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vendredi 29 septembre 2017

L’EI en Libye menace les États-Unis, l’Italie et la France

Une vidéo de 17 minutes diffusée le 24 septembre 2017 par l’État islamique (EI) dans la province libyenne d’Al-Barqa (Cyrénaïque) montre les activités de l’organisation dans les régions désertiques de l’est de la Libye, notamment les raids et les attaques suicides aux points de contrôle et autres installations militaires des forces gouvernementales de l’est de la Libye.
La vidéo, intitulée « Ceux-ci ne fléchirent pas à cause de ce qui les atteignit » (Coran 3: 146), a été diffusée par le média affilié à l’EI Nasher News. Les combattants et kamikazes de l’EI qui y apparaissent exhortent tous les musulmans, jeunes et âgés, notamment en Libye, à rejoindre le djihad et à combattre sur le front libyen,  pour participer à la guerre contre les apostats et les infidèles.
S’adressant au chef de l’EI, Abu Bakr Al-Baghdadi, ils lui assurent leur loyauté, lui enjoignent de rester tenace, malgré les difficultés auxquelles l’EI est confronté, et lui promettent qu’ils mèneront bientôt des opérations qui le réjouiront. Aux « apostats » et aux « infidèles », ils promettent que l’EI les vaincra et que son peuple atteindra bientôt le cœur des États-Unis, de la France et de l’Italie.
Après avoir mis en ligne la vidéo, Nasher News a également publié un communiqué appelant les partisans de l’EI sur les réseaux sociaux à aider les combattants à Al-Barqa en relayant la vidéo.
Notons que c’est la première vidéo mise en ligne par l’EI à Al-Barqa au cours des 18 derniers mois et que l’EI s’est considérablement affaibli en Libye après son expulsion de son bastion principal, la ville de Syrte, fin 2016. Le 22 septembre, les États-Unis ont mené une attaque aérienne sur une base de l’EI à 240 km au sud-est de Syrte.
La première partie du film montre un convoi de véhicules de l’EI avançant dans la région désertique entre Syrte et Nofilia, et arrêtant quelques véhicules pour interrogatoire. La partie suivante montre un raid de l’EI sur un poste de contrôle des forces gouvernementales de l’est de la Libye, sur la route entre Al-Jufra et Fukaha. Les combattants de l’EI abattent tous les soldats au point de contrôle,  s’emparent de matériel et louent Abu Bakr Al-Baghdadi.
L’un des combattants menace les pays occidentaux : « Nous disons aux États-Unis, à la France infidèle et à l’Italie : avec l’aide d’Allah, nous vous atteindrons au cœur même de vos maisons. »

dimanche 24 septembre 2017

De nouvelles révélations compromettantes sur l’attaque de l’ambassade américaine de Benghazi

Le Département d’État dirigé à l’époque par Hillary Clinton va devoir fournir de sérieuses explications sur la société responsable de la sécurité pendant l’attaque terroriste à Benghazi, qui a coûté la vie à l’ambassadeur Stevens et trois officiers de sécurité le 11 septembre 2012.

Pour assurer la sécurité de son ambassade à Benghazi, le Département d’Etat américain a recruté une société du Royaume-Uni sans aucune expérience opérationnelle dans les régions hostiles et dont les agents n’étaient pas armés, a-t-on appris cette semaine.
La société de sécurité américaine habituelle, qui protège de nombreuses ambassades américaines dans le monde, s’était vue refuser le contrat de Benghazi, et avait été invitée à se taire à ce sujet si elle ne voulait pas perdre des contrats futurs.
L’expert en sécurité américaine Jerry Torres et Brad Owens, les dirigeants de la société Torres Advanced Enterprise Solutions, assurent la sécurité des ambassades et des consulats américains à travers le monde. Ils ont vécu de près le cauchemar de Benghazi le 11 septembre 2012.
Torres a proposé sa soumission habituelle pour le contrat de sécurité de Benghazi, mais un haut fonctionnaire du Département d’Etat, Jan Visintainer, l’a attribué à une société étrangère mystérieuse, Blue Mountain Group du Royaume-Uni.
  • La société Blue Mountain n’avait jamais eu de contrat de haute sécurité auparavant,
  • Elle n’avait jamais travaillé dans des situations liées à une forte menace terroriste.
  • Et ses employés n’étaient même pas armés – à Benghazi !
Après l’attaque, Visintainer a demandé à la fois à Torres et Owens de garder le silence sur cette étrange affaire s’ils voulaient obtenir de nouveaux contrats gouvernementaux.
Ils sont été pressurisés par le chantage pour se taire afin d’être en phase avec le narratif du Département d’Etat concernant les motifs du manque de sécurité qui a conduit à la mort de quatre Américains.
Mais ajoutant le déshonneur à la bassesse, Torres Advanced Enterprise Solutions a depuis été rejeté sur 18 des 20 contrats de sécurité qu’il a soumis – ce que son silence devait précisément éviter.
11 jours avant l’attentat, et voyant les appels inquiets de l’ambassadeur Stevens s’accumuler, le Département d’Etat, pris de panique, a fini par contacter Brad Owens et lui demander de se préparer à la protection de l’ambassade. 
Brad Owens
« Ils sont venus nous voir et nous ont dit, ‘est-ce que vous pouvez aller là-bas et assurer la sécurité ?’ a déclaré Owens à Fox News. “Donc nous étions près.”
Mais c’était trop tard, explique Owens, qui avait besoin de deux à trois semaines pour être opérationnels : 11 jours plus tard, l’Etat islamique lançait une attaque qui a duré 13 heures entre le 11 et le 12 septembre, et tué l’ambassadeur Chris Stevens, officier des services de renseignement Sean Smith, les ex Navy Seals Ty Woods et Glenn Doherty.
Personne n’a jamais été tenu responsable des infractions aux règles de sécurité de Benghazi.
Pour le 5e anniversaire de la mort des quatre Américains, et parce qu’il y a un nouveau président, Torres a pensé qu’il devait la vérité aux quatre familles des victimes, et a décidé de parler, tout se sentant coupable « de ne pas en avoir parlé plus tôt, pour ne pas avoir été là, à Benghazi, et avoir protégé les quatre victimes. »
Les médias de gauche n’ont pas été intéressés par le drame, dont ils ont très peu parlé, car il impliquait un président dont ils avaient décidé de couvrir toutes les vilenies, Obama. Et après tout, il n’y avait qu’un ambassadeur mort.
Cette affaire a été révélé au cours de l’émission de Tucker Carlson sur Fox News par la formidable Catherine Herridge  et si le Congrès fait son travail correctement, ce qui n’est pas assuré, la commission d’enquête sur ce drame de Benghazi pour lequel Hillary Clinton a menti en accusant une sombre vidéo sur YouTube sur l’islam que personne n’avait jamais vue d’être la cause de l’attaque de l’ambassade.
  • Le Département d’Etat a refusé de répondre aux questions de Fox News, et de laisser Visintainer être interviewé ou répondre à des questions écrites.
  • Le groupe Blue Mountain Group n’a pas répondu aux questions de Fox News.
Torres et Owens expliquent que d’autres attaques comme celle de Benghazi pourraient se produire de nouveau car les mêmes employés du Département d’Etat qui ont fait le mauvais choix pour Benghazi sont toujours à leur même poste faisant des mauvais choix pour les autres ambassades et consulats américains.
traduction © Oksana Zvirynska 

