.
North of Mosul, a Kurdish Peshmerga contingent is engaged in a major battle to seize ISIS strongholds in the town of Bashiqa. There, despite Kurdish advances, part of the city remains in ISIS hands. And east of Mosul, Iraqi forces which went into action Friday to wrest Al-Hamdaniyah from ISIS are still far from their goal.

vendredi 23 septembre 2016

Libye : l’Europe, décidément peu douée en géopolitique, a encore misé sur le mauvais cheval

Comme il fallait s’y attendre, une fois les terroristes de l’état islamique éradiqués de Syrte et de Benghazi, et jetés hors de Libye vers les pays voisins, la guerre ouverte a de nouveau éclaté entre le général Khalifa Haftar, commandant de l’Armée nationale libyenne, et homme fort du pays, dont l’objectif désormais principal est d’imposer son leadership à tout le peuple libyen, et le gouvernement actuel d’union nationale.

Le général Haftar s’est saisi, en moins d’une semaine, des quatre principaux terminaux pétroliers et détient dorénavant les principales rentrées d’argent.
Les risques d’effondrement économique du gouvernement d’union nationale, dirigé par Fayez El Sarraj, sont désormais présents, et une guerre civile entre les forces gouvernementales, basées à Tripoli, et celles du général Haftar, installées dans l’est, à Baïda, se précise.
Les conséquences d’un tel affrontement seraient, à terme, une partition de la Libye.
Dans un premier temps, le président Fayez El Sarraj a menacé et appelé ses partisans à se mobiliser. Aujourd’hui, il souhaiterait un dialogue et propose à tous les partis de se réunir d’urgence afin de sortir de cette crise qui s’annonce imminente, et mettre ainsi fin aux rivalités.
Il refuse de diriger une guerre entre une et l’autre des forces qui divisent la Libye.
L’ONU, par la voix de son envoyé spécial Martin Kobler, a demandé, devant le Conseil de sécurité, une cessation immédiate des affrontements et s’est prononcée en faveur de Fayez El Sarraj, affirmant :
« Qu’un coup sévère avait été porté par le général Haftar en s’emparant des terminaux et des ports pétroliers et que cette action mettait en grand danger la paix fragile dans le croissant pétrolier de la Libye ».
Deux membres du gouvernement El Sarraj, les deux vice-premiers ministres Ali Al Qatrani et Fathi Al Majbari, ont d’ors et déjà proclamé leur soutien au général Haftar.
Ce dernier accepte de s’asseoir à la même table qu’El Sarraj à la condition que ce soit lui qui impose les règles.
Il a le soutien d’une grande partie des milices de l’est du pays et des anciens Khadafistes, et certains pays occidentaux le considèrent comme leur principal atout, tout comme l’Egypte, qui l’alimente ouvertement en armement de toutes sortes, car pour le chef du gouvernement égyptien Al Sissi, le général Haftar est le meilleur rempart contre le terrorisme djihadiste.
Il y a tout lieu de penser que, finalement, ce sera le général Haftar qui l’emportera dans cette épreuve de force.
Attendons de voir le comportement de la communauté internationale qui, jusqu’à présent, avait tout misé sur Fayez El Sarraj.
© Manuel Gomez pour Dreuz.info.
Avant le mois d’août la Turquie, membre « inactif » de OTAN combattait les Kurdes, alliés de la coalition américaine; aucune plainte n’est venue d’Obama ni autre membre de OTAN. 
La Turquie commerçait avec l’Etat Islamique, fournissait des armes, achetait leur pétrole sans aucune critique de OTAN.
Un seul aéroport turc était accessible et seulement pour les Américains. 
Les autres membres de l’Otan combattant l’état islamique devaient trouver des aéroports ailleurs qu’en Turquie; aucun membres de l' OTAN n’a critiqué la Turquie, qui continuait a emprisonner les journalistes qui répandaient ces faits.

La djihadistes occidentaux passaient par la Turquie sans rencontrer de difficultés; encore une fois aucune critique à l’égard de la Turquie, toujours membre de OTAN .
Et hier, après une négociation avec la Russie où Poutin a été leurré pour cesser le combat. 
Les Américains bombardent l’armée de son allié syrien et tuent plus de 90 militaires respectant la trêve et les Américains disent : « Sorry we thought they were the enemy » mais il faut réaliser que pour l' OTAN, l’armée syrienne n’a jamais été considérée comme un allié.
Après 4 années à combattre les Kurdes la Turquie continuera-t-elle à endormir Obama et ses alliés européens?
Nous sommes réellement gérés par des tricheurs malhonnêtes et incompétents.
Pauvre démocratie.

Erdogan accuse Washington d'armer les Kurdes syriens

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé les Etats-Unis d'avoir livré des armes à un groupe armé kurde syrien considéré comme "terroriste" par Ankara.
"Il y a encore trois jours, deux avions remplis d'armes ont été envoyés à Kobané (en Syrie) au PYD et au YPG", a déclaré le président turc jeudi soir au cours d'un dîner de gala organisé à New York, dans des propos rapportés par l'agence progouvernementale Anadolu. Le dirigeant turc a déclaré s'être entretenu de cette question avec le vice-président américain Joe Biden sans "réussir à (lui) faire entendre raison".

YPG, PKK, même combat... selon Ankara
Pour la Turquie, le YPG (Unités de protection du peuple kurde), branche armée du parti kurde syrien PYD, est le prolongement du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), considéré par Ankara comme une "organisation terroriste".

