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jeudi 8 juin 2017

Un responsable d’AQMI condamne la visite du président français Macron au Mali et exhorte les « lions de l’islam cachés » à tuer des ressortissants français

Dans le 50ème numéro d’Al-Masra, hebdomadaire pro-Al-Qaïda basé au Yémen diffusé le 24 mai 2017, figure un article d’Abi Abd Al-Ilah Ahmed, responsable religieux d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), qui condamne le président français Emmanuel Macron pour sa visite des troupes françaises stationnées à Gao, au Mali, et appelle les « lions et soldats cachés de l’islam » à mener des attentats en France et à viser les citoyens français.
Dans l’article, mis en ligne sur le compte officiel Telegram d’Al-Masra, l’auteur avance que l’atterrissage de Macron sur la base militaire française de Gao, plutôt que dans la capitale du Mali, Bamako, s’inscrit en faux contre les « traditions diplomatiques » et reflète « la vision des adorateurs de la croix ». Ahmed critique le discours de Macron, « hérité du dictionnaire du colonialisme ».
Après avoir qualifié la situation des soldats français au Mali de « peu enviable » en raison des attaques constantes des « lions de l’islam », l’auteur s’interroge : « Le peuple de France va-t-il se réveiller un jour et comprendre ce que ses politiciens corrompus font en son nom dans ce pays éloigné ? Les Français se demanderont-ils pourquoi leur pays est la cible principale des opérations djihadistes ? »
S’adressant aux « lions et aux soldats cachés de l’islam », l’auteur les exhorte à intensifier leurs attaques dans les villes françaises et à viser les Français afin qu’ils « goûtent à ce que leurs soldats occupants ont fait goûter aux [autres] pays ». Il leur enjoint ensuite de se préparer convenablement, de se montrer prudents et de rester déterminés « jusqu’à ce que le dernier soldat français quitte notre terre et jusqu’à ce que nous récupérions le dernier sou de notre richesse ».

lundi 20 mars 2017

Le chef d’AQMI se félicite de la fusion de quatre groupes affiliés à Al-Qaïda au Sahel ; « les musulmans exporteront la guerre vers les villes françaises »

Le 17 mars 2017, Al-Andalus, le groupe de médias d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), a publié une déclaration par laquelle le chef du groupe, Abou Moussab Abd Al-Wadood, a félicité le mouvement récemment formé Jamaat Nusrat Al-Islam Wal-Muslimeen , « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans » (GSIM), suite à la fusion de quatre groupes affiliés à Al-Qaïda [1].
Dans la déclaration postée sur le compte Twitter officiel d’Al-Andalus, Abd Al-Wadood a également prévenu que les musulmans du Sahel et du Sahara exporteraient leur guerre vers les terres et les villes françaises. Dans l’enregistrement audio de quatre minutes, Abd Al-Wadood s’est félécité de la fusion de ces groupes et a affirmé : « Je ne doute pas que cette déclaration ait embaumé le cœur des musulmans et les ait ravis, et ait enragé et attristé les infidèles. »
Après avoir mentionné les efforts déployés par les architectes de la fusion des quatre groupes, Abd Al-Wadood a exhorté tous les groupes djihadistes à imiter les actions de leurs frères au Sahel et au Sahara.
Condamnant la France, Abd Al-Wadood l’a décrite comme « celle qui a traversé les mers et les déserts pour envahir notre terre, répandre notre sang et profaner nos lieux saints, et nous empêcher de mettre en œuvre les décisions de notre Dieu et de pratiquer les rites de notre religion ». Il a ajouté : « L’oppression et l’agression de la France contre les nations et les tribus du Sahel et du Sahara ne fera que renforcer la fraternité, la solidarité et l’unité de ces tribus… Elle ne fera que renforcer leur détermination à mener le djihad et à résister aux agresseurs. Elle ne fera que renforcer la détermination des musulmans à exporter la guerre de leurs terres vers les terres de France et de nos villes vers ses villes, afin qu’elle connaisse la peur que notre peuple endure sur nos terres occupées. »

vendredi 14 octobre 2016

Le chef d’AQMI appelle les musulmans libyens à se mobiliser pour défendre Benghazi et attaque le général Haftar, « protégé de l’Amérique »

Le 9 octobre 2016, Al-Andalus, l’organe de presse officiel d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), a diffusé un enregistrement audio dans lequel le chef du groupe, Abou Moussab Abd Al-Wadoud, attaque le général Khalifa Haftar et exhorte les musulmans à rejoindre les moudjahidines pour défendre la ville de Benghazi.
L’enregistrement, intitulé « Benghazi et la Campagne pour la ténacité », a été réalisé le 6 octobre et posté entre autres sur la chaîne Telegram d’Al-Andalus.
Dans cet enregistrement, Abd Al-Wadoud soutient que l’Occident considère la Libye comme un pays crucial, s’agissant de « la passerelle vers la Palestine ». Les croisés mettent par conséquent tout en œuvre pour l’empêcher de tomber aux mains des moudjahidines, ce qui ferait basculer l’équilibre stratégique dans la région.
Il ajoute que tous les groupes « traîtres » en Libye partent du principe que pour préserver leur domination, ils doivent veiller à la sécurité d’Israël. Il fustige les « agents » et les « traîtres » au sein du peuple libyen, qui mettent en application « les complots des croisés, des chrétiens et des sionistes » en Libye. Il s’en prend spécifiquement au général Khalifa Hafter, qu’il surnomme « Abou Righal Al-Libi » [1] et « le protégé de l’Amérique », l’accusant de mettre en œuvre des complots occidentaux en Libye. Abd Al-Wadoud ajoute que le général Haftar avait déjà déclaré ouvertement sa volonté de collaborer avec Israël.
Abd Al-Wadoud appelle les musulmans en Libye à unir leurs forces pour défendre Benghazi, déclarant : « Nous leur lançons un appel et leur disons : Benghazi est ici devant vous, berceau du soulèvement et du djihad, terre d’héroïsme et de ténacité. » Il ajoute que Benghazi a toujours été un modèle de sacrifice, de patience et de ténacité.
Abd Al-Wadoud déclare que les fils de la Benghazi assiégée, et notamment les habitants d’Al-Qunfuda, méritent aide et assistance. Il termine l’enregistrement en s’adressant aux tribus de Libye, les avertissant de mettre fin à leur collaboration avec le général Haftar.
Note :
[1] Figure pré-islamique considérée comme l’incarnation de la trahison parmi les Arabes et les musulmans.

mardi 31 mai 2016

AQMI revendique l’attaque contre une mine française d’Areva au Niger et qualifie toutes les compagnies « croisées » de cibles légitimes

