lundi 9 juillet 2012

Que se passerait-il après une attaque israélienne contre l'Iran?


Comment les Iraniens réagiraient-ils à une attaque israélienne contre leur infrastructure nucléaire? Les réponses à cette prévision sont de la plus grande importance, concernant non seulement Jérusalem et la décision à prendre, mais aussi des tas d'autres États qui oeuvrent à empêcher une attaque israélienne.
Les analystes font généralement des prévisions [qualifiant comme étant] de meilleurs scénarios les politiques de dissuasion et d'endiguement (certains commentateurs vont même jusqu'à accepter l'idée d'une force nucléaire iranienne ), tandis que le pire scénario envisagé dans leurs prévisions résulterait d'une attaque [israélienne]. Ils prévoient que Téhéran ferait alors tout son possible pour répliquer par des mesures de rétorsion, comme l'enlèvement, le terrorisme, les attaques de missiles, le combat naval et la fermeture du détroit d'Ormuz. Ces prévisions ne tiennent pas compte de deux faits: ni des attaques antérieures d'Israël contre les Etats ennemis construisant des armes nucléaires, l'Irak en 1981 et la Syrie en 2007, qui ont entraîné des représailles, ni de l'examen de l'histoire de la République islamique d'Iran depuis 1979 qui montre «une approche plus mesurée et moins apocalyptique- même si cela donne encore à réfléchir- sur l'évaluation de la suite probable d'une frappe préventive.»

C'est ce que disent Michael Eisenstadt et de Michael Knights , [faisant partie] de l'Institut de Washington pour la Politique au Proche Orient, qui fournissent un excellent guide pour les scénarios possibles dans [leur ouvrage] "Au-delà de l'analyse des pires scénarios: les réponses probables de l'Iran à une frappe israélienne préventive." Leur enquête sur le comportement iranien au cours des trois dernières décennies les amène à prévoir que probablement trois grands principes détermineraient la forme et les limites de la réaction de Téhéran à une attaque israélienne: l'insistance mise sur la réciprocité, la prudence pour ne pas gratuitement se faire des ennemis et la ferme intention de dissuader d'autres frappes israéliennes (ou américaines).
En d'autres termes les mollahs font face à de sérieuses limites à leur capacité d'exercer des représailles, y compris la faiblesse militaire et l'urgente nécessité de ne pas se faire encore plus d'ennemis extérieurs. Ces lignes directrices une fois posées, Eisenstadt et Knights examinent [le scénario de ] huit actions possibles de l'Iran, dont chacune doit être évaluée tout en gardant à l'esprit l'autre possibilité - à savoir, les islamistes apocalyptiques [«apocalyptique» ici fait allusion au « Mahdi », personnage central de l'eschatologie islamique surtout chiite, qui reviendra à la fin des temps (NDLT)] contrôlant des armes nucléaires:
  • Les attaques terroristes contre Israël, les juifs et les cibles américaines. Un scénario probable, mais avec pour résultat des destructions limitées.
  • L'enlèvement de citoyens américains, en particulier en Irak. Un scénario probable, mais avec un impact limité, comme dans les années 1980 au Liban .
  • Les attaques contre les Américains en Irak et en Afghanistan. Un scénario tout à fait probable, en particulier par le biais de personnes mandatées pour ces attaques, mais avec pour résultat des destructions limitées.
  • Les attaques de missiles contre Israël. Un scénario probable: quelques missiles de l'Iran passeraient au travers des défenses israéliennes, faisant des victimes, probablement au bas mot quelques centaines; les missiles du Hezbollah sont en nombre limité en raison de considérations nationales libanaises. Un scénario peu probable: le Hamas qui s'implique, après avoir pris ses distances avec Téhéran ; [l'intervention du]gouvernement syrien, lequel se bat pour sa survie contre une armée d'opposition toujours plus forte et peut-être aussi contre les forces armées turques. Dans l'ensemble, les attaques de missiles sont peu susceptibles de causer des dommages dévastateurs.
  • Les attaques contre les Etats voisins. Un scénario probable: le terrorisme, parce que les commanditaires peuvent décliner toute responsabilité. Un scénario peu probable: les frappes de missiles, car Téhéran ne veut pas se faire plus d'ennemis.
  • Les affrontements avec la marine de guerre des Etats-Unis. Un scénario probable: mais, étant donné le rapport de force, cela provoquerait des dégâts limités.
  • Miner secrètement le détroit d'Ormuz. Un scénario probable, avec pour résultat la hausse des prix de l'énergie
  • La tentative de fermer le détroit d'Ormuz. Un scénario peu probable: difficile à réaliser et peut-être trop dommageable pour les intérêts iraniens, car le pays a besoin de ce même détroit pour le commerce.
Les auteurs considèrent également trois effets secondaires potentiels d'un raid aérien israélien. Oui, les Iraniens pourraient se rallier à leur gouvernement dans la suite immédiate de l'attaque, mais à plus long terme Téhéran «pourrait être critiqué pour avoir traité le dossier nucléaire d'une manière aboutissant à une confrontation militaire.» Pour la rue dite arabe, on n'arrête pas de prédire qu'elle se soulèvera pour protester contre une attaque militaire venant de l'extérieur, mais elle ne le fait jamais; des troubles susceptibles de se produire parmi les chiites du golfe Persique seraient contrebalancés par [la satisfaction] de nombreux Arabes qui en secret acclameraient les Israéliens. Quant à laisser le traité de non prolifération nucléaire et commencer un programme d'armes nucléaires, bien que ce soit «une possibilité très réelle», plus les Iraniens prendraient des mesures de rétorsion, plus dur serait pour eux d'obtenir les moyens d'un tel programme.



