- Le 21 janvier 2018, la Turquie et les rebelles qu’elle parraine ont lancé une opération militaire contre une enclave kurde à Ifrin, dans le Nord-Ouest de la Syrie (Opération Branche d’Olivier). L’opération est dirigée contre la force kurde (YPG) qui contrôle l’enclave, qui est coupée de l’enclave kurde à l’Ouest. D’après les Turcs, l’opération est destinée à empêcher la force kurde de compromettre la sécurité de la Syrie ou d’avoir accès à la mer Méditerranée, et à empêcher la création d’un « corridor » kurde le long de la frontière avec la Syrie (Compte Twitter du bureau du Premier ministre turc, Hürriyet Daily News).
- Cette semaine, les forces syriennes ont repris la base aérienne militaire d’Abu al-Duhur au Sud d’Alep. La reprise de la base aérienne, et le ratissage de vastes régions à l’Est de la route Alep-Hama indiquent que la première étape de la campagne de reprise de la région d’Idlib touche à sa fin. Par la suite, les forces syriennes devraient continuer de s’attaquer à l’essentiel des zones contrôlées par les groupes rebelles, principalement le Siège de Libération d’Al-Sham, dans et autour de la ville d’Idlib.
- Dans l’Est de la Syrie, l’Etat islamique continue de mener des attaques intensives contre les forces kurdes des FDS à l’Est de l’Euphrate (principalement dans la zone entre Abu Kamal et la ville d’Al-Mayadeen). L’organisation utilise des missiles antichars et des drones et filme les attaques à des fins de propagande. En même temps, l’organisation a publié des photos d’un missile antichar Kornet récemment développé, dans le cadre des efforts de réhabilitation de ses forces dans l’Est de la Syrie et du rétablissement de sa capacité opérationnelle.
Russie et l’invasion turque
- Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a annoncé que la Russie suit de près l’opération dans la région d’Ifrin et que des représentants russes sont en contact avec les autorités syriennes et turques sur la question. Peskov a souligné que la Russie continuera de voir le maintien de l’intégrité territoriale de la Syrie comme un principe de base. Il a également souligné que la Russie suit les aspects humanitaires de la situation à Ifrin. Peskov a refusé de dire si la Russie était à l’avance au courant de l’opération turque (RIA, 22 janvier 2018)
- À la suite de l’opération turque, le ministère russe de la Défense a annoncé que le commandement des forces russes en Syrie avait décidé de transférer le groupe des opérations du Centre russe pour la réconciliation et l’unité de police militaire russe de la région d’Ifrin à la région de Tal Ajar (Nord d’Alep). Selon l’annonce publiée par le ministère de la Défense, le transfert des forces a pour but d’empêcher la provocation et de protéger la vie des forces russes. L’annonce précise que le Centre pour la réconciliation continue de surveiller la situation afin de fournir l’assistance nécessaire aux civils fuyant les zones de combat (Page Facebook du ministère russe de la Défense, 20 janvier 2018).
Déclarations américaines au sujet de l’invasion turque
- Heather Nauert, le porte-parole du Département d’État américain, a appelé la Turquie à cesser ses activités militaires dans la province d’Ifrin et à se concentrer sur l’Etat islamique (Département d’État, 18 janvier 2018). Au cours d’entrevues avec la presse turque, Eric Pahon, porte-parole du Département américain de la Défense, a déclaré que les États-Unis n’étaient pas présents dans la région d’Ifrin, de sorte que l’opération turque n’influe pas directement sur leurs actions. Pahon a exprimé l’espoir que toutes les forces continuent à se concentrer sur l’objectif principal qui est la défaite de l’Etat islamique. Il a observé que le retrait de la Russie d’Ifrin était une affaire entre Moscou et les gouvernements de la Syrie et de la Turquie, et a souligné que les États-Unis ne sont pas concernés par à la question (Agence de presse Anatolia, 20 janvier 2018).
- S’exprimant à l’Université de Stanford, le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson a décrit la stratégie américaine en Syrie après la défaite de l’Etat islamique. Selon lui, trois facteurs principaux affectent actuellement la situation en Syrie : l’Etat islamique a cessé d’être un facteur important, mais n’a pas été complètement disparu, le régime d’Assad contrôle la moitié du territoire de la Syrie et de sa population ; les menaces stratégiques posées aux États-Unis [de l’arène syrienne] ne sont pas seulement l’Etat islamique et Al-Qaeda, mais aussi l’Iran.
- Tillerson a énuméré cinq buts et des pistes d’action en Syrie:
- Que la Syrie ne serve plus de plate-forme ou de refuge pour les terroristes pour organiser, recruter, financer, fomenter et lancer des attaques contre les citoyens américains ou leurs alliés aux États-Unis ou à l’étranger.
- Résoudre le conflit entre le peuple syrien et le régime Assad. La solution pourra être réalisée au moyen d’un processus politique conduit par les Nations Unies, tel que déterminé dans la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies 2254. L’objectif de ce processus est de créer une Syrie stable, unie et indépendante opérant comme un Etat.
- Réduire l’influence iranienne en Syrie.
- Désarmer la Syrie des armes de destruction massive.
- Aider les réfugiés à retourner en Syrie.
- Tillerson a souligné que les États-Unis ne répéteront pas les erreurs commises en Libye ou en Irak. Par conséquent, afin d’atteindre ces objectifs, les États-Unis envisagent une présence militaire à long terme en Syrie jusqu’à la défaite finale et absolue de l’Etat islamique.En même temps, ils s’emploieront à réduire les tensions et à encourager toutes les parties à rejoindre les négociations (Site Internet du Département d’Etat, 17 janvier 2018).
Développements en Syrie
Le 21 janvier 2018, l’état-major de l’armée syrienne a annoncé que l’armée et ses forces (y compris les renforts iraniens envoyés dans la région) ont repris la base aérienne militaire d’Abu Ad-Duhur. Des équipes d’ingénierie militaire de l’armée syrienne ont neutralisé des mines, des charges d’explosifs et des voitures piégées restées sur place. En parallèle au nettoyage de la base aérienne, il a été rapporté que des villes et villages dans la région rurale de Hama, Idlib et Alep ont été nettoyés et que des membres de l’Etat islamique ont été encerclés dans l’enclave au Sud-Est de la base aérienne.- En parallèle à la reprise de la base aérienne, les forces syriennes ont attaqué plusieurs avant-postes du Siège de Libération d’Al-Sham et repris plusieurs villages dans les régions du Sud-Est de la base aérienne (Sana, 19 janvier 2018). Le 22 janvier 2018, les forces de l’armée syrienne ont pris le contrôle du village d’Abu Ad-Duhur, à environ 5 km à l’Ouest de la base aérienne militaire. Le village a été l’une des forteresses les plus importantes du Siège de Libération d’Al-Sham dans la région rurale d’Idlib (Mourasiloun, 22 janvier 2018). Une voiture piégée activée par des membres du Siège de Libération d’Al-Sham aurait tué 30 soldats de l’armée syrienne et détruit trois véhicules militaires (Suriya.net, 22 janvier 2018).