Washington dément...
De leur côté, les Etats-Unis ont affirmé jeudi soir n'avoir fourni des armes jusqu'à présent qu'à la composante arabe des FDS (Forces démocratiques syriennes), coalition arabo-kurde qui a repris récemment à l'EI la ville stratégique de Minbej.

... et confirme à demi-mot
Mais les Américains ont en même temps annoncé qu'ils envisagent désormais d'en fournir aussi à la composante kurde de cette force, les YPG, si celle-ci devait participer à une éventuelle offensive contre Raqa, bastion de l'EI en Syrie.

samedi 17 septembre 2016

Selon l’ancien chef de l’antiterrorisme turc, Erdoğan protège Daesh

Dans une longue interview, l’ancien chef de l’antiterrorisme turc, Ahmet Sait Yayla, témoigne du soutien apporté personnellement par le président Recep Tayyip Erdoğan à Daesh.
Ahmet Sait Yayla a quitté son pays alors que la répression s’abat sur toute personne n’apportant pas son concours à la politique de l’AKP.
Selon lui :
- Hakan Fidan, le chef des services secrets (MIT) est chargé des relations entre l’Etat turc, al-Qaïda et Daesh.
- Les services secrets turcs fournissent une aide militaire à l’Emirat islamique depuis des années.
- Le gouvernement turc transfère des fournitures militaires à Daesh via son agence d’aide humanitaire.
- Les soldats de Daesh, y compris le numéro 2 Fadhul Ahmed al-Hayali, reçoivent des traitements médicaux gratuits en Turquie.
- Le leader de Daesh en Turquie, Halis Bayancuk, est le fils du créateur du Hizbollah turc (un groupe provocateur de Kurdes sunnites), il dispose d’une protection policière sur ordre du président Erdoğan.
- Daesh poursuit son trafic de pétrole avec l’aide de la Turquie et du Gouvernement régional kurde d’Irak.
Ahmet Sait Yayla n’a pas tout dit. Il semble que cet entretien soit pour lui une manière de menacer Erdoğan d’en dire plus et ainsi de protéger son fils de 19 ans, toujours retenu en Turquie.
Whistleblower exposes how NATO’s leading ally is arming and funding ISIS”, Nafeez Ahmed, Insurge-Intelligence, September 16, 2016.

mardi 6 septembre 2016

Les projets de Kurdistan

L’actuel projet de Kurdistan, soutenu par la France et les États-Unis, n’a aucun rapport avec celui, légitime, reconnu par les mêmes pays lors de la Conférence de Sèvres (1920). Il ne se situe pas du tout sur le même territoire ! Ce pseudo-Kurdistan est uniquement une carotte occidentale pour retourner les Kurdes syriens contre Damas. Sa création ne résoudrait pas la question kurde et provoquerait un conflit comparable à celui qui oppose depuis près de 70 ans Israël aux Palestiniens.