Le 24 mai 2016, Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) a revendiqué une attaque de missiles Grad contre une mine française au nord du Niger. La mine, située dans la ville industrielle d’Arlit, est gérée par la société française Areva.
AQMI a déclaré que l’attaque avait été perpétrée par l’un de ses groupes du Sahara et s’est vanté avoir réussi à frapper la cible française en dépit des mesures de sécurité très strictes qui l’entourent : « Dans le cadre de [la stratégie d’AQMI] d’attaquer les intérêts français, le détachement Al-Nasr au Sahara, appartenant à Al-Qaïda au Maghreb islamique, a réussi… à prendre pour cible la base d’exploitation minière d’Arlit, au Niger, gérée par la société française Areva, avec une série de missiles Grad. Cela [s’est produit] malgré les lourdes procédures militaires, les différents dispositifs de sécurité, ainsi que la surveillance en surface et électronique [en place]. »
AQMI a averti les autres sociétés « croisées » impliquées dans le « vol » des biens musulmans qu’elles étaient également des cibles légitimes : « Les entreprises de vol croisées, qui pillent nos richesses, doivent comprendre qu’elles sont des cibles légitimes pour nous, car nos pays ne sont pas un endroit destiné au vol, et nos richesses ne doivent pas nous être extorquées. »

mardi 17 septembre 2013

AQMI fustige le Maroc

Au cours d'une initiative sans précédent, al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) a lancé une vidéo provocante d'une longueur de 41 minutes portant sur le Maroc, le mercredi 11 septembre dernier.
Façonnée comme un "documentaire", cette vidéo parue sur Internet tourne en ridicule la politique nationale et étrangère du pays et ses efforts pour lutter contre le terrorisme.
Elle montre également l'image du souverain marocain englouti par les flammes.
La vidéo comprend des images des entraînements des militants d'al-Qaida dans les forêts et dans les montagnes de l'Algérie, sous la surveillance personnelle d'Abdelmalek Droukdel (alias Abou Moussaab Abdelouadoud).
L'enregistrement s'achève sur un appel de Droukdel, qui demande aux jeunes de rejoindre les rangs des jihadistes.
Selon Mohamed Darif, chercheur marocain spécialiste des groupes islamiques, cette nouvelle vidéo révèle le réel "dilemme affronté par l'organisation lorsqu'elle vise le Maroc".
"AQMI a remporté certains résultats, parvenant à attirer les Marocains et à les envoyer au sein des foyers de tension et sur les fronts, en particulier en Syrie et en Irak, mais le groupe a échoué en général lorsqu'il a tenté de viser le Maroc et de compromettre ses institutions", déclare-t-il à Magharebia.
"Cet échec a exacerbé la colère et la rage du groupe", ajoute-t-il.
Cette exception représentée par le Maroc est vécue comme une provocation par al-Qaida, explique Darif.
Le monde a vu les opérations d'al-Qaida "s'étendre en Libye et le long des frontières algéro-tunisiennes, ainsi que dans le Sinaï, en Egypte", explique-t-il. "Le Maroc est aujourd'hui le seul pays qui échappe encore à al-Qaida et cela provoque son irritation".
"En conséquence, l'émission de cette vidéo est l'expression de la frustration ressentie face aux succès remportés par les autorités marocaines dans le démantèlement des cellules terroristes, qui ont été empêchées de mener à bien des opérations de sabotage", indique-t-il.
Le nouvel enregistrement survient effectivement peu de temps après le démantèlement d'une autre cellule terroriste au Maroc.
"Il y a un fort désir d'AQMI de mener une opération de qualité au Maroc, afin d'ébranler la confiance en soi du pays et sa constance et pour mettre un terme à sa situation exclusive dans la région", confirme le politologue Driss Kassouri.
Ksouri note que le leader de la cellule qui a été démantelée était en contact direct avec les hauts-dirigeants de l'organisation à Tizi Ouzou, en Algérie, et qu'il avait prévu une frappe de représailles, entre autres cibles, à l'aéroport de Guelmim.
Mohamed Benhammou, président de la Fédération Africaine d'Etudes Stratégiques, partage ce point de vue.
"Al-Qaida cherche à mener une opération au Maroc en raison de son symbolisme et du fait qu'une telle opération, si elle réussit, serait considérée comme une victoire éclatante, en particulier en ce moment", dit Benhammou.
C'est un moment crucial concernant la restructuration de ces groupes, explique-t-il, après les coups reçus durant l'intervention militaire au Mali. "Ils ont vécu la désintégration et la dispersion, ainsi qu'une fuite de leurs soldats", ajoute-t-il.
La diffusion de cette vidéo coïncide avec la publication par l'organisation centrale d'al-Qaida d'un enregistrement audio d'Ayman al-Zawahiri, qui comprend également des provocations contre le Maroc.
Boubaker Ounghir, activiste des droits de l'Homme amazigh, minimise l'impact de ces menaces mais indique qu'elles nécessitent d'être prises en compte avec application et prudence, "en particulier dans la mesure où al-Qaida dans la région est dorénavant en possession d'une grande variété d'armes après l'effondrement du régime de Kadhafi en Libye et du chaos qui s'est ensuivi".
"De plus, il y a également un facteur de concurrence et comme une course entre les différents groupes terroristes, notamment entre AQMI et le nouveau groupement de Mokhtar Belmokhtar les Mourabitounes qui ont pour objectif de déstabiliser le Maroc et de mettre fin à sa position d'exception", dit Ounghir.
Cherkaoui Roudani, membre du parlement et expert en questions stratégiques, déclare qu'al-Qaida cherche à transformer la région nord-Africaine en nouvel Afghanistan, ce soi-disant état fasciste 'vert' qui est totalement incompatible avec ce que représente le Maroc en termes de construction réussie de la démocratie. Ce modèle est devenu un obstacle aux ambitions portées par al-Qaida".
Il ajoute : "Ils feront tous les efforts possibles pour faire la guerre sur les frontières avec le Maroc, comme ils l'ont déjà fait en Tunisie dans le Jebel Chaambi."
"Ils feront aussi de leur mieux pour conduire des opérations terroristes au coeur du Maroc", affirme-t-il. "Nous devons nous montrer vigilants et méfiants afin de déjouer leurs tentatives et de protéger notre projet démocratique sociétal".
http://magharebia.com/fr/articles/awi/features/2013/09/16/feature-01
 

mercredi 31 juillet 2013

"La Tunisie est devenue un nouveau front pour Aqmi"

La zone de Chaâmbi, où ont été tués plusieurs militaires tunisiens par des terroristes, fait l'objet d'une chasse à l'homme intense. Analyse de Mathieu Guidère, spécialiste des mouvements terroristes.

