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jeudi 11 juillet 2013

En Syrie, des salafistes en recul

Un rebelle syrien, dans le sud de la Syrie.

Un rebelle syrien, dans le sud de la Syrie. | AFP/DANIEL LEAL-OLIVAS

Jadis réduits à la quasi-clandestinité par la répression, les salafistes syriens comptent aujourd'hui parmi les forces les plus influentes de la rébellion. Si leur représentation au sein de la Coalition Nationale se réduit pour l'essentiel à la figure de Riyad Hassan, "ambassadeur" en Libye, leur influence au sein de l'insurrection est incomparablement plus grande. Outre la frange la plus radicale représentée par le Front Al-Nusra, le salafisme inspire dans une grand mesure les deux principales coalitions insurgées : le Front islamique de libération de la Syrie, rattaché à l'Armée syrienne libre (ASL), et le Front islamique Syrien, indépendant de cette dernière.

Certains observateurs voient dans ce phénomène le résultat inévitable d'une radicalisation idéologique alimentée par la violence du régime et la polarisation confessionnelle entre sunnites et alaouites. D'autres mettent en exergue l'influence des États-parrains de l'insurrection, et en particulier de l'Arabie Saoudite et du Qatar. Ces deux analyses sont incomplètes, car l'influence acquise par les factions salafistes en Syrie est en réalité la conséquence d'un contexte propre aux premiers mois de l'insurrection. Or, il semble aujourd'hui toucher à sa fin. Les salafistes ne vont pas être mis hors-jeu mais leur poids parmi les rebelles risque de diminuer ; un renforcement des éléments les plus pragmatiques au détriment des plus aventureux paraît probable.

La force relative des factions salafistes est en réalité le produit de l'abondance des financements privés grâce aux donateurs du Golfe. Certains des premiers officiers déserteurs se laissent ainsi pousser la barbe, sous la pression de concurrents civils d'orientation salafiste. Ces derniers sont plus à même de capter l'aide des réseaux du Golfe, notamment grâce à Muhammad Surur Zayn Al-Abidin, expatrié syrien établi en Jordanie, très influent dans la péninsule et auquel le Front islamique de libération de la Syrie doit vraisemblablement une bonne partie de ses ressources.
Le Koweït, État faible et relativement libéral, joue également un rôle crucial dans la collecte de dons provenant des citoyens de l'émirat mais également de l'Arabie Saoudite voisine. Souhaitant contrôler l'aide aux rebelles syriens, les autorités de Riyad ont en effet interdit toute initiative privée dans ce domaine. Alors que les Frères Musulmans koweïtiens et les salafistes quiétistes concentrent leurs efforts sur l'action humanitaire, des figures appartenant à l'aile politisée du salafisme local s'affirment comme les chevilles ouvrières du soutien financier à l'insurrection syrienne : le député Walid Al-Tabtaba'i, le téléprédicateur Hajjaj Al-Ajami ou encore l'idéologue du parti de l'Oumma Hakim Al-Mutayri, salafiste "libéral" farouchement anti-impérialiste.

L'islamisme n'est pas un projet de gouvernement"
Fin 2012, l'ascension du salafisme semble irrésistible, les rebelles leur doivent alors la plupart des victoires remportées. C'est pourtant à ce moment-là que la situation commence à basculer. Dans la province de Deraa, au sud, les renseignements jordaniens transfèrent aux insurgés des armes croates achetées par l'Arabie Saoudite. Or, Riyad et Amman se méfiant des mouvements islamistes, ces armes sont livrées en priorité aux officiers déserteurs se réclamant de l'ASL du général Salim Idriss et donc à la frange la moins islamiste de la rébellion.
La même politique sera ultérieurement étendue dans le reste du pays au bénéfice de groupes étiquetés ASL comme les Maghawir, Shuhada Suriyya, Ahfad Al-Rasul ou encore les brigades Nur Al-Din Zanki. Le cas de ce dernier groupe illustre bien l'impact de l'aide étatique. Si à l'origine, il s'agissait d'une branche du mouvement salafiste radical Al-Fajr, il représente aujourd'hui à Alep le Front de l'authenticité et du développement, une coalition islamo-nationaliste pro-saoudienne. Ces groupes ont récemment reçu de Riyad de nouveaux missiles antichars chinois qui leur ont permis de repousser une offensive lancée par le régime dans l'ouest d'Alep.
Le Qatar joue il est vrai une partition différente puisqu'il aurait dernièrement livré des missiles provenant de Libye aux salafistes de Suqur Al-Cham et Ahrar Al-Cham. Toutefois, le soutien de Doha ainsi que la crainte de finir un jour sur les listes antiterroristes américaines encouragent ces factions au pragmatisme. Issu de la mouvance jihadiste transnationale, Ahrar al-Cham s'est efforcé de mettre en avant la dimension strictement syrienne de son recours à la lutte armée. Quant au leader de Suqur al-Cham Ahmad al-Cheikh, il affirmait récemment sur Al Jazeera qu'il revenait au "peuple syrien" de décider de l'avenir de ses relations avec Israël.
Ces développements surviennent à un moment où les groupes salafistes font face à de nouvelles difficultés. La principale est indubitablement la division du Front al-Nusra entre ceux qui souhaitent continuer à opérer en tant qu'organisation syrienne et les partisans d'une fusion avec l'État Islamique d'Irak, désormais renommé " État Islamique d'Irak et du Levant ". À Raqqa, une ville libérée où les salafistes sont particulièrement forts en raison d'alliances passées avec certaines tribus locales, les plaintes de la population auraient contraint les factions concernées à limiter leurs interférences dans la vie quotidienne des habitants.
Tout ceci permet d'entrevoir un avenir où, plutôt que d'être phagocytée par les plus radicaux, l'insurrection syrienne se diviserait de manière croissante, mais pas nécessairement conflictuelle, entre d'une part une aile islamo-nationaliste dominée par les officiers déserteurs et renforcée par l'aide logistique saoudienne, et d'autre part une aile salafiste poussée au pragmatisme par l'influence combinée des partenaires internationaux et des résistances civiles.

mardi 25 juin 2013

Kuwait: 8,700 Fighters Equipped as Part of National Campaign To Rally Support to Syria Rebels


The campaigns and convoys initiated to equip fighters for Syria continue to receive Syrian youths [as read] to provide them training, before dispatching them to the various battlefields in Syria. 