Les déplacements de forces et les batailles de l’été au Nord de la Syrie paraissent incohérents aux yeux des observateurs. Pourtant chaque force en présence poursuit ses propres objectifs avec ténacité.
Alors que tous les protagonistes déclarent lutter contre Daesh, l’Émirat islamique se déplace, mais ne recule que dans le désert. Le véritable enjeu des événements est l’éventuelle création d’un Kurdistan au détriment des habitants arabes et chrétiens [1].
Voici une analyse des objectifs de guerre des principales forces en présence, étant entendu que la Syrie est un État souverain et qu’aucun des protagonistes ci-dessous n’a le moindre droit de l’amputer pour créer une nouvelle entité.
1- Daesh ne fera pas obstacle à la création d’un Kurdistan pourvu que ce ne soit pas à l’Est de l’Euphrate
L’Émirat islamique créé par John Negroponte, puis le général David Petraeus, en Irak est toujours contrôlé par lui. Ce dernier sous-traite le commandement de cette union des Frères musulmans, des Naqchbandis et des tribus sunnites du désert syro-irakien, à la Turquie.
Ainsi, lors de la prise de Jarablous à Daesh par l’armée turque, les jihadistes se sont retirés sans livrer de combat, obéissant à leur mentor turc.
Après la bataille d’Aïn al-Arab (Kobané), Daesh a admis le principe d’un Kurdistan, mais pas à l’Est de l’Euphrate.
2- Les avis successifs des États-Unis
Le président états-unien Woodrow Wilson avait fixé parmi ses objectifs de guerre, durant la Première Guerre mondiale, la création de l’Arménie, d’Israël et du Kurdistan. À l’issue du conflit, il dépêcha la Commission King-Crane pour évaluer la situation. Celle-ci indiqua :
« Les Kurdes revendiquent un très grand territoire, sur la base de leur présence, mais comme ils sont très mélangés avec les Arméniens, les Turcs et les autres, et divisés entre eux en Qizilbash [2], chiites et sunnites, il semble préférable de les limiter à la zone géographique naturelle qui se trouve entre la proposition de l’Arménie sur le nord et de la Mésopotamie au sud, avec le fossé entre l’Euphrate et le Tigre comme la limite Ouest et la frontière persane comme limite Est (…) Il est possible de déplacer la plupart des Turcs et des Arméniens, qui sont peu nombreux, hors de cette zone par un échange volontaire de population et d’obtenir ainsi une province d’environ un million et demi d’habitants, presque tous Kurdes. La sécurité des Chaldéens, Nestoriens et Chrétiens syriens qui habitent dans la région doit être garantie ».
La Commission King-Crane a visité la région juste à la fin du massacre des chrétiens, qui dura de 1894 à 1923, d’abord par l’empire ottoman, puis par les Jeunes Turcs avec l’aide de l’Allemagne du IIe Reich et de la République de Weimar [3]. Elle s’est montrée très prudente sur la possibilité de faire vivre des Arméniens dans un État kurde, sachant que les Turcs utilisèrent les combattants kurdes pour massacrer les chrétiens. Depuis novembre 2015, des Kurdes du YPD ont tenté de kurdiser de force les chrétiens assyriens du Nord de la Syrie, ravivant cette ancienne plaie [4].
Quoi qu’il en soit, un Kurdistan fut créé sur le papier par la conférence de Sèvres (1920). Mais face à la révolte turque conduite par Mustafa Kémal, celui-ci ne vit jamais le jour et les États-Unis y renoncèrent par le Traité de Lausanne (1923).
On observera sur cette carte, empruntée au site Les Clés du Moyen-Orient, que le président Wilson avait prévu de créer le Kurdistan dans la Turquie actuelle et dans une petite partie du Kurdistan irakien actuel. La Syrie actuelle n’était absolument pas concernée par ce projet.
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Durant la guerre civile turque, la Syrie d’Hafez el-Assad apporta son soutien au PKK sur la base des propositions du président Wilson. Elle accorda l’asile politique au chef du PKK, Abdullah Öcalan, qui prit l’engagement écrit de ne jamais revendiquer de territoire syrien. Alors qu’au recensement de 1962, on ne comptait que 162 000 Kurdes en Syrie, un millions de Kurdes turcs se réfugièrent en Syrie et obtinrent également l’asile politique. Ils sont aujourd’hui 2 millions et ont reçu la citoyenneté syrienne en 2011. Au début de la guerre, ils ont combattu pour défendre la Syrie avec des armes et des salaires fournis par Damas contre les mercenaires islamistes.
Changeant d’avis, les États-Unis promirent alors à divers chefs kurdes en Irak, en Syrie et en Turquie de tailler un État pour eux en Syrie s’ils se retournaient contre Damas. Certains ont accepté.
Au début 2014, lorsque le groupe de David Petraeus planifia le développement de Daesh et son invasion d’al-Anbar (Irak), il autorisa le Gouvernement régional kurde d’Irak à conquérir les champs pétroliers de Kirkuk. Ce qui fut fait sans soulever la moindre réprobation internationale, l’opinion publique ne voyant que les crimes commis par Daesh.
3- La Russie soutient les droits de la minorité kurde
Dans un premier temps, la Russie a soutenu le projet d’une région autonome kurde en Syrie sur le modèle de ses propres Républiques autonomes. Une représentation du YPG a été ouverte à Moscou, en février.
Cependant, confrontée aux réactions indignées des Syriens, elle a pris conscience que la situation de ce pays est différente de la sienne. Les minorités syriennes sont imbriquées de telle sorte qu’il n’y a aucune région où elles soient majoritaires. Au cours des millénaires, la défense du pays s’est organisée à partir du mélange des populations de sorte que, partout, une minorité liée à un éventuel envahisseur puisse protéger le reste de la population. Par conséquent, l’État syrien ne garantit pas les droits des minorités en leur déléguant la gestion de régions distinctes, mais en organisant les institutions et l’administration de manière laïque au double plan religieux et ethnique.
La Russie aborde donc aujourd’hui différemment la question kurde. Elle s’est engagée à défendre les droits des minorités en général et de celle-ci en particulier, mais l’a enjoint à choisir son camp : pour ou contre les islamistes. En effet, pour le moment, les Kurdes de toutes tendances luttent contre les islamistes, non pas parce qu’ils sont islamistes, mais pour s’emparer des territoires qu’ils occupent et les occuper à leur tour, à leur profit. Elle les a donc sommés de préciser avec qui ils sont alliés : Washington ou Moscou.
4- La Turquie souhaite la création d’un Kurdistan en Syrie administré par les Barzani
Ankara refuse qu’un Kurdistan syrien puisse servir de base arrière au PKK pour s’étendre à son détriment en Turquie. Ankara entretient d’excellentes relations avec le Gouvernement régional du Kurdistan irakien et n’a pas de raison de s’opposer à la création d’un Kurdistan syrien. C’est pourquoi le président Recep Tayyip Erdoğan avait conclu avec l’un des deux co-présidents des YPG syriens un accord secret, en vue de soutenir cet État. Cependant, cet accord n’a pas résisté à la répression des Kurdes turcs par le même Erdoğan après leur percée aux élections législatives de juin 2015 [5].
L’extrême-droite turque, qu’il s’agisse du MHP et des Loups gris ou de la Millî Görüş du président Erdoğan, professe une idéologie raciale. Selon ces partis et milices, la Turquie doit être islamique et fondée sur la race turco-mongole, ce qui implique l’expulsion des chrétiens et des Kurdes. Ce point de vue n’est pas partagé par l’opposition de sorte qu’un grand nombre de Kurdes est parfaitement intégré.
Lorsque le fondateur des Loups gris, Alparslan Türkeş, devient vice-Premier ministre et évoque publiquement la possible liquidation des Kurdes sur le modèle de la liquidation des chrétiens lors du génocide des Arméniens et des Grecs pontiques, Abdullah Öcalan crée le PKK. Il obtient l’asile politique à Damas jusqu’en 1998, date à laquelle Ankara menace d’écraser son voisin s’il continue à l’héberger. Hafez el-Assad demande alors à Öcalan de trouver un autre pays d’accueil. Il sera finalement enlevé par le Mossad, avec l’aide des Kurdes du PDK, au Kenya et emprisonné en Turquie.
5- L’Iran est opposé à la création d’un Kurdistan
Environ 4,5 millions de Kurdes sont Iraniens. Ils disposent d’une région où ils sont majoritaires. S’ils disposent de l’égalité juridique, leur région reste l’objet de discriminations et est moins développée que celles peuplées par des Perses.
La République islamique est très attachée à l’intangibilité des frontières, d’autant que la création d’un nouvel État pourrait encourager le séparatisme d’autres minorités, comme les Baloutches.
Enfin, l’Iran étant l’allié de la Syrie ne saurait admettre qu’un Kurdistan soit créé à son détriment.
6- Le Gouvernement régional kurde d’Irak est favorable à la création d’un Grand Kurdistan à cheval sur l’Irak et la Syrie
Le Gouvernement régional kurde d’Irak considère avec inquiétude les Kurdes de Syrie. En effet, les deux groupes de population ne parlent pas la même langue (le Gorani et le Kurmandji) et ont eu une histoire conflictuelle durant la Guerre froide. Les Kurdes d’Irak filtrent l’entrée chez eux des Kurdes de Syrie, interdisant l’accès de leur territoire à ceux qu’ils soupçonnent d’être toujours liés au PKK turc.
Le président Massoud Barzani s’est auto-prorogé au pouvoir depuis 2012, empêchant la tenue d’élections. Il a institué un régime corrompu et autoritaire, n’hésitant pas à faire assassiner ses opposants. Il a étendu de 40 % le territoire de sa région avec l’aide de Daesh, annexant les champs pétroliers de Kirkouk, puis a écoulé le pétrole volé par Daesh au moyen de son pipe-line. La conquête de la zone hachurée sur la carte ci-dessous permet une continuité géographique entre sa région et un éventuel Kurdistan au Nord de la Syrie.