Neuf militaires tunisiens ont été tués et dépouillés de leurs armes près de l'Algérie, près du Mont Chaâmbi, où l'armée tente depuis des mois de neutraliser un groupe lié à Al-Qaïda. Les soldats auraient été retrouvés égorgés et leurs armes ainsi que leurs uniformes ont été volés après une embuscade par un groupe armé. La zone de Chaâmbi fait l'objet d'une chasse à l'homme depuis décembre.
Le ratissage de ce mont par l'armée a redoublé au printemps après que plusieurs soldats ont été blessés et tués par des engins explosifs cachés dans cette région. Mathieu Guidère spécialiste des mouvements terroristes, revient de Tunisie où il s'est intéressé de près aux salafistes tunisiens et aux autres groupes terroristes qui ont émergé récemment en Tunisie. Il livre au "Nouvel Observateur" ce qu'il a pu constater sur le terrain.
Les terroristes qui ont tué les soldats tunisiens seraient liés à Al-Qaïda. Qui sont ces combattants qui évoluent depuis quelques mois dans la région du Mont Chaâmbi ?
- Les individus dont on parle ici viennent de plusieurs groupes terroristes différents. Il y a d'abord des membres d'une des cellules de la brigade "Tarik ibn Ziad" qui était dirigée par Abou Zeïd, un des chefs d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) tué dans l'intervention française au Mali. Sa brigade a été pratiquement décimée, mais une section (une trentaine de personnes) a fui, il y a six mois, le nord du Mali vers la frontière algéro-tunisienne et a rejoint un certain nombre de salafistes tunisiens qui étaient déjà en train de s'installer dans ces montagnes du Mont Chaâmbi. Avec de nombreux Algériens qui viennent de la ville de Batna, ville algérienne proche de la frontière tunisienne et qui est un centre d'activité d'Aqmi, ils ont formé le noyau dur d'un groupe qui s'appelle aujourd'hui la brigade de Batna.
J'ai appris aussi lors de mon séjour en Tunisie que des Tunisiens chassés de Syrie après avoir voulu y faire le djihad sont revenus au pays et ont rejoint ce djebel. Selon certains, ils seraient une dizaine à être allés nourrir cette nouvelle brigade.
Depuis quand se sont-ils installés à cet endroit et par qui sont-il armés ?
- Depuis le mois d'avril. L'essentiel des armes sont fournies par les membres d'Al-Qaïda présents en Algérie. Ceux qui sont remontés du Mali ont emporté leurs armes.
Ce sont des individus qui étaient déjà aguerris aux combats en milieu désertique sous la direction d'Abou Zeïd. Ils ont aussi reçu l'appui des Algériens qui leur ont apporté leur expertise, en particulier sur les IED (engin explosif improvisé) dont ils ont une longue expérience. Ce sont des engins artisanaux enfouis sous terre et qu'on fait exploser à distance au passage d'un individu ou d'une patrouille. C'est exactement le même système qu'utilisent les talibans en Afghanistan. Cette brigade embryonnaire est en train de faire dans le Mont Chaâmbi exactement ce que fait Aqmi contre les forces de sécurité algériennes depuis près 20 ans et qui fait des dizaines de morts chaque semaine... La Tunisie est devenue un nouveau front pour Aqmi.
La frontière entre l'Algérie et la Tunisie a été fermée. Comment les deux armées se mobilisent pour lutter contre ces terroristes ?
- Les postes frontières ont été fermés certes, mais la frontière entre l'Algérie et la Tunisie mesure plus de 1.300 kilomètres, on ne peut la sécuriser sur toute sa longueur. Par ailleurs, les Algériens sont réticents à fournir des renseignements pour la lutte anti-terroriste à un pouvoir islamiste qui a un moment donné voulu intégrer les salafistes dans leur gouvernement.
Comment la Tunisie lutte contre ces groupes ?
- On ne peut pas séparer l'aspect politique de l'aspect purement sécuritaire. Le dossier a été mal géré à cause des hésitations de l'ancien ministre de l'Intérieur et actuel Premier ministre, l'islamiste Ali Larayedh, qui a, en 2012, plus ou moins voulu intégrer les salafistes radicaux qui commençaient à se rassembler dans le Mont Chaâmbi pour éviter leur radicalisation.
Cette hésitation a profité à ces radicaux qui se sont renforcés. Cela a paralysé les services de sécurité et l'armée contre toute action sérieuse de nettoyage de cette zone. Aujourd'hui ce n'est plus le cas. Ali Larayedh a changé d'avis et pense qu'il n'a plus aucun espoir de les récupérer. Il a décidé de faire le ménage, et a déclaré la guerre aux salafistes en tenant des discours très fermes. Après la mise en retraite anticipée du chef de l'Etat major des armée, le général Ammar, opposé à une médiatisation des actions anti-terroristes, une des compagnies de l'armée tunisienne, qui était dédiée à la sécurisation des frontières entre la Libye et la Tunisie, a été étendue à toute la frontière. Depuis six mois, la machine sécuritaire tunisienne s'est remise en marche.
Quelles difficultés rencontre-t-elle ?
- Les unités spécialisées dans la lutte contre le terrorisme de l'armée tunisienne ont été formées sous le régime de Ben Ali à la lutte sécuritaire et policière. Elles n'ont pas l'expérience de la contre-insurrection, car elles n'y ont jamais été confrontées. Il y a un saut qualitatif à faire dans ce domaine-là.
Par ailleurs, l'équipement fait défaut. La Tunisie possède ce qu'il faut pour le renseignement classique, l'écoute, les interceptions, les filatures, les surveillances, mais n'est pas équipée pour la lutte sur le terrain. Par exemple, l'armée tunisienne ne dispose pas de caméra de vision technique pour aller au contact de ces unités de djihadistes, sachant qu'ils agissent souvent la nuit pour poser les IED et se ravitailler en nourriture.
Aussi, ce n'est pas l'armée qui va forcément dans les villes de Kasserine de Thala, autour du djebel pour recueillir des renseignements, c'est la police. Or la police est divisée : certains en soupçonnent une partie d'être pro-islamiste.
Ennahda peut-il faire un travail de terrain pour éviter que les Tunisiens ne rejoignent ces djihadistes ?
- Comme en Egypte, les islamistes d'Ennahda ont enfin compris que les salafistes ne vont pas accepter le jeu démocratique. Ils ont donc commencé à interdire les invitations et les séjours des prédicateurs venus des pays du Golfe qui ont une action importante sur le terrain. Depuis la révolution en Tunisie, il y a eu un afflux d'un certains nombre d'imams et de prédicateurs radicaux voire salafistes purs et durs, qui ont tenu des conférences et ont rempli des stades.
Ennahda a lancé ses troupes à la reconquête des mosquées pour éviter que les salafistes ne prennent trop de place surtout en cette période de ramadan, mois le plus spirituel de l'année. Mais pour l'instant, Ennahda a du mal à récupérer le terrain occupé par les salafistes.
Le mouvement salafiste soupçonné d'être proche d'Al-Qaïda, Ansar al-Charia, avait fait beaucoup parler de lui il y a quelques mois. Qu'est-il devenu ?
- Le mouvement Ansar al-Charia représente exactement ce que je viens de vous décrire. Son chef, Abou Iyadh, est en fuite et dans la clandestinité. L'ensemble des responsables du groupe ont été emprisonnés après l'épisode de l'ambassade américaine puis après l'assassinat de Chokri Belaïd. Ceux qui ont réussi à en rééchapper ont rejoint le Mont Chaâmbi. Ils font partis de ceux qui ont fait la jonction entre ceux qui remontaient du Mali et les Algériens.
Le 21 mai, Aqmi diffusait une vidéo qui disait qu'Al-Qaida et Aqmi ne souhaitaient pas attaquer la Tunisie "sauf en cas d'autodéfense". Y a-t-il un risque d'engrenage terroriste dans le pays, comme on a pu le voir en Algérie ?
- Un scénario à l'algérienne est pour l'instant peu envisageable car les terroristes n'ont pas l'assise populaire qu'ils avaient en Algérie, malgré la crise économique et sociale qui sévit en Tunisie. En Algérie, à un moment, il y avait plus de 25.000 combattants dans le maquis ! Mais les terroristes occupent bien le Mont Chaâmbi en mettant des IED, ils ont des abris et s'y entraînent. Ils descendent petit à petit dans les bourgades autour, dans le gouvernorat de Kasserine.
Si le gouvernement tunisien ne met pas en place une stratégie sérieuse, réelle et globale pour cette région, s'il n'envoie pas des troupes de l'armée, et des policiers qui ne sont pas issus de cette région, je crains effectivement que dans les prochains mois la zone ne devienne un foyer à l'algérienne.
Non pas qu'une guerre civile est à craindre mais un terrorisme résiduel est imaginable. C'est un potentiel foyer d'instabilité et de déstabilisation pour le pays.
Interview réalisée par Sarah Diffalah - Le Nouvel Observateur