The fighters will liberate this country from its tyrannical regime which has killed nearly 100,000 Syrians to date. 

A source in the pro-Syria campaigns reported that 8,700 fighters have been equipped thus far, noting that the campaigns will continue, until the goal of equipping 12,000 fighters with hardware and weapons is reached. 
 
 

 
 
On another note, the Kuwaiti committees for charitable and volunteering work based in Lebanon said that the Lebanese hospitals are receiving Syrian nationals wounded in Al-Qusayr battles and offering them medical care. 

In a statement issued yesterday, the committees reported that some casualties are in a very critical condition, noting that 35 wounded people have been admitted in hospitals. 

According to the statement, the Kuwaiti charitable committees are providing care to the injured and bear the cost of the medical treatment offered. 

The committees added that large numbers of Syrians have been heading to Lebanon to find refuge there, after the continued fighting raging in Syrian cities and villages. 

The committees noted that they are providing relief to the large numbers of Syrian refugees by attending to their basic needs, making every effort to respond to their vital requirements and alleviate their suffering.

 
Kuwait City Al-Watan Online

UK Arabic-based Editor Expects Doha Decisions To Ignite Regional War, Launch Terror WavesUSA,Russie,Iran?irak,Jordanie,Arabi

If Hizballah’s overt interference in the ongoing war in Syria on the side of the regime and its fighters’ decisive role in recapturing Al-Qusayr town and its surrounding areas from the opposition forces were a major turning point then the Doha meeting of the “Friends of the Syrian People” that was held the day before yesterday (Saturday) constitutes another turning point in this conflict that is no less important. This meeting’s decisions, if implemented, might ignite a regional war and unleash waves of terrorist revenge that target the Arabian Gulf area in particular. 

It is obvious that the Gulf countries participating in this meeting are now worried by the failure of the United States, France, and Britain to intervene militarily directly and therefore have decided to gamble on throwing all their weight behind the armed Syrian opposition and supplying it with sophisticated state of the art weapons and in particular shoulder-carried antiaircraft missiles to end the regime’s control of the air space. 

We assert for the last time that Qatar and the Kingdom of Saudi Arabia in particular would not have got involved in the war in Syria had their leaderships realized that it would last two years and that the Syrian army would stand fast and continue to support President Bashar al-Asad’s regime. 

The Gulf countries, and 150 other ones, took part in the Friends of Syria’s first meeting in Tunis and then in Istanbul under US leadership. They made a terrible mistake in their calculations when they believed that the Syrian regime would collapse quickly within weeks or months at most and that they would be safe from any internal or external repercussions. 

Supplying the armed Syrian opposition with antiaircraft and anti-armor missiles means overturning the military balances on the ground in its favor and will put the Syrian regime is a very critical position because all the victories achieved by its army on the battlefronts in the past three months, the last of which was in Al-Qusayr, will evaporate and it will therefore consider this dangerous armament step tantamount to a regional “declaration of war.” 

It might useful to recall that the “MANPAD” [man-portable air-defense systems] missiles that the Kingdom of Saudi Arabia has sent to the Free Syrian Army will play the same role as that of the American antiaircraft “Stinger” missiles that changed the balances of power on the ground in Afghanistan in favor of the Afghan Mujahideen and inflicted a humiliating defeat on the Soviet forces. 

Qatari Prime Minister and Foreign Minister Sheikh Hamad Bin-Jasim announced at a press conference he held in Doha at the conclusion of the Friends of Syria meeting (notice how they shrank from 150 to 11 countries only) that “sending weapons to the Syrian opposition is the only way for ending the war”, adding that “force is necessary for establishing justice and sending weapons is the only way for achieving peace in Syria.

These sophisticated weapons might not move the war from its current battlefields within the Syrian borders only but also take it to neighboring countries and the entire Arab region because the “Friends of the Syrian regime” who were probably forgotten deliberately or not might not stand with folded hands if the regime’s aircraft started to be shot down by these modern weapons’ accuracy and power. We hope we are wrong because we want to stop this war, not expand it. 

The start of the Arabian Gulf countries’ deportation of Lebanese Shiite citizens accused of loyalty to the Lebanese Hizballah is clear evidence that these countries are expecting terrorist actions on their territories and against their interests in the near future and fear that some of these are sleeping cells in view of the mutual and escalating sectarian incitement. 

If some news reports published in the Arabian Gulf countries’ newspapers saying there are 4,000 Lebanese Shiites on the deportation list are true then this means the start of the countdown for the war or terrorism, or both of them. Kuwait’s announcement that it is disassociating itself totally from arming the Syrian opposition is probably an alarm bell. 

The question that imposes itself powerfully is that the Gulf countries’ governments can deport Lebanese Shiites but what will they do with their own citizens who have the same faith and make up more than half the population in some of them like in Bahrain and a third or more as unofficial Kuwaiti statistics say? 

The coming days and weeks are worrying because the regional and major international powers on the Syrian territories are now placing their interests above those of the Syrian people and their aspirations for freedom and democracy. These are the interests for whose sake their uprising broke out and they will therefore fight till the end. 

Russia which was defeated by the American “Stinger” missiles in Afghanistan will probably not allow the “MANPAD” ones to defeat it and its allies in Syria. As to the Syrian regime that is officially accused by America and Britain of using chemical weapons against its people, what harm would befall it if it used them extensively since the accusation has been pinned on it and no one believes its repeated denials? 

All the parties in Syria are arming themselves, the regime and opposition. Almost all of the countries are intervening in this afflicted country: Iran, Hizballah, and Russia on one side and America, Jordan, Turkey, and the Gulf countries on the other. The jihad calls to mobilize the fighters to fight in Syria has become the common factor between the Sunni and Shiite doctrines these days. It is a magical prescription for the catastrophe creeping in the region at a record speed. 