La base aérienne militaire d’Abu Ad-Duhur, située à environ 50 km au Sud d’Alep, est la deuxième plus grande base aérienne en Syrie. Depuis Septembre 2015, elle a été contrôlée par les rebelles (principalement le Siège de Libération d’Al-Sham). En Décembre 2017, les forces syriennes ont lancé une campagne pour reprendre la base aérienne, comme une étape intermédiaire importante dans la campagne de reprise de la région d’Idlib.- La chute de la base aérienne aux mains des forces syriennes et le nettoyage des grandes régions à l’Est de la route Alep-Hama indiquent que la première étape dans la campagne de reprise d’Idlib est sur le point de prendre fin. Par la suite, les forces syriennes devraient poursuivre leur offensive à l’encontre des zones contrôlées par les rebelles, principalement le Siège de Libération d’Al-Sham, dans la ville d’Idlib et ses environs. Un site Internet affilié à l’armée syrienne a précisé que la zone rurale à l’Est d’Idlib, où les deux villes chiites assiégées d’Al-Fu’ah et Kafraya sont situées, pourrait être la prochaine cible des forces syriennes (Butulat Jaysh al- Al-Suri, site Internet affilié à l’armée syrienne, 21 janvier 2018).
- Le 22 janvier 2018, un terroriste suicide du Siège de Libération d’Al-Sham a fait exploser une voiture piégée au milieu d’un groupe de soldats syriens (Agence de presse Ibaa, affiliée au Siège de Libération d’Al-Sham, 22 janvier 2018).
- Avant la reprise de la base aérienne d’Abu Ad-Duhur, la Province d’Idlib de l’Etat islamique a signalé une attaque menée par ses membres contre les forces syriennes dans la région de Sinjar (environ 18 km au Sud-Ouest de la base aérienne). Selon l’organisation, une partie des forces syriennes se sont retirées et plusieurs soldats ont été tués ou faits prisonniers (Akhbar Al-Muslimeen, 17 janvier 2018).
- Lors d’affrontements avec les forces syriennes dans la zone rurale au Nord de Hama, trois membres de l’organisation jihadiste salafiste Khalq, affiliée à Al-Qaïda, auraient été tués. Deux d’entre eux étaient des Kurdes et un autre était du Baluchistan. Khalq est une petite organisation islamiste opérant en Syrie avec les autres organisations rebelles et peu connue, probablement parce que son volume d’activité est relativement faible.
- Les affrontements entre l’Etat islamique et les FDS ont continué cette semaine
- dans la zone à l’Est de l’Euphrate, entre Abu Kamal et la ville de Mayadeen. Ce secteur n’a toujours pas été complètement nettoyé de la présence de membres de l’Etat islamique qui continuent leur guérilla contre les forces syriennes et les FDS. Les FDS sont aidées par les forces de la coalition dirigée par les Etats-Unis. Les membres de l’Etat islamique attaquent les FDS avec des voitures piégées. Les deux parties ont subi des pertes.
- Ci-après les principaux incidents :
- Affrontements autour de la ville de Gharanij : Le 19 janvier 2018, des affrontements se seraient produits entre les membres de l’Etat islamique et des FDS à environ 37 km au Nord-Ouest d’Abu Kamal, sur la rive Est de l’Euphrate. L’Etat islamique a fait exploser trois voitures piégées. L’organisation a subi des pertes, dont un membre appelé Abu Talha al-Almani (cf., l’Allemand). Les FDS auraient perdu au moins huit combattants (Observatoire syrien des droits de l’homme, 19 janvier 2018).
- Une voiture piégée a explosé contre une zone de préparation des forces des FDS dans la ville de Gharanij. L’attaque a été menée par un terroriste suicide appelé Abu al-Zubayr al-Shimali (Akhbar Al-Muslimeen, 17 janvier 2018).
- Attaque contre des forces des FDS dans le village d’Al-Bahra al-Gharbiya, à environ 32 km au Nord d’Abu Kamal. Les membres de l’Etat islamique ont attaqué les combattants des FDS dans le village d’Al-Bahra al-Sharqiya (Akhbar Al-Muslimeen, 20 janvier 2018). Un terroriste suicide a fait exploser une voiture piégée lors des affrontements, tuant 30 combattants des FDS, selon l’Etat islamique (Akhbar al-Muslimeen, 19-21 janvier 2018).
- Les affrontements entre l’Etat islamique et FDS dans la ville d’Al-Shu’fa, à environ 12 km au Nord d’Abu Kamal. Les FDS ont reçu l’appui aérien des forces de coalition (Site Internet des FDS, 21 janvier 2018).
- Affrontements au Sud de Quneitra
- Le 18 janvier 2018, il a été signalé qu’une force composée d’environ 40 membres de l’Armée Khaled bin Al-Walid (affiliée à l’Etat islamique) se sont infiltrés dans le village d’Al-Bakar, à environ 27 km au Sud de Quneitra, près de la frontière entre la Syrie et Israël. Ils sont arrivés à partir de leurs positions dans le village d’Ain Thakar, au Sud d’Al-Bakar. Une force de l’Etat islamique a occupé une école et un barrage local pendant environ une heure, jusqu’à l’arrivée d’un détachement de l’armée syrienne.
Développements en Irak
- Cette semaine encore, les forces de sécurité irakiennes ont continué à mener des activités militaires intensives contre les membres de l’Etat islamique répartis dans le Nord de l’Irak, dans des enclaves, des poches sporadiques et des réseaux clandestins. L’organisation de son côté a poursuivi ses activités de guérilla et de terrorisme.