samedi 11 mai 2013

Faut-il croire aux menaces terroristes?


En cas de crise, l’État recourt à deux procédés infaillibles pour faire diversion :
- Utiliser les médias pour distiller des nouvelles rassurantes.
- Détourner l’attention avec un conflit armé ou en profitant d’un attentat terroriste.
Il serait plus judicieux de préciser : susciter ces incidents.
Exemple : les dates concomitantes entre l’entrée de l’armée française au Mali, la tentative de libération de l’otage de la DGSE et la grande « Manif pour tous ». Onze, douze et treize janvier, cette proximité de temps est-elle due simplement au hasard ? Non.
C’est le politique qui, suivant les données des militaires, choisit le jour J lorsqu’un engagement est programmé. Or, la tentative de libération de Denis Allex a été montée dans la précipitation sans connaître réellement les forces que les commandos auraient à affronter. Et surtout sans diversion tactique : un leurre est indispensable dans ce type d’opération pour augmenter les chances de succès.
De plus, en posant les militaires du Service Action à des kilomètres de l’objectif, on supprimait l’effet de surprise et on rendait le but inatteignable. Cet échec a entraîné la mort de deux membres de commando et celle de l’otage de la DGSE. Une question se pose : la vie de Denis Allex était-elle menacée au point de ne pas attendre d’agir quelques jours de plus ? Encore une fois, non.
Ce n’est donc pas un simple hasard de calendrier qui plaça l’intervention au Mali et la tentative de sauvetage de Denis Allex la veille d’une manifestation imposante contre le gouvernement : c’est une volonté délibérée du président de la République et de ses conseillers.
Il est donc facile d’imaginer, vu le gouffre qui continue de se creuser entre les gouvernements et les peuples occidentaux, qu’une action terroriste serait actuellement une excellente diversion à la colère de nombreux citoyens. Le moyen par excellence de nous faire oublier la crise en nous rassemblant autour du« berger » tel un troupeau de moutons effrayé par l’orage.
J.-P. Fabre Bernadac adapté par Renato


dimanche 24 mars 2013

Mali: nouveaux accrochages meurtriers avec les jihadistes à Gao


Après plusieurs semaines d'accalmie, Gao, la grande ville du nord du Mali, a vécu dimanche de nouveaux accrochages entre armée malienne et combattants islamistes. Ces heurts ont fait sept morts. L'Algérien Djamel Okacha aurait lui succédé à la tête d'Aqmi à Abdelhamid Abou Zeïd, dont la mort est confirmée par Paris.
"Un militaire malien, quatre islamistes et deux civils ont été tués au cours des échanges de coups de feu entre l'armée malienne et les islamistes", a déclaré une source sécuritaire africaine présente à Gao (1200 km au nord-est de Bamako). La situation est désormais "calme" à Gao, où l'armée malienne, "appuyée par les militaires français et africains, contrôle la situation", a-t-elle affirmé.
L'armée malienne avait annoncé auparavant qu'elle procédait à un "ratissage" après un "incident" ayant opposé des militaires maliens et des islamistes présumés infiltrés durant la nuit, qui avaient tiré près d'un camp militaire.
Le Mujao revendique une attaque
Le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), l'un des groupes islamistes armés ayant occupé le nord du Mali depuis mi-2012 jusqu'à l'opération militaire franco-africaine lancée en janvier, avait lui revendiqué une "attaque" après les événements de la nuit.
Ex-fief de ce mouvement islamiste, la ville a été libérée en janvier mais a subi en février des attentats-suicides - les premiers de l'histoire du Mali - et été le théâtre de violents accrochages entre les armées malienne et française, d'un côté, et les jihadistes armés, de l'autre.
Djamel Okacha succède à Abou Zeïd
Ce regain d'insécurité survient alors que L'Algérien Djamel Okacha a succédé à Abdelhamid Abou Zeïd à la tête de la brigade d'Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) que dirigeait dans le Sahara son compatriote jusqu'à sa mort, fin février, a rapporté dimanche la chaîne de télévision algérienne Ennahar.

Al-Qaïda désigne Djamel Okacha pour succéder à Abou Zeid

L'Algérien Djamel Okacha, 34 ans, a été désigné comme successeur d'Abdelhamid Abou Zeid, l'un des principaux chefs d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) dont Paris vient de confirmer la mort au Mali, a rapporté dimanche la chaîne de télévision algérienne Ennahar TV.
Okacha, au pseudonyme de Yahia Aboul Hannam, est un proche du chef d'Aqmi, Abdelmalek Droukdel. Il a été désigné il y a quelques jours mais doit encore être confirmé dans ses fonctions lors d'une réunion de la direction d'Aqmi, a précisé à l'AFP le patron d'Ennahar TV, Mohamed Mokeddem (bien: Mokeddem).

Le nouveau chef d'Aqmi pour la région s'étendant de Ghardaïa (centre-sud de l'Algérie) à la région de l'Azawad (Nord du Mali) est considéré comme l'homme de confiance de Droukdel et l'homme fort de l'organisation, selon la même source.

Samedi, le président français François Hollande a confirmé de manière certaine la mort de l'Algérien Abdelhamid Abou Zeïd, tué fin février par l'armée française dans le massif des Ifoghas dans le nord du Mali.

