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vendredi 28 juillet 2017

Lors de la libération d’Alep et de la prise de l’état-major saoudien qui s’y trouvait, la journaliste bulgare Dilyana Gaytandzhieva constata la présence d’armes de son pays dans neufs entrepôts abandonnés par les jihadistes. Elle nota soigneusement les indications portées sur les caisses et, de retour dans son pays, enquêta sur la manière dont elles étaient arrivées en Syrie.
Depuis 2009 —à la brève exception de la période allant de mars 2013 à novembre 2014—, la Bulgarie est gouvernée par Boïko Borissov, un personnage haut en couleur, issu de l’une des principales organisations criminelles européennes, la SIC. Rappelons que la Bulgarie est à la fois membre de l’Otan et de l’Union européenne et qu’aucune de ces deux organisations n’a émis la moindre critique contre l’arrivée au pouvoir d’un chef mafieux identifié depuis longtemps par les services internationaux de police.
Si la Bulgarie a été l’un des principaux exportateurs d’armes vers la Syrie, elle a bénéficié de l’aide de l’Azerbaïdjan.
Toutes les opérations que nous allons récapituler ici sont illégales en droit international, y compris celles organisées publiquement par le Pentagone.
On savait déjà que la CIA avait fait appel à la SIC et à Boïko Borissov pour fabriquer en urgence du Captagon à destination des jihadistes en Libye, puis en Syrie. Depuis l’enquête de Maria Petkova publiée dans Balkan Investigative Reporting Network(BIRN), on savait que la CIA et le SOCOM (Special Operations Command du Pentagone) avaient acheté pour 500 millions de dollars d’armes à la Bulgarie, entre 2011 et 2014, pour les jihadistes. Puis que d’autres armes furent payées par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis et transportées par Saudi Arabian Cargo et Etihad Cargo [2].
Fin 2012, la Croatie livrait aux jihadistes syriens 230 tonnes d’armes pour une valeur 6,5 millions de dollars. Le transfert en Turquie était opéré par trois Iliouchine de la compagnie Jordan International Air Cargo, puis les armes étaient parachutées par l’Armée qatarie [3]. Selon Eric Schmitt du New York Times, l’ensemble de ce dispositif avait été imaginé par le général David Petraeus, directeur de la CIA [4].
Lorsqu’en 2012, le Hezbollah tenta de découvrir le trafic de la CIA et du SOCOM, un attentat fut perpétré contre des touristes israéliens à l’aéroport de Burgas, le centre névralgique du trafic.
Selon une source proche du PKK, en mai et juin 2014, les services secrets turcs ont affrété des trains spéciaux pour livrer à Rakka, c’est-à-dire à ce qui s’appelait alors l’Émirat islamique en Irak et en Syrie et qui est connu aujourd’hui comme Daesh, des armes ukrainiennes payées par l’Arabie saoudite et plus d’un millier de Toyota Hilux (pick-up double cabine) spécialement arrangés pour résister aux sables du désert. Selon une source belge, l’achat des véhicules avait été négocié avec le Japonais Toyota par la société saoudienne Abdul Latif Jameel.
le Qatar qui ne voulait pas être en reste a acheté pour les jihadistes à la société d’État ukrainienne UkrOboronProm la version la plus récente de l’Air Missile Defense Complex "Pechora-2D". La livraison a été effectuée par la société chypriote Blessway Ltd [5].
Selon Jeremy Binnie et Neil Gibson de la revue professionnelle de l’armement Jane’s, l’US Navy Military Sealift Command a lancé en 2015 deux appels d’offres pour transporter des armes du port roumain de Constanta vers le port jordanien d’Aqaba. Le contrat a été emporté par Transatlantic Lines [6]. Il a été exécuté juste après la signature du cessez-le-feu par Washington, le 12 février 2016, en violation de son engagement.
Selon Pierre Balanian d’Asia News, ce dispositif s’est poursuivi en mars 2017 avec l’ouverture d’une ligne maritime régulière de la compagnie états-unienne Liberty Global Logistics reliant Livourne (Italie) / Aqaba (Jordanie) / Djeddah (Arabie saoudite) [7]. Selon le géographe Manlio Dinucci, elle était principalement destinée à la livraison de blindés vers la Syrie et le Yémen [8].
Selon les journalistes turcs Yörük Işık et Alper Beler, les derniers contrats de l’ère Obama ont été effectués par Orbital ATK qui a organisé, via Chemring et Danish H. Folmer & Co, une ligne régulière entre Burgas (Bulgarie) et Jeddah (Arabie saoudite). Pour la première fois, on parle ici non seulement d’armes produites par Vazovski Machine Building Factory (VMZ) (Bulgarie), mais aussi par Tatra Defense Industrial Ltd. (Tchéquie) [9].
Le total de ces opérations représente des centaines de tonnes d’armes et de munition, peut-être des milliers, principalement payées par les monarchies absolues du Golfe, prétendument pour soutenir une « révolution démocratique ».
En réalité, les pétro-dictatures ne sont intervenues que pour dispenser l’administration Obama de rendre des compte au Congrès US (Opération Timber Sycamore) et lui faire prendre des vessies pour des lanternes [10]. L’ensemble de ce trafic a été personnellement contrôlé par le général David Petraeus, d’abord depuis la CIA dont il était le directeur, puis depuis la société de placements financiers KKR qu’il a rejointe. Il a profité de l’aide de hauts-fonctionnaires, parfois sous la présidence de Barack Obama, puis massivement sous celle de Donald Trump.

