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dimanche 17 février 2013

Mali : Des enfants soldats dans les rangs jihadistes


Des rapports d’organisations humanitaires vont tous dans le même sens : les groupes jihadistes ont recruté, massivement semble-t-il, des enfants soldats au temps où ils occupaient les villes du Nord-Mali. La Coalition malienne des droits de l’enfant (Comad), qui regroupe 78 associations, avait rendu compte de ce phénomène dans une enquête publiée en août dernier.
“La situation est très grave et inquiétante, pour nous, organisations défenseurs des droits de l’homme et de l’enfant, parce que nous avons des informations de sources concordantes que des centaines d’enfants, entre 9 ans et 17 ans, sont en train d’être exploités à des fins militaires et idéologiques, en toute impunité, par des groupes armés au nord du Mali”, avait expliqué, à l’époque, Mamoud Lamine Cissé, le président de cette organisation.
L’envoyée spéciale de France Infos au Mali, Anne Lamotte, a recueilli le témoignage d’un journaliste malien habitant à Tombouctou, ville désormais contrôlée par les forces françaises et africaines. Ce dernier a ainsi assuré avoir vu les militants d’al-Qaïda au Maghreb islamique chercher à endoctriner des enfants âgés d’au moins 10 ans. D’abord en leur donnant de “petits cadeaux”, puis en les faisant participer à des prières collectives. Ces gamins leur servaient ensuite d’informateurs. “Ils pouvaient s’introduire dans telle ou telle maison et rapporter les activités d’untel ou d’untel”, a-t-il expliqué.
Ce phénomène a également été confirmé par la représentante de l’Unicef au Mali, Françoise Ackermans, lors donné un entretien à l’AFP. “C’est quelque chose qui a eu lieu dans d’autres pays mais qui n’a pas de précédent au Mali. Aujourd’hui, on a la certitude qu’il y a des centaines d’enfants qui sont enrôlés dans des groupes armés. (…) Les petites filles – on n’en parle pas beaucoup, il y en a généralement très peu – vous pouvez imaginer à quoi elles servent: elles vont peut-être faire la cuisine, mais elles vont faire beaucoup d’autres choses. Peu importe le groupe, quand il y a des enfants, il faut leur venir en aide”, a-t-elle expliqué.
Et le problème est que ces enfants enrôlés dans rangs jihadistes sont difficiles à identifier. “Aujourd’hui, c’est au compte-gouttes qu’ils sortent de ces groupes armés”, a indiqué François Ackermans.
Les jihadistes du Nord-Mali ne font que répéter ce qu’ont fait avant eux leurs homologues établis au Pakistan et en Afghanistan. A la différence que, pour le moment, aucun de ces enfants n’a été impliqué dans une attaque suicide. En 2011, les services de renseignement afghans indiquèrent que “plus de 80% des kamikazes capturés” avant un passage à l’acte au cours des 9 derniers mois “étaient des garçons mineurs, généralement âgés de 13 à 17 ans.”
http://www.opex360.com/2013/02/16/mali-des-enfants-soldats-dans-les-rangs-jihadistes/

jeudi 24 janvier 2013

Hillary Clinton veut lutter contre la propagande d'Al-Qaida via les réseaux sociaux

La chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton, a annoncé mercredi que son ministère entendait dorénavant répondre via Internet et les réseaux sociaux à la "propagande" d'Al-Qaida et d'autres groupes islamistes.

La secrétaire d'Etat, qui doit quitter son poste dans quelques jours, a expliqué lors d'une audition au Congrès américain sur l'attentat de Benghazi, avoir commencé à mettre sur pied au département d'Etat "deux structures pour lutter contre l'extrémisme" diffusé sur Internet, notamment via Twitter.

CELLULE OPÉRATIONNELLE
"Les médias sociaux sont de grands outils", s'est exclamée Mme Clinton. Elle a annoncé qu'"une cellule opérationnelle au sein du département d'Etat commen(çait) à tenter de répondre à Al-Qaida et à d'autres propagandes djihadistes". Par exemple, si des islamistes extrémistes "diffusent une vidéo qui montre à quel point les Américains sont épouvantables, nous diffuserons une vidéo montrant à quel point ils sont épouvantables", a-t-elle lancé, voulant concurrencer la nébuleuse de groupes islamistes radicaux "à travers les canaux médiatiques par lesquels ils communiquent avec les gens".
Elle a fait une analogie historique avec "la lutte contre le communisme international et l'Union soviétique durant la guerre froide" lorsque "nous communiquions avec les amoureux de la liberté derrière le rideau de fer, via les médias". "Le défi est similaire, même si le monde est différent", a affirmé la secrétaire d'Etat, qui a été une grande avocate des libertés de l'Internet, durant son mandat de quatre ans à la tête du département d'Etat.
Le dernier coup d'éclat sur les réseaux sociaux d'islamistes radicaux remonte à la semaine dernière, lorsque des insurgés somaliens shebab ont annoncé sur leur compte Twitter avoir exécuté leur otage français Denis Allex, détenu depuis 2009 et donné pour mort par Paris depuis une opération ratée de commandos français visant à le libérer quelques jours plus tôt.

