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mardi 25 octobre 2016

Oriana Fallaci et la liberté

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A l’occasion du dixième anniversaire de la mort d’Oriana Fallaci, des textes autobiographiques inédits ont été publiés, notamment celui intitulé :» L’amour est un suicide de sa propre liberté.», dont j’ai traduit un extrait.

Que l’on partage ou non ses réflexions sur la liberté, j’ai trouvé ce texte d’une grande beauté.
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Je ne comprends pas le mécanisme par lequel un homme ou une femme se sent investi ou est investi du droit de commander les autres et de les punir s’ils n’obéissent pas.
Que cela vienne d’un souverain despotique ou d’un président élu, d’un général assassin ou d’un leader aimé, je vois le pouvoir comme un phénomène odieux et inhumain.
Je me trompe peut-être, mais le paradis terrestre ne finit pas le jour où Adam et Eve furent informés par Dieu que dorénavant ils travailleront à la sueur de leur front et que la femme enfantera dans la douleur. Le paradis terrestre prit fin le jour où ils s’aperçurent qu’ils avaient un patron qui les empêchait de manger une pomme.
D’accord, pour vivre en groupe, il faut une autorité qui gouverne, autrement c’est le chaos. Mais le côté le plus tragique de la condition humaine, c’est, il me semble, la nécessité d’avoir besoin d’une autorité qui gouverne, d’un chef. On ne sait jamais où commence et où se termine le pouvoir d’un chef : la seule chose qui soit certaine, c’est que l’on ne peut pas le contrôler et qu’il fusille ta liberté. Pire : c’est la démonstration la plus amère que la liberté n’existe pas dans l’absolu, qu’elle n’a jamais existé et qu’elle ne peut exister. Même si l’on doit se conduire comme si elle existait et la chercher, quel qu’en soit le prix !
Si l’on pouvait compter toutes les créatures qui au cours des siècles se sont laissées torturer et massacrer pour la liberté, on s’apercevrait qu’aucun autre concept n’a coûté autant de fleuves de larmes et de sang.
Et si l’on pouvait coller tous les morceaux de papier sur lesquels on a imprimé la parole «liberté», on obtiendrait une feuille de papier à l’intérieur de laquelle on pourrait emballer la Terre.
Il n’y a pas de poète qui n’ait chanté la liberté, il n’y a pas de philosophe qui n’ait profondément réfléchi à la liberté, il n’y a pas d’historien qui n’ait pas narré les victoires et les défaites de la liberté.
Sur la liberté, nous possédons des versets mémorables, des pages inoubliables. Et pourtant, il n’existe aucune définition de la liberté universellement acceptée, et nous continuons à nous demander en quoi elle consiste. Moi la première. J’ai été éduquée dans le culte de la liberté, j’ai appris dès l’enfance à aimer ceux qui la défendent et à haïr ceux qui l’oppriment. Je n’écris jamais un reportage ou un livre dont le thème n’est pas la liberté et quand on me demande de la résumer en quelques paroles, je suis prise de panique.
Peut-être cela s’est produit car comme tous les concepts absolus, celui de la liberté ne peut être ramené à une seule idée ; c’est une mosaïque d’interprétations, donc de contradictions implicites.

Partout, à toute époque et sous chaque drapeau, ceux qui se battent contre les tyrans peuvent à leur tour devenir des tyrans, les pires des tyrans