What is most dangerous is yesterday’s call by French President Francois Hollande during his visit to Doha urging the armed Syrian opposition to regain control of the areas under the control of the jihadist Islamic groups, saying this (the retaking) has more priority than retaking the areas controlled by the Syrian Arab army. 

The French president’s argument for justifying the expulsion of these groups is that they are giving the Syrian regime the reasons for continuing the killings it is carrying out at present and the expulsion operation, if successful, would serve the Syrian opposition and people. 

Holland did not tell us where he will expel these groups. To Jordan or Turkey, the two countries from which they had infiltrated, or from the original countries from where the fighters came for jihad in Syria such as Tunisia, Saudi Arabia, Jordan, Yemen, and the list is long? 

It is a plan for a new sedition between the Free Army and its companions in arms to be added to the inflamed sectarian sedition. Under cover of this bloody labyrinth, some are talking about a political solution and Geneva-2 conference and believe that sending state of the art weapons to the opposition will lead to peace. 

Al-Quds al-Arabi Online in Arabic

vendredi 14 juin 2013

Les rebelles visent l'aéroport de Damas, l'ONU dénonce des "tueries incessantes"


L'aéroport international de Damas a été jeudi la cible d'une rare attaque au mortier par les rebelles, selon les médias officiels, l'ONU dénonçant "les tueries incessantes" en Syrie, prise selon elle dans un conflit de plus en plus "vicieux".

Face aux récentes victoires de l'armée syrienne sur les rebelles, une rencontre est prévue samedi en Turquie entre des représentants des pays alliés de l'opposition et le chef du Conseil militaire suprême de l'armée syrienne libre Sélim Idriss pour discuter d'une "mise en oeuvre concrète" de l'aide à la rébellion.

Celle-ci, faiblement équipée comparé à la puissance de feu des troupes gouvernementales, a marqué toutefois des points jeudi, en attaquant notamment l'aéroport de Damas avec deux obus de mortier, selon le ministre syrien des Transports Mahmoud Saïd.

Il s'agit d'une rare attaque contre l'aéroport depuis le début du conflit en Syrie en mars 2011, qui a fait plus de 93.000 morts selon un nouveau bilan de l'ONU jeudi, un chiffre semblable à celui fourni par l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

"Un obus s'est abattu à la périphérie de l'aéroport près du tarmac, retardant l'atterrissage de deux avions en provenance de Lattaquié (nord-ouest) et du Koweït et le décollage d'un avion pour Bagdad", a dit le ministre en accusant "les terroristes", terme par lequel le régime désigne les rebelles.

"Aucun des passagers n'a été blessé", a-t-il précisé, indiquant que l'autre obus "est tombé près d'un entrepôt, blessant un ouvrier". L'OSDH a rapporté de son côté une attaque à la roquette, sans faire de victimes.

Les rebelles ont par ailleurs pris le contrôle d'une position stratégique de l'armée à mi-chemin entre Damas et Alep (nord), tuant six soldats et s'emparant d'armes et de munitions. "Cette position est importante parce qu'elle se situe sur la principale route d'approvisionnement de l'armée vers Alep", a affirmé à l'AFP le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane.

Les médias pro-régime avaient affirmé dimanche que les troupes gouvernementales se préparaient à l'assaut de cette métropole du nord pour y écraser la rébellion.

Sur un autre front, l'armée et le Hezbollah libanais ont pris d'assaut le village de Husseiniyé, dans la province de Homs (centre), "où ils pourchassent encore les rebelles", selon l'OSDH.

Husseiniyé se situe près de la région de Qousseir, tombée la semaine dernière aux mains de l'armée grâce notamment au Hezbollah, une participation dénoncée par les pays occidentaux et du Golfe et qui exacerbe les tensions confessionnelles en Syrie, pays à majorité sunnite, et au Liban.

Depuis la chute de Qousseir, Washington, Paris, Londres, Ankara, Ryad, multiplient rencontres et contacts pour aider les rebelles. "Il faut qu'on puisse arrêter cette progression, avant Alep", avait souligné mercredi le chef de la diplomatie française Laurent Fabius.

Selon une source occidentale, des représentants des pays pro-opposition vont rencontrer samedi à Istanbul le général Idriss, considéré comme un interlocuteur fiable par les Occidentaux. Il a besoin d'"argent, de munitions et d'armes" pour asseoir son leadership et gagner en crédibilité auprès des combattants sur le terrain, selon cette source.

En outre, Washington a annoncé mercredi un allègement ciblé de leurs sanctions commerciales contre la Syrie au profit des zones contrôlées par l'opposition.

Dans un nouveau rapport, la Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme Navi Pillay a dénoncé "les tueries incessantes" et fait état de plus de 5.000 décès documentés chaque mois depuis juillet" 2012.

"Il y a aussi eu des cas bien étayés d'enfants torturés et exécutés, mais aussi de familles entières (...) massacrées. Ces cas et le bilan très élevé de morts sont un terrible rappel du tour particulièrement vicieux qu'a pris le conflit", a déploré Mme Pillay.

En plus des poches rebelles en Syrie, les hélicoptères du régime ont bombardé Aarsal, une localité libanaise qui selon les experts sert de relais pour l'acheminent d'armes et de rebelles. Paris et Washington ont dénoncé cette attaque à laquelle l'armée libanaise a assuré vouloir riposter si elle se répétait.

Enfin, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a débuté des discussions avec la Suède pour qu'elle prenne éventuellement la tête d'une force de maintien de la paix renforcée sur le plateau du Golan --région du sud-ouest de la Syrie occupée en grande partie par Israël--, après la décision de l'Autriche de s'en retirer après des combats entre régime et opposition.

jeudi 27 décembre 2012

Le CCG durcit le ton contre l'Iran



SOMMET Les monarchies du Golfe prônent une transition politique rapide en Syrie.