http://www.foxnews.com/politics/2017/09/13/clinton-state-department-silenced-them-on-benghazi-security-lapses-contractors-say.html

mardi 11 juillet 2017

Manchester, le MI6, Al-Qaïda, Daesh et les Abedi

Selon Scotland Yard, l’attentat contre les spectateurs du concert d’Ariana Grande à l’Arena de Manchester, le 22 mai 2017, a été commis par Salman Abedi, dont on a heureusement trouvé une carte bancaire dans la poche du cadavre déchiqueté du « terroriste ».
Cet attentat est généralement interprété comme la preuve que le Royaume-Uni n’est pas impliqué dans le terrorisme international et qu’au contraire, il en est une victime.
Salman Abedi est né au Royaume-Uni d’une famille d’immigrés libyens. Il s’est rendu plusieurs fois en Libye au cours des derniers mois, avec ou sans son père.
Ce dernier, chez qui il vivait, Ramadan Abedi, est un ancien officier des services de Renseignement libyens. Il était spécialisé dans la surveillance de la mouvance islamiste, mais deux décennies plus tard n’a pas observé que son fils avait rejoint Daesh.
En 1992, Ramadan Abedi fut retourné par le MI6 britannique et participa à un complot de la Couronne visant à assassiner Mouamar Kadhafi. L’opération ayant été éventée, il fut exfiltré par le MI6 et transféré au Royaume-Uni où il obtint l’asile politique. Il se fixa en 1999 à Whalley Range (sud de Manchester) où réside la petite communauté islamiste libyenne du Royaume-Uni.
En 1994, Ramadan Abedi retourna en Libye pour le compte du MI6. Il participa, fin 1995, à la création du Groupe islamique combattant en Libye (GICL), branche locale d’Al-Qaïda, aux côtés d’Abdelhakim Belhaj. Le GICL fut alors chargé par le MI6 d’assassiner Mouamar Kadhafi contre 100 000 livres sterling. Cette opération, qui elle aussi échoua, provoqua de vifs débats au sein des services de Sa Majesté, dont la démission de notre ami David Shayler.
De nombreux « anciens membres » du GICL ont également vécu à Whalley Range, dont l’ami des Abedi, Abd al-Baset Azzouz. En 2009, ce dernier rejoint Al-Qaïda au Pakistan et devient un des proches de son chef, Ayman al-Zawahiri. En 2011, il participe au sol à l’opération de l’Otan contre la Libye. Le 11 septembre 2012, il dirige l’opération contre l’ambassadeur des États-Unis en Libye, J. Christopher Stevens, assassiné à Benghazi. Il est arrêté en Turquie et extradé aux États-Unis, en décembre 2014, où il attend son procès.
On ignore si, en 2005, Ramadan Abedi a rejoint les membres du GICL pour former Al-Qaïda en Irak et si, en 2011, il participa à l’opération du MI6 du « printemps arabe » et au rôle de soutien au sol du GICL auprès de l’Otan. Quoi qu’il en soit, il s’installa en Libye à la chute de Kadhafi et y transféra sa famille, laissant ses grands enfants dans la maison familiale de Whalley Range.
Selon l’ancien Premier ministre espagnol, José María Aznar, Abdelhakim Belhaj participe aux attentats de Madrid du 11 mars 2004. Plus tard, il est secrètement arrêté en Malaisie par la CIA et transféré en Libye où il est torturé non pas par des fonctionnaires libyens ou états-uniens, mais par des agents du MI6. Il est finalement libéré lors de l’accord entre Saif el-islam Kadhafi et les jihadistes. Durant la guerre de Libye, Belhaj qui est exilé au Qatar, rejoint la Libye dans un avion de l’émir et commande les opérations au sol en lien avec l’Otan. Le 28 juillet 2011, il organise d’assassinat du général Abdelfattah Younès qui prétendait avoir rejoint les « rebelles », mais auquel il reprochait d’avoir commandé la lutte contre le GICL dans les années 90. En septembre 2011, Belhaj est nommé gouverneur militaire de Tripoli par l’Otan. En 2012, secondé par l’Irlandais Mahdi al-Haraii, il créé l’Armée syrienne libre, puis revient à nouveau en Libye. Le 2 mai 2014, il est reçu au Quai d’Orsay. En décembre 2013, à la suite de la découverte dans les archives de la Jamahiriya arabe libyenne d’une lettre de l’ancien chef du MI6, il lance une procédure à Londres contre le Royaume-Uni pour l’avoir enlevé et torturé neuf ans plus tôt. Les services secrets britanniques placent alors illégalement ses avocats sur écoute et seront finalement contraints de détruire ces enregistrements. Selon le procureur général d’Égypte, Hichem Baraket, en mai 2015, Belhaj devient le principal leader de Daesh en Afrique du Nord ; information reprise par Interpol. Belhaj installe trois camps d’entraînement de Daesh en Libye à Derna (dans l’ancienne propriété d’Abd al-Baset Azzouz), à Syrte et à Sebrata. En octobre 2016, il ouvre à Londres une nouvelle procédure à propos de son enlèvement et de des tortures subies, cette fois nominativement contre l’ancien directeur du MI6, Sir Mark Allen.
Daesh a revendiqué l’attentat de Manchester, mais sans qualifier Salman Abedi de « martyr ». Après l’attentat, Ramadan Abedi a déclaré son hostilité au jihad à des journalistes qui l’ont joint par téléphone. Il a également affirmé que son fils prévoyait de passer le mois de ramadan avec lui en Libye et qu’il était persuadé de son innocence. À la demande du Royaume-Uni, il a été interpellé par une police libyenne.

vendredi 9 juin 2017

Les Frères musulmans quittent Tripoli

Les leaders des Frères musulmans et de leurs organisations armées (Al-Qaïda, Daesh, etc.) quittent Tripoli depuis la rupture des relations diplomatiques saoudo-qatari.
Ils se regroupent en Turquie.
On devrait donc assister prochainement à une relative clarification en Libye où l’un des trois gouvernements actuels devrait être dissout.
Une totale réorganisation des alliances est en cours au Moyen-Orient.

vendredi 27 janvier 2017

Pepe Escobar : Ce que nous réserve la nouvelle administration Trump


La nouvelle ère Trump s’amorce. Attendez-vous très bientôt à toute une série de rebondissements géopolitiques et géo-économiques imprévisibles.