Sans doute peut-être plus qu’un concept, la liberté est un sentiment, et il est impossible de rationaliser un sentiment. Ou tout simplement parce que la peur de tomber dans le piège de la rhétorique, donc du mensonge, nous freine, et nous pensons à la liberté à laquelle nous nous référons majoritairement, à savoir la liberté politique, la liberté comprise comme un droit et un devoir de citoyen.
J’ai vu des libertés blessées, voire assassinées, au nom de cette liberté. J’ai vu des apôtres de la liberté se transformer en bourreaux de la liberté, au nom de cette liberté. J’ai vu promouvoir des guerres et faire des guerres injustes, de fausses révolutions, au nom de cette liberté. J’ai vu accomplir des crimes horribles et des massacres monstrueux au nom de cette liberté au cri de «Vive la Liberté», «Patrie et Liberté», «Indépendance et Liberté» «Liberté— Egalité», «Justice et Liberté». L’Histoire nous enseigne que partout, à toute époque et sous chaque drapeau, ceux qui se battent contre les tyrans peuvent à leur tour devenir des tyrans, les pires des tyrans.
Ou bien on pense à la liberté individuelle, à la liberté que l’on cherche dans les rapports personnels, dans la vie privée.
Dans ses «Pensées», Lacordaire définit cette liberté comme «le droit de faire ce qui ne nuit pas à l’autre.» Et c’est juste. Néanmoins, le fait demeure que l’exercice de sa propre liberté se termine toujours ou presque toujours par nuire ou perturber ou limiter la liberté de l’autre. Si je fume une cigarette devant toi et que tu ne supportes pas l’odeur, j’exerce ma liberté mais je nuis, je perturbe ou limite la tienne ; si tu m’interdis ou me demandes de ne pas fumer cette cigarette, tu nuis, tu perturbes ou tu limites la mienne.
Si en étant couchée avec toi, je garde la lampe de chevet allumée, ce qui t’empêche de dormir, j’exerce ma liberté, mais je limite la tienne ; si tu éteins la lampe, tu exerces ta liberté mais tu limites la mienne. Et le discours ne change pas si je m’interdis de fumer ou de laisser la lampe allumée parce que je t’aime. Cela démontre seulement que l’amour enchaîne la liberté individuelle, qu’il s’agisse d’amour maternel, filial ou pour un homme, une femme, un chien.
Aime vraiment quelqu’un et tu verras que ta liberté se bloque plus qu’un navire amarré. L’amour est un suicide de notre propre liberté. Et c’est la preuve la plus irréfutable que la liberté, la vraie, la pure n’existe pas. Et comment pourrait-elle exister, vu que nous n’avons même pas la liberté de choisir si nous voulons ou non naître, vu que chacun de nos choix dépend de ce choix, décidé par quelqu’un d’autre pour nous ?
La vraie liberté, la liberté pure n’existe que dans le rêve. La liberté est un rêve. Pour poursuivre ce rêve, en capturer au moins l’ombre, matérialiser le reflet, on se bat, on se déchire, on meurt. Toutefois, gare à ne pas le poursuivre, à y renoncer, en pensant qu’il est vain de courir après ce qui n’existe pas. Sans ce rêve, même l’intelligence s’éteint, ainsi que la capacité de créer, de distinguer le bien du mal, le beau du laid. Et la parole dignité perd toute signification, la vie se réduit à un processus physique logique semblable à lui-même : manger, boire, dormir, procréer, mourir. On naît esclaves, d’accord. Mais je ne puis imaginer rien de plus stupide, de plus minable, de plus tragique, qu’un esclave qui se résigne à rester esclave, car né esclave.
Le plus beau monument à la dignité humaine reste pour moi ce que je vis sur une colline du Péloponnèse, en compagnie de mon ami Alessandro Panagulis, le jour où il me conduisit auprès de quelques résistants en été 1973. Papadopoulos était encore au pouvoir. Il ne s’agissait ni d’un simulacre, ni d’un drapeau, mais de trois lettres «OXI», qui en grec signifient «NON».
Elles avaient été écrites entre les arbres par des hommes assoiffés de liberté, au temps de l’occupation nazi-fasciste, et pendant trente ans, ce NON était resté là sans s’affadir sous la pluie et le soleil. Les colonels avaient donné l’ordre de les effacer avec de la chaux. Mais immédiatement, comme par la magie d’un sortilège, la pluie et le soleil avaient dissous la chaux. Ainsi, jour après jour, les trois lettres réapparaissaient têtues, désespérées, indélébiles.
© Rosaly pour Dreuz.info.