Somme toute, ces dangers sont déplaisants mais ne sont pas cataclysmiques, gérables et non pas dévastateurs. Eisenstadt et Knights s'attendent à une courte phase de haute intensité de réplique iranienne, qui serait suivie par un «conflit prolongé de faible intensité qui pourrait durer des mois voire des années» - tout comme cela existe déjà entre l'Iran et Israël. Une attaque israélienne préventive, concluent-ils, bien qu'étant une «tentative à haut risque comportant un risque d'escalade dans le Levant ou le Golfe, ... ne serait pas ce scénario apocalyptique que certains prédisent.»
Cette analyse démontre de façon convaincante que des armes nucléaires tombant aux mains des Iraniens présenteraient un danger qui irait bien au-delà du danger que représenterait une attaque militaire pour empêcher que cela ne se produise.


M. Pipes est président du Forum du Moyen-Orient et membre éminent de la Hoover Institution de l'Université de Stanford.

Hassen Chalghoumi. L’imam des lumières


PORTRAIT Ses positions modérées et sa volonté de dialogue avec les juifs valent au chef de la mosquée de Drancy d’être menacé.

Par ANNETTE LÉVY-WILLARD 

On n’évite pas le flash-back. Impossible de quitter la ville sans qu’il vous emmène voir les barres de HLM où, il y a soixante-dix ans, ont été enfermés 100 000 hommes, femmes et enfants juifs avant leur déportation. La cité n’a pas changé, elle ressemble aux photos noir et blanc de l’époque. Les barbelés ont disparu, les gens aussi. L’imam de Drancy fait visiter le lieu, accompagné des deux policiers en civil chargés de sa protection depuis qu’il est menacé par les islamistes.
Pourquoi Hassen Chalghoumi se sent-il si concerné par la mémoire de la Shoah ? C’est lié au lieu, d’abord. Drancy est toujours le symbole de la déportation des juifs de France. «Cheikh Hassen», comme l’appellent ses fidèles, est devenu par hasard imam de la nouvelle mosquée de Drancy, mais il y a vu un «destin». Un devoir de rappeler cette «tache noire de l’humanité».Cela renvoie aussi à son histoire. Elevé dans une Tunisie laïque et tolérante, au sein d’une famille religieuse mais libérale, il est le seul des quatre enfants d’un père vétérinaire à avoir choisi d’aller dans une école coranique, à la recherche d’un «islam magique». Recherche qui le conduira, après le bac, à un long périple dans les pays musulmans : de la Syrie à l’Algérie et la Turquie, il a voyagé en Iran, en Inde, au Pakistan… Un parcours qui aurait pu fabriquer un extrémiste fondamentaliste. Mais Hassen Chalghoumi a été séduit par l’Inde et son«islam avec l’esprit de Gandhi» et par la Turquie, «où les minorités sont protégées» et «l’Etat séparé de la religion». Il revendique un attachement à l’islam mystique, au soufisme.
Le «destin», donc, le conduit à débarquer en Seine-Saint-Denis à 24 ans, un soir de Noël 1996, pour rejoindre son frère aîné marié à une Française. Il est tout de suite surpris et touché qu’on lui souhaite de«joyeuses fêtes». Il croit déjà au dialogue et à l’ouverture. Avec enthousiasme et naïveté. Aussi décide-t-il, pendant la fête de l’Aïd, d’aller offrir des pâtisseries orientales à l’église voisine, à la synagogue et…au commissariat. Etonnement des policiers du 93, pas vraiment habitués à recevoir des gâteaux de la part des jeunes arabes.
Chalghoumi habite chez son frère à Bobigny, prêche dans un foyer de travailleurs émigrés, gagne sa vie en travaillant à la RATP comme«grand frère», chargé de résoudre les conflits, ce qui lui convient, lui qui croit à la discussion et au respect. Plus tard, il gère une pizzeria et en fait un lieu de rencontres et de discussions. Enfin, il se lance avec l’association culturelle musulmane de Drancy dans le projet de construction d’une mosquée. Grâce au soutien du député-maire centriste, Jean-Christophe Lagarde, la mosquée s’élève au bout du parking du nouveau centre commercial géant Drancy-Avenir.