- Ci-après les principaux incidents :
- Le 19 janvier 2018, la Province d’Al-Anbar de l’Etat islamique a annoncé que ses membres avaient occupé les domiciles de deux hauts responsables de la police irakienne dans la région d’Albu Dhiyab, près de Ramadi. L’un des fonctionnaires a été tué et l’autre a été gravement blessé.
- Le 19 janvier 2018, les forces de sécurité irakiennes ont signalé l’assassinat d’un commandant de l’Etat islamique dans les affrontements autour du village d’Albu Sayf, à environ 2 km au Sud de l’aéroport de Mossoul. Les membres de l’organisation étaient cachaient dans les buissons qui poussent sur les rives du Tigre près du village (Al-Sumaria News, 19 janvier 2018).
- Suite à des informations, des membres de la Mobilisation populaire, en coordination avec les forces de la police fédérale, ont tué un terroriste de l’Etat islamique dans la région d’Albu Badri, à l’Est de Samarra (Agence de presse irakienne, 19 janvier 2018).
-
L’Etat islamique revendique la responsabilité d’un attentat suicide au Centre de Bagdad
- Le 15 janvier 2018, un attentat suicide a été réalisé dans le marché de la place Al-Tayaran, au Centre de Bagdad. Deux terroristes suicide portant des ceintures explosives se sont fait exploser. Un total de 26 personnes ont été tuées et 95 autres ont été blessées. Le 17 janvier 2018, deux jours après l’attaque, l’Etat islamique a publié une déclaration revendiquant la responsabilité de l’attentat suicide. Le message précisait que deux cents chiites ont été tués et blessés dans l’attaque (Akhbar Al-Muslimeen, 17 janvier 2018). Le délai de publication de la revendication de responsabilité pourrait témoigner de problèmes dans le fonctionnement du réseau de propagande de l’organisation dans la région de Bagdad.
L’Egypte et la péninsule du Sinaï
Activités sécuritaires de l’armée égyptienne et opérations de l’Etat islamique
- Des sources sécuritaires et des témoins oculaires ont déclaré que les forces de sécurité égyptiennes ont récemment renforcé leur présence à Rafah, dans les zones sous leur contrôle, en prévision d’une « opération militaire sans précédent » contre les avant-postes de l’Etat islamique à l’Ouest et au Sud de Rafah. Dans ce contexte, des centaines de militaires, des dizaines de véhicules blindés, des chars et des véhicules militaires ont été placés dans des camps d’al-Cheikh Zuweid et d’Al-Arish (Al-Araby Al-Jadeed, 18 janvier 2018).
- Le 23 janvier 2018, l’armée égyptienne a annoncé que ses forces, en coopération avec l’armée de l’air, opéraient dans le Nord du Sinaï. Au cours de cette activité, deux terroristes ont été tués, et plusieurs ont été détenus. Des bases terroristes ont été détruites, et un véhicule tout terrain prêt pour l’opération a été saisi, ainsi que six charges explosives. Au cours de cette activité, une partie d’un tunnel de dix mètres de profondeur a été exposé, et un véhicule a été saisi, contenant une grande quantité de substances utilisées pour la fabrication d’engins piégés (Page Facebook officielle du porte-parole de l’armée égyptienne, 23 janvier 2018).
- L’Etat islamique a poursuivi son activité intensive contre les forces de sécurité égyptiennes dans le Nord du Sinaï, principalement en déposant des engins piégés :
- La province du Sinaï de l’Etat islamique a publié une déclaration selon laquelle le 22 janvier 2018, ses membres ont interrompu une opération de l’armée égyptienne et de la police dans la zone d’Al-Arish. Selon le communiqué, trois engins piégés ont explosé près de trois chars,détruisant deux d’entre eux et endommageant le troisième. Des membres de l’Etat islamique ont également fait exploser des engins piégés au Sud d’Al-Arish (un véhicule blindé a été détruit) et à l’Ouest d’Al-Arish (plusieurs membres d’une patrouille ont été tués et blessés) (Agence de presse Aamaq, citée sur le compte Twitter Terror Monitor).
- Le 17 janvier 2018, l’Etat islamique a fait exploser une bombe artisanale dans la zone de Sabeekah dans le Nord du Sinaï, près de la route côtière entre Al-Arish et Al-Qantara. Un agent de police et quatre soldats ont été blessés (Al-Bawaba News, 17 janvier 2018). L’Etat islamique a revendiqué la responsabilité de l’attaque (Akhbar Al-Muslimeen, 18 janvier 2018).
- Le 19 janvier 2018, deux officiers de l’armée égyptienne et dix soldats ont été blessés lorsque deux engins piégés ont explosé dans deux incidents distincts sur la route internationale à l’Ouest Al-Arish. Les deux engins piégés ont explosé alors que deux véhicules blindés des forces de sécurité fouillaient la zone (Al-Masry Al-Youm, 19 janvier 2018).
L’Etat islamique dans les différentes provinces
- La Province d’Al-Baraka de l’Etat islamique (Est et Nord-Est de la Syrie) a publié les photos d’une formation de missiles antichars proposée aux membres de l’organisation au cours des dernières semaines. Les photos montrent les membres en classe recevant des explications sur les missiles russes Kornet. Les membres sont également montrés regardant le tir d’un missile antichar et le tir de missiles sur des cibles des FDS (Akhbar al-Muslimeen, 17 janvier 2018). L’organisation d’un tel cours est une nouvelle expression des efforts de l’Etat islamique de remettre en état ses forces dans l’Est de la Syrie et de rétablir sa capacité opérationnelle.
Activités de l’Etat islamique dans d’autres pays
Afghanistan
- Le 20 janvier 2018, quatre jihadistes ont attaqué l’Hôtel Intercontinental de Kaboul, la capitale de l’Afghanistan, et se sont barricadés à l’intérieur. Après 12 heures de siège, les forces de sécurité afghanes ont réussi à lever le siège de l’hôtel. Selon le ministre afghan de l’Intérieur, 14 civils ont été tués, y compris des étrangers. Un total de 153 personnes, dont 41 étrangers, ont été sauvés de l’hôtel. Les Taliban ont revendiqué la responsabilité de l’attaque sur les médias sociaux, annonçant que dix étrangers avaient été tués dans un attentat suicide à l’hôtel (CNN, 21 janvier 2018).
