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jeudi 4 janvier 2018

Iran: l'armée d'élite du régime proclame la fin des manifestations

L'armée d'élite du pouvoir en Iran a proclamé la fin du mouvement de contestation qui a fait 21 morts et entraîné des centaines d'arrestations, dans la foulée de manifestations massives de soutien au régime.
Parallèlement, l'Iran s'est plaint auprès du Conseil de sécurité et du secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres d'ingérence des Etats-Unis dans ses affaires intérieures, tout en cherchant à minimiser le mouvement de contestation, le premier de cette ampleur depuis celui de 2009 contre la réélection du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, qui avait été violemment réprimé.

La classe politique en Iran -réformateurs comme conservateurs- s'est positionnée contre les violences lors des manifestations, tout en soulignant la nécessité de trouver une solution aux problèmes économiques, principalement le chômage qui atteint 30% chez les jeunes.

Mercredi lors d'une massive mobilisation prorégime, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à travers le pays pour apporter leur soutien aux leaders religieux.
A Téhéran, beaucoup d'habitants interrogés par l'AFP ont dit comprendre les motifs socio-économiques des protestations mais ont dénoncé les violences et les critiques américaines.
"L'administration américaine actuelle a franchi toutes les limites en enfreignant les règles et les principes du droit international régissant la conduite civilisée des relations internationales", a affirmé le représentant iranien à l'ONU, Gholamali Khoshroo, dans une lettre rendue publique mercredi par la mission diplomatique iranienne auprès des Nations unies.
"Au cours des derniers jours, l'administration américaine dirigée par le président américain a augmenté ses interventions d'une manière grotesque dans les affaires intérieures de l'Iran sous prétexte de fournir un soutien à des manifestations sporadiques", a-t-il souligné en reprenant l'argumentation de Téhéran d'une contestation ourdie de l'étranger.
Depuis le début de la contestation, M. Trump a pris fait et cause pour les protestataires et a condamné le régime. L'ambassadrice américaine à l'ONU, Nikki Haley, a demandé des réunions d'urgence du Conseil de sécurité et de celui des droits de l'Homme sur l'Iran.
Et un haut responsable de l'administration américaine a affirmé que "toutes les possibilités étaient examinées" concernant des sanctions américaines contre des organisations et des personnes en Iran susceptibles d'être visées pour des "infractions" aux droits de l'Homme, des actes de censure ou l'entrave à la liberté de rassemblement.
Contrastant avec la position américaine, les pays européens ont réagi avec prudence aux protestations, exprimant leur "préoccupation" et appelant au "dialogue".
A Beyrouth, Hassan Nasrallah, le chef du mouvement libanais Hezbollah financé par Téhéran, a affirmé que les "espoirs de Trump ont été déçus, tout comme ceux des Israéliens et des responsables saoudiens qui pariaient sur des protestations plus importantes qui provoqueraient la chute du régime en Iran".

jeudi 14 décembre 2017

La France a identifié quelque 200 « banquiers occultes » de l’EI, principalement au Liban et en Turquie

La France a identifié 150 à 200 « banquiers occultes » du groupe État islamique, principalement au Liban et en Turquie, a indiqué mardi Tracfin, le service du ministère de l’Économie chargé de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. 
« Nous avons travaillé sur l’identification de 150 à 200 de ces collecteurs, localisés principalement au Liban et en Turquie », a affirmé le directeur de Tracfin, Bruno Dalles, lors de la présentation à la presse du rapport de son service sur les « risques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme » pour l’année 2016. 
« Ces banquiers occultes de Daech (acronyme arabe de l’EI) reçoivent des fonds qui sont clairement destinés à lui permettre de continuer à fonctionner », a-t-il précisé, soulignant que l’enjeu pour Tracfin était désormais de localiser les nouveaux collecteurs de fonds de l’EI, qui dépend de plus en plus du financement extérieur. 
« Il y a un vrai enjeu stratégique avec l’éclatement de Daech pour essayer de savoir où se trouvent localisés les prochains collecteurs pour essayer de tracer les futures métastases de Daech », a ajouté M. Dalles. 
Au fur et à mesure que les jihadistes cèdent du terrain en Irak et en Syrie, ils sont aussi privés « de leur première source de financement », comme  « les butins de guerre » ou « l’extorsion des populations », et tentent de « compenser partiellement ces pertes de revenus par un recours toujours soutenu aux financements extérieurs », indique le rapport de Tracfin. 
Tracfin surveille aussi le « soutien plus traditionnel » à l’organisation jihadiste « comme les institutions humanitaires et culturelles », a expliqué le directeur de Tracfin. « Notre travail consiste principalement à repérer des signaux fiables et faibles de radicalisation et de comportement financiers », a expliqué M. Dalles, soulignant que les montants sont souvent faibles.

Source : https://www.lorientlejour.com/article/1089135/la-france-a-identifie-quelque-200-banquiers-occultes-de-lei-principalement-au-liban-et-en-turquie.html