Les monarchies du Golfe, dirigées par des dynasties sunnites, ont durci mardi le ton contre l'Iran, leur voisin chiite, sommé de cesser ses ingérences. Au terme de leur sommet annuel à Manama, les dirigeants du Conseil de coopération du Golfe (CCG - Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Oman, Koweït et Qatar) ont sommé l'Iran à "cesser immédiatement et définitivement" ses ingérences dans leurs affaires internes.

Dans leur communiqué au ton dur, ils ont exigé de Téhéran de renoncer à "toutes les mesures de nature à attiser les tensions et à menacer la sécurité et la stabilité régionales".
Le CCG a dénoncé, dans ce contexte, la poursuite de l'"occupation iranienne de trois îles des Emirats" dans le Golfe et déploré le refus de Téhéran de toute négociation ou arbitrage international sur ce différend.
L'Iran affirme fréquemment sa souveraineté sur l'île d'Abou Moussa et les îlots de la grande et petite Tomb, revendiqués par les Emirats.



A propos du programme nucléaire iranien, le CCG a appelé Téhéran à coopérer pleinement avec l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA), et à assurer la sécurité du réacteur de Bouchehr sur le Golfe de manière à éviter tout accident nucléaire.

Les monarchies du CCG ont apporté aussi leur soutien au régime de Bahreïn confronté à une contestation de chiites, majoritaires dans ce pays. L'Iran est soupçonné de favoriser en sous-main cette contestation, tout comme celle de la minorité chiite dans l'Est de l'Arabie saoudite.

Evoquant la crise syrienne, le CCG s'est dit "profondément attristé" par les violences qui ont fait 44.000 morts en 21 mois, et souligné que "le processus de transition politique doit être accéléré". Il a invité la communauté internationale à "agir rapidement pour mettre fin à ces massacres" et à apporter une assistance humanitaire aux civils syriens, affectés par le conflit.

"Conférence des donateurs, le 30 janvier à Koweït"
Dans ce contexte, le Koweït accueillera le 30 janvier prochain une conférence internationale des donateurs, selon le communiqué.

Le CCG a, en outre, exprimé son soutien à l'émissaire international Lakhdar Brahimi, espérant que sa mission contribuera à forger "une entente au sein du Conseil de sécurité de l'Onu".
Il fait allusion à la Russie et à la Chine, des alliés du régime syrien, qui ont mis leur veto à trois projets de résolutions devant ce Conseil censés faire pression sur le régime de Damas depuis le début de la révolte en mars 2011.
Les pays du CCG, critiques du régime de Bachar el-Assad, ont également apporté leur soutien à la Coalition nationale syrienne, la qualifiant de "représentant légitime du peuple syrien".

S'agissant du Yémen, les monarchies du Golfe ont salué la restructuration de l'armée, annoncée la semaine dernière à Sanaa et écartant des proches l'ancien président Ali Abdallah Saleh de plusieurs postes de commandement militaire.
Les pays du CCG espèrent, selon le communiqué, "la participation de toutes les composantes du peuple yéménite" au dialogue national, prévu par l'accord de transition de novembre 2011 qu'elles avaient parrainé et dont la tenue butte sur les réserves de séparatistes sudistes.

Le sommet de Manama qui s'est tenu en l'absence de quatre des six chefs d'Etat du CCG dont celle du roi Abdallah, en convalescence après une opération au dos, a par ailleurs décidé d'accélérer le processus d'intégration économique entre ses Etats membres, approuvé un traité de sécurité et annoncé la création d'un commandement militaire unifié aux contours non précisés.

mercredi 23 mai 2012

Coup d'état manqué du Qatar au Koweit



La police du Koweït a arrêté un groupe d’agents du Qatar chargés de renverser l’émir al-Sabah IV.

Les documents saisis attestent de l’organisation du complot par l’émir Hamad bin Khalifa al-Thani du Qatar. Des copies de ces documents ainsi que des procès-verbaux judiciaires ont immédiatement été transmises par le Koweït à l’Arabie saoudite.

L’émir al-Sabah IV a demandé une réunion d’urgence du Conseil de coopération du Golfe, dont le Qatar fait partie.

L’émir Hamad bin Khalifa al-Thani a lui-même pris le pouvoir dans son pays, en renversant son père, l’émir Khalifa ben Hamad Al Thani, aujourd’hui réfugié en Suisse.

En 2008, il a empêché l’élection par le Parlement libanais du général Michel Aoun comme président et est parvenu à négocier celle du général Michel Sleiman. Peu après, il est venu l’introniser au Parlement libanais, non sans avoir eu soin d’écarter de la cérémonie le président sortant Émile Lahoud.

Le monarque wahhabite a également joué un rôle central dans le renversement du « guide » Mouammar el-Khadafi en Libye, et plus récemment dans les tentatives de renversement du président Bachar el-Assad en Syrie.



samedi 18 février 2012

Enquête. Les Marocaines vues par les Arabes


http://www.telquel-online.com/438/couverture_438.shtml 

Sexe, drogue et sorcellerie : dans le monde arabe, voilà ce qui définit le plus beau pays du monde. Décryptage, entre clichés grossiers et vérité qui blesse.

Durant ramadan, les Marocains aiment rire d’eux-mêmes, devant leur petit écran. Lorsque la moquerie vient d’ailleurs, le second degré n’est plus à l’ordre du jour. Preuve en est avec le mini-scandale provoqué par un épisode de la série animée koweïtienne Bouktada et Abou Nabil, diffusée sur la chaîne privée El Watan. On y suit les péripéties des
héros, partant à la découverte du Maroc. Ils y trouvent femmes à la cuisse légère, sorcellerie et corruption. Une image dévastatrice qui fait réagir les Marocains du Web au quart de tour : pétitions, mails au ministère de la Communication, groupes sur Facebook et autres blogs dénoncent l’épisode et les clichés qu’il colporte, exigeant excuses officielles et même expulsion de l’ambassadeur du Koweït au Maroc. Mardi 24 août, une dépêche de la MAP annonce les excuses officielles du ministère des Affaires étrangères koweïtien.
Ce qui aurait pu être un simple fait divers a failli se transformer en crise diplomatique. Parmi les commentaires des internautes, il n’y a pas que des Marocains outrés. En réponse à la vidéo, cette jeune femme écrit : “Pas besoin de s’énerver, […] c’est simplement ça notre Maroc”. Car il n’y a pas de fumée sans feu. Ni de prostituées sans clients. Dans les pays arabes, l’image négative du Maroc - et surtout, il faut le dire, celle de ses femmes - n’est ni pure diffamation ni vérité absolue. Lecture des clichés les plus répandus et de leurs origines.