C’est en 2006 que les ennuis ont commencé pour le jeune cheikh, quand il participe à la cérémonie anniversaire de la déportation. Il rentre chez lui avec sa femme et trouve la maison saccagée. Convaincu de la justesse de son combat pour un «islam des lumières, pas un islam de l’obscurité», ce cheikh à l’allure sportive et occidentale, sans barbe, plutôt cadre sup que chef spirituel, ne se décourage pas. Au contraire. Il invite dans sa mosquée toute neuve des «frères ennemis» - et ils viennent - des ambassades du Soudan, d’Algérie, de Palestine, mais aussi des Etats-Unis, ainsi que l’évêque de Saint-Denis et le grand rabbin de Paris.
Il agace encore les islamistes quand il soutient la loi contre la burqa.«Ce n’est pas une obligation religieuse», explique-t-il. Dans son livre,Pour l’islam de France, il défend non seulement le dialogue avec les juifs, mais se dit féministe, dénonce la situation des femmes «victimes de la barbarie» au nom de l’islam, réclame l’interdiction de la polygamie… On est surpris de découvrir que sa femme, française d’origine tunisienne, épousée un an après son arrivée en Seine-Saint-Denis, est voilée. Elle porte le foulard traditionnel, pas la burqa. «Elle était voilée quand je l’ai rencontrée, dit Chalghoumi, mais ma mère, mes sœurs, ma fille de 14 ans, ne sont pas voilées. C’est leur choix. Dans l’islam, l’apparence ne compte pas pour Dieu.» Le couple a cinq enfants qui vont dans une école catholique, «pour avoir une meilleure éducation que dans les collèges publics du 93».
Mais c’est Israël et les juifs qui déchaînent la hargne des groupuscules islamistes. Premier voyage en 2009 de l’imam avec le père Mathieu et le rabbin Sarfati. Les religieux vont à Sdérot, en Israël, et à Gaza, passant d’un côté à l’autre du conflit israélo-arabe. Le cheikh devient alors «l’imam des juifs». Les islamistes assiègent sa mosquée, manifestant à l’appel du collectif Cheikh Yassine (du nom d’un chef du Hamas assassiné). En 2010, un commando tente même de prendre le pouvoir et de virer «l’agent des sionistes».
Aujourd’hui, des affichettes collées sur le mur proclament : «Ce n’est pas une mosquée, c’est une synagogue.»Au mois de juin, l’Internet intégriste s’est enflammé. Une pétition circule, exigeant la démission de l’imam. Et les menaces de mort déferlent parce que Chalghoumi vient de retourner en Israël, invité par l’ambassade de France pour un colloque sur «religion et laïcité». Ses dénonciateurs oublient de dire que l’imam de la mosquée Al-Aqsa et le grand mufti de Jérusalem l’ont accueilli en grande pompe, et que le ministre palestinien des Affaires religieuses l’a reçu à Ramallah, où il est «venu apporter au peuple palestinien le soutien de la communauté musulmane de Drancy et de la Conférence des imams de France» (qu’il a créée). Emu, Hassen Chalghoumi nous dit que les Palestiniens ont compris sa lutte contre l’extrémisme : «J’essaie de faire un pont entre les peuples.»
Ses ouailles - qui autofinancent leur mosquée et l’imam - ne le suivent pas tout à fait. Le maire de Drancy, Jean-Christophe Lagarde, constate que si les 4 000 fidèles se sentent proches de cet islam modéré, certains trouvent que leur imam «en fait trop» : «Ils viennent pour prier dans une mosquée, ils ne veulent pas d’une telle politisation et, surtout, de médiatisation. Hassen, lui, ne résiste pas aux caméras.»Le cheikh est-il conscient de cet isolement ? Désormais Français, il a voté et pense que la gauche va le soutenir, «parce qu’il défend ses valeurs». Déterminé mais inquiet pour lui et sa famille, malgré la garde policière : «Je suis un homme de foi français, un citoyen qui veut changer les choses, et on me traite de collabo, de traître.»
Seul ? Don Quichotte de l’islam ? Malgré la violence des sites radicaux, la voix de Hassen Chalghoumi se fait entendre, il a même été interviewé par Al-Arabiya, la chaîne saoudienne où il a pu exposer aux sept millions de téléspectateurs arabes sa conception optimiste du vivre ensemble en France.

http://www.liberation.fr/politiques/2012/07/05/hassen-chalghoumi-l-imam-des-lumieres_831420



Libye : les libéraux donnés en tête des législatives


La coalition des libéraux a annoncé être en tête dans la plupart des circonscriptions en Libye, après les élections historiques de samedi qui ont valu au pays les éloges de la communauté internationale.