jeudi 30 novembre 2017

De Catherine II à Vladimir Poutine par Thierry Meyssan

Pour construire la Russie moderne, la Tsarine Catherine II décida de faire de sa capitale, Saint-Pétersbourg, le premier centre culturel du monde. Elle enracina son pays dans son fond culturel chrétien orthodoxe, développa l’usage de la langue française et invita les plus grands intellectuels et artistes européens à sa cour, qu’ils soient catholiques, protestants ou orthodoxes, et même musulmans.
Consciente de la perte culturelle que représentait pour l’orthodoxie, donc pour la Russie, le recul du christianisme au Moyen-Orient face à l’intolérance de l’Empire ottoman, elle entra en guerre contre le Sultan. Elle annexa la Crimée, transforma la mer Noire en mer orthodoxe et commença à délivrer la Grande Syrie en prenant Beyrouth [1]. Elle déclara alors que « La Grande Syrie est la clé de la Maison Russie ».
Ce rêve fut repoussé par les Français et les Britanniques lors de la guerre de Crimée (1853) et plus encore par les Bolcheviks qui rejetaient la place de l’orthodoxie en Russie. En 1918, ils jouèrent le jeu de Mustafa Kemal Atatürk pour le compte du trafiquant d’armes Alexandre Parvus, sponsor de Lénine.
Le rêve de la Grande Catherine aura attendu 2017 pour trouver un début de réalisation. Le président Poutine a lui aussi annexé la Crimée et délivré la Syrie, non pas de l’Empire ottoman, mais des jihadistes encadrés par les Français, les Britanniques et les Etats-uniens. La Russie est devenue la puissance protectrice de toutes les populations, quelle que soit leur religion, des rives du Nil aux monts Elbourz.
Le sommet de Sotchi marque le rôle de la Russie au Moyen-Orient élargi. Elle est désormais la puissance protectrice de l’Iran, de la Syrie et de la Turquie ; ces deux derniers Etats ayant basculé du camp de Washington en 1991 à celui de Moscou en 2017.
Le réveil de la culture orthodoxe aura d’importantes conséquences en Europe. Le continent est historiquement divisé entre une zone catholique et protestante à l’Ouest et orthodoxe à l’Est. On discute et on marchande avec Dieu à l’Ouest, on est soumis à sa Grandeur et on L’adore à l’Est. 
Les structures familiales sont plus inégalitaires à l’Ouest et plus égalitaires à l’Est. Depuis le XIème siècle, cette différence culturelle fracture l’Europe. Durant la Guerre froide, le « rideau de fer » ne respectait pas cette division, la Grèce orthodoxe ayant été rattachée à l’Otan et la Pologne catholique incorporée au Pacte de Varsovie. Aujourd’hui, l’élargissement de l’Union européenne vise prioritairement à imposer le modèle Ouest-Européen aux pays de culture orthodoxe. On peut dés aujourd’hui prévoir la dissolution de l’Union européenne et le triomphe du modèle culturel ouvert de Saint-Petersbourg.
Les chrétiens d’Orient ne se sont jamais sentis concernés par les différences culturelles intra-européennes, mais les Européens les ont toujours perçus soit comme catholiques, soit comme orthodoxes. Dès 1848, la France avait ainsi imaginé de déplacer les catholiques et maronites de Syrie en Algérie et d’exterminer les orthodoxes. Paris pensait utiliser ces arabes chrétiens fidèles à Rome pour surveiller les musulmans algériens. A défaut, il finit par s’appuyer sur les juifs locaux (décret Crémieux) et leur confier cette mission (1870). Plus récemment, durant les guerres d’Iraq et de Syrie, les Européens de l’Ouest accueillirent de nombreux chrétiens d’Orient, en réalité exclusivement des catholiques, jamais des orthodoxes.
Pour la Syrie, l’œuvre du président Poutine est l’occasion de revenir à ses propres fondamentaux après l’expérience des jihadistes qui souhaitaient imposer à tous leur unique modèle culturel : la Syrie n’est grande que lorsqu’elle prend soin de toutes ses populations, sans exception. Au départ, Vladimir Poutine pensait organiser un « Congrès des Peuples syriens » à Sotchi. Il a finalement reconnu qu’en Syrie, à la différence de la Russie, aucune communauté n’a de territoire à elle, toutes vivent mélangées dans leur unique patrie. Ce sera donc un « Congrès du dialogue syrien ».
[1] Beyrouth comme Jérusalem font partie de la Syrie historique. Le Liban n’a été créé que par les accords Sykes-Picot, durant la Première Guerre mondiale. Israël fut initié un peu plus tard par la Déclaration Balfour et proclamé en 1948.

samedi 18 novembre 2017

Saudis call emergency Arab League session on Hariri's testimony against Iran


Arab foreign ministers have been called into emergency session in Cairo this week by Saudi Arabia. They will be asked to hear evidence from Saad Hariri, who resigned as Lebanese prime minister, of Iranian aggression against a number of Arab nations, including Yemen, Iraq, Bahrain and Syria.

Israel draws a veil over situation building up around Gaza - third Iranian-Hizballah front

srael and the Palestinian terrorist groups Jihad Islami and Hamas are caught up in a heated war of words over the Gaza Strip, although both keep mum on the real situation on the ground. In the two weeks since the IDF blew up a Jihad Islami tunnel running up to the Israeli village of Kissufim, killing a dozen Jihad operatives, significant security-related events have taken place. They are kept dark so as not to trigger action by the Iranian-backed Jihad. 
On Saturday, Nov. 11, IDF Maj. Gen. Yoav Mordecai, Coordinator of Government Activities in the Territories, cautioned terrorist organizations in the Gaza Strip in the strongest terms: He addressed a special warning to "Jihad leaders in Damascus" - meaning that Israel had no qualms about striking back at them in the Syrian capital, as well as the Gaza Strip, even if this meant expanding the conflict further. The general delivered his warning in the Arabic language by video. 
The next day, Prime Minister Binyamin Netanyahu stated: "At the present time, some party is toying with an attempt to renew attacks on Israel. We shall mete out harsh treatment to whoever those parties may be and wherever they are." Netanyahu vowed. He went on to elaborate: "I mean any party - factions, rogues or organizations. We hold Hamas responsible for any attack on us that comes from the Gaza Strip." 
The prime minister, by referring to "any party, anywhere," fully backed Mordecai's threat to reach terrorists operating out of Damascus" - or even Beirut, if it comes to that.
An answer came back Sunday from the Jihad Islamic leader in the Gaza Strip, Khaled Al-Batshi: "Israel killed 12 Palestinians in Gaza and one more on the West Bank in the last two weeks, and has reason to be scared, because that's what is preoccupying us." He went on to say, "When our sons, resistance fighters are killed - especially members of the Islamic Jihad, we have no option but to punish the occupier and continued to build up our strength in preparation for a confrontation."
The war of words is being accompanied by military movements.
On the Israeli side, the IDF Sunday launched a military exercise around the Gaza Strip to co ntinue at least until Wednesday. It doesn't take a military genius to grasp that the military is out on guard for the moment that rhetoric is translated into operational terms. While not privy to the exactly what is going on in the Gaza region, many Israelis sense something is afoot and are on edge.They have further reason for disquiet because the Palestinian Hamas and Jihad's decision on when and how to start shooting is no longer in the hands of local leaders in Gaza, else they would have let loose on Oct. 30 after the tunnel explosion. Both are committed to working hand in glove with the Lebanese Shiite Hizballah's leader Hassan Nasrallah and Iran's commander of Mid East wars, Gen. Qassem Soleimani, who has just ended a period of mourning for the death of his 95-year old father. 
While waiting for a green light from Tehran or Beirut to go into action, they are filling the air waves with rhetoric. But Nasrallah and Soleimani too are figures on a larger chessboard and are also standing by for instructions dependant on events playing out in other parts of the region and beyond.