Selon l’ancienne fonctionnaire du FBI et fondatrice de la National Security Whistleblowers Coalition, Sibel Edmonds, de 1997 à 2001, l’Azerbaïdjan du président Heydar Aliyev hébergea à Bakou, à la demande de la CIA, le numéro 2 d’Al-Qaïda, Ayman el-Zawahiri. Bien qu’officiellement recherché par le FBI, celui qui était alors le numéro 2 du réseau jihadiste mondial se déplaçait régulièrement en avion de l’Otan en Afghanistan, en Albanie, en Égypte et en Turquie. Il recevait également des visites fréquentes du prince Bandar ben Sultan d’Arabie saoudite [11].
À ses relations sécuritaires avec Washington et Riyad, l’Azerbaïdjan —dont la population est pourtant principalement chiite— ajoute Ankara la sunnite qui le soutient dans son conflit contre l’Arménie à propos de la sécession de la République d’Artsakh (Haut-Karabagh).
À la mort d’Heydar Aliyev aux États-Unis, en 2003, son fils Ilham Aliyev, lui succède. La Chambre de commerce USA-Azerbaïdjan devient l’arrière-cour de Washington avec à côté du président Aliyev, Richard Armitage, James Baker III, Zbigniew Brzeziński, Dick Cheney, Henry Kissinger, Richard Perle, Brent Scowcroft et John Sununu.
Selon Dilyana Gaytandzhieva, le ministre des Transports, Ziya Mammadov, met en 2015 à disposition de la CIA la compagnie d’État Silk Way Airlines aux frais de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. Le ministre des Affaires étrangères, le très peu scrupuleux Elmar Mammadyarov, envoie à plusieurs de ses ambassades des demandes d’homologation de « vols diplomatiques », ce qui interdit leurs fouilles au titre de la Convention de Vienne. En moins de trois ans, plus de 350 vols disposeront de ce privilège extraordinaire.
Bien que, selon les traités internationaux, ni les avions civils, ni les avions diplomatiques ne sont autorisés à transporter des matériels militaires, les demandes de reconnaissance comme « vols diplomatiques » portent mention explicites des chargements transportés. Cependant, à la demande du département d’État US, au moins l’Afghanistan, l’Allemagne, l’Arabie saoudite, la Bulgarie, le Congo, les Émirats arabes unis, la Hongrie, Israël, le Pakistan, la Pologne, la Roumanie, la Serbie, la Slovaquie, la Tchéquie, la Turquie et le Royaume-Uni fermèrent les yeux sur cette violation du droit international comme ils avaient ignoré les vols de la CIA entre leurs prisons secrètes.
En moins de trois ans, la Silk Way Airlines a ainsi transporté pour au moins 1 milliard de dollars d’armes.
De fil en aiguille, la journaliste Dilyana Gaytandzhieva a mis à jour un vaste système qui approvisionne également les jihadistes non seulement en Irak et en Syrie, mais aussi en Afghanistan, au Pakistan et au Congo, toujours aux frais des Saoudiens et des Émiratis. Certaines armes livrées en Arabie furent réexpédiées en Afrique du Sud.
Les armes transportées en Afghanistan seraient parvenues aux Talibans, sous le contrôle des États-Unis qui prétendent les combattre. Celles livrées au Pakistan étaient probablement destinées à commettre des attentats islamistes en Inde. On ignore qui sont les destinataires finaux des armes livrées à la Garde républicaine du président Sassou N’Guesso au Congo et à l’Afrique du Sud du président Jacob Zuma.
Les principaux négociants étaient les firmes états-uniennes Chemring (déjà citée), Culmen International, Orbital ATK (également déjà citée) et Purple Shovel.
Outre les armes de type soviétique produites par la Bulgarie, l’Azerbaïdjan acheta sous la responsabilité du ministre de l’Industrie de défense, Yavar Jamalov, des stocks en Serbie, en Tchéquie et accessoirement dans d’autres États, chaque fois en déclarant être le destinataire final de ces achats. Concernant les matériels de renseignement électronique, Israël mit à disposition la firme Elbit Systems qui prétendit être le destinataire final, l’Azerbaïdjan n’ayant pas le droit d’acheter ce type de matériel. Ces exceptions attestent que le programme azerbaïdjanais, s’il a été requis par les États-Unis et l’Arabie saoudite, était contrôlé de bout en bout depuis Tel-Aviv.
L’État hébreu, qui prétend être resté neutre durant l’ensemble du conflit syrien, a pourtant de nombreuses fois bombardé l’Armée arabe syrienne. Chaque fois où Tel-Aviv a reconnu les faits, il a prétendu avoir détruit des armes destinées au Hezbollah libanais. En réalité, toutes ces opérations, sauf peut-être une, étaient coordonnées avec les jihadistes. On apprend donc aujourd’hui que Tel-Aviv supervisait les livraisons d’armes à ces mêmes jihadistes, de sorte que si Israël s’est contenté d’utiliser son armée de l’Air pour les appuyer, il jouait en réalité un rôle central dans la guerre.
Selon les conventions internationales la falsification des certificats de livraison finale et l’envoi d’armes à des groupes mercenaires, qu’ils renversent des gouvernements légitimes ou détruisent des États reconnus sont des crimes internationaux.
L’opération Timber Sycamore, dans ses différents volets, est la plus importante affaire criminelle de trafic d’armes de l’Histoire. Dans les parties mises à jour, elle implique au moins 17 États et représente plusieurs dizaines de milliers de tonnes d’armes pour plusieurs milliards de dollars.

 [1] “350 diplomatic flights carry weapons for terrorists”, Dilyana Gaytandzhieva, Trud, July 2, 2017.
[2] “War Gains : Bulgarian Arms Add Fuel to Middle East Conflicts”, Maria Petkova, Balkan Investigative Reporting Network, December 21, 2015.
[4] “In Shift, Saudis Are Said to Arm Rebels in Syria” and “Airlift To Rebels In Syria Expands With C.I.A.’S Help”, C. J. Chivers & Eric Schmitt, The New York Times, February 26 and March 25, 2013.
[5] “Qatar and Ukraine come to deliver Pechora-2D to ISIS”, by Andrey Fomin, Oriental Review (Russia), Voltaire Network, 22 November 2015.
[6] “US arms shipment to Syrian rebels detailed”, Jeremy Binnie & Neil Gibson, Jane’s, April 7th, 2016.
[7] “Jordan strengthens military presence on border with Syria and Iraq”, Pierre Balanian, AsiaNews, April 11, 2017.
[8] « De Camp Darby, des armes US pour la guerre contre la Syrie et le Yémen », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto(Italie), Réseau Voltaire, 18 avril 2017.
[10] “U.S. Relies Heavily on Saudi Money to Support Syrian Rebels”, Mark Mazzetti & Matt Apuzzojan, The New York Times, January 23, 2016.
[11Classified Woman. The Sibel Edmonds Story : A Memoir et The Lone Gladio, Sibel Edmonds.

mercredi 9 octobre 2013

AZERBAÏDJAN La présidentielle, cette pure formalité

A trois semaines de l’élection présidentielle dans ce pays riche en pétrole, on n’observe aucune agitation particulière.

Les rues de la capitale, Bakou, n’arborent pas d’affiches de nature politique et les chaînes de télévision privées ne diffusent aucun spot des candidats. Le président sortant, Ilham Aliev, 51 ans, ne se soucie même pas de faire une campagne dynamique.

La population de l’Azerbaïdjan estime que participer à ces élections serait une pure perte de temps – pire encore que les fois précédentes. Avant même d’aller voter, elle est convaincue qu’Ilham Aliev, à ce poste depuis 2003, sera réélu pour un troisième mandat de cinq ans. “Beaucoup de gens sont mécontents de la redistribution inégale des revenus du pétrole, de l’arbitraire, de l’absence d’accès à une éducation et à une médecine de qualité. Mais l’opposition n’a pas su transformer ce mécontentement en véritable mouvement de protestation”, explique le politologue de Bakou Torgoul Djouvarly.

Lors de sa récente conférence de presse, le principal candidat de l’opposition, ancien député et historien de 61 ans, Djamil Gassanli, n’a pas tant attiré l’attention sur sa propre plateforme politique que sur “les conditions inéquitables de la campagne” et sur les probabilités de “manipulations à grande échelle des résultats en faveur d’Ilham Aliev”. Sa candidature est présentée par une coalition de partis et d’organisations d’opposition, regroupés sous le nom de Conseil national des forces démocratiques.

“Djamil Gassanli est une personne digne et respectable, mais l’opposition n’a malheureusement pas su se préparer à cette campagne”, fait remarquer le directeur du Centre de recherches politiques de Bakou, Elhan Chakhinoglou. Le Conseil national des forces démocratiques avait tout d’abord proposé un autre candidat, le célèbre scénariste et réalisateur de cinéma Roustam Ibraguimbekov. Mais sa candidature a été rejetée par les autorités électorales pour cause de double nationalité, russe et azerbaïdjanaise. Le long bras de fer autour de la possibilité ou non de présenter cette candidature a coûté un temps précieux à l’opposition. Les seules questions qui demeurent sans réponse à ce jour concernent l’exactitude des résultats officiels et le taux de participation, constate Elhan Chakhinoglou. Il faut noter que les observateurs occidentaux n’ont jusqu’à présent jamais déclaré les élections en Azerbaïdjan honnêtes et justes.

Selon le directeur du Centre de surveillance des élections et de la formation de la démocratie de Bakou, Anar Mamedli, si la campagne électorale passe “pratiquement inaperçue pour la population”, elle n’est toutefois pas dénuée de drames. C’est ainsi que le 17 septembre, dans l’est du pays, des loups se sont attaqués à vingt brebis alors que le berger était en train de suivre attentivement les débats sur la campagne à la télévision publique, fait savoir l’agence d’information officielle Vesti.az. Selon toute vraisemblance, les habitants de la capitale ne partagent pas le même intérêt pour la politique que ce berger. Une personne seulement sur les douze interrogées au hasard, récemment, par Eurasianet a entendu parler d’autres candidats que le président Aliev. Hormis Ilham Aliev et Djamil Gassanli, cinq députés du Parlement, deux autres représentants peu connus de l’opposition et le chef du parti progouvernemental Moussavat moderne, Khafiz Gadjiev, sont également en lice.