Libye : les libéraux donnés en tête des législatives
AFP
« Selon les premières informations recueillies (par la coalition), la coalition est en tête dans la plupart des circonscriptions électorales », a déclaré Faiçal al-Krekchi, secrétaire général de l’Alliance des forces nationales, qui réunit plus de 40 petits partis autour des architectes de la révolte de 2011. M. al-Krekchi a indiqué préférer attendre les résultats officiels de la Commission électorale, avant de donner plus de précisions.
Plus tôt, le chef du principal parti islamiste issu des Frères musulmans, a reconnu une « nette avance » des libéraux dans les deux principales villes de la Libye, Tripoli et Benghazi. « L’Alliance (des Forces nationales) a réalisé de bons résultats dans certaines grandes villes. Ils ont une nette avance à Tripoli et Benghazi », a déclaré le chef du Parti de la justice et de la construction (PJC), issu des Frères musulmans, Mohamed Sawan.
Ces résultats concernent les formations politiques en compétition pour les 80 sièges réservés aux listes des partis politiques dans la prochaine assemblée nationale qui compte un total de 200 membres. Pour les 120 sièges réservés aux candidats individuels, la tendance devrait être la même, dans la mesure où ces candidats sont soutenus par des partis politiques.
Plusieurs observateurs des élections à Tripoli et Benghazi, interrogés par l’AFP, ont fait état d’une « écrasante » victoire des libéraux dans plusieurs circonscriptions et bureaux de vote avec des taux dépassant parfois 90 %, comme dans le quartier populaire d’Abou Salim dans la capitale.
Le décompte des voix a commencé samedi soir en Libye et la Commission électorale devrait commencer à annoncer les résultats préliminaires à partir de « lundi soir ou mardi ».

La catastrophe de Fukushima : «un désastre créé par l’homme»


Ce jeudi, la commission d'enquête mandatée par le Parlement japonais a rendu son rapport sur les origines et la gestion de la catastrophe de Fukushima. Les conclusions sont accablantes : à en croire les dix membres de la société civile qui ont mené l’enquête, l'opérateur de la centrale, le gouvernement et l'autorité de régulation auraient «trahi le droit du pays à être protégé des accidents nucléaires ».
Sur les trois rapports rédigés depuis le 11 mars 2011, c’est le premier à formuler des accusations claires. On se souvient de l’étude qui blanchissait complètement l’opérateur de la centrale, Tepco, expliquant qu’un séisme et un tsunami d’une telle ampleur n’auraient jamais pu être prévus, une étude signée Tepco…


Cette fois, c’est d’un rapport parlementaire dont il s’agit : 600 pages dans lesquelles l’opérateur de la centrale est très directement mis en cause : « La direction de Tepco était consciente des retards dans les travaux antisismiques et des mesures contre les tsunamis et savait que Fukushima Daiichi était vulnérable ». Et puis un mot-clé : « collusion », une collusion dont sont accusés le gouvernement, l’opérateur de la centrale et les agences de régulation, une collusion qui serait à l’origine de la catastrophe. Car « bien qu'ayant eu de nombreuses occasions de prendre des mesures, les agences de régulation et la direction de Tepco n'ont délibérément rien fait, ont reporté leurs décisions ou ont pris des mesures qui les arrangeaient », souligne le rapport.

UN LOBBY PUISSANT

Ces conclusions ne sont pas surprenantes. Si l’opérateur de la centrale a pu aller aussi loin sans rencontrer de garde-fous, c’est que le lobby nucléaire est présent à tous les niveaux de la société japonaise : tous les partis politiques sont pro-nucléaires (les compagnies d’électricités sont de grosses donatrices de fonds), les syndicats sont eux aussi pro-nucléaires pour préserver les emplois dans le secteur, et les médias eux-mêmes soutiennent les compagnies d’électricité qui leur achètent de nombreuses publicités. C’est ce qu’au Japon on appelle « le village nucléaire ».
Alors pourquoi tout à coup ce rapport parlementaire qui donne un coup de pied dans la fourmilière ? Selon Jean-Marie Bouissou, directeur de recherche à l’Institut d’études politiques de Paris, la réponse est à chercher du côté de la population japonaise, qui ne croit plus un mot de toutes les déclarations inspirées par le lobby nucléaire. Les derniers sondages sont assez éloquents : de 70 à 80% de l’opinion refusent la réouverture des centrales nucléaires japonaises ; cinquante centrales fermées les unes après les autres pour maintenance, qui n’ont pas été remises en marche, les autorités locales craignant la réaction de leurs administrés. En fait, seuls deux réacteurs ont rouvert au début du mois de juin après un forcing du gouvernement, occasionnant des manifestations qui ont réuni des dizaines de milliers de Japonais sous les fenêtres du Premier ministre…
Du coup, selon Jean-Marie Bouissou, « en adoptant des positions aussi brutales, aussi claires, les parlementaires agissent certes pour le bien de la nation mais aussi dans la perspective des élections qui les attendent [en 2013], et où l’enjeu nucléaire va être certainement un sujet central ». Il s’agit de rester à l’écoute…