jeudi 16 novembre 2017

Le camouflet infligé au président Macron en Arabie saoudite

La démission du Premier ministre sunnite libanais et son discours télévisé anti-perse n’ont pas provoqué l’affrontement attendu dans son pays. Pis, son adversaire de toujours, le chiite sayyed Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah, s’est offert le luxe de prendre sa défense, dévoilant qu’il était prisonnier à Riyad et dénonçant l’ingérence saoudienne dans la vie politique libanaise. 
En quelques heures la communauté religieuse d’Hariri a commencé à s’inquiéter pour son chef. Le président de la République, le chrétien Michel Aoun, a dénoncé un « enlèvement » et refusé de prendre acte de cette démission forcée tant que son Premier ministre ne sera pas venu la lui présenter en personne. Alors que certains leaders du Courant du Futur, le parti de Monsieur Hariri, assuraient qu’il était libre et en bonne santé, les Libanais dans leur ensemble faisaient bloc pour réclamer sa libération. Tous ont compris que le bref voyage de Saad Hariri aux Émirats et ses quelques apparitions publiques n’étaient que de la poudre aux yeux, sa famille étant retenue en otage à l’hôtel Ritz-Carlton de Riyad avec des centaines de personnalités arrêtées. De même, tous ont réalisé qu’en refusant la démission du Premier ministre pour le moment, Michel Aoun agissait en homme d’État et conservait le seul moyen de pression permettant éventuellement d’obtenir sa libération.
La France est l’ancienne puissance coloniale du Liban qu’elle a occupé jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Elle y a longtemps fait la pluie et le beau temps. Elle l’utilise aujourd’hui à la fois comme une antenne au Levant et comme paradis fiscal. Des personnalités libanaises ont été mêlées à tous les scandales politico-financiers des trente dernières années en France.
Le président Emmanuel Macron, agissant en protecteur du Liban, évoquait la nécessité du retour du Premier ministre dans son pays.
Le hasard du calendrier faisant qu’il se rendait à Abou Dhabi le 9 novembre pour y inaugurer le « Louvre des sables », il ne pouvait pas ne pas prendre d’initiative. Il se trouve que, succédant à « Jacques Chirac l’Arabe », à « Nicolas Sarkozy le Qatari » et à « François Hollande le Saoudien », le président Macron n’avait pas manqué durant sa campagne électorale de dire tout le mal qu’il pensait de Doha et de Riyad. Bien que ne manifestant aucune sympathie pour le Golfe, il s’était trouvé proche des Émiratis par défaut.
Le palais de l’Élysée tentait d’organiser une halte d’Emmanuel Macron à Riyad pour y ramener Saad Hariri. Mais le roi Salmane refusait de recevoir le petit Français.
Du point de vue du Conseil de coopération du Golfe (c’est-à-dire de tous les États arabes de cette région), la France fut durant les sept dernières années un allié sûr contre la Libye et contre la Syrie. Elle participa militairement —publiquement ou en secret— à tous les mauvais coups contre ces deux pays et fournit le parapluie diplomatique et le discours lénifiant nécessaires à ces agressions. Cependant, alors que la Libye est en proie au chaos et que la Syrie est, contre toute attente, en passe de gagner la guerre, la France se trouve de fait désemparée et inerte. Le nouvel hôte de l’Élysée, Emmanuel Macron, ignore tout de cette région du monde et balance entre un jour, une reconnaissance de la République syrienne et, le lendemain, des injures contre son président élu. En outre, l’Arabie saoudite et les Émirats ont très mal pris les déclarations du président Macron appelant à la désescalade avec le Qatar. Pour eux, sachant les efforts qu’ils ont commencé à faire pour rompre avec les jihadistes, il est inacceptable de tolérer le soutien de Doha aux terroristes.
L’inauguration du « Louvre des sables » était l’occasion d’un beau discours sur la culture qui nous unit ; prestation qui était incluse dans le package à 1 milliard de dollars conclu de longue date entre les deux États. Cette formalité accomplie, le président Macron s’enquit auprès de son hôte, cheikh Mohammed Ben Zayed, de ce qui se passait en Arabie saoudite voisine et du sort de Saad Hariri.
À la différence des bédouins d’Arabie saoudite et du Qatar, les Émiratis sont un peuple de pécheurs. Autant les premiers ne vécurent durant des siècles que dans leur désert, autant les seconds parcouraient les mers. En raison de cette particularité, les Émiratis avaient été rattachés durant la colonisation britannique à l’Empire des Indes, ne dépendant pas directement de Londres, mais de Delhi. Aujourd’hui ils ont investis leurs revenus pétroliers en achetant une soixantaine de ports dans vingt-cinq pays (dont Marseille en France, Rotterdam aux Pays-Bas, Londres et Southampton au Royaume-Uni). Ce dispositif permet à leurs services secrets de faire entrer et sortir ce qu’ils souhaitent dans ces pays malgré les contrôles des douanes locales ; un service qu’ils savent vendre à d’autres États. Grâce aux sanctions états-uniennes contre Téhéran, le port de Dubaï est devenu de facto la porte de l’Iran, encaissant des profits faramineux pour violer l’embargo US. C’est pourquoi Abou Dhabi a un intérêt économique vital à encourager la querelle arabo-perse, alors même que les Émirats revendiquent les îles de Tonb et de Bou-Moussa à leurs yeux « occupées » par l’Iran.
Il n’est un secret pour personne que cheikh Mohammed Ben Zayed exerce un fort ascendant sur le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane (« MBS »). Aussi le premier téléphona-t-il devant le président Macron au second pour lui obtenir un rendez-vous.
Le Français (39 ans) fit donc escale à Riyad sur le chemin du retour. Il fut accueilli à l’aéroport par « MBS » (32 ans) et y dîna avec lui.
Dans la nuit du 4 au 5 novembre, « MBS » a mis fin au gouvernement collégial de la dynastie des Saoud et a instauré le pouvoir personnel de son père, le roi Salmane. Pour ce faire, il a fait arrêter ou assassiner tous les leaders des autres clans de la famille royale ainsi que les prédicateurs et imams qui leurs sont dévoués, soit au total environ 2 400 personnalités. Des spin doctors israéliens ont présenté ce coup de Palais comme une opération anti-corruption.
Contrairement à ce qu’il croyait, le président français était venu pour rien. Il ne ramena pas avec lui le toujours Premier ministre libanais, et ne le rencontra même pas. Beaucoup plus grave, se disant conscient de ses lourdes obligations parisiennes, « MBS » le raccompagna à son avion.
Peut-être ne saisissez-vous pas l’injure faite à Emmanuel Macron tant elle paraît incroyablement grossière : le président français n’a pas été reçu par son homologue le roi d’Arabie saoudite bien que celui-ci accorde ces jours-ci quantité d’audiences à des personnalités de second rang.
Cette forme de goujaterie, caractéristique des manières de la diplomatie arabe, n’est pas uniquement imputable à « MBS », mais aussi à cheikh Mohammed Ben Zayed qui savait très bien à quoi s’en tenir en envoyant le jeune Français se faire humilier à Riyad.
Conclusion : en ne s’adaptant pas immédiatement au revirement de l’Arabie saoudite après le discours anti-terroriste de Donald Trump en mai dernier et en maintenant deux fers au feu, la France s’est mise elle-même au ban de la région. Les Émirats apprécient le Louvre et les corvettes de la Marine française, mais ils ne prennent plus les Français au sérieux. Les Saoudiens se souviennent des mots du candidat Macron contre eux et de ceux du président Macron en faveur du Qatar, le parrain actuel des Frères musulmans. Ils lui ont fait comprendre qu’il ne devait pas se mêler ni des problèmes du Golfe, ni de la succession au trône des Saoud, encore moins de la querelle contre l’Iran, et surtout pas des conflits autour du Liban.
La France est devenue étrangère au Moyen-Orient.