Sa mort avait été annoncée le 1er mars par le président tchadien Idriss Déby, dont les forces combattent aux côtés des soldats français dans l'extrême nord du Mali notamment contre les combattants d'Aqmi.

mercredi 20 mars 2013

Un otage français aurait été exécuté au Mali

L’Agence Nouakchott Information (ANI), une agence privée mauritanienne, a cité mardi soir un dénommé « Al-Qairawani », présenté comme un porte-parole d’Aqmi, qui a affirmé que Philippe Verdon, qualifié d’« espion », a été exécuté « le 10 mars en réponse à l’intervention de la France dans le nord du Mali ».
« Le président français (François) Hollande est responsable de la vie des autres otages français », a-t-il menacé.
Le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Philippe Lalliot, a déclaré à l’AFP : « Nous vérifions, nous n’en savons pas plus pour le moment ». Interrogé par l’AFP, l’Elysée n’a pas confirmé la mort de l’otage.
L’interlocuteur de l’agence ANI s’est par ailleurs refusé à confirmer ou infirmer la mort, annoncée début mars par le Tchad, d’un des principaux chefs d’Aqmi, l’Algérien Abdelhamid Abou Zeid – mort jugée « probable » par Paris –, et d’un autre responsable islamiste, Mokthar Belmokhtar. Ces deux décès n’ont pas été confirmés jusque-là.
Dans la nuit du 24 novembre 2011, Philippe Verdon et Serge Lazarevic avaient été enlevés dans leur hôtel à Hombori (nord-est du Mali). Ils étaient en voyage d’affaires pour un projet de cimenterie, selon leurs proches, qui ont démenti tout lien avec des mercenaires ou des services secrets.
Aqmi avait rapidement revendiqué l’enlèvement et publié leurs photos. Le 10 août 2012, Philippe Verdon parlait de ses « conditions de vie difficiles » dans une vidéo diffusée par le site mauritanien Sahara Medias.
L’armée française est engagée depuis le 11 janvier dans une opération militaire, en appui à l’armée malienne, contre les groupes islamistes armés, dont Aqmi, qui occupaient le Nord malien depuis l’an dernier. Les troupes franco-africaines ont rapidement repris les grandes villes de la zone et les combats se concentrent désormais dans l’extrême Nord-Est, dans le massif des Ifoghas, entre soldats français et tchadiens d’un côté, jihadistes de l’autre.
Cette guerre a reposé avec une nouvelle acuité la question du sort des otages français au Sahel, et les familles ont de plus en plus exprimé leur inquiétude ces dernières semaines.

La famille de Philippe Verdon n’a aucune information

« On arrive à la fin de l’opération des Ifoghas, on n’a pas entendu parler des otages. On ne nous dit rien, côté français on ne dit rien, les jihadistes ne parlent pas non plus, c’est-à-dire que nous sommes dans un brouillard total et c’est insupportable à vivre », a regretté Jean-Pierre Verdon, le père de Philippe Verdon, s’exprimant plus tôt mardi sur la radio française RTL.
« Nous n’avons aucune information » au sujet d’éventuelles négociations, a insisté M. Verdon, alors que « c’est le voeu de chacune des familles qui se trouvent dans cette situation ».
Interrogé sur la décision de Paris de ne pas payer de rançons aux preneurs d’otages, M. Verdon a répondu que les familles n’avaient pas le choix face aux « décisions de l’État ».
Selon l’épouse d’un otage français citée par le quotidien Le Monde, la présidence française refuse désormais de verser des rançons à des organisations contre lesquelles elle est « en guerre ».
Quinze Français, y compris Philippe Verdon dont le décès reste à confirmer, sont otages dans le monde, tous en Afrique, ce qui fait de la France le pays au plus grand nombre de ressortissants enlevés, devant les Etats-Unis. Philippe Verdon fait partie des six Français dont les rapts ont été revendiqués par Aqmi.