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Après avoir soutenu Daesh durant la bataille d’Aïn al-Arab (Kobané), le Gouvernement régional kurde d’Irak s’est rapproché du YPG à la demande de Washington et lui a fourni une assistance symbolique. Le « président » Massoud Barzani annonce régulièrement que sa région va proclamer son indépendance et envisage d’annexer alors une partie de la Syrie. Cependant, il est fermement opposé à la création d’un Kurdistan dirigé par Saleh Muslim.
7- Israël est favorable à la création d’un Grand Kurdistan en Irak et en Syrie, mais pas en Turquie
Pour assurer sa sécurité, Israël a d’abord poussé à la création de zones démilitarisées à sa frontière au détriment de ses voisins : le Sinaï égyptien et le Sud du Liban. Cependant avec le développement des missiles, il a abandonné cette stratégie et évacué aussi bien le Sinaï que le Sud du Liban. Depuis 1982, il développe une stratégie consistant à contrôler par l’arrière les trois grandes puissances de la région que sont l’Égypte, la Syrie et l’Irak. Pour ce faire, il a poussé à la création d’un État indépendant, le Soudan du Sud, et pousse aujourd’hui à la création d’un Grand Kurdistan à cheval sur la Syrie et l’Irak.
Depuis la Guerre froide, Israël entretient des relations très étroites avec le clan Barzani, aujourd’hui au pouvoir dans le Kurdistan irakien.
8- La France est favorable à la solution du problème kurde sans atteinte au territoire turc
En 2011, les ministres des Affaires étrangères français et turc, Alain Juppé et Ahmet Davutoğlu, ont signé un Traité prévoyant le soutien de la Turquie dans les guerres contre la Libye et contre la Syrie (qui n’avait pas encore commencé) en échange du soutien à l’adhésion turque à l’Union européenne et de la solution à la question kurde au détriment des voisins de la Turquie. En d’autres termes, la France s’est engagée à créer un État indépendant, soit en Syrie, soit en Irak, soit à cheval sur les deux pays, afin de pouvoir y expulser les membres du PKK. Ce Traité, qui planifie des crimes contre l’humanité, est bien entendu resté secret et n’a pas été ratifié par les parlements respectifs.
Le 31 octobre 2014, le président François Hollande a reçu Recep Tayyip Erdoğan à l’Élysée. L’un des deux co-présidents du YPG syrien, Saleh Muslim s’est joint secrètement à leur réunion. Les trois hommes se sont engagés à créer un Kurdistan en Syrie, au détriment de ses habitants actuels, dont Saleh Muslim serait « nommé » président.
Cependant, après la bataille d’Aïn al-Arab (Kobané en Kurde kumandji), le président Hollande a reçu, publiquement cette fois, à la demande des États-Unis, l’autre co-président du YPG, Asya Abdullah, suscitant la fureur d’Ankara (8 février 2015). En effet, Madame Abdullah est réputée fidèle au chef du PKK, Abdullah Öcalan, et donc opposée à une présidence de Saleh Muslim.
Changeant une nouvelle fois de position après les attentats de Paris, la France a fait adopter par le Conseil de sécurité la résolution 2249 autorisant à intervenir militairement contre Daesh, ce qui fournit un excellent alibi pour créer le nouvel État. Mais les États-Unis et la Russie retoquèrent au dernier moment le projet français de sorte que Paris ne puisse intervenir en Syrie sans l’aval de Damas.
9- Les trois principales factions kurdes sont favorables à la création d’un Kurdistan, n’importe où, pourvu qu’elles le contrôlent et pas leurs rivales
Les Kurdes se sont divisés durant la Guerre froide entre pro-US (PDK) et pro-Russes (PKK). Le YPG représentant les réfugiés du PKK en Syrie. À ce clivage fondamental s’en sont ajoutés d’autres de sorte qu’il existe aujourd’hui une vingtaine de partis politiques kurdes.
La société kurde est organisée selon un système clanique qui rappelle celui du Sud de l’Italie, de sorte que les appartenances politiques se décident par famille plutôt qu’individuellement.
Au XVIIIe et XIXe siècles, les dirigeants kurdes ont toujours privilégié les alliances avec de Grandes puissances plutôt qu’avec les gens avec qui ils vivaient. De la sorte, ils ont tiré leur épingle du jeu au détriment de leur propre peuple ; une situation qui n’est pas sans rappeler le comportement des dirigeants maronites au Liban.
En 1974-75, les Kurdes d’Irak s’allièrent aux États-Unis contre Ahmad Hassan al-Bakr. Mais ils n’intervinrent pas lorsque celui-ci les réprima. Interrogé par une commission sénatoriale pour savoir s’il n’avait pas honte de les avoir abandonnés, le secrétaire d’État Henry Kissinger répondit sèchement : « La politique extérieure des États-Unis n’est pas une affaire philanthropique ».
Les leaders kurdes qui ont accepté le projet états-unien avec l’espoir d’accéder à des fonctions importantes dans le futur État refusent d’endosser la responsabilité de la Nakba s’ils devaient être écartés du futur pouvoir [6]. Il conviendrait en effet d’expulser ou de massacrer les populations arabes et chrétiennes assyriennes qui habitent le Nord de la Syrie et qui les avaient accueillis.