Al-Qaïda recruterait d’anciens membres de l’Etat islamique
- Selon des rapports de plusieurs régions du monde, Al-Qaïda tenterait de recruter des membres de l’Etat islamique dans ses rangs après l’effondrement de l’organisation. Selon les rapports, la campagne de recrutement a commencé l’été dernier, avant même que l’État islamique ait perdu ses derniers bastions. L’un des points centraux de cet effort concerne l’Algérie, notamment au cours du mois d’Août. Selon des sources de sécurité, 10 membres de l’Etat islamique ont rejoint Al-Qaïda. La deuxième tentative a été en Syrie au cours de Septembre. En Afrique du Nord,les hauts dirigeants d’Al-Qaïda ont réussi à recruter un haut commandant dans leurs rangs. Au Yémen, de même, il y a eu des rapports selon lesquels des membres de l’Etat islamique auraient rejoint Al-Qaïda (The Guardian, 18 janvier 2018).
Activités de propagande
Appel à la guerre sainte contre le régime au Kazakhstan
- La Province d’Al-Khayr en Syrie a publié une vidéo sur le soi-disant « régime infidèle » au Kazakhstan et la nécessité de mener le jihad Les orateurs dans la vidéo, des membres de l’Etat islamique, sont appelés « les Kazakhs » (ce qui peut indiquer qu’ils sont tous du Kazakhstan),appellent les habitants du Kazakhstan à mener le jihad contre le régime, qui, selon eux, coopère avec la Russie, est démocratique et laïque, exploite la population, opprime les musulmans, et lutte contre l’Islam. L’un des orateurs précise que s’il est impossible d’immigrer dans l’État islamique, il faut se débarrasser des infidèles, les poignarder avec des couteaux, et prendre leurs armes (Akhbar al-Muslimeen, 20 janvier 2018).
Abu Muhammad al-Julani invite les organisations terroristes à unir leurs efforts contre l’armée syrienne, « l’ennemi commun »
- Un discours d’Abu Mohammad al-Julani, chef du Siège de Libération d’Al-Sham, a été diffusé sur les médias sociaux le 16 janvier 2018. Le titre du discours de 18 minutes était : « S’occuper des ennemis au lieu de s’occuper de l’âme et des différences d’opinion. » Au début du discours, Al-Julani élabore sur les dommages causés par le processus de règlement en Syrie et explique pourquoi le Siège de Libération d’Al-Sham s’y oppose. Il note que dans l’avenir également, l’organisation ne prendra pas part à une conférence ou à un processus qui ne profitera pas aux habitants de la Syrie, car le Siège de Libération d’Al-Sham « fait partie du peuple et de sa révolution contre le régime. »
- Compte tenu de la crise et de la grave situation, Al-Julani appelle les organisations armées à mettre de côté leurs différends, à unir leurs efforts et leurs rangs contre l’armée syrienne. Il salue la ténacité des combattants à Deraa, Quneitra, et dans la région de Damas, en disant qu’ils sont à la base de la prise de Damas. À la fin de son discours, il s’adresse aux combattants et affirme que la poursuite du jihad dans Al-Sham permettra de contrecarrer le « complot » tramé à l’encontre de la mosquée Al-Aqsa. Il note que c’est une lourde responsabilité et qu’il est donc nécessaire d’unir les rangs et le cœur et de mettre de côté les différences.
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mercredi 31 janvier 2018
Djihad mondial
samedi 21 octobre 2017
Un média pro-Al-Qaïda appelle les djihadistes marocains à se préparer à un soulèvement armé contre les autorités
Le 30 septembre 2017, le média Al-Hijrah, affilié à Al-Qaïda, publiait le numéro 15 de son bulletin hebdomadaire en anglais consacré au « Djihad contre le régime marocain malfaisant ». Le texte, non signé, conseille aux Marocains d’attendre leur heure avant de déclencher un soulèvement armé contre les autorités et, dans l’intervalle, de se préparer en s’entraînant et en amassant des armes. Il était accompagné d’une affiche faisant savoir que le roi du Maroc est « recherché mort ou vif pour crimes contre l’islam ».
Faisant allusion aux récentes manifestations antigouvernementales intervenues dans la province d’Al Hoceïma, au nord du pays, l’auteur appelle les Marocains à poursuivre leur action et les félicite de leur opposition au régime. Il souligne que c’est le moment pour les partisans du djihad de s’établir au Maroc, en particulier au sein des tribus berbères qui sont à l’avant-garde des protestations. Il demande aux éléments djihadistes de se préparer à un soulèvement en établissant des bases d’entraînement militaire, tout en demeurant discrets et en évitant pour l’heure toute attaque ou manifestation, car tout acte prématuré permettrait au gouvernement d’intervenir vigoureusement.
Le bulletin a été diffusé sur les chaînes Telegram d’Al-Hijrah et diffusé sur les réseaux sociaux. Extraits :
Chers Marocains,
Nous suivons quotidiennement les nouvelles. Nous nous félicitons de constater que vous avez défendu vos droits après une longue période d’hibernation.
Poursuivez les manifestations quotidiennes contre le régime injuste. Il est d’une importance vitale que vous continuiez à défendre vos droits jusqu’à l’émergence d’un groupe qui défendra les intérêts des musulmans.
C’est l’ultime occasion pour les véridiques de s’établir parmi les berbères à Al Hoceïma et d’y ouvrir des installations d’entraînement militaire afin de préparer les jeunes au djihad armé contre le régime marocain malfaisant. Sachez bien que vous avez beaucoup d’ennemis dans vos propres rangs, comme les services secrets. […]
Alors que vous n’en êtes encore qu’aux premiers stades et que vous n’avez aucune expérience militaire, il est d’une importance vitale que vous ne donniez pas à votre gouvernement de raison ou de prétexte de vous affubler de l’étiquette « terroriste », de crainte qu’ils ne vous attaquent avec toute la force militaire dont ils disposent.