“Toutes des putes”, disent-ils Meriem a 27 ans. Consultante dans le secteur des télécoms à Dubaï, elle a souvent dû affronter des regards inquisiteurs et entendus sur son origine. “Ah, vous êtes Marocaine ? Vous savez ce que l’on dit sur vos femmes, elles sont belles mais très légères”. Ce genre de remarque reste ce qu’on lui a dit de plus poli depuis qu’elle vit aux Emirats arabes unis. Beaucoup de Khalijis ne s’encombrent pas d’autant de bonnes manières, et leur sentence est terrible : pour certains, les Marocaines sont toutes des prostituées. “Ce cliché est une caricature qui grossit les traits d’une réalité. Même s’il a déteint injustement sur toute une société, il n’est pas usurpé”, nous explique le psychologue et sexologue Aboubakr Harakat.
C’est dans les années 1980 que la mauvaise réputation des Marocaines s’est établie. Les Moyen-orientaux, qui avaient pour coutume de faire la bringue au Liban et en Egypte, se sont détournés de ces régions secouées par la guerre civile libanaise et celle d’octobre 1973 pour se rabattre sur le Maroc, au climat politique stable, mais en pleine crise économique et à la veille du Plan d’ajustement structurel. Dans ce contexte austère, les pétrodollars ont constitué un appel d’air pour le royaume qui a donc gracieusement ouvert ses frontières aux Saoudiens les plus libidineux. “Le tapis rouge a été déroulé pour ces Moyen-orientaux qui payaient nos fonctionnaires. Des pères se sont transformés en maquereaux et certaines femmes ont offert leur ‘savoir-faire’. C’est ainsi que de nombreuses familles pauvres se sont enrichies avec ‘Flouss Sa3oud’”, témoigne Harakat.
La tendance s’est poursuivie et accélérée durant les années 1990, où est apparue la “Omra Business”. Des centaines de Marocaines se sont rendues dans le Golfe pour offrir leur corps contre de la marchandise luxueuse qu’elles importaient au Maroc, ou pour exercer de petits métiers (coiffeuse, couturière) le jour et se prostituer la nuit. Ce journaliste marocain se souvient. En 2005, dans le cadre d’un article à propos de l’objectif “10 millions de touristes”, il consulte les chiffres et les provenances des touristes au Maroc. “Sur Casablanca, 50% d’entre eux venaient du Moyen-Orient et étaient classés dans la case tourisme d’affaires”. Il décide alors d’interpeller le ministère du Tourisme. A l’époque, un responsable de la cellule communication lui répond, en riant : “Nous savons très bien que ce ne sont pas des affaires qu’ils viennent conclure. Mais on ne peut pas les classer dans le tourisme sexuel, cette rubrique n’existant pas dans la nomenclature internationale”.
Lorsque l’on consulte la presse moyen-orientale, que ce soit le Gulf daily news (Bahrein) ou le Khaleej Times (Emirats arabes unis), les articles renvoyant au Maroc sont pour la plupart liés à la prostitution. Florilège : 16 femmes accusées de prostitution dont 7 Marocaines, un homme force sa femme marocaine à se prostituer, une star séropositive d’origine marocaine contamine ses partenaires, etc. Une réalité donc, qui nous force à admettre notre part de responsabilité. “On a connu près de vingt ans de prostitution tolérée par les autorités marocaines, et organisée avec la complicité des chauffeurs de taxi, des maîtres d’hôtel, etc. Il n’en faut pas moins pour qu’un cliché s’installe”, conclut Harakat.

Une réalité plus nuancée Pourtant, aujourd’hui, “la situation des Marocaines du Golfe ne se résume pas à la prostitution. Celles que l’on remarque le plus, avec leur maquillage et leur attitude ostentatoires, ne sont pas représentatives de notre communauté et sont tout au plus quelques centaines”, nuance Imane Bentaout, consultante marocaine installée à Dubaï, qui a mené une enquête sur la situation des Marocaines dans les pays du Khaleej. En effet, il ressort de cette enquête que sur les 150 femmes sondées, près de 42% sont des célibataires, cadres supérieurs au niveau d’éducation très élevé. “Bon nombre des Marocaines qui choisissent de s’installer à Dubaï viennent pour travailler au sein de multinationales ou de grands cabinets internationaux, avec des évolutions de carrière intéressantes et une rémunération conséquente”, explique la consultante.
L’autre tranche importante des Marocaines du Khaleej est constituée de jeunes femmes âgées entre 23 et 28 ans, employées en tant que secrétaires au sein de cabinets médicaux ou encore dans des hôtels. Percevant un salaire mensuel moyen de 7000 dirhams, la plupart de ces femmes envoient une bonne partie de leur revenu à leur famille restée au Maroc. “Pour elles, c’est une aubaine de travailler à Dubaï car le logement et le transport sont pris en charge par leurs employeurs. Et ces derniers apprécient chez elles leur professionnalisme et leur maîtrise de l’arabe”, poursuit Bentaout.