vendredi 3 mars 2017

Les tentatives du Hezbollah de leur imposer des principes religieux suscitent la colère des habitants du Sud-Liban

Ces six derniers mois, des informations de plus en plus nombreuses ont été diffusées dans les médias libanais concernant les actions du Hezbollah pour imposer le respect des normes islamiques dans différentes villes du Sud-Liban. Cette coercition religieuse se reflète dans des annonces publiées par les conseils municipaux et locaux contrôlés par des représentants du Hezbollah, ordonnant la fermeture de magasins de boissons alcoolisées ou interdisant la mixité dans les espaces publics. Ces mesures ont suscité les protestations de différents secteurs au Sud-Liban qui soutiennent le Hezbollah en tant qu’organisation de résistance mais ne sont pas nécessairement d’accord avec sa politique religieuse. Dans de nombreux cas, les protestations ont entraîné l’annulation des ordres en question. Des critiques contre ces mesures ont également été exprimées dans la presse libanaise, y compris dans le quotidien Al-Akhbar, réputé pour son soutien au Hezbollah.
L’interdiction de la mixité dans les lieux et événements publics
En juillet 2016, la presse libanaise a informé que le conseil municipal de la ville de Jebchit, dans le gouvernorat de Nabatiyah au Sud-Liban, a interdit aux femmes de fréquenter les cafés Internet et les lieux de divertissement et a ordonné leur fermeture pendant les heures de prière, afin de « préserver la tranquillité d’esprit des habitants et eu égard aux [normes] de la charia et de la morale ». Les propriétaires de ces commerces ont protesté, affirmant que le conseil municipal n’était pas habilité à émettre une telle interdiction. Un  article dans le quotidien pro-Hezbollah Al-Akhbar soulignait que les habitants de la ville sont religieux mais s’opposent néanmoins à la coercition religieuse. L’un des habitants cités dans le quotidien a même comparé cette injonction aux mesures prises par l’Etat islamique. [1]
Le même mois, on a appris que le maire d’Al-Khiam au Sud-Liban avait annulé la participation des femmes à un marathon tenu dans la région. Ibrahim Haidar, journaliste pour le quotidien Al-Nahar, qui a abordé la question dans son éditorial, a observé que le conseil municipal d’Al-Khiam est contrôlé par le Hezbollah et que la ville abrite une minorité chrétienne.[2] Al-Akhbar a informé par la suite que 13 femmes de la ville avaient participé au marathon en dépit de l’interdiction.[3]
Selon Al-Akhbar, le village d’Aitaroun a interdit aux hommes et aux femmes de se baigner ensemble dans la piscine municipale, suscitant l’opposition de certains habitants, qui pour la plupart évitent traditionnellement la mixité mais s’opposent néanmoins à la coercition religieuse de la part des autorités par principe. Le quotidien a rapporté que suite à la protestation des habitants, la ville a annulé l’interdiction.[4]
En août 2016, Hashem Safi Al-Din, président du comité exécutif du Hezbollah, a abordé les mesures prises à Jebchit, Aitaroun et Al-Khiam en termes évasifs, affirmant : « L’objectif du Hezbollah [dans son activité au sein des conseil]s municipaux est de servir les habitants tout en respectant deux limites : la loi libanaise et le respect de  la culture de la population [locale]. » [5]
Fermer les magasins de boissons alcoolisées
En janvier 2017, Al-Akhbar a rapporté que plusieurs membres du conseil municipal de la ville de Kafr Rumman dans le gouvernorat de Nabatieh, tous membres du mouvement chiite Amal ou du Hezbollah, avaient diffusé une pétition demandant la fermeture des magasins de boissons alcoolisées de la ville, et que 2 500 habitants avaient signé la pétition. En réaction, le président du gouvernorat a autorisé le conseil municipal à « prendre des mesures contre les propriétaires de magasins ». Toutefois, une fois que des membres du conseil municipal du parti communiste et du parti Al-Talia – branche libanaise du parti Baath – ont exprimé leur opposition à cette décision lors d’une séance du conseil municipal, et que des habitants ont protesté contre celle-ci au motif qu’elle contrevenait à la loi libanaise, le conseil a renvoyé l’affaire devant le gouverneur.[6]
Des habitants de Kafr Rumman protestent contre la décision de fermer les magasins de boissons alcoolisées (Al-Akhbar, Liban, 9 janvier 2017)
Interdire la musique dans les lieux publics
Le site web Janoubia, réputé pour son opposition au Hezbollah, a rapporté le 16 janvier 2017 que les organisateurs d’une cérémonie à la mémoire du président cubain Fidel Castro, qui s’est déroulée deux jours auparavant à Beyrouth, avaient retiré du programme deux interludes musicaux de luth, et ceci sur l’insistance des représentants du Hezbollah conviés, parmi lesquels le député Mohammed Raad. La décision a suscité la colère d’autres personnalités assistant à la cérémonie, y compris des partisans de l’Union démocratique de la Jeunesse et le parti communiste, qui ont quitté la cérémonie en signe de protestation.[7]
Un incident similaire a eu lieu début décembre 2016 à l’université du Liban de Beyrouth, lorsque le conseil des étudiants de la faculté d’ingénierie, dont les membres sont des partisans du Hezbollah, a interdit aux étudiants de la faculté de jouer de la musique lors d’une cérémonie à la mémoire d’un étudiant tué dans un accident de voiture. La cérémonie devait avoir lieu au sein du forum universitaire et inclure des chansons de la célèbre chanteuse libanaise Fayrouz que l’étudiant affectionnait. Les membres du Hezbollah de l’université ont affirmé qu’il était interdit d’écouter des chansons en public, car cela porterait atteinte aux sensibilités religieuses de certains étudiants. Ils ont ajouté qu’ils avaient demandé aux organisateurs de la cérémonie de la tenir dans une salle fermée mais que ces derniers avaient refusé. Au bout du compte, les organisateurs ont tenté de tenir la cérémonie comme prévu, mais les étudiants membres du Hezbollah sont arrivés et ont empêché qu’elle aie lieu par la force.[8]