Aucun correspondant étranger. L’indifférence de la population a également gagné les centres urbains, où des manifestations antigouvernementales de grande ampleur avaient eu lieu il y a quelque temps. Dans la ville de Gouba, située à 180 kilomètres au nord de la capitale, une importante vague de protestations avait conduit, en 2012, à l’éviction du responsable de l’administration locale, nommé par le président. Pourtant, “on n’y observe absolument aucune agitation ni aucun signe particulier” de campagne électorale, note le journaliste indépendant local Ramin Makhmoudov. Un calme semblable règne également à Ismaïly, où, en janvier, des actions de protestation similaires avaient débouché sur une série d’arrestations, dont celle d’un candidat potentiel de l’opposition, Ilgar Mamedov. Dans ces deux localités, l’électorat, ramené au calme par les remaniements bureaucratiques, n’a apparemment plus l’intention de se mobiliser pour exiger des changements.

Cependant, un tel état d’esprit “ne va pas favoriser des élections libres et honnêtes”, considère Anar Mamedli, dont l’association d’observateurs du scrutin mènera un suivi à long terme dans 89 des 125 circonscriptions du pays, essentiellement en dehors de Bakou. Comme lors des élections précédentes, les représentants du pouvoir vont déployer des moyens administratifs, financiers et médiatiques énormes pour créer les conditions les plus favorables au président sortant, explique Torgoul Djouvarly.

Les membres du parti présidentiel, Eni Azerbaïdjan, ont annoncé que le président ne ferait pas une campagne imposante car “il n’en a pas besoin”. Toutefois, au cours de ces dernières semaines, il s’est rendu dans plus de dix régions, où il a rencontré des habitants. Il a également inauguré des entreprises, hôpitaux et écoles, et signé une résolution augmentant de 10 % les salaires de presque toutes les catégories de fonctionnaires et de 15 % les pensions de retraite.

Le Conseil national des forces démocratiques et les autres candidats de l’opposition avaient l’intention de faire une campagne active en région, où la situation socio-économique est moins bonne que dans la capitale. Cepen dant, comme à Bakou, les autorités électorales ont limité les réunions à la périphérie des centres des districts.

Aucun battage n’a lieu à la télévision non plus. Pas une seule chaîne de télévision privée ni aucune radio ne s’est enregistrée auprès de la Commission électorale centrale pour diffuser des spots publicitaires payants, talk-shows ou débats. Les candidats exposent leur programme en direct uniquement sur la télévision publique. La loi oblige en effet celle-ci à accorder à chacun d’entre eux dix-huit minutes d’antenne gratuite au total et la possibilité de participer à des débats d’une heure. Enfin, contrairement aux élections précédentes, il n’y a pas de journalistes étrangers à Bakou.

Pendant ce temps, depuis le début de l’année scolaire, le principal sujet de discussion sur Facebook, le réseau social le plus répandu en Azerbaïdjan (plus de 1 million d’utilisateurs enregistrés), porte sur les problèmes actuels de l’enseignement et non sur la prochaine élection présidentielle.

Chakhine Abbassov
Paru le 19 septembre

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Erevan vote pour Aliev
●●● Si Ilham Aliev dépassait son “arménophobie”, pour Erevan, “l’issue la plus avantageuse [du scrutin présidentiel azerbaïdjanais] serait la victoire du président sortant”, a déclaré le président Serge Sargsian au Congrès annuel de la jeunesse arménienne, le 17 août. Raisons principales : la voie de règlement du conflit du Haut-Karabakh [au point mort depuis le cessez-le-feu de 1994] “quasiment tracée” et “l’acceptation publique des principes de règlement proposés par le Groupe de Minsk”, rapporte le site arménien Armenia Online. Le président de l’Arménie veut ainsi dire qu’il ne souhaite pas de changements, que “le statut quo actuel convient à l’Arménie”, car “le format des négociations, avec la médiation du Groupe de Minsk, arrange tout le monde, les pourparlers se poursuivent, et entre-temps les armes se taisent”, analyse le site arménien Gala.

  • Eurasianet
  • | Chakhine Abbassov
  • mercredi 3 juillet 2013

    Le « printemps azéri », c’est pour quand ?

    L’Azerbaïdjan est comprimé entre une société médiévale, qui élève son président Ilham Aliyev au rang de dieu vivant, et une société moderne qui souffre de sa corruption et de son autoritarisme. Après avoir plusieurs fois balancé entre Moscou et Washington, le pays est aujourd’hui proche des États-Unis et d’Israël. Malgré une croissance très soutenue (et l’exploitation de nouvelles réserves d’hydrocarbures en 2006), André Chamy s’interroge sur la patience des Azerbaïdjanais face à la répression politique.
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    Le clan Aliyev : (de gauche à droite) le fils, la mère, le père, l’épouse, le gendre.

    Le déclenchement en décembre 2010 des révoltes dites « populaires »,qualifiées par la suite de « printemps arabe », a plongé Bakou dans l’expectative et la crainte, tant le régime azerbaïdjanais partage de caractéristiques avec les dirigeants de certains pays arabes chassés du pouvoir. La crainte de la contagion a poussé les dirigeants en place à prendre des mesures pour se protéger. Dans la banlieue de Bakou, le buste de Hosni Moubarak qui décorait le parc dédié à l’amitié égypto-azerbaïdjanaise a été remplacé par un monument politiquement plus neutre.
    De la même manière, concernant la Syrie, avec l’aggravation de la crise et la division des pays de la région entre partisans et opposants au régime du président el-Assad, l’Azerbaïdjan a tenté de poursuivre sa politique de précaution. Sans pouvoir ouvertement soutenir les opposants au régime qui exigent le départ du président syrien, la République du Caucase a exprimé sa réprobation vis-à-vis de l’emploi de la violence à l’encontre des populations civiles.
    Devenu en octobre 2011 membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU pour une période de deux ans, Bakou s’est montré d’autant plus prudent dans son appréhension de la crise syrienne qu’il est pris en tenailles par ses deux imposants voisins turc et iranien, qui occupent des positions diamétralement opposées dans l’équation syrienne. Ankara est en effet le chef de file du camp qui exige le départ du dirigeant de Damas, tandis que Téhéran soutient ce dernier sans relâche.
    La position de l’Azerbaïdjan est devenue davantage critique et audible quand les Arméniens du Karabakh ont affirmé avoir accueilli et installé dans certains de leurs districts des familles arméniennes de Syrie qui fuyaient les combats. Bakou a jugé inacceptable et illégale cette installation sur des territoires dont le statut et la souveraineté demeurent selon lui un point d’achoppement important dans ses relations avec Erevan.
    En réalité, le problème est plus grave pour Bakou. Le président Aliyev doit se demander, tandis que ce fameux printemps s’approche de ses frontières, s’il pourrait donner des idées à l’opposition azerbaïdjanaise et la pousser à se lancer dans un combat similaire. Certains pays même « amis de l’Azerbaïdjan » qui font pour l’essentiel partie du club des « Amis de la Syrie » ne seraient pas mécontents qu’un changement éventuel de régime en Syrie puisse s’avérer bénéfique en termes d’impact sur l’Azerbaïdjan.
    En effet, selon eux, le départ du président el-Assad, quelles que soient les forces qui lui succèderaient, risquerait d’affaiblir le puissant voisin iranien, avec lequel Bakou n’a jamais entretenu de relations faciles, si bien que l’Azerbaïdjan semble parfois se rapprocher de la Turquie et du camp anti Bachar el-Assad.
    Toutefois, pour le régime d’Ilham Aliyev, soutenir le prétendu processus démocratique dans le monde arabe reviendrait à se tirer une balle dans le pied. La crainte de la contagion de la vague de contestation populaire est d’autant plus forte que de nombreuses protestations populaires contre le pouvoir en place ont eu lieu durant les mois de janvier et février 2013 à Bakou et en province. Elles ont donné lieu à de multiples arrestations et à des détentions administratives qui ne constituent pas une première dans ce pays.