Beau texte de cette grande dame dont l’influence perdure.
Oriana Fallaci a combattu pour la liberté qu’elle mettait en pratique dans ses écrits.

mercredi 16 octobre 2013

Non les musulmans ne sont pas offensés par Charles Martel

Le dernier livre de Lorànt Deutsch défraie la chronique. Après son Métronome, voilà qu’il récidive avec son Hexagone. Plus précisément, c’est le passage sur Charles Martel et la bataille de Poitiers en 732 qui fait polémique. Même si ce n’est pas un ouvrage d’historien, ce dont l’auteur se défend d’ailleurs, et bien que sa description de l’arrivée des musulmans en Gaule soit sujette à caution, il n’est pas question de lui faire un procès en sorcellerie.
Concernant la figure « controversée » de Charles Martel, qui alimenterait le choc des civilisations, et qu’il ne serait guère opportun d’aborder à cause de la question de l’islam et des musulmans en France, de qui se moque-t-on ? Il ne s’agit pas ici de faire l’éloge de Charles Martel, ni de le vouer aux gémonies ; que l’ampleur de la bataille ait été exagérée ou non, Charles Martel est une figure de l’Histoire de France, que l’on doit étudier, et les musulmans ne se sentent nullement offensés lorsque l’on étudie cet événement.
Ce genre de polémique stérile donne du grain à moudre aux Charles Martel de la toile que sont les Identitaires ou le site Internet Fdesouche. Pour revenir à la figure de ce personnage, il est plus logique qu’un Français se sente fier de Charles Martel que de Bénabar ou de Manuel Valls… quand même ! Mais revenons aux détracteurs de Lorànt Deutsch, à savoir — et pour faire simple — le Front de gauche ou des historiens qui lui sont plus ou moins affiliés. Sous couvert de défendre les musulmans qui seraient stigmatisés par ce livre de Lorànt Deutsch, ces derniers s’émeuvent et tirent à boulets rouges sur cet ouvrage.
Quand on sait que cette gauche est la plus laïcarde, la plus athée, la plus hypocrite, que c’est cette gauche qui est au fond la plus hostile aux musulmans, à ce qui fait leur identité, car c’est elle qui œuvre le plus pour le déracinement, la rupture avec le passé quel qu’il soit au nom d’un lendemain qui promet de chanter, la voir défendre les musulmans est une tartufferie sans nom ! Lorsque cette gauche s’en prend aux musulmans, elle dispose du blanc-seing laïc, de l’immunité républicaine, mais lorsque ce sont des Français qui ne sont pas de gauche et qui parlent de l’Histoire de France, alors là, ce ne sont que des fachos, des vilains…
Mais quelle farce ! Qu’on se le dise, les musulmans refusent d’être instrumentalisés à des fins politiciennes, d’être les tirailleurs de la laïcité. Que la gauche s’intéresse plutôt au peuple français qu’elle a abandonné depuis longtemps. Les musulmans n’ont rien demandé dans cette histoire, ils ont déjà assez de problèmes comme cela. La gauche comme à son habitude et le Front de gauche en particulier cherchent à s’attirer un « vote musulman » dans la perspective des municipales.
Alors messieurs du Front de gauche, de la joue de droite ou du menton du milieu, fichez-nous la paix ! IL ne s’agit là que d’une énième tempête dans un verre d’eau, dont l’élite intellectuelle parisianiste des salons est si friande.