vendredi 1 février 2013

Intervention au Mali, les vrais motifs


La version officielle de l’intervention au Mali est que « la France n’a aucun intérêt au Mali, elle est au service de la paix, elle veut éliminer les terroristes et ramener la stabilité dans la région ».
Chaque français se tourne alors vers son voisin et se demande lequel est assez nunuche pour croire ce roman à l’eau de rose.
1 – Paul Melly, chercheur sur le programme Africa du think Tank international Chatham House, écrit :
« Bien sûr, un état djihadiste au Mali renforcerait le terrorisme international. Mais en réalité, c’est une menace secondaire. Le plus grand risque, à la fois pour la région et pour l’Europe, est la dérive de la stabilité et du progrès que l’Afrique occidentale a minutieusement construit – non sans revers – au cours des deux dernières décennies.
C’est cela qui est en jeu.
La décision du président Hollande de répondre à l’appel du Président Traoré  par une intervention musclée n’est pas en conflit avec son soutien déclaré aux Africains qu’ils prennent eux-mêmes en charge leurs réformes. Bien au contraire, il est la conséquence de cette attitude.
Une victoire djihadiste au Mali, et l’instabilité et les conflits que cela provoquerait, représenterait une menace pour la stabilité et la croissance économique de l’Afrique de l’Ouest dans son ensemble. La défense d’une Afrique de l’Ouest pacifique, qui se développe en toute sécurité, est d’un intérêt fondamental pour l’Europe. »
2 – Katrin Sold, experte auprès du Conseil allemand pour les relations étrangères (DGAP) :
« S’il se crée un état islamiste, la France craint que le Mali devienne un repère et un centre d’entraînement pour les terroristes islamistes » explique t-elle, mais il y a plus que le risque des attaques terroristes. « Dans le long terme, la France a intérêt à sécuriser les ressources du Sahel – particulièrement le pétrole et l’uranium, que la société française Areva exploite depuis des décennies au Niger tout proche ».
Mais il se passera beaucoup de temps avant que les ressources du Mali soient extraites, et Sold pense que les aspects sécuritaires sont la première motivation de l’implication militaire française.
3- L’expert du continent africain Delius est d’accord.
Il insiste sur le fait que lorsqu’on parle de l’engagement miliaire en Libye, de nombreux pays, à commencer par la France, y avaient des intérêts, particulièrement pour le pétrole. Au Mali, explique-t-il, c’est différent, et Paris semble suivre des objectifs très concrets.
Mais avoir envoyé des troupes au Mail est un chemin plein d’embuches pour la France. Le pays est peut-être engagé pour la défense de ses intérêts politiques et sécuritaires, mais il existe un danger fort d’être considéré comme un état néo-colonial. Cependant, la France se conforme à la demande du mandat de l’ONU de décembre 2012.
4- « Il existe un accord de défense entre le Mali et la France qui couvre exactement ce cas »,précise Alexander Stroh, un chercheur à l’institut Allemand d’étude globales. Par conséquent, la France peut être considérée comme remplissant ses obligations vis à vis du gouvernement malien en enrayant la marche des groupes rebelles vers la capitale.
5 – Pour Bruce Whitehouse, un anthropologiste qui a passé cinq ans au Mali, y compris récemment comme professeur pour le programme Fulbright de l’ambassade des Etats Unis à Bamako, la situation est plus complexe :
« Etant donné que nous ignorons ce qui se trouve exactement dans le sous-sol malien, il n’est pas possible de rejeter l’idée que les ressources naturelles ne sont pas la motivation de l’intervention étrangère.
Mais faire la guerre n’a jamais été le moyen d’accéder pour pas cher à l’or et aux autres minerais du Mali. Les gouvernements successifs du Mali, bien conscients qu’il leur manque les ressources humaines et le capital pour financer et développer eux-même ces ressources, ont signé de très généreux contrats aux compagnies minières, et ont imposé des règlementations minimalistes à leurs activités. A quoi cela sert-il de prendre le risque de cambrioler une bijouterie quand le propriétaire vous offre la marchandise presque gratuitement ?
S’agit-il alors d’un retour de manivelle de l’entraînement militaire que les américains ont fourni ? Probablement pas, car le problème du programme d’entraînement militaire américain n’est pas qu’il a servi au mauvais bord, c’est qu’il n’a pas fonctionné. Après les exercices de 2009, révélés par Wikileaks, les meilleurs éléments, l’élite de l’armée malienne ont reçu des notes très faibles, malgré la longue coopération des formateurs américains. Quel que soit « l’avantage » que cette collaboration a pu apporter, c’était la dernière chose dont les touaregs – des guerriers expérimentés au désert – avaient besoin pour vaincre les forces gouvernementales maliennes. »
En conclusion, on ne peut pas affirmer que la guerre au Mali est principalement motivée par ses ressources naturelles. Mais l’on peut dire que c’est une conséquence direct des échecs de l’état, dont la cause trouve sa source essentielle à l’intérieur du Mali lui-même. Mon expérience en tant qu’anthropologiste m’a fait douter des théories réductrices, et m’a incité à accorder plus de crédit à l’histoire, en partant du Marxisme jusqu’aux théories de dépendance en passant par la théorie de la modernisation. Le fait que ce qui se passe aujourd’hui au Mali est le résultat d’un « jeu d’influence entre puissances planétaires » pour la domination de la région ignore très largement les réalités du terrain, les réalités maliennes. C’est précisément les réalités que l’anthropologie m’a appris à évaluer.
6- Un analyste russe avance que l’opération Serval représente une tentative de recoloniser l’Afrique.
”Malgré la réception chaleureuse des français par les maliens, c’est ce qu’on lit dans la presse malienne ». Mais l’on sait que depuis le début de son mandat, le President Hollande était extrêmement réticent à intervenir dans le conflit malien, et qu’il préférait apporter une aide logistique et financière aux opérations dans l’Ouest africain. L’écroulement imminent de l’armée malienne, début janvier, après la prise de Mopti par les islamistes, a rendu cette option obsolète.
7- La théorie de « l’importance stratégique » du Mali.
Subitement, le mot « stratégique » a commencé à apparaître dans tous les journaux en référence au Mali. Quand vous voyez ce mot associé à des villes poussiéreuses comme Konna ou Diabaly, vous savez que quelque chose ne tourne pas rond. Soyons honnête : en lui-même le Mali a zéro valeur stratégique. Ross Douthat a raison d’écrire : “Le Mali n’est ni riche en pétrole, ni stratégiquement important. C’est le genre d’endroit dont on parle brièvement dans les pages intérieures des rubriques politique étrangère des journaux.
8- L’islam et le Mali.
Certains voient le Mali comme le nouveau front d’affrontement entre l’islam et l’occident. Mais plus de 9 maliens sur 10 sont musulmans, ils remercient l’intervention française, ils ne parlent que de la terreur que faisait régner les islamistes qui voulaient imposer la sharia, et ils ne veulent pas de ce projet intolérant, totalitaire que leur réservaient les groupes islamistes qui avaient pris le contrôle du nord. Essentiellement, le conflit malien n’est pas entre musulmans et non-musulmans, mais entre musulmans qui ont une vision différente de l’islam. Donc la religion n’est pas le premier sujet ni le plus important du conflit. Une des raisons pour laquelle le gouvernement français était tellement hésitant, et la raison pour laquelle il déclare lutter contre les terroristes et non pas contre les islamistes, est qu’il ne veut pas être l’objet de ceux qui veulent présenter le conflit comme « l’islam contre l’occident.
A bien y regarder, c’est pourtant les habitudes occidentales, modernes, du peuple malien certes musulman que les islamistes ont puni. Les coups de fouets étaient bien pour les femmes qui ne portaient pas le voile. Le mot haram était dans toutes les bouches, les voleurs supposés ont eu les mains coupées conformément à la sharia, la musique, les cigarettes, étaient interdits car trop proches du mode de vie occidental.
Et disons que le Mali aura détruit un mythe en montrant qu’un pays majoritairement musulman (95% de la population) peut appliquer un islam indiscutablement modéré.
9- Pour Jean-Philippe Rémy, envoyé spécial à Bamako, Le pouvoir malien a été sauvé des putschistes par les militaires français :
« Loin du nord du pays, il y a un homme que l’armée française a contribué à sauver, au moins temporairement : le président par intérim, Dioncounda Traoré. Quelques jours avant que l’armée française ne déploie des troupes au Mali, notamment à Bamako, le renversement des fragiles autorités locales qu’il dirige semblait « pratiquement programmé », selon un proche du président. Selon la même source, des militaires auraient même envisagé d’arrêter ce dernier dans la nuit du 9 au 10 janvier, la veille de la prise de Konna par la coalition islamiste.
Dans les jours précédant le début des affrontements entre djihadistes et armée régulière, qui allaient déclencher les premières frappes aériennes françaises, Bamako était au bord du gouffre.
Les groupes politiques qui soutiennent l’ex-junte du capitaine Sanogo avaient lancé une série de manifestations en faveur de l’organisation d’une concertation nationale dont le but était de remettre en question le pouvoir de M. Traoré. Ils affirmaient aussi leur hostilité à une intervention extérieure, y compris française, au Mali, laissant le soin de reprendre le Nord à la seule armée malienne.
L’ambiance était électrique à Bamako
Tandis que les groupes armés islamistes se mettaient en ordre de bataille pour organiser leur percée vers le Sud, des manifestations hostiles étaient organisées à Bamako entraînant des violences. Des organisations politiques, un syndicat d’écoliers et d’étudiants (AEEM) avaient appelé à la grève. Dans les rues, on avait dressé des barrages, enflammé des pneus, bloqué le passage de deux ponts. L’ambiance était électrique.
La chute de Konna semblait ouvrir la voie à celle de Mopti et de la base voisine de Sévaré. Un début de réaction en chaîne qui aurait pu emporter le pouvoir civil.
« Si Mopti avait été prise, les islamistes se seraient trouvés avec un boulevard ouvert en direction de Bamako », analyse Tiébilé Dramé, président du Parena, et pilier du FDR, une coalition hostile à l’ex-junte du capitaine Sanogo. Il conclut : « C’est le syndrome de Tessalit. »
Explication : en mars 2012, la chute de Tessalit, dans le Nord, avait marqué le début de l’effondrement militaire et psychologique du pouvoir civil malien de l’époque, à la veille d’une élection présidentielle à laquelle le président Amadou Toumani Touré (« ATT ») ne devait pas se représenter. Dans la foulée, un coup d’Etat, mené par des sous-officiers, hommes du rang et officiers subalternes, survenait dans la nuit du 21 au 22 mars 2012 alors que les soldats basés à Bamako refusaient de partir au front. « Nous n’étions plus que dix-sept à la présidence lorsque les putschistes sont arrivés », témoigne un conseiller d’ATT présent ce soir-là.
Otages des militaires
Dans le désordre, un inconnu, le capitaine Amadou Sanogo, allait émerger.
Contraint de quitter le pouvoir sous la pression des pays de la région peu après, il continue, depuis, d’exercer une forte influence. A la mi-décembre 2012, des responsables militaires de l’entourage du capitaine avaient débarqué sans ménagement l’ex-premier ministre, Cheikh Modibo Diarra, de son poste de premier ministre, en l’arrêtant chez et en lui faisant annoncer sa démission à la télévision nationale. Certains de ses proches ont ensuite été nommés dans le gouvernement du nouveau premier ministre.« Il ne faut pas se voiler la face : le président et la transition sont les otages des militaires », assure un conseiller du nouveau premier ministre, Diango Sissoko.
Qui commande l’armée ?
La question est complexe. Dans certaines unités, remarque une bonne source malienne, « la chaîne de commandement est entièrement perturbée, surtout depuis le putsch : ce sont les sergents qui donnent des ordres aux colonels de notre armée où les officiers supérieurs sont en nombre écrasant ».
« Lorsque le Mali est entré en possession d’une importante livraison d’armes, le matériel, notamment des blindés, a été accueilli à Bamako par le capitaine Sanogo, qui s’est installé à la tête du convoi pour le mener jusqu’au camp militaire de Kati, où se trouve sa propre « capitale ». On ignore si cet armement a fait son chemin jusqu’au front où l’armée malienne devrait être engagée à présent », ajoute la source.
10- Pour le journaliste Kharroubi Habib, Dioncounda Traoré est un va-t-en-guerre passé sous contrôle français.
Faisant fi des conclusions des travaux de la réunion des «pays du champ» tenue début janvier à Niamey, considérant que la complexité de la crise malienne demande une approche politique en vue de sa solution, le président intérimaire malien Dioncounda Traoré joue les va-t-en-guerre en voulant manifestement d’une intervention militaire dans le nord de son pays au motif selon lui que celle-ci est inévitable car il n’y aurait rien à négocier avec les rebelles dans cette zone.
Des interlocuteurs acquis à l’idée d’un dialogue et de négociations avec Bamako excluant la partition du pays
Dioncounda Traoré a fait sa déclaration alors justement que le ministre burkinabé des Affaires étrangères venait de prendre contact au Nord-Mali avec certains des acteurs locaux de la crise malienne et des notables représentatifs de la population de cette partie du pays. Des contacts qui ont fait apparaître que les interlocuteurs de l’émissaire burkinabé sont acquis à l’idée d’un dialogue et de négociations avec les autorités de Bamako, excluant la revendication de la partition du pays. Disposition conciliante dont même le groupe islamiste armé Ansar Eddine s’est déclaré animé. Il est indubitable que la « sortie » belliqueuse du président intérimaire malien a eu pour objectif de faire capoter la médiation burkinabé.
A Paris deux mois avant l’intervention, le président malien a reçu le feu vert français
La solution politique prônée par les « pays du champ » dont l’Algérie, n’est pas de toute évidence inscrite dans l’agenda de Dioncounda Traoré. Celui-ci est rentré au pays après plus de deux mois d’un séjour parisien qu’il ne doit pas uniquement aux soins médicaux rendus nécessaires par la gravité de l’agression dont il a été victime dans le palais présidentiel à Bamako. Il ne fait aucun doute qu’il a attendu le feu vert français à son retour, lequel s’est effectué une fois que l’Elysée et le Quai d’Orsay ont finalisé à son intention leur feuille de route à suivre par les autorités maliennespour la gestion de leur crise nationale. Dioncounda Traoré revenu au pays, la France fait le pressing pour l’option interventionniste qu’elle va remettre sur le tapis au Conseil de sécurité de l’ONU dont elle vient de prendre la présidence tournante pour un mois.
Le préalable à une intervention militaire consiste dans la réconciliation entre Bamako et les populations du nord
La diplomatie française cherche à créer l’illusion d’un consensus régional et international en faveur de cette option en arguant de la menace d’un « Sahélistan » en voie d’instauration au Nord-Mali sous la coupe de l’organisation islamo-terroriste Aqmi. Oublieuse pourtant que sans mésestimer cette menace à laquelle la politique française dans la région n’est pas étrangère, les « pays du champ » s’en tiennent à une autre démarche pour la conter. Celle de convaincre les autorités maliennes que le préalable à une intervention militaire au nord du Mali consiste dans la réconciliation entre les autorités de Bamako et les populations de cette partie du Mali et de ce fait isoler Aqmi de celles-ci. Il semble bien que Dioncounda Traoré soit sous l’influence française réfractaire au dialogue avec quiconque est en rébellion contre l’autorité du gouvernement malien. Cet état d’esprit a été celui d’AT Touré, son prédécesseur déchu, et a conduit à la crise qui a consommé la partition du pays et à la destruction de l’Etat malien.
Le fond de la crise est d’abord et avant tout politique
En refusant d’admettre que le fond de la crise est d’abord et avant tout politique nécessitant un dialogue inter-malien, Dioncounda Traoré, son sponsor français et leurs alliés liges africains font le jeu d’Aqmi, qui pourra ainsi très certainement argumenter auprès des autres groupes armés au nord du Mali que l’intervention projetée les vise sans distinction et leur prêcher l’union dans la résistance. Et si cet objectif est atteint par Aqmi, l’intervention demandée par Diaoncounda Traoré deviendra un enfer pour les troupes qui y seront engagées et dramatique pour les populations locales.
11- Pour sa part, Abdel Bari Atwan, l’un des éditorialistes les plus importants de la presse arabe, et directeur du journal al-Quds al-Arabi en langue arabe édité à Londres,
l’Algérie est le premier et peut-être le seul objectif de la guerre au Mali, convoitée par le Qatar, financier de la France, et qui souhaite porter sa domination sur toute la région. Personne ne peut croire que la France est intervenue au Mali pour éliminer le terrorisme et al Qaida, puisqu’elle est intervenue en Libye contre un dictateur qui s’était opposé à al Qaida, qu’elle a planté ses graines en Libye où le prix des Kalashnikov, dans les déserts de Libye, est tombé à moins de vingt dollars. La Syrie est l’autre exemple, qui va donner naissance à l’anarchie, et où la France soutient al Qaida et ses groupes affiliés contre al Assad.
12 - Selon Issa N’Diaye, politologe malien et professeur des Universités au Mali, c’est l’intervention à Kidal qui va obliger la France a « jeter les masques et les Maliens comprendront mieux quels sont les enjeux réels de cette crise ». Quels sont-ils ces enjeux ? La réponse au micro de Ramata Soré ci-dessous :