    Les Droits de l’homme

    Depuis plusieurs années les différents services de police procèdent à des arrestations de tous genres touchant des journalistes, des blogueurs, des avocats et des hommes politiques pour ensuite les faire passer par la case Justice, qui prononce à leur encontre des condamnations plutôt lourdes au mépris des principes les plus élémentaires des Droits de l’homme.
    Tout est bon pour condamner : faux témoins, pièces à convictions placées volontairement par des policiers ou par des « auxiliaires » de ces services, sans oublier les faits inexistants auxquels sont données des qualifications pénales, ce qui permettrait de justifier de peines plus ou moins lourdes en fonction du délai pendant lequel il est nécessaire de se débarrasser des accusés. Le motif réel est l’opposition politique au clan Aliiev.
    Tous les opposants sont susceptibles de subir ces poursuites, de gauche ou de droite, laïques ou pratiquants, altermondialistes ou simples prêcheurs pour un retour aux valeurs de l’islam.
    Bien que l’Azerbaïdjan ait adhéré au Conseil de l’Europe au mois de janvier 2001, la situation des Droits de l’homme dans ce pays reste plus que préoccupante. Différents rapports ont été émis, même s’ils sont parfois « édulcorés », et critiquent les agissements de ce pays notamment concernant les situations des prisonniers politiques, le recours à la force et à l‘arbitraire.
    Les exemples sont nombreux, Emin Huseynov a été arrêté alors qu’il observait et filmait une manifestation devant le bâtiment présidentiel à Bakou. Plusieurs hommes en civil se sont approchés de lui et l’ont conduit à l’intérieur du bâtiment. Sa caméra et ses papiers d’identité ont été saisis. Après sa libération à 14 h 30, ses papiers et sa caméra lui ont été rendus ; cependant, les hommes avaient effacé toutes les photos et donné aucune explication au sujet de son arrestation. Ils l’ont averti que s’il revenait sur ce site, il serait à nouveau arrêté….
    L’arrestation de Zaur Gurbanli est liée également à ses activités en ligne et à son engagement politique. À un an de l’élection présidentielle d’octobre 2013, Bakou semble moins que jamais disposé à relâcher la pression sur la presse et la société civile, qui s’est de nouveau accentuée depuis que les médias se sont retirés avec la fin de l’Eurovision.
    Ce n’est que le 1er octobre 2012 que le service de presse du ministère de l’Intérieur a annoncé son placement en détention administrative pour quinze jours, jusqu’à la tenue de son procès, pour ne pas avoir coopéré avec la police dans une enquête portant sur un « trafic de drogue ». Les activistes locaux craignent que de nouvelles charges ne soient ajoutées au terme de l’enquête en cours. L’avocat de Zaur Gurbanli, Ashabali Mustafayev, a confié à Radio Free Europe / Radio Liberty, qu’il travaillait à ce que la détention ne soit pas prolongée au-delà de ces quinze jours.
    Le même procédé a été utilisé avec un autre opposant, le docteur Samadov, qui, à l‘occasion d’un discours politique devant ses partisans, aurait qualifié le président Aliyev de « Yazid », ce qui, dans la bouche d’un chiite est assimilé à la trahison des valeurs de l’islam. Il s’est trouvé poursuivi pour « complot contre l’État » et pour « participation à une entreprise terroriste ».
    Le docteur Samadov a été arrêté sans que personne n’ait été avisé. Ce n’est qu’au bout de trois semaines qu’il a pu rencontrer son avocat, qui n’a pu apprendre que par des moyens détournés le lieu d’arrestation de son client. Actuellement, il purge une peine de huit ans de prison ferme avec une dizaine de ses amis et membres de sa famille.
    Les blogueurs et activistes en ligne sont régulièrement la cible du harcèlement des autorités. Après la libération des célèbres blogueurs Emin Milli et Adnan Hajizade en 2010, une nouvelle vague de répression s’est abattue sur les blogueurs suite aux manifestations de l’opposition au printemps 2011, dans la foulée du« printemps arabe ».
    L’Azerbaijan est situé actuellement à la 162e place (sur 179) du dernier classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.
    Manifestement, Le printemps azerbaïdjanais n’a donc pas encore fleuri !
    Dans un rapport de quarante-cinq pages, rendu public le 16 novembre 2011 à Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan, Amnesty International montre comment le gouvernement azerbaïdjanais pratique l’intimidation et les arrestations arbitraires afin d’éviter qu’internet ne soit utilisé pour organiser des manifestations et diffuser des informations critiques à son encontre.
    Le rapport The spring that never blossomed : freedoms suppressed in Azerbaijan (Le Printemps qui n’a jamais fleuri : les libertés supprimées en Azerbaïdjan) démontre l’augmentation des mesures de répression dont sont victimes en Azerbaïdjan des militants utilisant Internet, des opposants politiques et des journalistes [1].
    Malgré ce climat répressif, des centaines de personnes se rassemblent de temps à autre à Bakou. Inspirées par les mouvements de protestation au Proche-Orient et en Afrique du Nord, elles ont manifesté en faveur de réformes démocratiques et de mesures contre la corruption. Ces manifestations sont toujours sévèrement réprimées. De nombreuses personnes ont été arrêtées et condamnées à des peines de prison.
    Le rapport de Human Rights Watch de 55 pages, intitulé Crushing Dissent : Repression, Violence and Azerbaijan’s Elections, apporte des informations sur des centaines d’arrestations arbitraires, des passages à tabac, des actes de torture généralisée et des renvois de leur emploi, pour motivations politiques, de membres et de partisans de l’opposition suite à l’élection présidentielle du 15 octobre, qualifiée de « frauduleuse » par une bonne partie de la communauté internationale [2]
    Le rapport de Human Rights Watch, établi suite aux dernières élections, apporte des informations sur les violations des droits humains commises par les autorités azéries avant, pendant et après l’élection présidentielle. Il s’appuie sur des centaines d’entretiens avec des victimes et des témoins conduits dans treize villes et agglomérations du pays, en octobre et novembre.
    Human Rights Watch a montré que le gouvernement avait empêché les candidats de l’opposition de mener efficacement leur campagne. Des brutalités policières et des arrestations arbitraires ont eu pour but d’intimider les partisans de l’opposition et le grand public. Le jour de l’élection, le gouvernement a mené une campagne très organisée de fraudes à travers tout le pays afin d’assurer la victoire du candidat du parti au pouvoir, Ilham Aliyev, à la barbe de la plus vaste équipe internationale d’observateurs du processus électoral jamais déployée dans le pays.
    Dans les semaines qui ont suivi l’élection, les autorités azéries ont utilisé la violence post-électorale comme prétexte à une répression massive de l’opposition. La police a arrêté près d’un millier de personnes, dont des responsables nationaux de l’opposition, des membres des partis locaux d’opposition, des activistes d’organisations non-gouvernementales, des journalistes, des responsables des élections et des observateurs qui mettaient en avant les fraudes.
    Human Rights Watch a recueilli des informations sur de nombreux cas de torture par la police. Cette dernière a eu recours, contre les responsables de l’opposition, à de violents passages à tabac, à des décharges électriques et à des menaces de viols perpétrés par des hommes. L’Unité du crime organisé du ministère de l’Intérieur a joué ici un rôle particulièrement actif.
    Human Rights Watch a montré que la domination totale exercée par la présidence était l’une des causes des abus commis contre les Droits humains en Azerbaïdjan. Nombre des abus étudiés par Human Rights Watch se sont produits sous les ordres directs des autorités exécutives locales nommées par les services du président auxquels elles rendent exclusivement compte de leurs activités.
    Les prochaines élections prévues pour le mois d’octobre pourraient apporter leur lot de manifestations, de répression, et d’arrestations arbitraires. Le feu qui couve doit interroger le président Aliyev à différents niveau.
    Ce feu pourrait se transformer en brasier, et les atteintes aux droits de l’homme ne seraient que le catalyseur pour déclencher le feu des dieux, ce à l’instar de l’étincelle de Sidi Bouzid au mois de décembre 2010 en Tunisie, qui aurait été provoquée par le vendeur de légumes qui s’est immolé.