UNE ÉVOLUTION SENSIBLE

D’autant que les lignes commencent à bouger : les journaux de la région de Tokyo, proches des lieux de l’accident, ont évolué sur la question. Même chose au sein du patronat. Et le très puissant syndicat du Front des fonctionnaires locaux a rejoint les rangs antinucléaires.
Pour autant, peut-on parler de changements de fond ? Le pays a un nouveau Premier ministre, mais Yoshihiko Noda est lui aussi pro-nucléaire. Tepco a été nationalisée et a changé de direction, mais veut à toute force, comme les autres compagnies d’électricité, rouvrir ses centrales. Et la nouvelle Agence de sûreté nucléaire qui sera mise en place au mois de septembre, censée être plus indépendante que l’ancienne, reste sous l’autorité d’un ministère : celui de l’Environnement, en lieu et place du ministère de l’Industrie, pro-nucléaire (le rapport propose d’ailleurs de créer au Parlement un comité qui surveille les activités de cette agence).
Autant de pressions contraires qui ne vont pas manquer de s’exercer sur les parlementaires japonais. Il sera donc intéressant de voir ce qu’ils vont faire de ce rapport, en clair : s’ils vont l’enterrer ou pas.
RFI

L’ASSASSINAT DU LIEUTENANT ROGER DEGUELDRE – par José CASTANO




À Paris, les différents  procès des responsables OAS tournent à la déconfiture du général De Gaulle. Il n’obtient pas la tête des généraux qui ont osé le braver, il devra se contenter du sang des légionnaires Albert Dovecar et Roger Degueldre, fusillés respectivement les 7 juin et 6 juillet 1962, d’un civil, Claude Piegts et de l’ingénieur chef Bastien-Thiry, qui n’avait pas une goutte de sang sur ses mains, dont il refusera les grâces et qu’il fera exécuter sans aucune pitié.
Ce mot n’existait pas dans le vocabulaire de de Gaulle. Il n’émettra même pas une parole de regret en apprenant le suicide de son ami le général de Larminat, compagnon de la libération et grand chancelier de l’Ordre.



« Le jour où les « fells » entreront à Alger, j’espère trouver trois compagnons pour garder les faces du Monument aux morts et tomber en tirant une dernière salve de PM » (Roger Degueldre).
C’est quelques heures seulement après le génocide du 5 juillet 1962 qui, rappelons-le, fit plus de trois mille victimes parmi la population civile européenne,  que De Gaulle prit sa décision de faire fusiller le lieutenant Roger DEGUELDRE qui, fidèle à son engagement « La mort plutôt que le déshonneur! », avait justifié son action dans l’OAS par ces mots : « Mon serment, je l’ai fait sur le cercueil du Colonel Jeanpierre. Plutôt mourir, Mon Colonel, que de laisser l’Algérie aux mains du FLN, je vous le jure ! ».


Le lendemain, 6 juillet 1962, à l’aube, au fort d’Ivry, Degueldre se présenta devant le peloton d’exécution en tenue de parachutiste, le drapeau tricolore sur la poitrine, drapeau auquel il avait tout sacrifié et qu’il avait choisi comme linceul. Autour de son cou, il avait noué un foulard de la légion. Dans la poche intérieure de sa vareuse, il y avait la photo d’un bébé, son fils qu’il n’avait jamais vu. Il avait conçu cet enfant dans la clandestinité. Le bébé était venu au monde alors que le père se trouvait dans sa cellule de condamné à mort.

« Dites que je suis mort pour la France ! » s’écria-t-il à l’adresse de son défenseur. Puis il refusa qu’on lui bande les yeux et, au poteau cria : « Messieurs, Vive la France ! » avant d’entonner la Marseillaise. Les soldats qui devaient l’exécuter, émus par son courage, hésitèrent à tirer. La première salve le blessa seulement : Une seule balle l’atteignit sur les douze qui furent  tirées : au ventre dirent certains… au bras affirmèrent d’autres.  Quoiqu’il en soit, le fait certain c’est que Degueldre ne fut pas atteint de manière décisive.