Usage récent de la force pour pousser chacun de ces projets

Au cours de l’été 2016, les États-Unis ont directement soutenu les FDS (c’est-à-dire des membres des YPG et quelques mercenaires arabes et chrétiens) pour prendre la ville de Manbij à Daesh, qu’ils soutiennent indirectement via la Turquie. Dès la victoire acquise, le Pentagone a contraint le YPG à se retirer de la ville qu’il venait de conquérir au profit de groupes opposés à Damas.
Le 23 août, le président du Gouvernement régional du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, a été reçu avec les honneurs par les principaux dirigeants turcs. Il a notamment eu un entretien de deux heures avec le président Erdoğan. Le Kurdistan irakien a apporté son soutien à la Turquie contre les Kurdes du PKK et établi avec elle un plan pour détruire ses installations dans les montagnes irakiennes. En outre, les deux parties ont évoqué la coopération énergétique —probablement la manière de continuer à écouler le pétrole volé par Daesh—.
Le jour même, l’armée turque est entrée en territoire syrien et a pris à Daesh la ville de Jarablous (entre la frontière et Manbij). Cette opération s’est faite sans combattre car Daesh a obéi à son mentor turc. Au demeurant, il n’y a jamais eu pour le moment de bataille, ni ici, ni ailleurs, entre l’armée turque et Daesh.
Cherchant à pousser son avantage, l’armée turque a poursuivi sa progression en prenant des villages et en se rapprochant de Manbij. Bien que les États-Unis lui aient ordonné de stopper, elle a continué sa marche. La CIA a alors donné des missiles anti-tanks au YPG qui les a tirés d’abord sur les tanks turcs (mais pas à Jarablous), puis sur l’aéroport turc de Diyarbakır. Comprenant le message, l’armée turque s’est repliée sur Jarablous et a donné les villages du sud de la ville à des milices turkmènes agissant cette fois sous le drapeau vacant de l’Armée syrienne libre.
Le lendemain de la visite de Massoud Barzani, le vice-président états-unien Joe Biden s’est également rendu en Turquie. Lorsqu’il était sénateur, il avait déposé une proposition de loi visant à proclamer l’indépendance du Kurdistan irakien. Il a annoncé avoir demandé au YPG de se retirer de l’Ouest de l’Euphrate —une zone qui inclut Manbij—, faute de quoi Washington cesserait tout soutien « aux » Kurdes. Cependant comme Daesh a déjà fait savoir qu’il ne laisserait pas le YPG s’implanter à l’Est de l’Euphrate, on ne comprend pas bien quel territoire il lui reste.
En définitive, un accord tacite a été convenu entre Ankara et Damas pour faire obstacle à un Kurdistan administré par le YPG, tandis qu’un autre accord a été officiellement conclu entre le Pentagone et le YPG pour qu’ils ne se tirent pas dessus mutuellement. Les États-Unis en sont à leur cinquième position sur le Kurdistan en moins d’un siècle.
[1] Dans cet article, les quatre principaux partis kurdes sont :
- le PKK, créé durant la Guerre froide par Abdullah Öcalan, d’obédience marxiste-léniniste.
- le YPG, créé par les exilés politiques Turcs du PKK en Syrie.
- le PDK, autour de la famille Barzani en Irak, dont les dirigeants ont publiquement travaillé pour le Mossad durant la Guerre froide et qui restent liés à Israël.
- l’UPK, autour de la famille Talabani, lié à l’Iran.
[2] Les Qizilbash sont un ordre soufi d’origine iranienne.
[3] « La Turquie d’aujourd’hui poursuit le génocide arménien », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 26 avril 2015.
[4] « Les États-Unis et Israël débutent la colonisation du Nord de la Syrie », Réseau Voltaire, 1er novembre 2015.
[5] « Erdoğan : déjà 5 359 Kurdes "neutralisés" », Réseau Voltaire, 29 mars 2016.
[6] La Nakba (mot arabe signifiant catastrophe) désigne le nettoyage ethnique et l’expulsion de 700 à 750 000 Palestiniens, lors de l’auto-proclamation de l’État d’Israël en 1948.