Pepe Escobar
J’ai soutenu que la stratégie déployée par Henry Kissinger, le gourou de Trump en matière de politique étrangère, pour contrer le redoutable trio favorisant une intégration eurasienne (Russie, Chine et Iran), est une version remixée du classique Diviser pour régner, en séduisant la Russie pour l’éloigner de son partenariat stratégique avec la Chine, tout en continuant de harceler l’Iran, le maillon le plus faible du trio.

C’est ce qui se joue d’ailleurs, comme les débordements de certains des membres du cabinet proposé de Trump le démontrent, lorsqu’ils comparaissent devant le Sénat des USA. Dans le royaume du baratin, certaines factions rappellent justement la politique chinoise de Nixon, conçue par Kissinger, en se disant très emballés par la perspective de pouvoir contenir au moins une de ces puissances « susceptibles de se liguer contre les USA ».

Kissinger et le Dr. Zbig « Grand échiquier » Brzezinski sont les deux plus grands dalangs(maîtres de marionnettes) occidentaux autoproclamés de l’arène géopolitique. Par opposition à Kissinger, Brzezinski, le mentor d’Obama en matière de politique étrangère, fidèle à sa russophobie, propose une politique de diviser pour régner misant sur la séduction de la Chine.

Cela dit, après avoir examiné ma thèse, une source influente du milieu des affaires de New York, très proche des véritables Maîtres de l’Univers au demeurant discrets, qui a correctement prédit la victoire de Trump des semaines à l’avance, a été cinglante à l’endroit de ces précieux dalangs. Mais elle s’est surtout proposée d’expliquer en détail comment les Maîtres de l’Univers ont exposé la nouvelle normalité directement à Trump. Appelons-la « X ».

La Chine sous haute surveillance

« X » commence par dire ce que les porte-parole habituels de l’État profond aux USA, qui vénèrent leurs idoles, n’osent jamais affirmer, du moins en public : « Il est important de ne pas donner trop de poids à Kissinger ou à Brzezinski, qui ne sont que des façades pour ceux qui prennent les décisions, et dont le rôle consiste à recouvrir ces décisions d’une patine d’intellectualité. Leur contribution ne signifie pas grand-chose. J’utilise leurs noms à l’occasion, car je ne peux nommer ceux qui rendent vraiment les décisions. »

C’est à partir de là que « X » définit la nouvelle normalité : « Trump a été élu avec le soutien des Maîtres, pour qu’il penche la balance en faveur de la Russie. Les Maîtres ont leurs pions dans les médias et au Congrès, qui poursuivent une campagne de dénigrement contre la Russie. Ils disposent aussi de leur marionnette Brzezinski qui s’en prend également à la Russie, en déclarant que ‘l’influence mondiale des USA dépend de sa coopération avec la Chine’. L’objectif est de forcer la Russie à coopérer et à placer ses jetons en faveur de Trump à la table des négociations. C’est la technique du bon flic et du méchant flic. Donald est perçu comme le bon flic qui souhaite de bonnes relations avec la Russie, tandis que le Congrès, les médias et Brzezinski jouent le rôle du mauvais flic. On aide ainsi Trump dans ses négociations avec la Russie, Poutine étant conscient de la position ‘précaire’ de son ami, ce qui devrait l’amener à faire des concessions majeures comme on dit. »

Ce qui nous amène à parler de la façon dont Taïwan – et le Japon – se sont retrouvés dans le bain. « En parlant aux Taïwanais, Donald montre aux Russes que son virage, c’est du sérieux. Mais on a décidé de mettre aussi le Japon dans le bain, en tant que prédateur s’en prenant à l’industrie américaine, par une attaque contre Toyota, bien méritée d’ailleurs. C’est que les Maîtres ont jugé plus prudent de modérer la position, par crainte que notre renforcement du Japon contre la Chine ne soit perçu comme une trop grande provocation. »

Il faut donc s’attendre à ce que la Chine, comme l’a prévu Kissinger, à qui « il est important de ne pas trop donner de poids », demeure constamment sous haute surveillance : « Les Maîtres ont décidé de réindustrialiser les États‑Unis et veulent ramener les emplois de Chine. Ce qui est souhaitable du point de vue des Chinois, car pourquoi vendraient-ils le fruit de leur travail aux américains, pour un dollar qui n’a pas de valeur intrinsèque en n’obtenant pratiquement rien en retour? Chaque travailleur chinois devrait avoir une voiture dans son garage et la Chine va devenir un plus grand producteur de voitures que l’UE, les USA et le Japon réunis. Sa richesse, la Chine la gardera à l’intérieur de son territoire. »

Pourquoi la Chine plutôt que la Russie? « La Russie étant un pays de ressources naturelles, qui possède un complexe militaro-industriel gigantesque (la seule raison pour laquelle on la respecte secrètement), elle n’est pas engagée dans des pourparlers commerciaux difficiles, car elle n’exporte pratiquement rien d’autre que des ressources naturelles et du matériel militaire. Les Maîtres veulent ramener les emplois délocalisés du Mexique et d’Asie (Japon, Taïwan, etc.), comme l’a démontré la sortie de Trump contre le Japon. La principale raison sous-jacente est que les USA ont perdu le contrôle des mers et ne sont pas en mesure de sécuriser leurs composantes militaires, en cas de guerre majeure. Cette réalité indéniable dissimulée à l’arrière-scène est tout ce qui importe désormais. »