La presse libanaise fustige la coercition religieuse de la part du Hezbollah : c’est une tentative pour changer le mode de vie au Liban
Comme indiqué, la presse libanaise, anti et pro-Hezbollah, a critiqué les mesures de coercition religieuse employées par l’organisation dans le pays. Le journaliste Elie Fawwaz a écrit  sur le site NOW Lebanon, connu pour son opposition au Hezbollah : « Le Liban n’a pas de loi interdisant la mixité dans les courses [de marathon] ou ailleurs. Les hommes et les femmes courent côte à côte au marathon annuel de Beyrouth. Alors sur quel fondement les [conseils] municipaux ont-ils pris cette décision ? N’ont-ils pas enfreint la loi dans ce cas ? Cette décision ne viole-t-elle pas la constitution [libanaise], dont le préambule affirme que ‘le Liban est une République parlementaire démocratique fondée sur le respect des libertés publiques, la liberté d’opinion et la liberté de croyance, la justice sociale et l’égalité des droits et obligations entre citoyens, sans distinction ni privilège’ [?] Ce préambule n’affirme-t-il pas que ‘le peuple est la source du pouvoir et de la souveraineté, qu’il exerce par le biais des institutions constitutionnelles’? [Ces incidents de coercition religieuse du Hezbollah] ne sont pas un problème provisoire mais plutôt une [tentative visant à] modifier le mode de vie au Liban. Ce qui est triste, c’est que l’Etat ne fait rien pour trancher la question, défendre la constitution qui est le fondement de son pouvoir et protéger l’égalité entre les citoyens. [Au contraire], il semble accepter l’existence d’une loi parallèle, tout comme il a accepté l’existence d’un arsenal d’armes parallèle [du Hezbollah], une économie parallèle et l’existence de plusieurs organes de gouvernement [au Liban, à savoir le gouvernement libanais et les autorités du Hezbollah]. Cette désintégration des institutions de l’Etat  conduira indubitablement à une désintégration sociale également, et à une autre crise s’ajoutant à celles qui frappent déjà le Liban. » [9]
Un quotidien pro-Hezbollah : le Hezbollah doit mettre fin aux erreurs commises par certains de ses représentants
Si le quotidien Al-Akhbar est réputé pour soutenir les activités militaires du Hezbollah ainsi que son activité politique au Liban, il ne soutient pas toujours la politique religieuse et sociale de l’organisation et n’hésite pas à la critiquer. Ainsi, un éditorial publié le 26 juillet 2017 par Fiyar Abou Saad soutenait que le Hezbollah est avant tout une organisation de résistance qui défend le Liban, et qu’à ce titre, elle a l’obligation de défendre la diversité culturelle du pays et de promouvoir la tolérance. Et d’ajouter que les décisions comme celle prise récemment par le Hezbollah dans le sud pourrait aliéner certains secteurs du public qui soutiennent le Hezbollah en tant qu’organisation de résistance, mais ne peuvent accepter une telle coercition religieuse.
Abou Saad a écrit : « Les décisions de plusieurs conseils municipaux du Sud-Liban ont relancé, bien que tardivement, le débat ardu sur les limites de l’ouverture sociale et des libertés individuelles… au sein des [secteurs] du public parmi lesquels le Hezbollah jouir d’une forte présence ou influence… » Tout en observant que ces décisions ont été prises par des représentants du Hezbollah dans différentes villes du Sud-Liban, et pas par les échelons les plus élevés de l’organisation, il a exprimé sa préoccupation qu’elles puissent amorcer une tendance qui se répandrait dans d’autres villes et villages, où sont présents de nombreux partisans du Hezbollah, et il a ajouté : « L’organisation [Hezbollah] doit dissiper la confusion et mettre fin à l’extrémisme et aux erreurs politiques commises par certains de ses représentants élus. Le Hezbollah… est à la fois un parti religieux et un parti politique [opérant] au sein d’une société diversifiée. Mais avant toute autre chose, c’est une [organisation] de résistance qui a obtenu des victoires au nom de l’intérêt national [libanais] et panarabe, et qui bénéficie [d’un soutien] transcendant les divisions communautaires et religieuses… [Le Hezbollah] a investi tous ses efforts dans le combat contre Israël et il est ainsi devenu un modèle… pour tous les autres mouvements de libération nationale du tiers-monde. Cet immense succès a des implications nationales et panarabes, dont la plus importante est d’ouvrir une fenêtre sur un avenir où les gens seront tolérants et où la société accueillera [chaque] individu et acceptera également les femmes, et leur réservera une place… Mesdames et Messieurs, le Liban nous appartient dans son intégralité, et le défendre signifie aussi défendre sa culture, ses principes, ses fondements et ses lois nationales qui protègent tout le monde et s’appliquent à chacun, nonobstant le secteur auquel il appartient… » [10]
Un autre article dans Al-Akhbar a émis des critiques similaires contre le Hezbollah après l’incident à l’université du Liban à Beyrouth. Le journaliste Ahmad Muhsin a écrit : « Le dénommé conseil des étudiants pense-t-il [vraiment] que c’est la bonne manière pour défendre la résistance, l’islam et la culture de la Révolution islamique – ou bien est-ce simplement une [démonstration de] force [?] Qu’est-ce qui fait croire au conseil des étudiants qu’il peut interdire [aux gens de faire des choses] et décider quelle musique est appropriée et laquelle ne l’est pas [?]… » Il a ajouté que ce comportement n’était pas représentatif de tous les partisans du Hezbollah au sein de l’université, mais seulement d’un groupe d’extrémistes parmi eux. [11]
Notes :
[1] Al-Akhbar (Liban), 26 juillet 2016.
[2] Al-Nahar (Liban), 24 juillet 2016.
[3] Al-Akhbar (Liban), 26 juillet 2016.
[4] Al-Akhbar (Liban), 26 juillet 2016.
[5] Al-Akhbar (Liban), 11 août 2016.
[6] Al-Akhbar (Liban), 9 janvier, 2017.
[7] Janoubia.com, 16 janvier 2017.
[8] Lebanondebate.com, elnashra.com, 3 décembre 2016; Al-Akhbar (Liban), 5 décembre 2016.
[9] Now.mmedia.me, 27 juillet 2016.
[10] Al-Akhbar (Liban), 26 juillet 2016.
[11] Al-Akhbar (Liban), 5 décembre 2016.