Faisant la synthèse, je pense que la France a été précipitée par les évènements dans cette intervention. Aqmi n’a pas attendu que la France donne le top départ.
Mais les fonctionnaires français n’ont pas été intéressés, ni capables – ils ne sont pas formés en ce sens – d’apporter à la région une réponse autre que néo-coloniale, sans vision stratégique à moyen et long terme, et non teintée d’un indécrottable fond de racisme.
La politique française en Afrique est dominée par des hommes formés à une école de pensée imprégnée de suffisance, d’arrogance, et d’un sentiment général de supériorité que rien ne justifie, hérité d’un passé doré dont la disparition a du mal à passer.
En Afrique, la France a toujours feint d’ignorer les souffrances infligées aux peuples africains par une caste corrompue par elle et qui l’aide à servir ses intérêts. Elle n’a jamais exigé des « élites », en contrepartie des fabuleux pots de vin qu’elle distribue, qu’ils traitent dignement leur population, qu’ils les nourrissent, qu’ils les sortent du tiers monde. La France avait, a, les moyens de pression pour que les dirigeants africains suivent quelques rudiments de la Déclaration des droits de l’homme dont la France s’auto-proclame le garant. Lorsque le neveu d’un président du Togo m’a proposé de créer avec lui des réseaux de transport modernes dans son pays, ce que j’ai refusé, les robinets étaient grands ouverts, l’argent coulait à flot, il suffisait de savoir faire « remonter ».
« L’intérêt supérieur de la nation » est le passe-partout qui cache le racisme des deux clans – les gaullistes et les gauchistes – qui noyautent le Ministère des affaires étrangères, et la France a découpé l’Afrique en lots – y compris des lots de consolation – qui ne tiennent compte ni des peuples, ni des clans, ni des rapports de dominants à dominés, ni de l’histoire, ni des rivalités ancestrales, parce qu’elle éprouve un total mépris pour ces peuples et ces clans, dont elle a besoin qu’ils soient idiots, serviles, aliénables et qu’ils lui assurent sa rente.
C’est l’un de ces imbéciles découpages que les Touaregs rejettent que la France a envoyé son armée protéger.
Ironie, le Qatar entend maintenant interdire à la France de toucher aux Touaregs, et les mêmes qui traitent les noirs africains avec dédains font des courbettes aux qataro-dollars.
© Jean-Patrick Grumberg pour www.Dreuz.info