vendredi 29 septembre 2017
L’ascension et la chute de la branche médiatique d’Al-Qaïda « Al-Sahab » et de son architecte américain
Le 2 août 2017, la Fondation Al-Sahab (« Le nuage ») pour la publication de médias islamiques, branche médiatique d’Al-Qaïda, a diffusé un enregistrement audio peu remarqué, dans lequel le dirigeant d’Al-Qaïda, Ayman Al-Zawahiri, commémore les efforts de la branche médiatique de l’organisation et honore les « martyrs d’Al-Sahab ». Al-Zahawiri consacre une partie importante de son discours à faire l’éloge d’Al-Sahab, de ses collaborateurs et de leurs familles, pour leur service rendu au djihad et aux moudjahidines. Il déclare : « Je dois ici exprimer ma reconnaissance pour les services immenses et bénis qu’Al-Sahab continue de rendre. Les soldats de cette organisation de moudjahidines paient souvent un prix élevé pour leurs efforts entrepris en vue de véhiculer leur message aux musulmans, ce prix étant ni plus ni moins que celui de leur sang et de celui de leurs familles, de l’éloignement et de l’aliénation, de leur poursuite par les ennemis et des persécutions infligées à leurs familles. »
Après avoir souligné qu’Al-Sahab a été fondée par Khalid Cheikh Mohammed, cerveau des attentats du 11 Septembre, « icône imposante du djihad », Al-Zawahiri demande à Allah de bénir « les martyrs d’Al-Sahab » : Zuhair Al-Maghribi, ressortissant allemand et marocain qui vivait avec les auteurs du 11 Septembre Mohammed Atta et Ramzi bin Al-Shibh et entretenait des liens étroits avec les autres terroristes du 11/9 dans la cellule d’Hambourg ; Umar Al-Talib, citoyen saoudien figurant sur la liste saoudienne des terroristes les plus recherchés, narrateur des vidéos d’Al-Sahab et tué dans une attaque de drone en juillet 2013 ; Ahmad Farouq, de nationalité américaine, commandant adjoint d’Al-Qaïda dans le sous-continent indien (AQSI), tué avec son compatriote américain Adam Gadahn. Tous ces hommes, affirme Al-Zawahiri, « sont des modèles de patience et d’endurance, et ont sacrifié leurs vies pour exposer la tromperie des Croisades contemporaines ».
La mission d’Al-Sahab était de diffuser les opinions et politiques de l’organisation, de promouvoir le djihad mondial, d’encourager les jeunes musulmans à s’identifier au djihad d’Al-Qaïda et d’inspirer le terrorisme d’origine intérieure. Al-Sahab a été officiellement créée en 2001, sous la direction du gendre d’Ayman Al-Zawahiri, Abdoul Rahman Al-Maghrebi, et avec l’aide de l’ancien chef d’Al-Qaïda, Attiyah Allah Al-Libi, qui dirigeait la commission médiatique d’Al-Qaïda supervisant les médias de l’organisation ; Gadahn les a rejoints par la suite. Au début, Al-Sahab diffusait des vidéos via des supports de confiance et des chaînes télévisées arabes, comme Al-Jazeera, ou des stations télévisées locales pakistanaises. Elle est ensuite passée à une diffusion directe via des forums djihadistes et les réseaux sociaux. Aujourd’hui, elle est présente sur Telegram et, jusqu’à récemment encore, sur Twitter. Son compte Twitter a été suspendu en décembre 2016.
A son apogée, Al-Sahab Media diffusait toutes les déclarations exclusives des dirigeants d’Al-Qaïda, Ossama ben Laden et Ayman Al-Zawahiri, et pouvait attirer l’attention de la rue arabe et semer la peur dans les médias occidentaux. Ceux qui étaient impliqués dans la guerre contre le terrorisme dans la période qui a mené au 11/9 et qui l’a suivi se souviennent comment, lorsqu’une nouvelle vidéo d’Al-Sahab était diffusée, les gens la regardaient, tenus en haleine, attentifs à chaque mot et examinant chaque lieu et indice, écoutant attentivement chaque menace. Quelques années après la création d’Al-Sahab, Gadahn, qui figurait dans un bon nombre de ses vidéos et s’exprimait couramment en anglais et en arabe, était considéré comme jouant un rôle clé au sein de l’organisation. En effet, depuis sa mort en 2015, Al-Sahab n’a diffusé que quelques programmes mineurs, principalement des enregistrements audio d’Al-Zawahiri et du fils d’Ossama ben Laden Hamza – dont beaucoup pensaient qu’il était formé pour diriger l’organisation – ainsi que le magazine en ligne occasionnel et les communiqués du commandement général d’Al-Shabab ; tout cela étant dérisoire en comparaison des quantités massives de productions médiatiques habilement réalisées par l’EI.
Avant même que Gadahn soit tué, d’autres groupes djihadistes, dirigés par l’EI, ont supplanté les efforts médiatiques d’Al-Qaïda par leur utilisation impressionnante des plateformes de réseaux sociaux et de technologie cryptée. Dans une tentative de garder le rythme, Gadahn avait commencé à introduire Al-Qaïda dans les réseaux sociaux. Lors d’une interview pour le magazine en ligne en anglais d’Al-Qaïda, Inspire, en mars 2013, il avait déclaré aux lecteurs qu’Al-Qaïda et à ses sympathisants en ligne devaient « tout mettre en œuvre pour atteindre les musulmans… par le biais des nouveaux médias comme Facebook et Twitter… »
La mort de Gadahn a porté un sérieux coup aux efforts médiatiques d’Al-Qaïda, les ramenant presque au point mort. Personne n’a relevé le défi, et sa disparition a eu un effet dévastateur sur l’audience du groupe, ses relations publiques, etc. Le 25 juin 2015, deux mois après l’annonce de son décès, AQSI a publié un numéro spécial de son magazine en ligne en anglais Resurgence, comportant une longue interview avec Gadahn, dans laquelle il abordait les rouages internes d’Al-Sahab. En réponse à la question : « Certains prétendus experts et analystes des médias et des cercles des renseignements occidentaux affirment que vous êtes le fondateur et/ou le dirigeant de la Fondation Al-Sahab for Media Production. Cette affirmation est-elle fondée ? », Gadahn a répondu : « Le fait est que je ne suis pas le fondateur d’Al-Sahab, et que n’ai jamais été son dirigeant. Je n’ai commencé à travailler avec Al-Sahab qu’en 2002, lorsque nous étions à Karachi. »
lundi 25 septembre 2017
Djihad mondial
- Scène syrienne :
- Les forces syriennes gagnent du terrain dans la région de Deir ez-Zor en vue d'encercler les membres de l'Etat islamique positionnés dans la ville et ses environs et de couper leurs chaînes logistiques.
- Dans des entretiens à Astana entre la Russie, la Turquie et l'Iran, un nouvel accord de désescalade a été conclu au sujet de la région d'Idlib. La mise en œuvre de l'accord est susceptible de faire face à de nombreux obstacles, puisque le Front al-Sham (Jabat al-Nusra) est la force dominante dans le secteur d'Idlib.