En quelques mots seulement, « X » décrit l’inversion d’un cycle économique : « Les Maîtres ont empoché de l’argent du transfert des industries en Asie (Bain Capital en a fait sa spécialité) et Wall Street a fait pareil en profitant des taux d’intérêt plus bas sur les capitaux recyclés des déficits commerciaux. La question est maintenant devenue stratégique et ils vont faire de l’argent en misant sur le retour des industries qui réduiront leurs investissements en Asie pour les ramener aux États‑Unis, où nous reconstruisons la capacité de production. »

« X » est un adepte de la stratégie commerciale d’Henry Ford et c’est ce qui le motive à parler de ce thème crucial qu’est la défense nationale. D’après lui, « Ford a doublé les salaires qu’il payait et a fait plus d’argent que n’importe quel autre fabricant. La raison en était que le salaire de subsistance du mari permettait à la mère d’avoir de nombreux enfants, ce qui était psychologiquement bon pour la productivité dans ses usines automobiles, tout en permettant à ses employés d’avoir les moyens d’acheter ses voitures. Il a ainsi reconnu que dans la société, il doit y avoir une distribution équitable de la richesse, ce que Steve Jobs, qui l’admirait, n’a pas su faire. »

« La productivité de masse de Henry Ford était une merveille, et c’est ce qui a permis aux États‑Unis de gagner la Seconde Guerre mondiale. Amazon ne contribue en rien à la défense nationale, car il n’assure qu’un service de marketing sur Internet basé sur des programmes informatiques, pas plus que Google d’ailleurs, qui ne fait que mieux organiser les données. Aucun des deux ne contribue autrement que de façon bien négligeable à construire un meilleur missile ou sous‑marin. »

C’est le Pentagone qui compte

Tout se rapporte donc à la réorganisation de l’appareil militaire des USA. « X » est revenu sur ma référence à un rapport du CNAS, que j’avais cité dans mon article initial : « Ce qui ressort d’entre ces lignes est très important. C’est que nous sommes en sérieuse difficulté, car nos armements accusent un retard technologique de plusieurs générations par rapport à la Russie, ce qui va dans le sens de la déclaration de Brzezinski, selon laquelle nous ne sommes plus une puissance mondiale. »

Voici une analyse exhaustive et approfondie de la façon dont la Russie a réussi a mettre en place la meilleure force armée du monde. D’autant plus qu’elle ne tient même pas compte du système de défense antimissile S‑500, qui est en train d’être déployé et qui scellerait l’espace aérien de la Russie au grand complet. La prochaine génération (S‑600?) promet d’être encore plus performante.

« X » ose aussi aborder un sujet tabou de l’État profond, à savoir comment la Russie, au cours de la dernière décennie, est parvenue à devancer les USA, au point de lui avoir « ravi le titre de plus grande puissance militaire ». Mais la partie est loin d’être terminée, qu’on ait affaire ici à des vœux pieux ou non : « Nous espérons que le secrétaire à la Défense James Mattis comprendra cela et que le sous‑secrétaire à la Défense possède les compétences en technologie de pointe, la capacité organisationnelle et la clairvoyance qu’il faut pour comprendre que les armes de la Troisième Guerre mondiale, ce sont les missiles offensifs et défensifs et les sous‑marins, et non pas la puissance aérienne, les blindés et les porte‑avions. »

Réaliste, « X » reconnaît que les néocons et les néolibéraux-cons, qui représentent la majorité des factions de l’État profond aux USA, tiennent au statu quo belliciste et n’abandonneront jamais leur hostilité acharnée à l’endroit de la Russie. Mais il préfère parler de changement : « Laissons Tillerson réorganiser le département d’État en améliorant son efficience à la Exxon. Il pourrait faire ses preuves à cet égard. Lui et Mattis se sont peut-être dégonflés, mais s’ils avaient dit la vérité au Sénat, ils auraient risqué de ne pas être confirmés à leur poste. Ce qu’ils ont dit n’a ainsi aucune importance. Mais il faut noter ceci à propos de la Libye. La CIA avait pour but d’éloigner la Chine de l’Afrique, tout comme l’AFRICOM. C’était un des secrets de notre intervention en Libye. »

On ne peut pas dire que cela a fonctionné. L’OTAN et l’AFRICOM ont fait de la Libye une terre désolée sous la coupe des milices et la Chine n’a pas encore quitté le reste de l’Afrique.

« X » reconnaît aussi ceci : « La Syrie et l’Iran sont des lignes à ne pas franchir pour la Russie. Tout comme l’est de l’Ukraine à partir du Dniepr. » Il est pleinement conscient que Moscou n’autorisera aucun stratagème de changement de régime à Téhéran. Il sait aussi que « les investissements chinois dans le pétrole et le gaz naturel iraniens font en sorte que la Chine ne permettra pas à Washington de renverser le gouvernement iranien. »

Les choses se corsent vraiment lorsqu’il est question de l’OTAN. « X » est convaincu que la Russie « va envahir la Roumanie et la Pologne, si les missiles en Roumanie ne sont pas retirés et si la Pologne ne renonce pas à son engagement d’en déployer. Ce qui est en cause, ce ne sont pas les missiles défensifs inefficaces des USA que l’on compte placer dans des silos, mais plutôt leur substitution par des missiles nucléaires offensifs. La Russie ne tolérera pas pareil risque. Cette question n’est pas négociable. »

Contrairement au parti de la guerre aux USA, pour qui la « menace perpétuelle » fait l’objet d’une propagande perpétuelle, Moscou observe la réalité sur le terrain depuis les années 1990 : le démantèlement de l’allié slave historique qu’est la Serbie; l’annexion à l’OTAN des pays du pacte de Varsovie et d’anciennes républiques soviétiques, sans oublier les tentatives d’y inclure aussi la Géorgie et l’Ukraine; la multiplication des révolutions de couleur par les USA; le fiasco du « Assad dégage », un changement de régime qu’on voulait imposer à la Syrie, en armant notamment des salafo-djihadistes; l’imposition de sanctions économiques; la guerre des prix du pétrole et les raids sur la valeur du rouble; et le harcèlement incessant de l’OTAN.