L’adjudant chargé de donner le coup de grâce se précipita, l’arme à la main, pour accomplir sa sinistre besogne et se rendit compte que le condamné était toujours en vie. Sa tâche ne consistait désormais plus à achever un quasi-mort censé avoir reçu douze bouts de métal… mais bel et bien de tuer un vivant. Et ce sont là deux choses bien différentes... Il en eut si terriblement conscience, que sa main pourtant préparée à cette macabre mission trembla, et que le revolver se déchargea dans le vide.

Parmi l’assistance, c’était la stupéfaction. Cette situation eut pour effet d’agacer le procureur qui, réveillé un peu tard, n’avait pas eu le temps de prendre son petit déjeuner. Et son estomac gargouillait. Mécontent, il fit signe à l’adjudant de se dépêcher. Pendant ce temps, Degueldre, à demi recroquevillé souffrait. Les coups de feu résonnaient encore à ses oreilles et il se demandait quand son calvaire prendrait fin.

L’adjudant, toujours tremblant, pointa une nouvelle fois son arme sur la tête de l’officier parachutiste, ferma les yeux et appuya sur la détente. Stupeur ! Rien ne se produisit. L’arme s’était enrayée. Une rumeur monta de l’assistance. Degueldre tourna la tête vers son exécuteur comme pour l’interroger. Aucune haine dans son regard… juste de l’incompréhension.

Exaspéré par cette situation –unique dans les annales de l’exécution- le procureur ordonna qu’une nouvelle arme soit amenée. Mais personne parmi les militaires présents n’en possédaient. Il fallait courir en chercher une… Et pendant ce temps, Degueldre était toujours vivant... et il souffrait.

À partir de ce moment-là, tous les juristes s’accordent à dire que la sentence ayant été exécutée, puisque le condamné étant encore en vie, il fallait le détacher du poteau et lui donner les soins nécessaires. Autrement dit, on n’avait pas le droit d’achever le blessé. Mais les ordres étaient formels : il fallait que Degueldre soit tué ! Il incarnait à lui seul l’OAS, cette puissance qui avait fait trembler les États-Majors, le FLN et l’Élysée… Il fallait exorciser jusqu’à son souvenir.

Et pendant que l’on s’affairait à se procurer une arme, celui qui, à cet instant, aurait pu changer le cours des événements ne réagit point. Pétrifié par la scène, glacé d’effroi, le défenseur du condamné demeurait inerte. Pourtant, il lui appartenait de tenter quelque chose, de courir jusqu’au supplicié, de le prendre dans ses bras et de le couvrir de son corps en invoquant la justice, en appelant à l’amour, en exigeant au nom de toutes les traditions humaines et chrétiennes qu’on fît grâce au condamné. Cela s’était déjà produit dans l’Histoire quand la corde du pendu avait cassé et que la grâce lui avait été accordée. Mais non, l’avocat demeurait prostré, sans voix, mort… alors que Degueldre, lui, était vivant et qu’il le regardait.

Enfin on remit un pistolet à l’adjudant qui, blanc comme un linge, écœuré par cette boucherie… mais servile au commandement de tuer, devait en finir puisque tels étaient les ordres et que le défenseur du condamné qui, seul avait qualité pour tenter quelque chose, se taisait.

Un nouveau coup de feu claqua. Stupeur ! Celui-ci fut tiré, non pas au-dessus de l’oreille comme l’exige le règlement, mais dans l’omoplate… Une douleur atroce irradia le corps du supplicié. Il regarda vers le ciel et ouvrit grand ses yeux. Peut-être perçut-il à cet instant que son calvaire prenait fin. Il était tout illuminé des illusions radieuses de ceux qui vont mourir et il lui sembla entendre, là-haut, les voix des martyrs du 5 juillet lui murmurer : « Roger… Roger… dès aujourd’hui tu seras avec nous dans le Paradis ».

Puis une nouvelle détonation retentit… et ce fut la fin.

C’est ainsi qu’après Claude PIEGTS et Albert DOVECAR, Sergent au 1er Régiment Étranger de Parachutistes, mourut,  assassiné, le lieutenant Roger DEGUELDRE, également du 1er R.E.P, Chevalier de la Légion d’honneur… Et les salves du peloton couvrirent un instant les plaintes et les râles qui montaient d’Oran, tandis que la France, en vacances, n’entendit rien. Et nous nous devons de ne jamais oublier son ultime message adressé au petit peuple d’Algérie : « Si je ne suis pas de leur race, ni né sur leur sol, je les ai beaucoup aimés et je les aime toujours ! »

Huit mois plus tard, le 11 mars 1963, le Colonel Jean BASTIEN-THIRY, Polytechnicien, tombait à son tour à 35 ans, sous les salves du peloton.