- Sur la scène irakienne :
- l'Etat islamique a commis cette semaine une série d'actes de terrorisme et de guérilla contre des civils chiites et les forces de sécurité irakiennes. La principale attaque a été commise dans la région de la ville d'Al-Naseira, dans le secteur chiite du Sud de l'Irak.
- Europe
- Cette semaine, un engin piégé a explosé dans le métro à l'Ouest de Londres. L'Etat islamique a revendiqué la responsabilité de l'attaque.
Campagne d'Al-Raqqah
- La campagne de reprise d'Al-Raqqah par les forces des FDS se poursuit sans changement significatif sur le terrain. Les membres de l'Etat islamique contrôlent toujours plusieurs quartiers, au centre-ville et dans le Nord.
La campagne de Deir Ez-Zor
- Les forces syriennes et leurs alliés ont commencé à agir en vue de la réouverture de l'aéroport militaire de Deir ez-Zor, repris par les forces syriennes. Dans ce cadre, plusieurs villages et terrains situés à proximité de l'aéroport ont été repris afin de former une "zone de sécurité" dans les environs. Par ailleurs, les forces syriennes ont annoncé qu'elles sécurisaient les routes d'envol et d'atterrissage de l'aéroport afin de permettre le mouvement des avions (Télévision syrienne, 16 septembre 2017). En parallèle, les forces syriennes continuent d'asseoir leur contrôle dans la région de Deir ez-Zor, afin d'encercler les membres de l'Etat islamique et de couper leurs routes d'approvisionnement.
- Al-Qaïda dans la péninsule arabe a publié dans son bulletin INSPIRE (numéro 17) un appel à commettre des attaques aux Etats-Unis et en Europe, notamment dans les trains, puisque selon l'article, ces attaques sont un "moyen simple mais d'une grande influence". L'article détaillait même les méthodes d'action : l'attaque directe contre un train, de l'extérieur ou de l'intérieur, l'attaque de rails et de stations bondées, ce qui garantirait de nombreuses victimes.
- Les médias britanniques et russes ont récemment fait état de symptômes de dislocation de l'Etat islamique suite aux défaites de l'organisation.
- l'organisation tente de trouver de nouvelles sources de revenus, notamment en prélevant des frais sur le change d'argent dans les régions sous son contrôle, en transférant des trésors culturels et en les revendant.
- Hamza Ben Laden a récemment prononcé un discours intitulé "La détresse d'al-Sham – La détresse de l'Islam", dans lequel il a salué le jihad à al-Sham (la Syrie ou la Grande Syrie) tout en exprimant son soutien aux combattants et en s'identifiant à leur souffrance. Par la suite, il a averti les combattants du jihad de différends et de scission entre eux et a expliqué qu'il s'agit d'un "complot" de l'ennemi. Il a également averti les combattants de ne pas accepter de "demie-solution" proposée par les pays du monde et a appelé les musulmans d'Indonésie, d'Afrique du Nord et des autres pays en disant que la détresse d'al-Sham est la détresse de tout l'Islam, et qu'il faut les aider avant qu'il ne soit trop tard.
mardi 11 juillet 2017
Manchester, le MI6, Al-Qaïda, Daesh et les Abedi
Selon Scotland Yard, l’attentat contre les spectateurs du concert d’Ariana Grande à l’Arena de Manchester, le 22 mai 2017, a été commis par Salman Abedi, dont on a heureusement trouvé une carte bancaire dans la poche du cadavre déchiqueté du « terroriste ».
Cet attentat est généralement interprété comme la preuve que le Royaume-Uni n’est pas impliqué dans le terrorisme international et qu’au contraire, il en est une victime.
Salman Abedi est né au Royaume-Uni d’une famille d’immigrés libyens. Il s’est rendu plusieurs fois en Libye au cours des derniers mois, avec ou sans son père.
Ce dernier, chez qui il vivait, Ramadan Abedi, est un ancien officier des services de Renseignement libyens. Il était spécialisé dans la surveillance de la mouvance islamiste, mais deux décennies plus tard n’a pas observé que son fils avait rejoint Daesh.
En 1992, Ramadan Abedi fut retourné par le MI6 britannique et participa à un complot de la Couronne visant à assassiner Mouamar Kadhafi. L’opération ayant été éventée, il fut exfiltré par le MI6 et transféré au Royaume-Uni où il obtint l’asile politique. Il se fixa en 1999 à Whalley Range (sud de Manchester) où réside la petite communauté islamiste libyenne du Royaume-Uni.
En 1994, Ramadan Abedi retourna en Libye pour le compte du MI6. Il participa, fin 1995, à la création du Groupe islamique combattant en Libye (GICL), branche locale d’Al-Qaïda, aux côtés d’Abdelhakim Belhaj. Le GICL fut alors chargé par le MI6 d’assassiner Mouamar Kadhafi contre 100 000 livres sterling. Cette opération, qui elle aussi échoua, provoqua de vifs débats au sein des services de Sa Majesté, dont la démission de notre ami David Shayler.
De nombreux « anciens membres » du GICL ont également vécu à Whalley Range, dont l’ami des Abedi, Abd al-Baset Azzouz. En 2009, ce dernier rejoint Al-Qaïda au Pakistan et devient un des proches de son chef, Ayman al-Zawahiri. En 2011, il participe au sol à l’opération de l’Otan contre la Libye. Le 11 septembre 2012, il dirige l’opération contre l’ambassadeur des États-Unis en Libye, J. Christopher Stevens, assassiné à Benghazi. Il est arrêté en Turquie et extradé aux États-Unis, en décembre 2014, où il attend son procès.
On ignore si, en 2005, Ramadan Abedi a rejoint les membres du GICL pour former Al-Qaïda en Irak et si, en 2011, il participa à l’opération du MI6 du « printemps arabe » et au rôle de soutien au sol du GICL auprès de l’Otan. Quoi qu’il en soit, il s’installa en Libye à la chute de Kadhafi et y transféra sa famille, laissant ses grands enfants dans la maison familiale de Whalley Range.