La “Marocaine”, marque déposéeMais ces fourmis travailleuses ne font pas oublier pour autant la mauvaise réputation des Marocaines chez nos frères arabes. “Imaginez que même les prostituées algériennes et tunisiennes dans le Golfe se font passer pour des Marocaines pour aguicher leurs clients”, s’insurge Bentaout. La Marocaine est devenue une marque déposée, et au-delà de la prostitution, “son image est associée à la liberté, à l’érotisme. Elle est l’Occidentale du monde arabe”, nous explique l’écrivain Jalal El Hakmaoui, familier des pays du Golfe. Les femmes dans la société marocaine tiennent depuis toujours un rôle important, rappelle Harakat : “Contrairement aux femmes saoudiennes, elles sortent, travaillent, existent et ne se couvrent pas de la tête aux pieds. Il faut garder à l’esprit l’image forte de la princesse Lalla Aïcha apparue dès 1947 sans voile”.
Cette image de la Marocaine “libérée” est de plus en plus reflétée par le cinéma moyen-oriental, où l’on propose beaucoup aux Marocaines des rôles jugés olé-olé. Récemment, les producteurs égyptiens du film Al Waâd ont sollicité plusieurs actrices marocaines pour camper des rôles de prostituées. “Les gens n’arrivent pas à faire la différence entre le personnage interprété et l’acteur. Personne n’a le droit de me juger. C’est mon travail qu’il faut juger, pas moi”, s’était défendue l’actrice Sanaa Akroud lors de la polémique soulevée par son rôle dans le film égyptien Ihki Ya Shahrazade, où elle apparaissait dans une position suggestive en compagnie d’un homme. “Les pays du Moyen-Orient sont dans une écrasante majorité despotiques, avec une marge de liberté très restreinte. Le Maroc leur oppose une liberté qui les fascine mais à laquelle ils attribuent tout et n’importe quoi. Ils vivent avec le Maroc un choc de la modernité”, analyse El Hakmaoui. Un choc qui se vérifie sur le terrain puisque “les hommes du Moyen-Orient sont très fermés, contrairement aux Marocains. Je n’ai jamais fait la connaissance d’une femme locale, elles restent inaccessibles aux étrangers. Même lorsqu’on rencontre un homme de Dubaï, il ne présente pas sa femme à ses amis et ne les invite pas chez lui”, témoigne Wafae, Marocaine résidente à Dubaï depuis trois ans et demi. Le cliché sur les mœurs des Marocaines viendrait donc aussi du conservatisme de nos voisins.

No pasaran Et les clichés ont la peau dure. On les retrouve même dans les administrations, ambassades et postes-frontières. Salma, 23 ans, rêvait d’un circuit incluant la Jordanie, la Syrie et Al Qods : “J’ai passé mon été à attendre des visas que je n’ai jamais obtenus”. Mais notre baroudeuse a vite déchanté une fois confrontée au labyrinthe administratif, à base de papiers introuvables, dossiers à remplir et autres contraintes occultes. “Pour aller dans ces pays, il faut être accompagné d’un mahram, un père, un mari, un frère”. Elle, c’est accompagnée de son cousin qu’elle comptait voyager. Ses rêves syriens se sont écroulés en un coup de fil. Du côté de l’ambassade de Jordanie, elle n’a jamais eu de réponse. Sauf une vague allusion à une enquête de quatre semaines, devant être menée par le ministère de l’Intérieur marocain. “Je n’ai plus envie d’aller voir comment c’est de ce côté du monde”, s’attriste-t-elle. Et de renchérir : “Non seulement on vous fait attendre, mais en plus, on vous traite mal. J’avais l’impression d’être une prostituée, on ne me laissait même pas le temps de m’expliquer”.
C’est un fait, les pays du Golfe limitent l’octroi de visa aux jeunes Marocaines, automatiquement assimilées à des prostituées potentielles. Au Qatar, la procédure est claire : sans visa de travail, pas d’entrée. “C’est un pays qui ne table pas sur le tourisme. Ce n’est ni Dubaï, ni l’Arabie Saoudite. Il faut avoir un membre de sa famille sur place, un billet aller-retour, une réservation d’hôtel”, explique ce cadre marocain installé au Qatar. Notre ministère chargé des MRE confirme : “Parmi les principales mesures mises en place par les pays du Golfe, il y a une exigence d’âge minimum, et un embargo sur certaines professions comme les artistes ou les esthéticiennes”.
De son côté, le Maroc, depuis une dizaine d’années, semble vouloir rompre avec la politique de l’autruche. Les autorités n’hésitent plus à procéder à des expulsions de ressortissants des pays du Golfe, inculpés dans des affaires de prostitution, et démantèlent chaque année des réseaux de prostitution. Des accords ont aussi été conclus entre le Maroc et les pays du Golfe pour juguler la prostitution des Marocaines. Par exemple, pour qu’un mariage entre une Marocaine et un Khaliji soit possible, une autorisation du ministère de l’Intérieur marocain est indispensable.

Omra, for men only Seulement, à vouloir prendre trop de précautions, certains pays tombent dans la discrimination. Récemment, le PJD s’est fendu d’un communiqué accusant les autorités saoudiennes de manquer de respect à la dignité des Marocaines. En refusant de délivrer des visas pour accomplir la Omra à des jeunes femmes du royaume âgées de 18 à 22 ans, consulats et ambassade d’Arabie Saoudite se sont attirés les foudres du parti de Abdelilah Benkirane. “Selon les dires de certaines familles, l’explication avancée par ces services consulaires est liée soit au fait que les candidates sont jeunes, soit qu’elles ont une intention autre que la Omra en voulant faire ce voyage”, explique le communiqué. C’est là que le bât blesse : une jeune fille marocaine, même lorsqu’elle désire accomplir un devoir religieux, peut être considérée aux yeux des autorités de ce pays comme une prostituée potentielle. “Nous sommes parfaitement conscients que certaines femmes pourraient agir de façon inappropriée, mais ceci ne peut être généralisé à l’ensemble des Marocaines. Certains jeunes Saoudiens se comportent au Maroc de manière obscène, et pourtant personne ne conteste leur droit de circuler au royaume, car nous savons qu’il s’agit bel et bien d’une minorité”, indique à juste titre le communiqué.