mercredi 25 mai 2016

Le président kurde Barzani : L’accord Sykes-Picot fut un échec ; il est temps de créer un Etat kurde

Dans une déclaration émise à l’occasion du 100e anniversaire de l’accord Sykes-Picot, Massoud Barzani, président de la région autonome kurde d’Irak, a appelé la communauté internationale à reconnaître que l’accord Sykes-Picot avait été un échec. Pour lui, cet accord, qui ignorait la composition de la région et la volonté de ses populations, représentait une grande injustice, notamment à l’encontre des Kurdes. Pour les Kurdes d’Irak, cet accord a entraîné 100 ans de discrimination et d’atrocités, infligées par les différents régimes irakiens.
Malgré cela, a souligné Barzani, pendant 100 ans, ces Kurdes ont fait de leur mieux pour protéger l’intégrité de l’Etat irakien. Mais aujourd’hui, il incombe aux pays de la région et du monde de mettre un terme à cette tragédie en permettant aux populations d’Irak de définir leur avenir politique. Barzani a enfin appelé à un dialogue sérieux entre Bagdad et Erbil pour trouver une nouvelle solution. « Si un partenariat est impossible, soyons des frères et de bons voisins », a-t-il conclu. 
Sa déclaration a été publiée sur le site officiel de la Présidence de la Région du Kurdistan. Extraits : [1]
Aujourd’hui marque le 100e anniversaire de l’accord Sykes-Picot. Cet accord a contribué à sculpter la région après la Première Guerre mondiale, au mépris de l’opinion des populations  régionales et de leur situation géographique. Il représentait une grande injustice pour les populations de la région, notamment les Kurdes.
Les conséquences de cet accord ont d’abord et avant tout été néfastes pour la population du Kurdistan dans l’Etat irakien. Un Etat irakien qui avait été initialement créé sur les bases d’un partenariat entre les Kurdes et les Arabes, a finalement décidé de marginaliser les Kurdes. Les régimes irakiens successifs ont, depuis, privé les Kurdes de leurs droits et infligé de grandes tragédies au peuple kurde. La part [de souffrance] du peuple kurde dans ce partenariat a consisté dans le massacre et la déportation de 12 000 jeunes Kurdes Failis, l’assassinat de 8 000 Barzanis, l’assassinat et la disparition de 182 000 Kurdes dans la zone de Garmiyan et ailleurs, le bombardement chimique de Halabja, la destruction de 4 500 villages kurdes, l’arabisation des régions kurdes, et en d’innombrables autres injustices.
Après le soulèvement de 1991, le peuple du Kurdistan a choisi d’ouvrir un nouveau chapitre avec l’Etat irakien, et s’est abstenu de représailles contre les détracteurs. Mais cela aussi s’est révélé vain, car le gouvernement irakien de l’époque a poursuivi ses politiques oppressives contre le peuple kurde.
Après la chute du régime baasiste en 2003, le peuple du Kurdistan a décidé de revenir à Bagdad et d’aider à construire un nouvel Irak en rédigeant une nouvelle constitution garantissant les principes d’un partenariat véritable, la démocratie et le fédéralisme. Mais les gouvernements irakiens ont ignoré la constitution, leurs engagements et leur partenariat, et décidé de réduire la part du budget de la Région du Kurdistan…
A toutes fins utiles, l’Irak d’aujourd’hui est un pays divisé selon des frontières communautaires. En Irak, en Syrie et dans de nombreux autres pays, Daech a rendu les frontières insignifiantes, et de nouvelles frontières ont été dessinées. Le peuple du Kurdistan n’est pas responsable de cette situation en Irak. La responsabilité en revient à ceux qui ont dépecé la région il y a une centaine d’années, et aux politiques erronées des dirigeants de la région qui ont voulu maintenir la stabilité en utilisant la  force, la violence et l’oppression. En cela, ils ont échoué.
Ces cent dernières années, le peuple du Kurdistan a essayé de son mieux de protéger l’intégrité territoriale d’un véritable Etat irakien, mais en vain. Je serais reconnaissant que quelqu’un s’avance pour nous dire ce que le peuple kurde aurait pu faire pour protéger l’unité de l’Irak.
Pour éviter la guerre, l’instabilité  et davantage de tragédies, l’accord Sykes-Picot doit être révisé. Le peuple irakien ne peut plus tolérer la guerre, la mésentante et l’extrémisme. Nous ne pouvons endurer plus de tragédies et maintenir un accord de cent ans qui a manifestement échoué. La communauté internationale et les pays de la région doivent comprendre que pour mettre fin à la tragédie irakienne, nous devons tenir compte de la composition du pays, et laisser les populations irakiennes déterminer leur avenir politique. S’agissant de l’avenir des Kurdes dans d’autres régions, ils devront trouver leurs solutions via la paix et le dialogue, conformément à leurs conjonctures respectives.
Nous devons accepter les nouvelles réalités ; la citoyenneté n’a pas évolué ; les frontières et la souveraineté ont perdu leur sens, l’accord Sykes-Picot est caduc. La communauté internationale doit assumer cette responsabilité historique, et au lieu de faire durer la souffrance du peuple irakien, elle doit chercher une véritable solution pour l’Irak et la région. Sinon, nous serons voués à une guerre sans fin, à l’extrémisme et à la tragédie, et la paix et la sécurité internationale se feront sous la menace…
A l’occasion de ce centième anniversaire de l’accord Sykes-Picot, je demande un dialogue sérieux entre Erbil et Bagdad pour trouver une nouvelle solution. Si un partenariat est impossible, soyons des frères et de bons voisins.
Si les partis politiques de la région du Kurdistan, pour une raison quelconque, décident de ne pas assumer cette responsabilité historique qui est la leur, d’agir, les peuples prendront leur décision, et la décision du peuple sera plus forte et plus légitime. Je suis convaincu que le peuple du Kurdistan saura prendre la bonne décision.