Selon l’ancien Premier ministre espagnol, José María Aznar, Abdelhakim Belhaj participe aux attentats de Madrid du 11 mars 2004. Plus tard, il est secrètement arrêté en Malaisie par la CIA et transféré en Libye où il est torturé non pas par des fonctionnaires libyens ou états-uniens, mais par des agents du MI6. Il est finalement libéré lors de l’accord entre Saif el-islam Kadhafi et les jihadistes. Durant la guerre de Libye, Belhaj qui est exilé au Qatar, rejoint la Libye dans un avion de l’émir et commande les opérations au sol en lien avec l’Otan. Le 28 juillet 2011, il organise d’assassinat du général Abdelfattah Younès qui prétendait avoir rejoint les « rebelles », mais auquel il reprochait d’avoir commandé la lutte contre le GICL dans les années 90. En septembre 2011, Belhaj est nommé gouverneur militaire de Tripoli par l’Otan. En 2012, secondé par l’Irlandais Mahdi al-Haraii, il créé l’Armée syrienne libre, puis revient à nouveau en Libye. Le 2 mai 2014, il est reçu au Quai d’Orsay. En décembre 2013, à la suite de la découverte dans les archives de la Jamahiriya arabe libyenne d’une lettre de l’ancien chef du MI6, il lance une procédure à Londres contre le Royaume-Uni pour l’avoir enlevé et torturé neuf ans plus tôt. Les services secrets britanniques placent alors illégalement ses avocats sur écoute et seront finalement contraints de détruire ces enregistrements. Selon le procureur général d’Égypte, Hichem Baraket, en mai 2015, Belhaj devient le principal leader de Daesh en Afrique du Nord ; information reprise par Interpol. Belhaj installe trois camps d’entraînement de Daesh en Libye à Derna (dans l’ancienne propriété d’Abd al-Baset Azzouz), à Syrte et à Sebrata. En octobre 2016, il ouvre à Londres une nouvelle procédure à propos de son enlèvement et de des tortures subies, cette fois nominativement contre l’ancien directeur du MI6, Sir Mark Allen.
Daesh a revendiqué l’attentat de Manchester, mais sans qualifier Salman Abedi de « martyr ». Après l’attentat, Ramadan Abedi a déclaré son hostilité au jihad à des journalistes qui l’ont joint par téléphone. Il a également affirmé que son fils prévoyait de passer le mois de ramadan avec lui en Libye et qu’il était persuadé de son innocence. À la demande du Royaume-Uni, il a été interpellé par une police libyenne.
mardi 27 juin 2017
Ajustements au Moyen-Orient
La crise diplomatique autour du Qatar a gelé divers conflits régionaux et a masqué des tentatives de règlements de quelques autres. Il devrait faire apparaître une région profondément transformée.
Après 7 mois de rencontres secrètes,(et suite aux rencontres USA/Iran) un accord a été conclu entre le Gardien des deux mosquées et l’État juif [1]. Celui-ci se concrétisa à travers la participation de Tsahal à la guerre du Yémen [2] et le transfert de bombes atomiques tactiques [3].
Cet accord prévoyait également de faire évoluer l’Arabie saoudite, de sorte que sa société reste salafiste et que ses institutions deviennent laïques. Il prévoyait aussi l’indépendance du Kurdistan irakien (qui tiendra un référendum en septembre) et l’exploitation à la fois des champs gaziers du « quart vide » (qui sont à cheval sur l’Arabie et le Yémen, d’où la guerre actuelle) et de ceux de l’Ogaden (d’où le retrait cette semaine des troupes qataries de la frontière djiboutienne).
L’Égypte a décidé de céder les îles de Tiran et de Sanafir à l’Arabie saoudite, comme elle s’y était engagée il y a un an. Ce faisant, Riyad a reconnu de facto les accords de Camp David. Pourquoi ?
En raison de la crise du Golfe, les Séoud ont officialisé leur rupture avec les Frères musulmans qui couvait depuis la transmission par le président al-Sissi de documents attestant d’un projet de coup d’État de certains membres de la Confrérie contre eux. Désormais Riyad entend combattre toute la Confrérie ce qui le conduit à revoir sa position à propos de la Syrie.
Téhéran a accueilli la direction politique du Hamas (laquelle est principalement composée de Frères musulmans) à la fois au nom de la solidarité avec la cause palestinienne et parce qu’il partage la même conception de l’islam politique.
La prochaine étape sera l’établissement de relations commerciales publiques entre Riyad et Tel-Aviv ainsi que l’expose The Times du 17 juin (des sociétés israéliennes seraient autorisées en Arabie et la compagnie d’aviation El-Al pourrait utiliser l’espace aérien saoudien) [4], puis la reconnaissance de l’initiative de paix du prince Abdallah (Ligue arabe, 2002) et l’établissement de relations diplomatiques (le prince Walid ben Talal deviendrait ambassadeur) [5].
Ce projet pourrait amener à la paix en Palestine (reconnaissance d’un État palestinien et indemnisation des réfugiés), au Liban (retrait des fermes de Shebaa) et en Syrie (arrêt du soutien aux jihadistes et retrait du Golan).
Après 7 mois de rencontres secrètes,(et suite aux rencontres USA/Iran) un accord a été conclu entre le Gardien des deux mosquées et l’État juif [1]. Celui-ci se concrétisa à travers la participation de Tsahal à la guerre du Yémen [2] et le transfert de bombes atomiques tactiques [3].
Cet accord prévoyait également de faire évoluer l’Arabie saoudite, de sorte que sa société reste salafiste et que ses institutions deviennent laïques. Il prévoyait aussi l’indépendance du Kurdistan irakien (qui tiendra un référendum en septembre) et l’exploitation à la fois des champs gaziers du « quart vide » (qui sont à cheval sur l’Arabie et le Yémen, d’où la guerre actuelle) et de ceux de l’Ogaden (d’où le retrait cette semaine des troupes qataries de la frontière djiboutienne).
L’Égypte a décidé de céder les îles de Tiran et de Sanafir à l’Arabie saoudite, comme elle s’y était engagée il y a un an. Ce faisant, Riyad a reconnu de facto les accords de Camp David. Pourquoi ?
En raison de la crise du Golfe, les Séoud ont officialisé leur rupture avec les Frères musulmans qui couvait depuis la transmission par le président al-Sissi de documents attestant d’un projet de coup d’État de certains membres de la Confrérie contre eux. Désormais Riyad entend combattre toute la Confrérie ce qui le conduit à revoir sa position à propos de la Syrie.