    Les particularités de l’Azerbaïdjan

    La confessionnalisation des crises au Proche-Orient, orchestrée pour permettre une meilleure exploitation de la situation, a dû faire prendre conscience à Bakou du risque de voir sa propre population divisée.
    Situé au carrefour de l’Iran, de la Russie et de la Turquie dont il continue de recevoir les influences politiques et religieuses, l’Azerbaïdjan possède la particularité d’être la seule république turcophone post-soviétique à posséder une double identité religieuse, à la fois chiite et sunnite. Ce particularisme, hérité de sa position frontalière entre l’Empire ottoman sunnite et l’Empire safavide chiite, était peu perceptible à l’époque de l’Union soviétique.
    La quête d’identité depuis l’indépendance s’est concentrée en partie sur le fait religieux et a donné lieu à un réveil islamique. L’activisme des courants religieux, turcs comme iraniens, a ravivé la flamme de la foi chez les Azerbaïdjanais mais aussi créé des divisions. Le prosélytisme sunnite exercé par la Diyanet (département des Affaires religieuses en Turquie,) mais également par des mouvements privés représentés par les disciples de Sait Nursi, Fethullah Gülen, Suleyman Tunahan et du leader naqshibendi Osman Nuri Topbas, quatre autorités religieuses qui sont à la tête d’importants mouvements partisans d’un islam turc et sunnite, viennent froisser pour le moins l’amour propre de la majorité chiite, laquelle pourrait se sentir menacée dans ses convictions
    Les sunnites n’ont pas directement tenté de s’imposer dans un Azerbaïdjan majoritairement chiite, mais en favorisant le développement de leur doctrine, elle-même divisée entre plusieurs tendances, ils pourraient contribuer à réveiller la ligne de fracture entre les deux principales communautés de l’islam. Des salafistes, plus ou moins fondamentalistes, venus de la péninsule arabique ou du Caucase du Nord, ont ainsi réussi à imposer un radicalisme jusque-là inexistant dans le pays.
    Quand on connaît le passé commun des deux pays, l’influence des chiites iraniens qui s’est développée à partir de 1990 semble naturelle. Celle-ci a toutefois également contribué au réveil du clivage entre chiites et sunnites. L’établissement de relations diplomatiques entre Bakou et Téhéran a ouvert la voie à la promotion officielle des préceptes du guide de la Révolution islamique, Ali Khamenei, en Azerbaïdjan. Des centaines de jeunes Azerbaïdjanais sont partis étudier dans les villes iraniennes de Qom et de Machhad où ils se sont familiarisés avec les idées de plusieurs grandes figures chiites.
    Avant la crise syrienne, la ligne de fracture chiites/sunnites semblait résister. L’État cherchait d’un côté à affaiblir l’influence de l’Iran en expulsant des fondations iraniennes et en réprimant les personnalités et les ONG locales soupçonnés d’être pro-iraniennes, et de l’autre côté l’on a cherché à réduire la coopération religieuse avec Ankara et la mosquée de la place des martyrs, haut-lieu symbolique de la présence musulmane turque en Azerbaïdjan, a été fermée par les autorités, officiellement pour des raisons de sécurité. Mais en fait pour réduire le poids de la Turquie dans l’islam azerbaïdjanais.
    En se transformant au moins en apparence, en conflit religieux, la crise syrienne a ravivé les querelles confessionnelles au sein de la République du Caucase. Elle interpelle surtout les autorités religieuses et les plus pieux des croyants, soit une minorité d’Azerbaïdjanais.
    La discrète communauté salafiste, elle-même divisée en plusieurs branches, bien qu’elle n’ait fait aucune déclaration publique, compte certains prêcheurs, qui ont ouvertement pris fait et cause pour les rebelles djihadistes de Syrie. Ils appartiennent souvent à des groupes ethniques nord caucasiens (lezgin, avar ou tchétchène) et partent combattre en Syrie après avoir fait la guerre en Afghanistan.
    Les milieux chiites militants sont plus diserts sur la crise syrienne. De manière générale, leur attitude est très tranchée, ils condamnent fermement les rebelles et les forces extérieures qui les soutiennent. Interrogé dans son bureau de l’association des droits de l’homme DEVAMM, Hadji Ilgar Ibrahimoglu, le leader chiite le plus charismatique, le plus populaire et le plus politisé d’Azerbaïdjan, ne croit pas aux motivations démocratiques et révolutionnaires de l’opposition syrienne.
    D’autres associations chiites influentes expriment un point de vue similaire. Leurs responsables sont eux aussi persuadés que « derrière le soutien aux rebelles se cache en réalité le désir des puissances hostiles à l’Iran, et au monde chiite, de punir le régime syrien pour son engagement pro-iranien ».
    Ce constat est traduit par le fait qu’ il existe une alliance entre les États-Unis et leurs alliés sunnites de la région pour affaiblir l’Iran.
    Cette tension qui couve n’est pas faite pour rassurer le président Aliyev… Le régime en place craint que les révolutions arabes, et même la situation en Syrie où une victoire de l’opposition pourrait ouvrir la voie aux forces qui réclament le changement à Bakou, pourraient inspirer l’opposition. Selon un sondage réalisé en septembre 2012, seuls un tiers des Azerbaïdjanais (35 %) pense que leur pays va dans la bonne direction. Un autre tiers (33,9 %) se déclare favorable à une révolution du type printemps arabe. 14 % des personnes interrogées se disent mécontentes du régime d’Ilham Aliyev, mais s’en accommodent pour préserver la paix et la stabilité dans un pays encore marqué par les conflits des premières années de son indépendance.
    L’Azerbaïdjan est donc involontairement dans une tourmente qui la rend schizophrène. D’un côté la crise syrienne la conforterait puisque selon ses intérêts géopolitiques elle pourrait la faire profiter de la chute éventuelle de Bachar el-Assad, ce qui serait une défaite diplomatique pour ses voisins russe et iranien. Mais en même temps cette chute qui parait improbable risquerait de donner des idées à son opposition, ce notamment face à une opinion qui devient de plus en plus hostile à son président.