Il était temps !!!

mardi 22 janvier 2013

Le grand aveuglement : pourquoi ne voyons-nous pas que le Mali n'est qu'un épisode d'une Guerre mondiale déclenchée il y a 30 ans ?

La guerre djihadiste internationale est déclarée depuis 1979, date de l'invasion soviétique de l'Afghanistan.
Au-delà de ce qui se passe encore sur le site d’In Amenas, au-delà de l’avancée des troupes françaises - qui ne sont plus seules, contrairement à ce que prédisaient certaines Cassandres - au Mali, apparaît dans toute sa clarté un fait que la conjonction des aveuglements, des renoncements et des alibis avait caché depuis au moins trente ans, à savoir qu’il s’agit d’une guerre djihadiste internationale déclarée par les djihadistes eux-mêmes et cela depuis 1979, année charnière.
Cette année-là, en effet, verra l’invasion soviétique de l’Afghanistan et sa conséquence majeure : la formation des brigades internationales de l’islamisme, avec notamment, dans ses rangs, un certain Oussama Ben Laden et, de l’extérieur, l’aide des Etats-Unis focalisés alors sur la lutte contre Moscou, considérée encore comme l’ennemi principal.
Dans le même temps, l'ayatollah Khomeini, logé, nourri et blanchi par Giscard, va créer la première république islamique des temps modernes. Enfin, action beaucoup moins remarquée mais encore plus significative : la prise de la grande mosquée de la Mecque - lieu sacré de l’Islam - par des salafistes radicaux qui accusent le régime saoudien de trahir Allah. Il faudra l’intervention du GIGN français pour mettre fin - dans le sang - à cette agression.
Depuis, à Londres comme à Madrid, au Kenya comme à Bali, à Marrakech comme à Toulouse, précédée et couronnée évidemment par le 11 septembre 2001 à New York, la guerre des intégristes contre les infidèles se poursuit sur tous les fronts, ne faisant aucune différence entre Arabes et Européens, Russes et Américains, Chinois et Indiens, civils et militaires, adultes et enfants.
Les buts sont avoués, cohérents et explicites : restaurer le Califat aboli en 1924 par ce traître d’Ataturk, après la chute de l’empire ottoman, reconstruire la nation islamique avec l’application totale de la charia, reconquérir les terres européennes abandonnées aux mécréants à la fin du XVème siècle. Aux autruches qui ne voulaient rien voir ni rien entendre, il suffisait depuis longtemps d’écouter un certain nombre de télévisions satellitaires du Moyen-Orient, pour connaître quotidiennement l’énoncé du programme.
Peu importe dès lors les oiseuses discussions sur l’identité de l’état-major : Al-Qaïda n’est qu’une des expressions de cette idéologie totalitaire, et a depuis longtemps franchisé la marque en des myriades de labels qui œuvrent ici ou là, en Europe comme au Sahel, au service du même objectif. Que nous le voulions ou non, cette guerre mondiale bat son plein et ne s’arrêtera pas de si tôt, parce qu’elle n’a rien à voir avec les précédents conflits internationaux. Certains raisonnent encore avec les lunettes de 40-45 ou de la Guerre froide. N’en déplaise aux nostalgiques de l’anti-colonialisme d’il y a un demi siècle, cette guerre asymétrique oppose, bien au-delà des dictatures corrompues et des régressions organisées, tous ceux - musulmans, chrétiens, juifs, athées ou agnostiques - qui mettent la liberté et les droits humains au-dessus de tout, et ceux qui veulent instaurer le nouvel ordre totalitaire. C’est pourquoi le Mali et In Amenas ne sont que les épisodes d’un feuilleton dont on est loin de connaître la fin.
 
 
 

André Bercoff

André Bercoff est journaliste et écrivain.
Il est notamment connu pour ses ouvrages publiés sous les pseudonymes Philippe de Commines et Caton.
Il est l'auteur de La chasse au Sarko (Rocher, 2011), et plus récemment Qui choisir (First editions, 2012)