lundi 31 octobre 2016

Michel Aoun monte finalement les marches du palais présidentiel au Liban

Il est le nouveau président de la République libanaise. Après deux ans et demi de vacance présidentielle, Michel Aoun, ancien chef des forces armées libanaises, a aujourd’hui été porté à la magistrature suprême par la majorité des voix de ses 127 collègues députés. Vingt-six ans après avoir été exfiltré du palais présidentiel de Baabda sous les bombardements du régime syrien de Hafez al-Assad, le général à la retraite y retourne donc par la grande porte, comme président légalement élu. « Il prend sa revanche sur l’histoire et embrasse son destin, que l’on aurait pourtant pu croire condamné », commente son neveu Alain Aoun, député du groupe parlementaire du Bloc du Changement et de la réforme, présidé par son oncle qu’il décrit comme « patient, déterminé et persévérant ». En octobre 1990, pris d’assaut par l’armée syrienne d’occupation contre qui il avait lancé, quelques mois plus tôt, une guerre de libération, Michel Aoun avait été contraint de déclarer sa reddition et s’était exilé, à la fin du conflit civil libanais, en France. Il accède aujourd’hui aux plus hautes fonctions de l’Etat grâce au soutien du Hezbollah, l’allié de cette même Syrie qu’il combattait hier.
Il est un homme au parcours extra-ordinaire. Chrétien maronite aux origines modestes – son père était boucher, Michel Aoun a gravit les échelons de l’arène politique un à un. « Il ne rentre pas dans les normes du système libanais dont il n’est pas issu, poursuit son neveu. Il a toujours été le mal aimé de la classe politique. Il est arrivé à la tête de l’Etat à la sueur de son front ». Après avoir terminé ses études, l’ancien général à la retraite s’engage à 20 ans au sein de l’académie militaire libanaise où il est successivement promu lieutenant puis lieutenant-colonel avant de s’illustrer, pendant la guerre civile et lors de l’invasion du Liban par Israël en 1982, et d’être nommé commandant des forces armées libanaises. « Il est devenu extrêmement populaire en 1989 lorsqu’il a dénoncé, presque seul, l’occupation syrienne de son pays. Son opération militaire s’est terminée par une défaite cuisante mais il avait réussi, àl’époque, à rassembler autour de lui une grande partie de la rue chrétienne », continue Karim Bitar, professeur de sciences politiques à l’université Saint-Joseph de Beyrouth.
Le président de la République nouvellement élu ne fait aujourd’hui plus l’unanimité. « Il est clivant, idolâtré par certains, honni par les autres, confirme Karim Bitar. Le pays est divisé entre les aounophobes qui le détestent et les aounolâtres qui l’admirent ». En 2005, lorsqu’il rentre à Beyrouth après quinze ans d’exil en France, Michel Aoun déroute ses partisans en s’alliant au parti chiite pro-syrien du Hezbollah. Ceux qui étaient ses plus fidèles soutiens en 1989 sont donc désormais ses plus irréductibles adversaires. « C’est un leader, l’opinion publique lui a toujours fait confiance, même quand il a décidé de se réconcilier avec la Syrie, assure cependant son neveu Alain Aoun. Le Hezbollah est un partenaire de la vie politique locale, il n’est pas impossible voire interdit de traiter avec lui ». Dans les rues de la capitale pourtant, nombreux sont les détracteurs du général Aoun qui dénoncent un homme intransigeant, colérique et capable, à tout moment, de volte-face politique. Depuis plusieurs jours, des vidéos de l’ancien général qualifiant d’illégitime le Parlement qui l’a aujourd’hui élu – les députés ont prorogé leur mandat à deux reprises depuis 2009, circulent sur les réseaux sociaux. Les activistes, comme Alexandre Salha, qui milite au sein du mouvement de la citoyenneté, réclament, eux, en soulignant l’âge avancé de Michel Aoun qui fêtera ses 82 ans en février, un renouvellement de la classe politique. « Nous avons besoin de jeunes pour porter notre ambition, pas de seigneur de la guerre. Comment un homme qui a eu le sang de ses compatriotes entre les mains peut-il porter un programme de paix ? », regrette le jeune militant. Conscient des voix contestataires, le député Alain Aoun rappelle qu’en tant que président de la République, Michel Aoun défendra les intérêts de tous les Libanais les six prochaines années. « Il a toujours fait parler de lui, c’est normal, c’est un homme de poigne. Ce qui importe aujourd’hui, c’est qu’il donne un nouveau souffle au pays », tempère son neveu.