Décidément, le crime était profondément enraciné !…

José CASTANO
Contact E-mail : joseph.castano0508@orange.fr

Après la mort de 8.763 soldats et une grande vague de déserteurs, Assad pense encore qu’il peut gagner



Assad-Manaf Tlass (Copier)
Le Général de Brigade Manas Tlass a déserté son maître

Au cours de ses dix-sept mois de répression contre la dissidence, l’armée syrienne a perdu, jusqu’au début juillet, 8763 tués et 21 357 blessés. Certaines unités ont perdu jusqu’à un quart de leurs effectifs. Environ 600 tanks et véhicules blindés – six pour cent de la flotte des corps blindés syriens- ont été endommagés. Près de 200 peuvent remis en état de marche, mais les réparations prendront trois mois.

Les défections, à tous les niveaux de la hiérarchie jusqu’aux généraux, épuisent les divisions de combat. Au total, l’armée syrienne n’a jamais été frappée à cette échelle dans le nombre de tués et de pertes. Pourtant, Assad et la famille régnante, dont certains membres détiennent de hauts rangs dans le commandement de l’armée, de la sécurité et du renseignement, ne montrent aucun signe de crainte d’effondrement imminent.

C’est même tout le contraire : le Président Assad s’est vanté au journal turc Hurriyet, au cours d’une récente interview, que s’il ne jouissait pas du soutien de la majorité du peuple syrien, il serait tombé comme le Shah de Perse, en 1979.

Le dictateur syrien demeure, généralement, imperturbable face à la vague de defections d’officiers supérieurs, en faveur des rebelles, parce que, commeDebkafile l’a rapporté le 2 juillet - Assad pense pouvoir liquider la révolte en deux mois, après avoir passé un grand coup de balai parmi les chefs de l’armée., particulièrement parmi les sunnites et il les a remplacé par des officiers alaouites plus jeunes, sortis des rangs des agences de sécurité et de renseignement, ainsi que de la milice Shahiba, très loyale, mais exceptionnellement brutale. Certains déserteurs sont des généraux, qui vivaient une retraite paisible en bénéficiant de la totalité de leur paie ; d’autres, des officiers de rang intermédiaire, ont vu leurs perspectives d’évolution de carrière et de promotion fondre, face à l’arrivée soudaine de jeunes officiers alaouites seuls à même de prétendre aux postes importants.

Le dernier déserteur de haut-rang, le Général de Brigade Manaf Tlass, Commandant de la 105ème brigade de la garde républicaine, appartient à la seconde catégorie, dévoilent les renseignements de Debkafile. Sa défection porte potentiellement un dommage bien plus sérieux au régime – sur le plan politique, plus que sur le plan militaire. Il ne s’est pas enfui vers les camps rebelles en Turquie, comme l’opposition syrienne l’a indiqué, vendredi 6 juillet, mais s’est dirigé vers Paris pour y rejoindre son père, le Général Mustafa Tlass, l’ancien Ministre de la défense syrienne qui a servi Bachar Assad et son père durant 40 ans, ainsi que sa sœur Nahed Ojjeh, veuve de l’important trafiquant d’armes saoudien Akkram Ojjeh.

Tous deux maintiennent d’excellentes relations à travers le monde arabe et sont proches de l’élite dirigeante russe à Moscou.


Mustafa Tlass a quitté la Syrie il y a cinq mois, à l’occasion d’un conflit relatif au loyalisme : le clan Sunnite Tlass dominant était le fer de lance de la révolte contre Assad à Rastan, une ville près de Homs. Pour éviter d’avoir à prendre parti, le père Tlass a préféré décamper.

Son fils Manaf, Général de Brigade, occupait un poste important dans la Garde Républicaine, qui protège le Palais Présidentiel sur le Mont Qasioun, le centre nerveux de la campagne impitoyable des Assad pour écraser la dissidence. En tant que membre du premier cercle présidentiel, il prenait certainement part au sommet de la hiérarchie de l’armée qui dirige cette campagne.


En effet, Assad a récompensé sa fidélité en le laissant occuper ce poste, tout en suspendant sa promotion au rang de général.

Manaf, réalisant que ses perspectives de carrière, en tant que Sunnite, étaient compromises par l’alaouisation galopante du commandement du haut de l’armée syrienne, a décidé de rejoindre son père.

Selon nos sources, il s’est en réalité échappé de Damas le 26 juin, et non cette semaine, comme cela a largement été rapporté.

Depuis leur nouvelle base à Paris, les chefs du clan Tlass doivent encore décider quelle voie ils vont choisir d’emprunter – soit tirer parti de leurs excellentes relations à Moscou, soit rejoindre le groupe occidentalo-arabe des « Amis de la Syrie », pro-occidentaux, dont la toute récente réunion à Paris, vendredi 6 juillet, était présidée par la Secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton.