« X », qui est bien conscient de ces faits, ajoute ceci : « Les Russes ont toujours voulu la paix. Mais ils n’entreront pas dans le jeu des Maîtres de l’Univers, faisant de Trump le bon et le Congrès, la CIA et ainsi de suite le méchant, en tant que stratagème de négociation. C’est ainsi qu’ils voient les choses. Ils ne considèrent pas tout ce cirque comme réel. »

Le cirque ne pourrait être qu’une illusion, ou encore du wayang, un théâtre de marionnettes balinais, comme je l’ai suggéré. « X » y va d’une interprétation limpide du jeu de l’ombre qui se dessine du point de vue de Moscou, en laissant passer « plusieurs mois, pour voir si Poutine peut parvenir à une détente avec Trump qui entraînera la création d’une Ukraine orientale autonome, la signature d’un traité de paix en Syrie en laissant Assad en place, et le retrait des forces de l’OTAN derrière leurs lignes de défense établies sous Ronald Reagan. »

Qui aura le dessus? Les Maîtres de l’Univers ou l’État profond? Attendez-vous à des secousses.

vendredi 14 octobre 2016

Le chef d’AQMI appelle les musulmans libyens à se mobiliser pour défendre Benghazi et attaque le général Haftar, « protégé de l’Amérique »

Le 9 octobre 2016, Al-Andalus, l’organe de presse officiel d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), a diffusé un enregistrement audio dans lequel le chef du groupe, Abou Moussab Abd Al-Wadoud, attaque le général Khalifa Haftar et exhorte les musulmans à rejoindre les moudjahidines pour défendre la ville de Benghazi.
L’enregistrement, intitulé « Benghazi et la Campagne pour la ténacité », a été réalisé le 6 octobre et posté entre autres sur la chaîne Telegram d’Al-Andalus.
Dans cet enregistrement, Abd Al-Wadoud soutient que l’Occident considère la Libye comme un pays crucial, s’agissant de « la passerelle vers la Palestine ». Les croisés mettent par conséquent tout en œuvre pour l’empêcher de tomber aux mains des moudjahidines, ce qui ferait basculer l’équilibre stratégique dans la région.
Il ajoute que tous les groupes « traîtres » en Libye partent du principe que pour préserver leur domination, ils doivent veiller à la sécurité d’Israël. Il fustige les « agents » et les « traîtres » au sein du peuple libyen, qui mettent en application « les complots des croisés, des chrétiens et des sionistes » en Libye. Il s’en prend spécifiquement au général Khalifa Hafter, qu’il surnomme « Abou Righal Al-Libi » [1] et « le protégé de l’Amérique », l’accusant de mettre en œuvre des complots occidentaux en Libye. Abd Al-Wadoud ajoute que le général Haftar avait déjà déclaré ouvertement sa volonté de collaborer avec Israël.
Abd Al-Wadoud appelle les musulmans en Libye à unir leurs forces pour défendre Benghazi, déclarant : « Nous leur lançons un appel et leur disons : Benghazi est ici devant vous, berceau du soulèvement et du djihad, terre d’héroïsme et de ténacité. » Il ajoute que Benghazi a toujours été un modèle de sacrifice, de patience et de ténacité.
Abd Al-Wadoud déclare que les fils de la Benghazi assiégée, et notamment les habitants d’Al-Qunfuda, méritent aide et assistance. Il termine l’enregistrement en s’adressant aux tribus de Libye, les avertissant de mettre fin à leur collaboration avec le général Haftar.
Note :
[1] Figure pré-islamique considérée comme l’incarnation de la trahison parmi les Arabes et les musulmans.

vendredi 23 septembre 2016

Libye : l’Europe, décidément peu douée en géopolitique, a encore misé sur le mauvais cheval

Comme il fallait s’y attendre, une fois les terroristes de l’état islamique éradiqués de Syrte et de Benghazi, et jetés hors de Libye vers les pays voisins, la guerre ouverte a de nouveau éclaté entre le général Khalifa Haftar, commandant de l’Armée nationale libyenne, et homme fort du pays, dont l’objectif désormais principal est d’imposer son leadership à tout le peuple libyen, et le gouvernement actuel d’union nationale.

Le général Haftar s’est saisi, en moins d’une semaine, des quatre principaux terminaux pétroliers et détient dorénavant les principales rentrées d’argent.
Les risques d’effondrement économique du gouvernement d’union nationale, dirigé par Fayez El Sarraj, sont désormais présents, et une guerre civile entre les forces gouvernementales, basées à Tripoli, et celles du général Haftar, installées dans l’est, à Baïda, se précise.
Les conséquences d’un tel affrontement seraient, à terme, une partition de la Libye.
Dans un premier temps, le président Fayez El Sarraj a menacé et appelé ses partisans à se mobiliser. Aujourd’hui, il souhaiterait un dialogue et propose à tous les partis de se réunir d’urgence afin de sortir de cette crise qui s’annonce imminente, et mettre ainsi fin aux rivalités.
Il refuse de diriger une guerre entre une et l’autre des forces qui divisent la Libye.
L’ONU, par la voix de son envoyé spécial Martin Kobler, a demandé, devant le Conseil de sécurité, une cessation immédiate des affrontements et s’est prononcée en faveur de Fayez El Sarraj, affirmant :
« Qu’un coup sévère avait été porté par le général Haftar en s’emparant des terminaux et des ports pétroliers et que cette action mettait en grand danger la paix fragile dans le croissant pétrolier de la Libye ».
Deux membres du gouvernement El Sarraj, les deux vice-premiers ministres Ali Al Qatrani et Fathi Al Majbari, ont d’ors et déjà proclamé leur soutien au général Haftar.
Ce dernier accepte de s’asseoir à la même table qu’El Sarraj à la condition que ce soit lui qui impose les règles.
Il a le soutien d’une grande partie des milices de l’est du pays et des anciens Khadafistes, et certains pays occidentaux le considèrent comme leur principal atout, tout comme l’Egypte, qui l’alimente ouvertement en armement de toutes sortes, car pour le chef du gouvernement égyptien Al Sissi, le général Haftar est le meilleur rempart contre le terrorisme djihadiste.
Il y a tout lieu de penser que, finalement, ce sera le général Haftar qui l’emportera dans cette épreuve de force.
Attendons de voir le comportement de la communauté internationale qui, jusqu’à présent, avait tout misé sur Fayez El Sarraj.
© Manuel Gomez pour Dreuz.info.
Avant le mois d’août la Turquie, membre « inactif » de OTAN combattait les Kurdes, alliés de la coalition américaine; aucune plainte n’est venue d’Obama ni autre membre de OTAN. 
La Turquie commerçait avec l’Etat Islamique, fournissait des armes, achetait leur pétrole sans aucune critique de OTAN.
Un seul aéroport turc était accessible et seulement pour les Américains. 
Les autres membres de l’Otan combattant l’état islamique devaient trouver des aéroports ailleurs qu’en Turquie; aucun membres de l' OTAN n’a critiqué la Turquie, qui continuait a emprisonner les journalistes qui répandaient ces faits.