mardi 25 octobre 2016

Washington ne combat pas Daesh, il le déplace par Hassan Nasrallah

Au cours des dernières semaines, Washington a multiplié les déclarations contre Daesh, sans jamais le frapper. Au contraire, ce sont les forces de la République arabe syrienne qu’il a bombardées lorsqu’elle luttaient contre l’organisation terroriste. Il suffit de placer Daesh sur une carte et de l’observer dans le temps pour comprendre la stratégie états-unienne.

https://youtu.be/Eay4CVv9Sag

lundi 27 avril 2015

Israël prévient le Hezbollah de se tenir tranquille

Israël prévient le Hezbollah de se tenir tranquille

Des sources non-officielles en Syrie et au Liban, citées par les chaînes de télévision arabes Al Jazeera et Al Arabiya ont rapporté, samedi 25 avril, que la force aérienne d’Israël a frappé des cibles du Hezbollah et de l’armée syrienne dans les montagnes de Qalamoun sur la frontière libano-syrienne, depuis mercredi 22 avril jusqu’à vendredi 24 avril au soir. Il n’y a eu aucune confirmation ni d’Israël ni de la Syrie.
Dans l’attaque de mercredi, on affirme qu’une personne a été tuée.
Le tableau présenté par ces reportages montre que les cibles auraient été les 155ème, 65ème et 92ème brigades de l’armée syrienne et du Hezbollah, deux convois du Hezbollah et des bases ou des batteries syriennes de missiles de longue portée
Les sources militaires de Debkafile ajoutent qu’il est difficilement crédible que des raids aériens israéliens aient pu s’étendre durant plus de 3 jours, sans être remarquées par les médias syriens et libanais. Les reportages des télés arabes, s’ils étaient confirmés, seraient, par conséquent, exagérés par leur ampleur.
Vendredi, nos propres sources ont révélé que les forces syriennes et du Hezbollah, sous le commandement d’officiers des Gardiens de la Révolution Iranienne  avaient lancé des opérations pour déloger les dernières poches rebelles dans les montagnes stratégiques de Qalamoun, afin de sécuriser l’autoroute vers le Liban de tous mouvements militaires pouvant faire obstacle – de façon la plus importante, lesd armes et le personnel qui afflue régulièrement à travers la frontière entre les deux alliés.
Dans des rapports précédents, Debkafile a dévoilé que le Hezbollah a transféré le noyau dur de ses forces et un vaste dépôt de missiles depuis le nord du Liban vers une enclave protégée de la région de Qalamoun, sous son contrôle. La milice libanaise appuyée par l’Iran avait calculé que cette base serait plus à l’abri des attaques israélienne qu’au Liban. Selon des sources des renseignements occidentaux, des missiles de longue portée font partie de cet entrepôt relocalisé dans les montagnes syriennes, d’où elles peuvent être dirigées contre Israël.
Ces frappes supposées israéliennes, cette semaine, auraient, par conséquent, été destinées à déjouer le projet  du Hezbollah d’installer une nouvelle base de départ de guerre, dans cette zone des montagnes libano-syriennes.
Une autre cible potentielle pourrait être la première piste de décollage pour ses drones, installée dans la vallée de la Beqaa, au sud d’Hermel, situé au nord du Liban.
Jane’s, une publication britannique, spécialisée dans les affaires militaires, a diffusé cette semaine des images satellites dévoilant cette piste de décollage, d’une longueur de 670 m et de 20 m de large, trop courte pour la plupart des transports aériens, excepté pour les avions de transport An-74T-200 des Gardiens de la Révolution, qui transportent des armes pour le Hezbollah – bien que l’atterrissage avec un chargement dans cette bande montagneuse serait considérée comme dangereuse. Cette piste a, selon toutes les apparences, été construite pour être utilisée par des drones, tels que l’Abadil-3, le Shahed-3 et le Shahed 129, que l’Iran a livré à l’Iran.
Marc Brzustowski source en anglais debka
D’autre part
Le commandant de l’armée de l’air israélienne, Amir Eshel,  a lancé vendredi un sévère avertissement au Hezbollah libanais. Il a accusé l’organisation terroriste chiite de pousser vers une guerre avec Israël et a prévenu : « Les Libanais qui vivent à proximité des positions du Hezbollah doivent savoir qu’ils devront quitter les lieux le plus rapidement possible en cas de conflit car Israël frappera le Hezbollah même aux prix de dégâts collatéraux. Nous préférons avertir car la destruction sera gigantesque. Il ne sera pas bon d’être Libanais à ce moment-là ».
Israël attribue au gouvernement libanais la responsabilité entière de ce qui se passe sur son territoire, y compris les activités du Hezbollah dans le sud du pays. Le gouvernement israélien a toujours prévenu les autorités libanaises qu’en cas de nouvel affrontement, les infrastructures libanaises seront gravement atteintes également.
Au sud-Liban le Hezbollah utilise la même méthode  que le Hamas dans la bande de Gaza et se sert de la population civile des villages comme boucliers humains. La plupart des fortins et arsenaux du Hezbollah sont situés près de maisons d’habitation, d’écoles, d’hôpitaux et de mosquées.
Kl.Source