    Le rôle de ses amis

    L’autre volet du conflit du Proche-Orient, en l’occurrence le conflit israélo-arabe, pointe son nez à travers une alliance qui peut paraître comme contre nature entre l’Azerbaïdjan et Israël.
    En effet, Israël a commencé à cultiver des relations étroites avec Bakou en 1994, lorsque l’entreprise israélienne de télécommunications Bezeq a acheté une part importante de la société nationale de téléphonie. En 1995, le marché azerbaïdjanais était plein de biens israéliens : « Les glaces Strauss, les téléphones portables produits par Motorola en Israël, la bière Maccabee et les autres exportations israéliennes sont partout », écrivait un journaliste israélien dans leJerusalem Post.
    En mars 1996, le ministre de la Santé d’alors, Ephraïm Sneh, devint le premier responsable israélien de haut niveau à se rendre à Bakou, mais certainement pas le dernier. Benjamin Netanyahou fit le voyage en 1997, et une délégation de la Knesset en 1998, le vice Premier ministre Avigdor Lieberman et la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni en 2007, le président Shimon Peres en 2009 et Lieberman à nouveau, en tant que ministre des Affaires étrangères, en février dernier. Peres avait été accompagné lors de sa visite à Bakou par Avi Leumi, le PDG d’Israel Aeronautics Defense Systems, un ancien responsable du Mossad.
    Les responsables du renseignement états-unien ont commencé à prendre au sérieux en 2001 la cour que faisait Israël à l’Azerbaïdjan. En 2001, le fabricant d’armes Elbit Systems s’était allié à l’entreprise géorgienne Tbilissi Aerospace Manufacturing pour développer l’avion soviétique SU-25 Scorpion, un avion d’appui aérien rapproché, et un de ses premiers clients avait été l’Azerbaïdjan.
    L’Azerbaïdjan bénéficie donc clairement de ses relations approfondies avec Israël. L’État hébreu est le deuxième plus grand client de pétrole azerbaïdjanais, transporté par le pipeline Bakou-Tbilissi-Ceyhan, et ses ventes d’armes permettent à l’Azerbaïdjan de développer ses capacités militaires après que l’Organisation pour la Coopération et la Sécurité en Europe (OSCE) l’ait frappé d’un embargo sur les armes suite à son conflit avec l’Arménie sur la région du Haut-Karabagh.
    L’État hébreu est devenu pour le régime d’Azerbaïdjan une sorte de conseiller en sécurité intérieure, car à travers les moyens électroniques vendus à prix d’or aux azéris et grâce aux contrats de conseils par rapports aux risques d’agitations, les Israéliens se sont assurés le rôle de sentinelle dans le Caucase. Ils y trouvent leur compte non seulement pour fructifier « leur expérience » dans les« territoires palestiniens occupés », mais également pour garder unœil sur le voisin iranien au prétexte de choisir le bon moment pour attaquer les installations nucléaires, but devenu de plus en plus inatteignable….
    Les États-uniens n’apprécient guère cette amitié, car elle génère pour eux un risque qu’ils ne sauraient forcément contrôler, en l’occurrence qu’Israël décide d’utiliser les bases aériennes de l’Azerbaïdjan pour attaquer l’Iran, risque qu’ils tentent d’éviter en ce moment, car ils ne veulent pas s’engager dans une aventure militaire incontrôlée et dont les conséquences seraient imprévisibles.
    Les États-uniens ont leurs intérêts, et leurs calculs par rapport à la situation géopolitique dans la région. Différentes questions les intéressent dans cette région. Évidemment, le pétrole et le gaz, mais également la situation aux frontières de la Russie et de l’Iran. La question est de savoir si Bakou est décidé à céder devant toutes les exigences US.
    Pour le moment, l’Azerbaïdjan n’a commis aucune « grosse faute »,puisqu’il ne s’est jamais heurté de front aux intérêts géostratégiques des États-Unis. Cela suffira pour lui épargner des vents du changement dans la région. Ce pays caucasien se trouve, depuis l’effondrement de l’Union Soviétique, tout en haut sur la liste des États prioritaires bénéficiant de l’aide US.
    Dans un rapport de planification stratégique édité par l’organisation d’aide au développement USAID, agence du ministère états-unien des Affaires étrangères, on a pu lire le constat suivant dès juin 2000 :« L’Azerbaïdjan possède d’énormes réserves prouvées de pétrole et de gaz naturel. De plus, il se situe dans une zone géostratégique cruciale entre la Russie et l’Iran ». Par voie de conséquence, Washington ne néglige rien pour mettre Bakou de son côté, tandis que les Azéris louvoient, depuis leur indépendance en 1991, entre Washington et Moscou.
    Si les plans US réussissaient, Washington pourrait faire d’une pierre deux coups : d’une part, la Russie serait encore un peu plus houspillée hors du Caucase méridional. D’autre part, il pourrait créer une pierre d’achoppement entre Moscou et Téhéran. Ce plan ne semble pas fonctionner, mais il pourrait s’agir d’un coup de billard à deux bandes. Le premier coup serait de se débarrasser du régime Aliyev qui ressemble en plusieurs points aux régimes arabes qui sont tombés et qui étaient pourtant dociles à l’égard des États Unis, pour ensuite traiter avec des successeurs qu’ils auraient préparés d’avance…
    Ceci explique que le but principal des stratèges de Washington est de favoriser une adhésion à l’OTAN de l’Azerbaïdjan. Le 3 juin 2009, dans le magazine Eurasianet, qui s’affiche sur la grande toile, on pouvait lire un article de Shahin Abbasov, conseiller de Georges Soros, « L’Azerbaïdjan pourrait plus vite devenir membre de l’OTAN que la Géorgie ou l’Ukraine ». Ensuite, dit-on dans l’article, l’Azerbaïdjan dispose de « quelques atouts particuliers », notamment ses « liens culturels étroits » avec la Turquie, partenaire à part entière de l’OTAN et son importance stratégique cardinale sur le tracé prévu de l’oléoduc Nabucco.
    Mais avant que les démarches ne soient entreprises en vue de l’adhésion de l’Azerbaïdjan au sein de l’OTAN, l’on cherche d’abord à briser les relations qui existent entre Bakou et Moscou. La Russie a conservé, depuis la fin de l’Union Soviétique, la station de radar de Gabala en Azerbaïdjan, une station de haute importance stratégique. Le bail s’est terminé au mois de décembre 2012. Moscou a refusé la reconduction de ce bail jusqu’en 2025 en raison du prix de la location exigé par Bakou qui voulait le faire passer de 7 millions de dollars à 300 millions.
    Bien sûr, il faut également tenir compte de solides intérêts économiques. À ce propos, on a pu lire les lignes suivantes dans le texte qui exposait en juin 2000 la planification stratégique de l’USAID : « La participation de firmes américaines dans le développement et l’exportation du pétrole et du gaz naturel azerbaïdjanais s’avère importante pour la diversification des importations américaines d’énergie et pour la promotion des exportations américaines. Les Etats-Unis soutiennent l’utilisation de divers tracés d’oléoducs pour faciliter l’exportation du pétrole d’Azerbaïdjan ». Il s’agit surtout de contourner la Russie et l’Iran dans l’acheminement du pétrole et du gaz naturel. Le tracé Bakou/Tiflis (Tbilissi)/Ceyhan achemine déjà le gros du pétrole de la zone caspienne via la Géorgie en direction de la côte méditerranéenne de la Turquie. Cet oléoduc est contrôlé par un consortium anglo-américain sous la direction du géant pétrolier britannique BP.
    D’autres tracés d’oléoducs devront être construits à court ou moyen terme. On est actuellement en train de boucler les négociations quant à la construction de l’oléoduc TANAP (“Trans-Anatolian Pipeline”) qui devrait acheminer le gaz naturel azerbaïdjanais en Europe via la Turquie. Le projet TANAP, qui aura coûté 7 milliards d’euro, devrait avoir une capacité de 16 milliards de m3 par an, ce qui constitue une concurrence majeure pour la Russie, et aussi, bien sûr, pour l’Iran.
    Cette coopération économique suffirait elle aux États-uniens, rien n’est moins sûr ! Le clan Aliyev ne les rassure pas et dans leur fausse promotion de la démocratie qui n’est utilisée que pour des intérêts politiques et stratégiques, Washington cherche à déstabiliser Moscou.
    Selon les spécialistes états-uniens, plus le vent de la « démocratie »s’approche des frontières de la Russie plus l’on provoque le Tsar Poutine. Il est évident qu’à chaque fois que cette question de déstabilisation est évoquée par les Russes, on leur oppose qu’ils utilisent la« théorie du complot » uniquement pour justifier leur carence en démocratie. Mais la ficelle est grosse et la démocratie a bon dos.
    Le Clan Aliyev s’interroge toujours sur la sincérité des États-uniens à leur égard. Même un mafiosi, puisque c’est ainsi qu’est qualifié le régime des Aliyev, sait qu’on n’a rien sans rien et la protection des USA a forcément son prix, et comme il a tenté d’imposer aux Russes un prix qu’ils n’ont pas accepté, les États Unis risqueraient de lui demander un prix qu’il ne pourra pas accepter.
    C’est ainsi que simultanément à la rencontre-surprise de Donald Rumsfeld, patron du Pentagone, avec son homologue azéri, à l’aéroport de Bakou, l’Agence de presse publique azérie, Azartadj, a rapporté que les États-Unis cherchaient à déployer une force spéciale dite « Garde de la Caspienne », dans la zone littorale de cette mer. L’objectif affiché est d’assurer la sécurité des unités et des organismes chargés de la prospection et de l’exploitation du pétrole, ainsi que de protéger les pipelines d’éventuels attentats terroristes.
    Même si l’on ne connaît pas, en détail, la teneur des pourparlers, entre Rumsfeld et Safar Abiov, la plupart des analystes, en évoquant le projet dit « Garde de la Caspienne », estiment cependant que les États-Unis tentent d’imposer à Bakou leurs desseins expansionnistes…
    Le quotidien azéri Azadliq a rapporté, dans son édition du mercredi 13 avril 2003, que le président azéri était allé, au Pakistan, et ce, au seuil de la visite de Rumsfeld, pour éviter toute rencontre avec le secrétaire à la Défense. Ces dernières semaines, Washington, en consacrant 7 millions de dollars à la tenue d’élections législatives prétendument démocratiques, en Azerbaïdjan, s’ingère indiscutablement dans les affaires intérieures de ce pays. En réalité, ils attendant le retour sur leur investissement.
    Les rencontres de l’Ambassadeur US, à Bakou, avec les dirigeants pro-occidentaux de l’opposition azérie montrent, en quelque sorte, que les États-Unis cherchent à provoquer une révolution de couleur, en République d’Azerbaïdjan, appelée « Révolution violette » ; ce qui a même inquiété certains responsables du parti au pouvoir, à Bakou.
    Dans la même veine, il a été constaté des contacts intenses entre certaines ambassades occidentales, des opposants et des « e-citoyens »,afin de les encourager dans leur dénonciation du régime Aliyev. Des financements de leurs activités, de leurs moyens de communications et évidemment les frais de leur défense devant les autorités et juridictions azéries sont pris en charge soit directement soit par le biais des ONG qui ont fait parler d’elles lors des « révolutions » colorées.
    Des formations juridiques, économiques, et sur l’usage des médias sont fournies soit localement, soit à travers de voyages à l’étranger en Europe ou aux États Unis, organisés par ces mêmes ONG. Ces actions sont menées au nom de la promotion de la démocratie et des Droits de l’Homme, concept intéressant, voire indispensable, mais qui semble depuis la chute du mur de Berlin totalement voué à assurer les intérêts de certaines puissances.
    La plupart des experts sont d’avis que Washington, en brandissant la menace d’une « révolution violette » contre Bakou, tente de faire ingurgiter aux autorités azéries ses projets expansionnistes, notamment celui concernant la création d’une base de forces rapides et la mise en place d’une Garde de la Caspienne, en République d’Azerbaïdjan, pour protéger l’oléoduc Ceyhan-Bakou, de prétendus attentats terroristes…
    L’opinion publique de l’Azerbaïdjan considère toute coopération militaire de son pays avec Washington comme allant à l’encontre de ses intérêts nationaux, d’autant qu’une loi adoptée récemment par le parlement azéri interdit au gouvernement de Bakou l’octroi d’une base militaire aux pays étrangers. Si les États-Unis sont, vraiment, décidés à imposer une « révolution violette », les concessions éventuelles du gouvernement d’Aliyev ne sauraient être capables de l’empêcher.
    Ce que Washington cherche, ce sont ses propres intérêts et non pas des amis sûrs et permanents. C’est ainsi qu’elle a lâché en son temps le Shah, puis Abdoullah saleh, Ben Ali et Moubarak. Seuls, les gouvernements basés sur la volonté populaire seront à même de résister, catégoriquement, aux exigences expansionnistes de l’Administration yankee.
    Cependant, la seule interrogation qui demeure en suspens n’est pas de savoir si ce printemps azéri va se produire, mais celle de savoir quand il aura lieu… ?
    André Chamy
    André Chamy Sociologue et avocat français. Auteur de L’Iran, la Syrie et le Liban - L’Axe de l’espoir (Les éditions du Panthéon, 2012). Vice-président de Réseau Voltaire France.André Chamy