La djihadistes occidentaux passaient par la Turquie sans rencontrer de difficultés; encore une fois aucune critique à l’égard de la Turquie, toujours membre de OTAN .
Et hier, après une négociation avec la Russie où Poutin a été leurré pour cesser le combat. 
Les Américains bombardent l’armée de son allié syrien et tuent plus de 90 militaires respectant la trêve et les Américains disent : « Sorry we thought they were the enemy » mais il faut réaliser que pour l' OTAN, l’armée syrienne n’a jamais été considérée comme un allié.
Après 4 années à combattre les Kurdes la Turquie continuera-t-elle à endormir Obama et ses alliés européens?
Nous sommes réellement gérés par des tricheurs malhonnêtes et incompétents.
Pauvre démocratie.

mercredi 21 septembre 2016

Libye : la communauté internationale contrainte d’accepter la règle du jeu

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Le désormais « maréchal » Haftar (proclamé en ce début de semaine) a mis en scène un scénario préparé à l’avance qui n’était envisagé par aucun des partis en présence, et d’ailleurs totalement inespéré.
Après la saisie des terminaux et des ports pétroliers de Sidra, Ras Lanouf, Brega et Zoueitina, le maréchal Haftar vient de les remettre officiellement entre les mains de l’entreprise nationale du pétrole.
Le gouvernement d’union nationale ainsi que les six pays de la communauté internationale (Etats-Unis, Grande Bretagne, Allemagne, Espagne, Italie et France) qui exigeaient un retrait immédiat des forces d’Haftar, se trouvent devant l’obligation de composer avec cette nouvelle donne.
Ils n’avaient d’ailleurs pas le choix puisque l’Egypte, associée à la Russie et à la Chine, s’était opposée à une quelconque condamnation, par le conseil de sécurité de l’ONU, à l’action de force entreprise la semaine dernière par le général Haftar.
De son côté, le peuple libyen voit d’un très bon œil l’éloignement des milices de Brahim Jadhrane qui, depuis 2014, contrôlaient la gestion du croissant pétrolier, et sa remise sous contrôle de la CNLP (Compagnie Nationale Libyenne du Pétrole), dont le PDG, Mustapha Sanallah, vient de déclarer, ce mercredi, la reprise immédiate des exportations.
Des pétroliers sont déjà sur place pour s’approvisionner, à partir des terminaux libérés, et cela pour la première fois depuis 2014.
Mis devant le fait accompli, l’envoyé spécial des USA en Libye, Jonathan Winer, a déclaré à l’AFP qu’il soutenait cette reprise des exportations à la condition que les ventes s’effectuent via la banque centrale libyenne. Il a appelé à la poursuite des négociations avec le maréchal Haftar.
Dès lors l’ONU, représentée par Martin Kobler, totalement opposée hier, envisage aujourd’hui une véritable reconciliation avec le gouvernement de transition de Fayez El Sarraj, dont l’un des vice-présidents, le Misrati Ahmed Myitigue, estime que son gouvernement est là « pour trouver des solutions et non pas créer des problèmes ».
Selon le déroulement futur de ce scénario il est fort probable, qu’à l’exemple de l’Egypte, et du général Al-Sissi, qui est un acteur incontournable de la politique libyenne, ce pays sera dirigé bientôt par le désormais maréchal Khalifa Haftar et, on ne peut que l’espérer, retrouvera un semblant de stabilité.
© Manuel Gomez pour Dreuz.info.
Khalifa Haftar va remettre de l’ordre dans le bordel lybien:
1.Neutraliser les milices islamistes de tripoli
2. Redémarrer les exportations petrolières
3.Cadenasser le flux des « migrants » vers l’Europe
4.Reconstruire le pays sous une poigne de fer
En bref, refaire ce que Khadafi ,epaulé par la CIA, faisait très bien sans les interventions idiotes de Sarkozi, et autre Obama , encouragés par BHL………….
3 cons et des dizaines de milliers de morts plus tard dans un pays en ruines, un régime autoritaire renaît en Libye qui matera les barbus , c’est l’un OU l’autre chez les musulùmans!
Ce que font les forces spéciales françaises en Irak, en Syrie et en Libye
À la base militaire de Varces, en Isère, des soldats des forces spéciales du 1er RPIMa se préparent à une visite du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, le 5 décembre 2014. Jean-Pierre Clatot/AFP
DÉFENSE
Depuis plusieurs années, ces unités sont mobilisées sur plusieurs théâtres d’opération. Aujourd’hui, elles sont en première ligne dans les trois pays, même si Paris reste discret sur le sujet.
Recherche de renseignements, libération d’otages, actions rapides et efficaces… autant de missions sur lesquelles les forces spéciales sont mobilisées, dans l’ombre médiatique. Formellement créées en France en 1992 après la guerre du Golfe, ces unités sont actuellement dirigées par le général de division Grégoire de Saint-Quentin, qui a notamment été à la tête de l’opération Serval au Mali. Pour ce général, l’ADN des forces spéciales est de « gérer l’incertitude » des missions qu’elles mènent. Actuellement, environ 400 soldats des forces spéciales françaises sont engagés dans 17 pays différents, sur un total de 2 500 hommes en activité. Mais d’ici à 2019, dans le cadre de la « loi de programmation militaire », ces forces devraient compter jusqu’à 4 000 militaires, entraînés et prêts au combat.
Dans l’imaginaire collectif, les forces spéciales sont un groupe homogène, indivisible. L’image de la masse de muscles est pourtant bien éloignée de la réalité. Dans les forces spéciales, on recrute avant tout pour l’intelligence et les capacités mentales. Ces militaires d’élite composent le Cos, le Commandement des opérations spéciales, dépendant directement du chef d’état-major des armées (Cema), le général Pierre de Villiers. Le Cos a été créé dans l’optique de pouvoir rapidement rassembler des capacités militaires spécifiques pour chaque mission et d’en minimiser le risque d’échec. Lors de chaque déploiement des forces spéciales, le Cos constitue les unités projetées à partir de régiments différents, habitués à travailler ensemble en permanence. Tant dans l’armée de l’air que l’armée de terre ou encore la marine, ces hommes ont chacun leur spécialité comme le renseignement en terrain hostile ou le combat direct. C’est cette possibilité de moduler à l’envi chaque déploiement de forces spéciales qui fait la puissance de ces unités de choc, de plus en plus employées par le gouvernement de François Hollande pour les opérations extérieures et entourées d’un certain mystère entretenu tant dans leurs rangs que dans l’ensemble de l’armée française.
Une mobilisation croissante
Si leurs missions restent discrètes, elles ne sont pourtant pas clandestines, comme le sont par exemple les actions de la DGSE, le renseignement extérieur. En toute situation, le chef de l’État doit pouvoir revendiquer leur action au nom de la France. Ces deux dernières années, les forces spéciales ont particulièrement été remarquées notamment au Mali pour leurs actions ciblées contre les groupes jihadistes au Sahel. Sur ces opérations, la « Task Force Sabre » misait sur l’efficacité d’une part de la chaîne de commandement limitée aux autorités politiques, aux chefs militaires à Paris et aux opérateurs sur place, d’autre part sur la coopération entre les services de renseignements et des capacités tant aériennes que terrestres sur le terrain. Régulièrement appelées pour des missions à l’étranger, les forces spéciales sont vues par certains comme un moyen de substitution aux forces conventionnelles. En Irak, en Syrie et en Libye, de nombreuses forces spéciales sont aujourd’hui impliquées dans la lutte antiterroriste afin de venir en aide aux forces locales qui combattent l’État islamique (EI). Un journaliste français récemment revenu de Libye, qui requiert l’anonymat, a pu parler avec des gradés libyens à propos de ces forces. S’il affirme que les Français sont dans ce pays pour faire du conseil auprès des forces locales, comme en Irak ou en Syrie où ils leur enseignent les rudiments de la guerre, les Anglais, eux, prennent part directement aux combats. Dans une vidéo tournée en Libye, on voit un véhicule-suicide de l’EI foncer sur des troupes libyennes et un tir de lance-roquette le faire exploser en route. Le soldat qui tient la caméra se retourne en filmant, alors que tout le monde crie de joie, mais le tireur s’avère être un homme des forces spéciales britanniques, clairement identifiable sur la séquence filmée.
et oui la France est sur le terrain, ne comptez pas sur la presse, ni les blogs pour en parler