jeudi 5 mars 2015

La guerre civile en Syrie, source de stabilité pour la région

Les bouleversements démographiques causés par quatre années de guerre civile en Syrie ont profondément changé la Syrie et ses trois voisins arabophones que sont l’Irak, le Liban et la Jordanie (la Turquie et Israël ont changé aussi mais dans une moindre mesure). Face aux tragédies et aux horreurs, et alors que les populations s’adaptent aux impératifs cruels du nationalisme moderne, les quatre pays sont – ironie de l’histoire – en train de gagner en stabilité, en raison des combats qui ont poussé les gens à passer d’un statut de minorité ethnique à celui de majorité, encourageant chacun à vivre avec ses semblables.
Avant de se pencher sur chacun des ces quatre pays, faisons un peu d’histoire :
Tout d’abord, à l’instar des Balkans, le Moyen-Orient présente l’une des situations ethniques, religieuses, linguistiques et nationales les plus complexes et les plus instables au monde. C’est un endroit où les alliances transfrontalières compliquent profondément la politique locale. Si les Balkans ont déclenché la Première Guerre mondiale, le Moyen-Orient pourrait provoquer la Troisième.
Ensuite, les tensions historiques entre les deux grands courants de l’islam, les sunnites et les chiites, s’étaient largement estompées avant l’arrivée au pouvoir de l’Ayatollah Khomeiny en 1979. Ce sont les coups de boutoir de Téhéran qui les ont ravivées.

La guerre meurtrière qui pendant 8 ans, de 1980 à 1988, a opposé l’Iran et l’Irak a joué un grand rôle dans l’exacerbation de l’hostilité entre sunnites et chiites.
En outre, quand les puissances européennes impérialistes ont redessiné la plupart des frontières du Moyen-Orient, elles n’ont pratiquement tenu aucun compte de l’identité des peuples qui vivaient dans la région, préférant se concentrer sur les fleuves, les ports et les ressources qui servaient leurs intérêts économiques. Avec pour résultat le désordre actuel de pays définis un peu au hasard (comme la Jordanie).
Enfin, les Kurdes ont été les grands perdants de la redéfinition des frontières il y a un siècle. Par manque d’intellectuels capables de défendre leur cause, ils se sont retrouvés divisés entre quatre États différents où ils ont partout été persécutés. Aujourd’hui, ils sont organisés et prêts pour l’indépendance.
Passons à présent à l’état de la Syrie et de ses voisins arabes (en nous inspirant de l’article de Pinhas Inbari, « Demographic Upheaval : How the Syrian War is Reshaping the Region » [Bouleversement démographique : comment le conflit syrien redessine la région]).
Il est frappant de voir combien la Syrie et l’Irak ont subi les mêmes évolutions. Après la disparition de dictateurs monstrueux en 2000 et 2003, les deux pays se sont chacun divisés en trois entités ethniques, à savoir les Arabes chiites, les Arabes sunnites et les Kurdes. Alors que Téhéran domine les deux régimes d’inspiration chiite, plusieurs États à majorité sunnite (Turquie, Arabie Saoudite, Émirats Arabes Unis, Qatar) soutiennent les rebelles sunnites. Les Kurdes se sont retirés des guerres civiles arabes pour bâtir leurs propres zones d’autonomie. Les dictatures autrefois ambitieuses n’ont mis sur pied pratiquement aucune politique étrangère viable. De plus, la frontière séculaire entre la Syrie et l’Irak a en grande partie disparu.
La Syrie. La zone syrienne qui demeure sous le contrôle de Bachar Al-Assad devient de plus en plus chiite. Selon des estimations, 50 % des 22 millions d’habitants que comptait la Syrie avant le début de la guerre, ont été chassés de leurs foyers. Parmi eux, les 3 millions de réfugiés, la plupart sunnites, qui ont fui le pays ne rentreront probablement pas non seulement parce que la guerre civile se poursuit mais aussi parce que le régime d’Assad les a déchus de leur nationalité. Il apparaît également que le régime a volontairement réduit son contrôle sur la zone frontalière avec la Jordanie dans le but d’encourager les sunnites à fuir la Syrie. Selon certaines sources, le régime a utilisé comme autre stratagème en vue d’augmenter la population chiite, l’accueil et la réinstallation d’environ 500.000 chiites irakiens dont certains ont même reçu la nationalité syrienne.

Bachar Al-Assad devrait être meilleur ophtalmologue que dictateur.
L’Irak. La guerre civile en Syrie a donné à l’État Islamique (ou EIIL/EIIS) l’occasion de pénétrer en Irak et de prendre des villes comme Falloujah et Mossoul, avec pour conséquences l’exode de non-sunnites (surtout des chiites et des Yézidis) et un redécoupage de l’Irak selon des critères ethniques. Étant donné le mélange de populations qui caractérise le pays, particulièrement dans la région de Bagdad, il faudra des années voire des décennies avant que le tri ne s’opère entre les différents groupes. Toutefois, c’est un processus qui semble inexorable.
Le Liban. Les sunnites sont en train de se renforcer et de contrecarrer l’influence iranienne. Les millions de réfugiés sunnites en provenance de Syrie constituent désormais 20 % de la population du pays, soit un quasi-doublement de la communauté sunnite. Par ailleurs, le Hezbollah, l’organisation chiite dominante au Liban, est en train de négliger sa base et de perdre de son influence dans le pays en combattant en Syrie au profit du régime d’Assad.
La présence de miliciens du Hezbollah en Syrie réduit l’influence de l’organisation dans son propre pays, le Liban.
La Jordanie. L’afflux récent de réfugiés syriens a été précédé d’une vague d’environ un million de réfugiés irakiens. Ensemble, ces deux nouveaux groupes ont fait baisser la proportion de Palestiniens en Jordanie au point que ces derniers ne constituent probablement plus la majorité de la population du pays. Ce changement a des conséquences politiques majeures : d’une part, il réduit la menace potentielle représentée par les Palestiniens pour la monarchie hachémite, d’autre part il met à mal le raisonnement soutenu par certains Israéliens et qui consiste à assimiler Jordanie et Palestine.
En résumé, l’Irak et la Syrie voient leurs contours redéfinis par leurs composantes religieuses et ethniques, le Liban voit sa communauté sunnite se renforcer et la Jordanie sa communauté palestinienne s’affaiblir. Aussi terrible que puisse être son coût humain, la guerre civile en Syrie pourrait, à long terme, transformer le Moyen-Orient en une zone moins explosive et moins propice au déclenchement d’une Troisième Guerre mondiale.
26 février 2015
Version originale anglaise: Syria’s Civil War Could Stabilize Its Region
Adaptation française: Johan Bourlard