Le régime Assad subirait un sérieux revers si les Tlass optaient pour l’Occident et ses ennemis arabes.

Par conséquent, les diplomates américains font tout leur possible pour les y inciter. Ils se sont tournés vers Firas Tlass, le tout-puissant « ministre des finances » du clan syrien basé à Dubaï, pour obtenir son aide. Par-dessus tout, ils déploient de grands efforts pour dissuader ces Sunnites prééminents de graviter autour de leurs vieilles relations à Moscou.


DEBKAfile Reportage exclusif

La Russie, la Chine et Israël contre l'islamisme? par Daniel Pipes


Deux faits nouveaux– le récent voyage de Vladimir Poutine au Moyen-Orient et le financement par le gouvernement chinois d'une ligne de fret israélienne par voie ferroviaire –sont les indices d'une redistribution des alliances dans la région.
L'opposition qui divise le Moyen-Orient n'est plus celle qui sépare Arabes / Israël, mais celle entre islamistes/non islamistes , avec l'Iran dans un coin, Israël dans l'autre, et d'autres Etats, quelque part entre les deux. C'est loin d'être un alignement linéaire, avec beaucoup de choses absurdes, les islamistes révolutionnaires à Téhéran et ceux qui évoluent vers l'islamisme à Ankara, par exemple, de plus en plus sont en désaccord, tandis que l'axe Téhéran-Damas s'épanouit comme jamais auparavant.
Vladimir Poutine a visité le mur des lamentations, portant une kippa et accompagné par des rabbins, à deux heures du matin, heure où il a lu les prières et deux psaumes.
Les actions russes et chinoises montrent ces alliances qui façonnent les politiques étrangères de puissances qui sont très loin d'elles. Alors que l'Union européenne et le gouvernement des États-Unis sont de plus en plus favorables à l'islamisme, en partie comme un moyen de calmer leurs propres populations musulmanes, Moscou et Pékin connaissent une histoire de conflit ouvert avec leurs populations musulmanes et, par conséquent, adoptent des politiques plus hostiles à l'islamisme au Moyen-Orient.
Ce qui nous amène au président de la Fédération russe. Pinhas Inbari note dans «Après la visite de Poutine: Est-ce que Israël et la Russie se rapprochent peu à peu ? » que sa «décision de commencer sa tournée en Israël, accompagné d'une grande délégation, a indiqué qu'Israël était en fait l'objet de la visite, tandis que l'Autorité palestinienne et la Jordanie avaient une importance secondaire. » C'est parce que, en dépit de leurs différences majeures sur la Syrie et l'Iran, les deux gouvernements «sont d'accord sur un autre problème qui n'est pas moins d'actualité et qui domine le discours politique au Moyen-Orient: l'inquiétude suscitée par l'avènement au pouvoir des Frères musulmans.»
Inbari note comment le voyage de Poutine est à l'image des différents voyages d'Obama, à la fois dans le style (les lieux saints qu'il a visités) et dans le contenu (tacitement d'accord avec Netanyahu sur la diplomatie palestinienne). Il conclut:
Il ne faut pas se leurrer en pensant qu'Israël et la Russie sont devenus des amis rapides et des alliés stratégiques. En le regrettant car les meilleurs amis de la Russie dans la région sont les Etats voyous de l'Iran et de la Syrie. Pourtant, la préoccupation commune en ce qui concerne l'avènement des Frères musulmans et leur accueil par les Etats-Unis, amènent la Russie et Israël à être un peu plus proches.
La transaction chinoise d'aujourd'hui s'inscrit dans le même modèle.
Israël et la Chine ont signé aujourd'hui des accords de coopération historiques pour construire un chemin de fer à Eilat et des projets à venir, y compris pour relier la ville portuaire d'Eilat à l'intérieur des terres. ... Le principal projet à l'ordre du jour est la construction d'une ligne de fret ferroviaire qui reliera les ports méditerranéens d'Israël d'Ashdod et de Haïfa avec le port d'Eilat. Il existe également des plans visant à étendre la ligne au port d'Aqaba en Jordanie. [... Des sources israéliennes indiquent que les Chinois] considèrent que le projet est important, car il s'inscrit dans la stratégie planétaire de la Chine pour renforcer les routes commerciales d'une importance cruciale. ... Ce soir, la délégation israélienne sera invitée à un dîner spécial donné par le gouvernement chinois. La nourriture sera certifiée casher lemehadrin [casher lamehadrin se dit d'un produit cacher au dessus de tout soupçon et non sujet à discussion.(NDLT)]
Commentaires: (1) Ce sont là deux faits montrant le déploiement de la nouvelle diplomatie axée sur l'islamisme.(2) Il sera intéressant de voir jusqu'où va aller Jérusalem pour retrouver une position amoindrie sous le gouvernement Obama.