vendredi 27 mai 2016

Une intervention en Libye se prépare.. Mais laquelle ?

http://www.bruxelles2.eu/
(B2) Régulièrement, les médias en Italie, en France, au Royaume-Uni font état de plans imminents pour intervenir en Libye. A écouter certains (comme le Daily express par exemple), on a l’impression que les moteurs des avions vrombissent déjà, les pales des hélicoptères sont sorties, les navires se rassemblent au large telle une gigantesque armada prête à intervenir. La réalité semble légèrement différente…
Des actions ponctuelles ne signifient pas une opération
Je sais, je vais décevoir quelques confrères, boy scouts de l’intervention militaire, parachute sur le dos et lance roquette en bandoulière qui flamboient dès qu’ils entendent parler « boum boum ». Certes il y a quelques survols, plus ou moins discrets, d’avions. Ce n’est pas vraiment nouveau, c’est simplement plus systématique (1). Il y a des forces spéciales disséminées, ci et là, pour prêter leurs concours aux forces locales, préparer la suite des opérations, repérer (et éliminer) de potentiels suspects. C’est le boulot des forces spéciales. Il y a un ou deux raids de drones armés, en nombre limité, pour procéder à une ou deux frappes « d’élimination ». Ce n’est pas vraiment différent de ce qui se passe en Somalie, au Yemen… C’est la méthode trouvée par les Américains pour tenter de décapiter les structures de Al Qaida (ou Daech maintenant) sans intervenir de façon trop visible. Quant aux états majors — à Rome, à Paris, à Londres — ils planifient divers scénarios. C’est leur rôle. Mais l’essentiel n’est pas là…
Le souvenir de la catastrophe de 2011
Il ne semble pas question (pour l’instant) d’une intervention militaire occidentale, avec navires de l’OTAN au large, contrôle aérien et forces spéciales au sol pour guider les avions, au sens de celle qu’on a vécu en 2011. L’intervention actuelle semble plus diffuse, plus discrète, et plus multiple. Tout simplement car ce ne peut être la même chose. Le problème n’est pas d’avoir en Libye un Etat « ennemi » ou un gouvernement « ennemi », c’est l’anarchie qui est l’ennemi aujourd’hui. Et contre çà, tous les bombardiers du monde n’y peuvent rien. Personne n’a aussi vraiment envie de rééditer le scénario de 2011. Car l’intervention occidentale de 2011 — justifiable de façon ponctuelle —, reste, dans tous les esprits, comme une vraie défaite, politique et militaire au sens stratégique (2). Enfin, faut-il le rappeler, il y a d’autres terrains d’engagement. Et personne n’a vraiment les moyens d’une campagne d’envergure et sur une longue durée. Il faut être réaliste…
Qu’en est-il en réalité ?
De fait, il semble y avoir confusion entre plusieurs opérations ou projets d’opération qui se déroulent ou se préparent de façon simultanée, et d’une certaine façon sont complémentaires.
Trois acteurs multinationaux : l’ONU, une coalition, l’UE
Il y a actuellement trois acteurs et trois vecteurs d’action possible, multinationaux : 1° l’ONU et sa mission UNSMIL, 2° la LIAM, coalition militaire formée sous direction italienne et sous ombrelle de l’ONU, rassemblant plusieurs pays (dont les Britanniques, les Jordaniens et d’autres) ; 3° l’Union européenne et ses missions PSDC (EUNAVFOR MED en mer et une future mission à terre). Ces vecteurs ne sont pas alternatifs l’un de l’autre. Ils s’inscrivent en complément.
Et l’OTAN ?
Même si l’OTAN reste dans tous les esprits, le rôle de l’Alliance Atlantique n’est pour l’instant ni défini ni souhaité par les Libyens eux-même (souvenir de 2011) ni par certains Européens, même du côté maritime ou de contrôle des migrations. Angela Merkel l’a rappelé précisément à Hanovre au président américain. « Il y a maintenant une mission européenne – EU NAVFOR Med aussi appelée « Sophia » – qui fonctionne très bien ». De nombreux articles de presse mentionnent une opération en préparation sur les migrations. Il semble que cela soit loin d’être acquis … (pour être poli !) « On est davantage dans une idée défendue par un ministre (la ministre italienne de la Défense) que dans une décision approuvée » m’ont confirmé plusieurs sources. La confusion règne, savamment entretenue avec d’autres projets en cours (Lire :L’opération Active Endeavour en passe d’être transformée. Une coordination UE-OTAN en Méditerranée à l’étude)
Des rôles complémentaires
Le principal d’entre eux est la LIAM, qui a pour objectif sous commandement italien, la sécurisation de Tripoli, et la restructuration et formation de l’armée libyenne (dans un format assez proche des missions EUTM de l’Union européenne). Pour les garde-côtes et la surveillance maritime, ce sera davantage le rôle de l’opération européenne EUNAVFOR MED / alias Sophia (lire : Les Etats envisagent plusieurs options diverses). Pour remettre sur pied une police, judiciaire essentiellement, ainsi que les poursuites, ce serait le rôle d’une autre mission européenne qui est à l’étude actuellement.
Trois conditions