    vendredi 21 juin 2013

    Polémique sur la présence militaire israélienne en Azerbaïdjan

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    Alors que l’Azerbaïdjan a signé un contrat militaire d’un milliard et demi de dollars avec Israël, la presse russe a annoncé que l’État hébreu avait acquis 8 aéroports militaires (4 désaffectés et 4 opérationnels) en vue d’attaquer l’Iran.
    Le gouvernement azéri a officiellement démenti les informations de la presse russe sans pour autant expliquer la présence israélienne dans ces aéroports. L’Azerbaïdjan refuse que son territoire soit utilisé pour attaquer un de ses voisins.
    Disposant d’une frontière commune avec l’Iran, l’Azerbaïdjan permettrait à l’aviation israélienne de bombarder des cibles précises dans le Nord de l’Iran sans avoir à alimenter ses avions en vol.
    L’élection d’un libéral à la présidence de la République islamique d’Iran, vendredi dernier, rend une guerre israélo-iranienne peu probable.
    En 2008, Israël avait acquis 2 aéroports militaires en Géorgie pour attaquer l’Iran. Cependant, dès le début de la guerre d’août contre l’Ossétie du Sud, Moscou les détruisit avant même d’attaquer Tbilissi.

    jeudi 6 septembre 2012

    Guerre possible entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan

    À l’est de l’Europe, deux pays sont en train de s’entre-déchirer à coup de tirs entre francs-tireurs (snipers).
    L’Azerbaïdjan et l’Arménie, pays voisins, et anciens satellites de l’ex-URSS mais toujours sous l’influence de la Russie de Poutine, sont sous tension et menacent de verser dans la guerre, dans un proche avenir.
    L’Union Européenne s’en inquiète non seulement pour des raisons humanitaires et politiques, de stabilité géopolitique mais aussi pour des raisons économiques et énergétiques puisque l’approvisionnement de pétrole et de gaz provenant de l’Azerbaïdjan pourrait être interrompu si guerre il y avait.

    L’Azerbaïdjan est un pays transcaucasien, limitrophe de la Russie, de l’Iran et de l’Arménie, et bordé par la Mer Caspienne. Les habitants, au nombre de 8.7 millions, sont les Azerbaïdjanais comprenant des Russes, des Arméniens, des Turcs, des Tatars et surtout des Azéris, peuples locaux. L’Azerbaïdjan, dont la capitale est Bakou, possède une région autonome, le Haut-Karabagh, région montagneuses, à majorité arménienne, enclavée à l’ouest du pays, mais aussi une région autonome, le Naxcivan, enclavée, elle, en Arménie. Il est nécessaire de rappeler que le destin des Arméniens est étroitement lié à celui de l’Azerbaïdjan puisque, au début du XIXème siècle, des traités russes et ottomans poussèrent les Arméniens des territoires ottomans ou russes à s’installer en Azerbaïdjan, obtenant des terres fertiles, au détriment de la population azéri.