Ma sorcière mal-aimée Autre cliché tenace, clamé dans une bonne partie des pays arabes : le Maroc est un pays de magie noire, ses femmes sont des sorcières doublées de voleuses de maris. D’ensorceleuses, dans sa définition la plus féerique, les Marocaines sont passées au rang de sorcières. En usant de leurs charmes et de potions maléfiques, elles attireraient les hommes (riches) dans leurs filets. Lorsque Hala, Libanaise, annonce autour d’elle qu’elle va travailler au Maroc, voilà ce que lui conseille son entourage : “Attention aux femmes, ce sont des sorcières, elles vont te jeter des sorts”. En 1926, l’historien Georges Hardy écrivait déjà que “dans toute l’étendue des pays musulmans, le Maroc est toujours passé pour la terre des sorciers par excellence”. Aboubakr Harakat précise que “le mélange de cultures (amazighe, arabe, juive, africaine) donnerait, pour ceux qui y croient, une sorcellerie plus puissante et redoutable”.
Le fait que la magie noire soit une pratique commune aux hommes et aux femmes confère encore plus de poids au cliché. Selon l’écrivain Jalal El Hakmaoui, “dans l’inconscient collectif des Moyen-orientaux, les Marocains sont des exégètes, des grammairiens et des fqihs dont le savoir est associé à une science occulte”. Pour l’homme de lettres, nos frères arabes attribueraient à la culture marocaine un côté diabolique, “que l’on donne souvent à une culture qu’on ne maîtrise pas”. L’avis du psychologue Harakat abonde dans ce sens : “Dans un pays comme l’Arabie Saoudite, l’orthodoxie est de rigueur depuis au moins deux siècles. Il n’y a pas de culte de marabouts”. Plus encore, la sorcellerie y est passible de la peine de mort. La perception des pratiques marocaines n’en est que plus facile à généraliser.
Edmond Doutté, professeur à l’École Supérieure des Lettres d’Alger au début du XXème siècle, affirmait à l’époque qu’au Maroc “la femme est un auxiliaire précieux de la magie”. Et ce mythe est aussi présent dans l’inconscient marocain. Pour justifier les raisons de l’adultère chez l’homme, la sociologue Soumaya Naâmane Guessous écrit, dans Au-delà de toute pudeur (1988, Eddif), que les femmes accusent “‘les voleuses de maris’, filles perverses et redoutables, figure négative du désir qui trouve son reflet dans le personnage légendaire de Aïcha Kandisha”, “ogresse qui se transforme en créature séduisante et à laquelle aucun homme ne résiste”. Un cliché nourri par une légende bien de chez nous.

Façonner son image Il ne faut pas se leurrer : la plupart des poncifs à propos du Maroc dépassent les pays arabes. Sauf que la critique, lorsqu’elle vient de pays frères, est souvent plus vexante pour nos compatriotes. La proximité de la langue aidant, les Marocains regardent plus de chaînes arabophones qu’européennes, et sont donc directement touchés par l’image que leur renvoient leurs frères arabes. Preuve en est que l’épisode de la vidéo koweïtienne a égratigné plus de Marocains que foultitude de sketchs français bourrés de clichés sur le Maroc. C’est bien connu, les coups sont plus douloureux quand ils viennent de la famille. “Notre principal échec est de ne pas avoir su nous construire une histoire culturelle assez forte, et donc une image positive auprès des pays arabes, comme ce fut le cas pour le Liban par exemple, que l’on n’associe pas à la prostitution ou aux femmes légères, mais plutôt à Fairouz ou à ses grands hommes politiques et écrivains”, analyse El Hakmaoui. Blessés dans leur ego, les Marocains pleurent l’image qu’ils renvoient alors qu’ils en sont peut-être les premiers responsables.
Même si les Marocaines sont mahométanes, les arabes(séoudiens) et leurs compères du Koweit et autre emirats arabes unies, n'ont aucun respect pour elles et les considèrent comme des vulgaires salopes. Les Marocaines devraient redevenir chrétiennes, comme ça elles seraient considérées à défaut comme des impies ou des infidèles, ce qui est quand même mieux que vulgaires salopes.



Regards croisés. Une nationalité, deux expériences
Deux jeunes femmes marocaines ayant vécu à Dubaï, de milieux socioprofessionnels différents, nous livrent leur témoignage.
“J’avais honte d’être marocaine" Hiba, 30 ans, chargée de clientèle dans un hôtel
Fraîchement diplômée de mon école d'hôtellerie casablancaise, la solution la plus rapide et la plus efficace pour engranger de l'argent a été d'aller tenter ma chance à Dubaï. J'y ai vécu quatre ans. Au bout de quelques mois, je ne voyais plus les filles de ma promotion, venues aussi tenter leur chance. Elles avaient clairement d'autres ambitions que de gagner de l'argent à la sueur de leur front. Entre celles qui se sont offert des voitures de luxe, celles qui se faisaient entretenir par des Emiratis aisés ou celles qui se sont mariées avec le premier riche venu, j'ai décidé de couper les ponts, pour qu'on ne m'associe pas à elles. J'ai préféré la compagnie des Philippins, dont je me suis sentie beaucoup plus proche. Pour la plupart des personnes que j'ai rencontrées là-bas, être marocaine voulait dire être une fille facile, accepter de passer du bon temps en échange de liasses d'argent. Dans l'hôtel où je travaillais, je mettais un point d'honneur à ne pas prononcer un mot d'arabe, lui préférant l'anglais. Ce que j'ai vu durant mes années de travail m'a écœuré. Des prostituées marocaines de tout âge et de standings différents, boulimiques du fric. Et surtout, cette horrible sensation de n'être rien face à l'argent. J'ai reçu de nombreuses propositions libidineuses, que j'ai catégoriquement refusées. J'envoyais les trois-quarts de mon pécule à mes parents. L'idée de rentrer au Maroc me traversait l'esprit à peu près trois fois par jour, mais j'ai tenu bon. Après quatre ans de bons et loyaux services, j'ai enfin pu revenir, avec des économies et une expérience incontestable. Plus jamais je ne retournerai là-bas, je n'ai plus envie d'avoir honte d'être marocaine.
“Marocaine ce n’est pas une nationalité, mais une profession” Sanaa, 27 ans, consultante Avant de m’installer à Dubaï, j’avais peur pour mes libertés de femme et j’appréhendais la réaction des hommes à mon égard, surtout dans les relations professionnelles. Finalement, mon installation s’est très bien passée. J’évolue dans un milieu d’expatriés composé d’Iraniens, de Français, d’Indiens, de Philippins, etc. Dans ce microcosme, il y a très peu de préjugés sur les Marocaines. Avec les Khalijis c’est une autre histoire. Dans les taxis ou dans la vie de tous les jours, j’entends souvent des remarques désobligeantes sur mes compatriotes. Mon coiffeur m’a dit un jour : “Marocaine dans le Golfe ce n’est pas une nationalité, mais une profession”. Du coup, lorsque je suis avec des Emiratis, j’évite de parler arabe, car ils reconnaissent très vite à mon accent que je suis marocaine et là ils se lâchent. Ils me draguent de manière très directe en pensant que je suis forcément intéressée. Quant aux femmes, lorsque je me rends dans une administration par exemple, je sens qu’elles sont désagréables avec moi car elles m’associent à la “sahara, voleuse de mari”. D’ailleurs, un ami émirati a refusé de venir me rendre visite au Maroc car sa fiancée lui a dit que s’il allait là-bas, les femmes allaient l’ensorceler. Mais dans un cadre professionnel, les Emiratis ont intégré que bon nombre de Marocaines sont compétentes et les respectent pour leur travail.