samedi 5 mai 2012

Mali Al Qeida a pris la main dans le nord


Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) occupe désormais une position dominante dans le nord du Mali, grâce à son alliance avec le groupe islamiste armé Ansar Dine, et au renfort de combattants marocains, tunisiens et libyens, a appris samedi l'AFP de sources sécuritaires.
"Aujourd'hui, c'est Al-Qaïda au maghreb islamique (Aqmi) qui occupe une position dominante dans les trois régions du nord du Mali, grâce à son alliance avec le groupe islamiste Ansar Dine, et avec l'arrivée dans ses rangs de combattants tunisiens, libyens et marocains", a déclaré à l'AFP une source sécuritaire mauritanienne.
Le nord du Mali, vaste région en majorité désertique, est coupé du reste du pays depuis le coup d'Etat du 22 mars à Bamako qui a renversé le régime du président Amadou Toumani Touré (ATT), longtemps accusé par ses voisins d'avoir fait preuve de laxisme dans la lutte contre Aqmi.
Des témoins ont vu dans la périphérie de la ville de Tombouctou (nord-ouest), des combattants d'Aqmi qui se sont déclarés de nationalité marocaine, libyenne, et tunisienne.
Ces combattants "ont distribué des vivres aux populations déplacées. Ils ont expliqué qu'ils sont Marocains, Tunisiens et Libyens. Ils ont dit aussi qu'ils sont venus pour le Jihad, aux côtés de leurs frères algériens, mauritaniens, et d'autres", a expliqué à l'AFP l'un de ces témoins, fonctionnaire malien de Tombouctou, mais qui vit actuellement avec sa famille depuis trois semaines dans un hameau de la périphérie de la ville.
Vers l'imposition de la charia
Le chef militaire de la ville de Tombouctou est actuellement Abou Yaya Hamame, le chef d'une unité d'élite d'Aqmi.
Il dirige la ville avec à ses côtés "Sanda", un homme qui a une double casquette: officiellement porte-parole de Iyad Ag Ghaly -leader de Ansar Dine, ex-militaire et ex-figure des rébellions touareg des années 1990- et soutien actif connu de la branche maghrébine Al-Qaïda.
Ansar Dine (défenseurs de l'islam) prône l'imposition de la charia dans tout le Mali.
"A Gao (nord-est), et à Kidal (nord-est), on ne voit pas en masse les combattants d'Aqmi, parce qu'ils préfèrent se mettre hors de la ville, et intervenir quand c'est nécessaire. Mais à l'intérieur de ces deux autres localités, ils ont leurs hommes, leurs pions comme on le dit", explique une source sécuritaire nigérienne.
"La réalité sur le terrain est bien celle là. Il semble d'ailleurs que les combattants libyens soient arrivés dans le nord du Mali avec Moktar Ben Moktar (un des responsables d'Aqmi) récemment revenu de Libye", a ajouté la même source nigérienne.
Les nouveaux combattants d'Aqmi de nationalité marocaine, seraient venus de leur pays via l'Algérie pour certains, par avion de Casablanca via Bamako, selon des sources concordantes.
Le Sahel déstabilisé ?
"Nous avons nous aussi ces informations. C'est pour cette raison que nous disons que ce qui se passe actuellement au nord du Mali concerne non seulement les autorités maliennes, mais aussi tous les autres pays de la sous-région. C'est la déstabilisation du sahel, du Maghreb qui est en jeu", a affirmé à l'AFP, un responsable du ministère malien de la Défense.
Depuis le coup d'Etat du 22 mars, outre Aqmi et Ansar Dine, le Nord du Mali est aussi sous la coupe de différents de groupes de trafiquants, de la rébellion touareg du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), et du Front national de libération de l'Azawad (FNLA), composé d'Arabes de la région de Tombouctou.