    En 1988, alors que l’URSS libéralise ses relations, le Haut-Karabagh demande son rattachement à l’Arménie. Des révoltes, des massacres d’Arméniens ont alors lieu. En 1989, l'URSS met en place une commission destinée à gérer directement le Haut-Karabagh. Mais cela ne suffit pas. Le pouvoir soviétique reprend la main en 1990 et 1991 en envoyant l’Armée Rouge et vidant les villages arméniens situés sur le sol azerbaïdjanais. Mais, après l'effondrement du bloc soviétique, le conflit avec l’Arménie se poursuit, d'autant que les deux pays, l'Arménie et l'Azerbaïdjan reprennent leur indépendance en 1991. En 1993, des troupes arméniennes envahissent l’Azerbaïdjan. Cette action militaire entraîne la condamnation de l’Arménie par la Communauté internationale. En 1997, l’Azerbaïdjan voit sa position se renforcer grâce à ses ressources pétrolifères en mer Caspienne et conclut des accords avec la Turquie et les États-Unis. Quant à l’Arménie, elle expulse dès 1998 tous les Azéris du Haut-Karabagh. On parle alors d’épuration ethnique. Il faut noter qu’officiellement le Haut-Karabagh reste un territoire azerbaïdjanais mais occupé et géré par les Arméniens contre l’avis de la Communauté internationale.

    L’Arménie, dont la Capitale est Erevan, avec près de 3 millions d’habitants, est proche de l’Iran, de l’Azerbaïdjan et de la Turquie.  On considère que l’Arménie, pays d’Asie sur le plan géographique, reste un pays européen de par sa culture et de son histoire. L’Arménie a été un des premiers royaumes chrétiens puisqu’un des rois arméniens se convertit en 300 de notre ère. L’Arménie fut plusieurs fois envahie, par les Ottomans ou Turcs, puis par les Russes. Lorsque l’URSS fut créée, l’Arménie devint un satellite soviétique qui retrouva son indépendance, comme de nombreux pays, en 1991. Le Haut-Karabagh fut, pendant un temps, une république autonome, reconnue par l’URSS. Malheureusement, pendant le régime stalinien, de nombreux Arméniens furent persécutés et durent s’exiler. Jusqu’à dans les années 80, les Arméniens restés en Azerbaïdjan furent également persécutés par les Azéris : répression politique et religieuse, économique, etc.

    Depuis quelques mois, des échanges de tirs ont lieu dans le Haut-Karabagh entre les Arméniens et les Azéris. En 2010, 25 soldats ont été portés disparus. Des snipers ou francs-tireurs échangent des tirs pendant que les deux pays semblent augmenter leurs ressources militaires et se préparer à la guerre. L’Azerbaïdjan a nettement augmenté son budget militaire passant de 130 millions en 2003 à 3 milliards en 2011 tandis que l’Arménie espère bien pouvoir compter sur le soutien russe... qui vend des armes aux deux parties !

    La Turquie semble proche de l’Azerbaïdjan, l’Iran pourrait soutenir l’Arménie, et sans compter les autres pays ou régions en périphérie comme les États-Unis, Israël ou l’Union Européenne. Cette guerre pourrait déstabiliser la région et avoir des effets non négligeables sur l’Europe dans son ensemble.
    mlte.over-blog.com

    L'Arménie chrétienne prête à la guerre contre l'Azerbaïdjan islamique

    L'Arménie (chrétienne) a averti lundi être prête à la "guerre" contre l'Azerbaïdjan (islamiste), dans un climat de vives tensions entre ces deux pays depuis que Bakou (capitale de l'Azerbaïdjan) a gracié et promu un officier azerbaïdjanais condamné à la perpétuité pour avoir décapité un militaire arménien.
    "Nous ne voulons pas la guerre, mais si nous y sommes contraints, nous nous battrons et nous gagnerons", a déclaré le président arménien, Serge Sarkissian, dans un communiqué diffusé lundi sur son site internet.
    Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a gracié Ramil Safarov dès son retour au pays vendredi, après son extradition de Hongrie où il purgeait une peine de prison à perpétuité pour le meurtre commis en 2004 dans ce pays.

    Accueilli en héros, Ramil Safarov a en outre été promu au grade de commandant, reçu une maison et obtenu le versement de son salaire pour les huit années qu'il a passées en Hongrie, en dépit d'assurances données par Bakou à Budapest selon lesquelles l'officier purgerait sa peine en Azerbaïdjan.
    M. Sarkissian a dénoncé l'Azerbaïdjan comme étant "un pays où l'on ordonne illégalement de remettre en liberté et où l'on glorifie publiquement n'importe quel bâtard qui a tué des gens simplement parce qu'ils sont Arméniens".

    Bakou a de son côté accusé Erevan (capitale de l’Arménie) de lancer une série de cyber-attaques contre huit sites internet azerbaïdjanais, dont ceux du président, sur lesquels ont notamment parfois été postés des photos du militaire arménien tué.
    "Le fait même qu'il soit procédé à une telle action montre l'impuissance d'Erevan, c'est la tactique des faibles", a réagi dans un communiqué Elnur Aslanov, un représentant de l'administration présidentielle azerbaïdjanaise.

    Ramil Safarov avait décapité Gourgen Margarian dans son sommeil, au cours d'un stage organisé à Budapest par l'Otan pour des militaires originaires des pays de l'ex-URSS.
    À la suite de son extradition, l'Arménie a annoncé suspendre ses relations diplomatiques avec la Hongrie.

    Et, dimanche, le gouvernement hongrois a convoqué l'ambassadeur d'Azerbaïdjan pour protester contre cette grâce "inacceptable".

    La Russie, membre du Groupe de Minsk qui mène des négociations de médiation pour trouver une issue au conflit du Haut-Karabakh que se disputent l'Arménie et l'Azerbaïdjan, a fait part lundi de sa "profonde préoccupation" concernant l'extradition de Ramil Safarov et la grâce lui ayant été accordée.

    "Nous pensons que les actions des Azerbaïdjanais aussi bien que celles des autorités hongroises vont à l'encontre des efforts effectués au niveau international, avant tout à travers le Groupe de Minsk de l'OSCE (États-Unis, France, Russie), pour apaiser les tensions dans la région", a déclaré le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Alexandre Loukachevitch, dans un communiqué.

    "La France, fortement engagée comme les autres coprésidents du groupe de Minsk en faveur d'une solution pacifique au conflit du Haut-Karabagh, considère que cette décision risque de nuire gravement aux efforts de négociation et à l'établissement d'un climat de confiance entre les parties", a déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

    Le Groupe de Minsk a, quant à lui, exprimé sa "profonde inquiétude et ses profonds regrets pour les dommages que la grâce et toute tentative de glorifier le crime ont causés au processus de paix". Il a ajouté qu'il n'y avait "pas d'autre option qu'un règlement pacifique du conflit du Nagorny-Karabakh".
    Dans un communiqué, le chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, et le commissaire chargé de la politique européenne de voisinage, Stefan Füle, se sont dits "préoccupés", ajoutant que les responsables de l'UE étaient "en contact avec les autorités compétentes et suivaient de près la situation".

    "Dans l'intérêt de la stabilité régionale et des efforts de réconciliation", Mme Ashton et M. Füle "réitèrent leur appel à la retenue auprès de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie, sur le terrain comme dans leurs déclarations publiques, afin d'éviter une escalade".

    Le président américain, Barack Obama, s'était pour sa part déclaré vendredi "très préoccupé" par la décision de Bakou de gracier cet officier.

    L'Arménie et l'Azerbaïdjan se disputent depuis des années le contrôle du Nagorny Karabakh. Rattachée à l'Azerbaïdjan pendant la période soviétique, cette région a proclamé son indépendance, non reconnue par la communauté internationale, après une guerre qui a fait 30.000 morts et des centaines de milliers de réfugiés entre 1988 et 1994.

    Un cessez-le-feu a été signé en 1994, mais Bakou et Erevan n'arrivent pas à se mettre d'accord sur le statut de la région.