mercredi 21 octobre 2015

Pourquoi Erdoğan en personne et l’État turc profond se trouvent derrière le massacre d’Ankara

Le massacre d’Ankara (86 morts et 186 blessés, le 10 octobre 2015) n’a pas été revendiqué. Cependant, compte tenu de la volonté préalable du PKK de proclamer un cessez-le-feu unilatéral durant la période électorale, de la volonté du président Erdoğan de faire peur à son propre électorat, et du passé criminel de l’État turc profond, il ne fait pas de doute pour Savvas Kalenteridis que la responsabilité en revient à Ankara.

ait le 24 mai 1993. Un bus transportait des soldats non armés de Malatya à Bingkiol. Dix kilomètres avant sa destination, les guérilleros du PKK, dirigés par Semntin Sakik, arrêtèrent le bus et capturèrent les soldats. Dans les premières heures matinales qui suivirent, ils exécutèrent 33 d’entre eux, plongeant la Turquie dans le deuil et éveillant les humeurs nationalistes et chauvinistes de la société turque contre les Kurdes et le PKK.
Une série d’événements a montré par la suite que, derrière ce crime odieux, se cachait l’État turc.
Le bus en question n’était pas escorté, une première en la matière.
Semntin Sakik, qui se rendit plus tard à l’État turc et trahît des secrets importants et vitaux de l’organisation aux autorités turques de sécurité, entretenait des relations avec l’infâme Gésil (Mahmut Yıldırım), kurde sunnite, agent et exécuteur des services secrets turcs, qui l’a informé du parcours de l’autobus et l’a chargé d’exécuter les soldats non-armés, un acte qui va à l’encontre du code des valeurs du PKK.
Selon des observateurs objectifs, le crime de l’exécution des 33 soldats a été conçu par le service de lutte anti-terroriste (JITEM), qui était le repaire de l’État profond, pour créer une vague de réaction dans l’opinion publique turque contre le PKK, pour faire pression sur le gouvernement et les forces armées afin de commencer des opérations militaires contre le PKK et de mettre fin de facto à la trêve unilatérale décrétée par Abdullah Öcalan, le 20 mars 1993, de concert et à l’instigation de l’ancien président de la République, Turgut Özal.
Il est à noter que le cessez-le-feu du 20 mars, fut prolongé de deux mois après une nouvelle déclaration d’Öcalan qu’il fit le 15 avril, toujours en consultation avec Turgut Özal et avec Celal Talabani comme médiateur diplomatique.
Pour ceux qui gardent encore un léger doute quant au rôle de l’État profond dans ce cas et combien était perturbante la voie de la paix, laquelle avait pour but d’apporter une solution politique à la question kurde, il suffit que nous révélions que deux jours après le second avis de l’extension du cessez-le-feu, Turgut Özal mourrut, empoisonné par l’État profond (17 avril 1993).
Vu que le PKK prolongea la trêve, l’État profond organisa l’exécution de 33 soldats non armés le 24 mai, laquelle fut attribuée au PKK, et fut suivie par de grandes opérations militaires de l’armée turque, mettant ainsi fin au cessez-le- feu unilatéral.