Mais tout cela est placé à trois conditions : 1° Un gouvernement libyen reconnu comme légitime (non seulement par la communauté internationale mais aussi par les Libyens = le Parlement de Tobrouk), 2° Le gouvernement doit avoir demandé une intervention ou, au moins, ne s’y oppose pas, 3° Avoir un certain consensus international, à défaut d’une résolution formelle des Nations unies. Cela signifie notamment l’absence de veto formel de la Russie. On peut certes se passer de cet accord pour faire une ou deux frappes, de façon inopinée, discrète, et solitaire. Mais répéter cet acte de façon régulière serait (très) délicat à tenir sur le plan des relations internationales serait quasiment un cas decasus belli.
Une intervention militaire : désastreuse
Pour les spécialistes de la Libye, il faut agir avec tact et prudence. La pire des choses serait d’avoir une intervention militaire sans aval des autorités libyennes un peu légitimes. « En l’état des choses, une opération militaire serait désastreuse et inefficace. Cela reviendrait à plomber le processus de recomposition nationale. Nous ne sommes plus dans le contexte de la Libye 2011 » avait confié, il y a quelques temps, à B2 un diplomate expérimenté, bon connaisseur de la Libye. Certes il reconnait que l’idée d’une intervention « est bien dans la tête de quelques uns. Dans tous les pays, il y existe une tentation permanente d’intervention. C’est le rôle des militaires d’ailleurs de planifier toutes les situations. » 
Une offensive libyenne en cours
Les Libyens du général Haftar à l’oeuvre, bien aidés
A ceux-là, il faut ajouter l’action des forces libyennes, recomposées, du général Haftar, avec l’aide « technique » de plusieurs acteurs opérationnels : l’Egypte et les Emirats arabes unis de façon à peine cachée, et de quelques acteurs européens. Le soutien occidental (Français notamment mais aussi Britannique) est plus discret. Mais il semble bien présent (comme en 2011 d’ailleurs), sous la forme de fourniture d’équipement, d’éléments d’entraînement voire directement sur le terrain (avec quelques unités de forces spéciales). Ces forces sont repassées à l’offensive depuis quelques jours reprenant Benghazi et Derna, selon les dernières informations.
L’espoir d’une tenaille
C’est sur ces forces essentiellement, qu’une partie de la communauté internationale compte pour effectuer l’offensive contre Daech, davantage que sur une intervention militaire extérieure qui apparait davantage comme une situation d’extrême limite. Ces forces pourraient être aidées au besoin par quelques milices, à l’ouest, notamment à Misrata, qu’il reste à convaincre de repartir à l’assaut. Ce qui permettrait de prendre en tenailles les hommes de Daech, de les contraindre à la défensive et les empêcher d’atteindre les champs de pétrole notamment. Des experts (Américains notamment mais aussi Italiens semble-t-il) sont, ainsi, sur le terrain depuis pour « nouer des contacts », avait indiqué Peter Cook, porte-parole du Pentagone il y a quelques temps.
Des divergences d’intérêt
Derrière une certaine unanimité européenne se cache mal, même entre Européens, des intérêts divergents. La Libye excite. Et celui qui sera dans le camp du vainqueur aura un atout dans la manche. D’où une certaine course de vitesse entre Paris, Londres, Berlin et Rome pour pousser « sa » solution, avec Washington en rôle d’arbitre (c’était en sous-main l’enjeu de la réunion au sommet de Hanovre). L’Italie veut garder la mainmise sur un pays, tout proche, qu’elle considère un peu comme son arrière-cour (les puits de pétrole exploités par ENI, le pétrolier italien, notamment à Mellitah, sont toujours en fonctionnement). La France soutient, sans ambages, l’Egypte qui soutient le général Haftar, qui refuse de reconnaître la légitimité du gouvernement d’Al-Sarraj (lire notre interview à paraitre de l’eurodéputée Ana Gomes). Mais, dans le même temps, elle est « prête » à aider le nouveau gouvernement d’union nationale pour assurer « sa sécurité maritime » comme l’a confirmé, mardi (26 avril) sur Europe 1, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian… « si le Premier ministre (sollicite) la communauté internationale » (3). Quant aux Britanniques, ils mènent aussi un jeu complexe dont l’objectif, à la faveur du changement de pouvoir, est de damer le pion aux Italiens.
(Nicolas Gros-Verheyde avec Leonor Hubaut)
(1) Cela se produit déjà depuis des années. Si mes souvenirs sont bons, les avions français qui font régulièrement des exercices dans le nord du Tchad n’ont pas pour seul objectif d’inspecter si les dunes du Tibesti ont changé de place … Et, actuellement, il y a très peu de chances de se faire pincer par des radars ou une chasse libyenne anéantie. Il ne faut pas oublier non plus que l’opération EUNAVFOR MED avait pour premier objectif le recueil de renseignements et d’informations. Informations traitées d’abord au niveau national puis transmises au niveau européen (pour ce qui concerne la lutte contre les trafiquants.
(2) Avoir détruit un pôle de stabilité (même dictatorial) pour en faire un pôle d’instabilité et une menace à court terme peut, difficilement, être dénommée autrement, même si d’un point tactique, sur le champ de bataille, la victoire militaire est indéniable et restera, là aussi, dans les annales. Gagner une bataille n’est pas gagner la guerre comme aurait dit le Général…
(3) La seconde partie de la phrase du ministre français est souvent oubliée, ne retenant que la disponibilité française. Elle vient d’une certaine façon « compléter » la phrase de François Hollande qui indiquait lors du dernier sommet européen ne pas vouloir s’engager trop avant.