Téhéran a accueilli la direction politique du Hamas (laquelle est principalement composée de Frères musulmans) à la fois au nom de la solidarité avec la cause palestinienne et parce qu’il partage la même conception de l’islam politique.
La prochaine étape sera l’établissement de relations commerciales publiques entre Riyad et Tel-Aviv ainsi que l’expose The Times du 17 juin (des sociétés israéliennes seraient autorisées en Arabie et la compagnie d’aviation El-Al pourrait utiliser l’espace aérien saoudien) [4], puis la reconnaissance de l’initiative de paix du prince Abdallah (Ligue arabe, 2002) et l’établissement de relations diplomatiques (le prince Walid ben Talal deviendrait ambassadeur) [5].
Ce projet pourrait amener à la paix en Palestine (reconnaissance d’un État palestinien et indemnisation des réfugiés), au Liban (retrait des fermes de Shebaa) et en Syrie (arrêt du soutien aux jihadistes et retrait du Golan).
La question du Golan sera particulièrement difficile car l’administration Netanyahu a affirmé —non sans provocation— son annexion tandis que les États-Unis et la Russie ont violemment réagi à l’expulsion de la Force des Nations unies chargée d’observer le dégagement (FNUOD) et à sa substitution par al-Qaïda [6]. Il n’est cependant pas impossible qu’au cours de la guerre de Syrie, Washington ou Moscou ait pris l’engagement auprès de Tel-Aviv de ne pas modifier le statu quo du Golan.
Ce projet de règlement général reflète la méthode des hommes d’affaire Donald Trump et Jared Kushner : créer une situation économique qui impose un changement politique. Il se heurtera nécessairement à l’opposition des Frères musulmans (Hamas), et du triangle de l’islam politique : l’Iran, le Qatar et la Turquie.
La totalité des acteurs de la région s’accordent à considérer qu’aujourd’hui l’Irak et la Syrie forment un unique champ de bataille. depuis le début de la crise autour du Qatar, la guerre se limite en Irak et en Syrie à (1) la lutte contre Daesh (Mossoul et Rakka) et à (2) celle contre la Turquie (Baachiqa et Al-Bab) [8].
Depuis l’accession au pouvoir à Pékin du président Xi Jinping porteur du projet des deux routes de la soie, Washington a poussé à la création d’un « Sunnistan » à cheval sur l’Irak et la Syrie. Pour ce faire, il a financé, armé et encadré Daesh afin de couper l’axe de communication Beyrouth-Damas-Bagdad-Téhéran-Pékin.
Les armées irakienne et syrienne ont subitement avancé depuis le début de la crise autour du Qatar. Elles ont libéré de Daesh leurs territoires frontaliers et sont aujourd’hui sur le point d’établir leur jonction (c’est-à-dire de rétablir la route de la soie). Les deux armées ne sont plus séparées que par deux cent mètres de terrain contrôlés illégalement par l’armée US [10].
Un cessez-le-feu a été proclamé unilatéralement par Damas à Deraa. En réalité, Moscou et Washington ont donné l’assurance à Tel-Aviv que la Syrie ne laisserait se déployer à sa frontière que des troupes russes et non pas iraniennes, pas plus que celles du Hezbollah libanais.
Si le Pentagone suit les ordres de la Maison-Blanche, le conflit devrait largement cesser. Il ne resterait que l’occupation turque de l’Irak et de la Syrie, sur le modèle de l’occupation turque de Chypre dont l’Union européenne s’est lâchement accommodée.
Les Yéménites pourraient faire les frais de l’évolution actuelle. S’il est clair que l’Arabie saoudite est entrée en guerre pour installer un gouvernement favorable à l’exploitation jointe des champs pétroliers du « Quart vide » et pour la gloire personnelle du prince Mohamed Ben Salman, il semble que l’aide apportée par l’Iran aux Houthis et à l’ancien président Saleh détourne les yeux des pays arabes et de la « communauté internationale » des crimes qui s’y commettent. Il faut en effet choisir son camp et presque tous ont opté pour l’Arabie saoudite contre le Qatar et ses alliés turc et iranien. Ce qui était positif en Palestine, en Irak et en Syrie, s’avère négatif au Yémen.
Depuis le 5 juin et la rupture des relations diplomatiques entre Riyad et Doha, les chancelleries se préparent toutes à une possible guerre, même si seule l’Allemagne l’a évoquée publiquement. Cette situation est d’autant plus surprenante que c’est le Qatar et non l’Arabie saoudite qui est observateur à l’Otan [11].
Quoi qu’il en soit, malgré ses revendications historiques justifiées, il semble impossible que l’Arabie saoudite annexe le Qatar alors qu’elle s’était opposée à l’annexion du Koweït par l’Irak pour les mêmes raisons. Une règle s’est imposée dans le monde depuis la décolonisation britannique : nul n’a le droit de toucher à des frontières conçues par Londres, dans le seul et unique but de maintenir des problèmes insolubles pour les nouveaux États indépendants. De cette manière Londres maintient de facto leur dépendance perpétuelle à son égard. Au demeurant l’arrivée prochaine de 43 000 soldats pakistanais et turcs venus défendre le Qatar devrait renforcer sa position.
[1] « Exclusif : Les projets secrets d’Israël et de l’Arabie saoudite », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 juin 2015.
[2] « La Force « arabe » de Défense commune », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 20 avril 2015.
[3] « Le Proche-Orient nucléarisé ! », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 7 mars 2016.
[4] “Saudi trade talks with Israel are historic first”, Michael Binyon & Gregg Carlstrom, The Times, June 17th, 2017.
[5] « Exclusif : L’Arabie saoudite construit une ambassade en Israël », Réseau Voltaire, 29 mai 2016.
[6] « Le Conseil de sécurité s’apprête à enjoindre à Israël de rompre avec al-Qaïda », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 2 juillet 2016.
[7] Sous nos Yeux. Du 11-Septembre à Donald Trump, éditions Demi-Lune, 2017.
[8] « Invasion militaire turque de l’Irak », par Ibrahim Al-Jaafari, Réseau Voltaire, 19 octobre 2016.
[9] « Trump : le business contre la guerre », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 14 février 2017.
[10] « Les USA empêcheront-ils la réouverture de la route de la soie ? », Réseau Voltaire, 17 juin 2017.
[11] « Israël et des émirs dans l’Otan », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie) , Réseau Voltaire, 13 mai 2016.
Extrait article réseau Voltaire
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