Haschich. Le peuple de l'herbe A la base, le Maroc n'a pas volé son image de pays de la drogue. Malgré une diminution des zones de culture de cannabis (de 134 000 hectares en 2003 à 60 000 en 2008), le royaume reste le premier producteur et exportateur de haschisch dans le monde. Avant même la vague déferlante de hippies venus s'adonner aux plaisirs de la fumette, le Maroc cultivait le kif en toute tranquillité. Selon une enquête sur le cannabis menée par l'ONUCD (Office des Nations Unies contre le crime et la drogue) et publiée en 2004, la culture de cannabis dans la région de Kétama était établie au XVème siècle, remontant à l'arrivée des conquérants arabes au VIIème siècle qui ont semé sur leur chemin de petites graines venues d'Asie et d'Orient. Servant à plusieurs confréries du Maroc lors de rituels mystiques, l'herbe du bonheur passera des mains des religieux à celle de toute une frange de la population. Comme quoi, il n’y a pas de cliché sans feu…



Maghreb vs Mashreq. La guerre des clichés Si les réactions aux clichés renvoyés par les pays arabes sont plus épidermiques chez nos compatriotes, c'est aussi parce que le Maroc a souvent été considéré par ces pays comme une pièce rapportée de la Oumma. Mélange des cultures et des civilisations, à la fois arabes, juives et berbères, sa langue hybride et sa flopée de traditions lui confèrent un statut particulier aux yeux des pays frères. Ce que nous considérons aujourd'hui comme une richesse a fait l'objet d'une éternelle ritournelle, opposant un Mashreq savant, arabe jusqu'au bout des ongles, à un Maghreb barbare et bâtard. Au XIème siècle, le philosophe et historien andalou Ibn Hazm écrivait déjà : “Je suis le soleil qui brille au firmament de la sagesse/ Mon unique défaut est d'être né en Occident (Maghreb)/ Si je m'étais levé au firmament de l'Orient (Mashreq)/ Rien ne serait perdu de ma renommée”. Hier canard boiteux aux yeux des érudits orientaux, repaire de stupre et de sorcellerie aujourd'hui, le Maroc a gagné en savants, écrivains et puits de science, mais ne s'estime pas assez reconnu pour ça. Si les clichés contemporains ulcèrent les Marocains, c'est aussi parce que leur pays “est un arbre dont les racines plongent en Afrique et qui respire par ses feuilles en Europe”, dixit Hassan II. Se considérant comme l'un des pays arabes les plus ouverts, le Maroc, pointe la plus occidentale du monde arabe, invoque sa particularité et singularité et l'oppose…aux pays des “Hwala” (moutons). Comprenez les Moyen-orientaux, jugés arriérés, obsédés et corpulents, dont la seule qualité serait d'être riches et d'avoir du pétrole. Un cliché pour un autre, en somme...



Algérie. Maghreb United Nos voisins sont souvent ceux qui nous connaissent le mieux. Les préjugés sur les Marocains existent en Algérie aussi et ne sont pas différents de ceux qu’a le reste du monde (prostitution et drogue). Mais les Algériens sont sans conteste ceux qui nous renvoient une image plus nuancée de ce que nous sommes. Sans concessions sur certains aspects, ils ne tarissent pas d’éloges sur leur voisin marocain. “Pour l’Algérien, le Marocain est un être bienveillant et accueillant. Il sait se faire discret. Il n’est pas un révolté et a même une tendance à accepter l’état de soumission”, nous explique le journaliste algérien Chafaa Bouaiche. Les principaux reproches que nous font nos voisins portent sur le baisemain royal, qu’ils considèrent comme dégradant, ou encore sur notre tropisme prononcé pour l’Occident. Mais les clichés sur les Marocains ne sont pas nombreux : “Les Algériens, en plus de se sentir très proches des Marocains, ont tendance à considérer que leurs voisins vivent mieux qu’eux et qu’ils n’ont pas, malgré le pétrole, de bonnes raisons de se moquer d’eux”, analyse Bouaiche. Quant à la question du Sahara, elle n’a pas de réelle incidence sur la perception qu’ont les Algériens des Marocains. “C’est dans la presse algérienne qu’il y a une tendance pavlovienne à appréhender le Maroc par le prisme de la question du Sahara (il en est de même pour une partie de la presse marocaine) et c’est dans ce métier que l’on a tendance à reproduire le plus de clichés”, conclut Bouaiche.