Ce qui a conduit au massacre du 10 octobre à Ankara

Le 9 octobre 2015, le codirigeant du PKK, Cemil Bagik, a annoncé que le PKK était prêt à déclarer une trêve unilatérale, de sorte à éviter une atmosphère de guerre en période électorale au Kurdistan turc occupé et le jour des élections du 1er novembre.
L’annonce officielle devait être faite par Murat Karayilan, le chef militaire du PKK, le samedi 10 octobre 2015.
En même temps, le mouvement kurde avait convenu, en accord avec diverses organisations, de co-organiser une grande manifestation pour la paix à Ankara.
Mais le duo Erdoğan-Davutoğlu avait organisé toute la campagne des élections du 1er novembre dans un climat belliqueux, dans le but de rassembler, autour des conservateurs de l’AKP, les électeurs nationalistes et de déstabiliser les électeurs turcs pacifiques, lesquels, par les centaines de milliers, avaient voté pour le Parti de la Démocratie des Peuples (HDP), aux élections du 7 juin 2015.
En définitive, c’était pour cette raison qu’Erdoğan avait interrompu la longue trêve et commencé la guerre contre le PKK à la mi-juillet 2015. Ce sont ces votes visant à obtenir la majorité absolue de l’AKP à l’assemblée nationale et à se faire nommer nouveau sultan, une pâle imitation de Saddam Hussein et de Mouammar el-Kadhafi.
En quelque sorte le mouvement de la paix et le cessez-le feu devraient être torpillés et ne devaient pas influencer les électeurs.
La guerre qu’il commença lui-même, sur sa propre décision à la mi-juillet et coûté la vie à des centaines de Kurdes et Turcs devait être poursuivie. Ainsi, des agents de l’État profond turc, des Kurdes sunnites, recrutés par les autorités de sécurité turques en 2013 et 2014, dans la ville d’Adiyaman, pour être engagés par l’Émirat Islamique et se retourner contre leurs frères Kurdes du PKK ont exécuté la mission, comme des kamikazes lors de l’attentat meurtrier à la gare d’Ankara.

Et quelle est la tragédie de cette affaire ?

Le kamikaze d’Ankara, est probablement Yunus Emre Alagöz, le frère aîné de Şeyh Abdurrahman Alagöz, qui, lui-aussi kamikaze, a tué 33 jeunes Kurdes à Suruç, le 20 juillet 2015 après quoi le PKK commença la guérilla contre l’État turc.
C’est cela la Turquie, tel est l’État turc. Profondément brutal et implacable envers ses « ennemis ».
Nous espérons que ceux qui « caressent » depuis des « années » maintenant les représentants de cet État réaliseront cette simple vérité, tandis que la Turquie perpétue aujourd’hui sur la personne des Kurdes, le génocide des Grecs, des Arméniens et des Assyriens, tandis que la même Turquie poursuit son occupation de Chypre et ses ambitions d’expansion dans la mer Égée.
Savvas Kalèdéridès
Savvas KalèdéridèsBrigadier de l’Armée de terre grecque. Il démissionna en 2000 après la capture du leader kurde Abdullah Öcalan par la CIA, le Mossad et le MIT turc. Il était alors en mission d’accompagnement à Nairobi (Kenya), pour le compte du Renseignement grec. Très populaire en Grèce et à Chypre, il est l’auteur de nombreux ouvrages d’analyse géopolitique et dirige la maison d’édition Infognomon et le site internet InfognomonPolitics.

lundi 12 août 2013

Les Kurdes irakiens prêts à intervenir en Syrie contre les jihadistes

Depuis la mi-juillet, les miliciens des comités de protection du peuple jurde (YPG), branche armée du Parti de l’union démocratique (PYD), le pendant syrien du Parti des travailleurs kurdes en Turquie (PKK) combattent les jihadistes du Front al-Nosre et de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EILL) dans le nord-est de la Syrie.
La semaine passée, plus de 200 civils ont été enlevés par des hommes appartenants aux groupes affiliés à al-Qaïda dans les villages kurdes de Tall Aren et de Tall Hassel. Pour le moment, leur sort demeure inconnu. En outre, 13 autres civils, également kurdes, ont été raflés par un groupe rebelle dans la province d’Alep avant d’être remis aux jihadistes.
C’est dans ce contexte que Massoud Barzani, le président de la région autonome kurde irakienne, a rendu public une lettre dans laquelle il se dit prêt à une intervention en Syrie, sans pour autant en préciser les modalités, ni la forme.
Dans un premier temps, M. Barzani a annoncé l’envoé d’une mission chargée de vérifier si la population civile kurde est victime d’exactions commises par des “terroristes d’al-Qaïda.”
Si tel est effectivement le cas, c’est à dire si “les informations sont exactes et montrent que des citoyens, les femmes et les enfants de Kurdes innocents, sont menacés de meurtres et d’actes terroristes”, alors, a-t-il ajouté, “la région du Kurdistan d’Irak utilisera tous les moyens dont elle dispose pour [les ] défendre.” Ce qui suppose donc une intervention armée.
La lette de Massoud Barzani a d’abord été adressée au comité chargé de préparer le Congrès kurde, qui doit se tenir à la fin du mois d’août à Erbil, la capitale du Kurdistan irakien, afin qu’il puisse constituer la commission qui doit aller enquêter en Syrie.
En attendant, la position du président de la région autonome kurde d’Irak prend de court celle du gouvernement irakien, lequel s’est toujours montré, jusqu’à présent, très prudent sur le conflit en Syrie.
Dans le cas où une intervention en Syrie est décidée par M. Barzani, ce dernier pourra compter sur une force armée (Kurdish Regional Guards), laquelle dispose, selon le centre de réflexions israéliens “Institute for National Security Studies” (INSS) de 70.000 Peshmergas en activité et de 100.000 réservistes. Quant à leurs moyens, ils sont essentiellement dotés d’armes légères. Toujours d’après la même source, ils mettraient en oeuvre quelques blindés, essentiellement d’origine soviétique et ayant appartenu à l’armée irakienne.

Via Zone Militaire