lundi 3 juin 2013

Kosovo : une gierre juste pour créer un état mafieux de Pierre Péan

Le nouveau livre de Pierre Péan, paru cette semaine chez Fayard, est un pavé noir de cinq cents pages. Sur la couverture nous dévisage un homme masqué par une cagoule frappée de l’emblème de l’UÇK. Au-dessus, un sous-titre rouge: « Une guerre « juste » pour un État mafieux ». Et surplombant le tout, en grosses lettres blanches : Kosovo.Le nouveau Péan est plus qu’un pavé : un monument de lucidité. Un temple du courage intellectuel et physique. Une brique d’amertume. Il s’ouvre et s’achève par le récit d’un épisode parmi les plus horribles de la guerre civile yougoslave: l’extraction, à vif, du cœur d’un jeune homme serbe par un jeune médecin albanais, tremblant de terreur, qui finira par se rendre et se confesser des années plus tard, hanté par son crime et traqué comme témoin gênant par ses ex-patrons, trafiquants de chair humaine. Lesquels patrons, Péan l’affirme à la suite de Dick Marty, sont des personnages de premier plan de l’État mort-né du Kosovo, issu de l’union passionnée de l’OTAN et d’une mafia sans merci.
Le voici dans toute sa hideuse vérité, belles âmes humanitaires, le fruit de vos songes creux. Si le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions, nous interroge Péan, à quoi mène cette autoroute d’illusions, de manigances politiques et d’aveuglement délibéré ? Son livre est une encyclopédie de la manipulation. En l’ouvrant, c’est une malle de souvenirs cauchemardesques que je déverrouille dans ma tête. Guerres fratricides attisées de l’étranger; montages photo à charge, grossiers et bâclés comme le sont les mensonges les plus efficaces; rumeurs de « camps de la mort » et de « viols de masse de femmes musulmanes » jetées après usage, mais qu’il était interdit de questionner sur le moment; dizaines de courriers inutiles à des rédactions de presse qui s’étaient promues agents RP des « gentils », bosniaques ou albanais; 78 jours de bombes sur la Serbie à cause de son refus de ramper; Kouchner et les militaires occidentaux se jetant dans les bras des caïds balkaniques…
D’écœurement devant tant de bêtise, j’avais opté pour le camp des « méchants » Serbes. Passer pour un vilain aux yeux des imbéciles est une volupté de fin gourmet, aurait dit Courteline. Mais c’est faux. Cela flatte votre orgueil un instant, puis cela vous fait désespérer : soit de votre propre santé mentale, soit de celle des humains qui vous entourent.
Le pavé de Péan, fortement documenté, est moins une consolation qu’un soulagement : non, ce n’était pas mon esprit qui déraillait. L’affaire qui a marqué mes années d’apprentissage et formé ma vision du monde était bel et bien un « Tchernobyl de l’information » qui a irradié les consciences en Occident, étouffé le sens commun et fait de l’esprit des masses un disque dur vierge, sans mémoire ni structure logique, prêt à avaler n’importe quel bobard diffusé d’« en haut ». Si, désormais, les nouvelles du monde à l’intention du grand public ressemblent à des contes à dormir debout, c’est dans l’ex-Yougo que ce théâtre de Guignol fut testé et mis au point.
Slobodan DespotLe Causeur.fr

SÉRIEUX COMME UN PAPE

SÉRIEUX COMME UN PAPE

Pape religionJe connais un “frère trois-points” qui, en maçon dévoué, voudrait reconstruire le monde selon la seule vue étroite qu’il a de celui-ci. L’ennui est qu’il s’agit d’un individu demeuré… dans un état par trop matériel, dont l’esprit est loin d’être sain: il instrumentalise donc les outils qui président à son atelier.
S’imaginant avoir le compas dans l’œil, confondant l’équerre avec le couteau de l’équarrisseur, se prenant pour un Pic de la Mirandole, son point de vue, sans aucune perspectives, confine à l’aveuglement absolu : je l’ai donc surnommé ironiquement “Frère trois-points… sait-tout” !
Ayant opté pour l’athéisme et le “progressisme”, ne pouvant par conséquent ni être légat du souverain pontife – ni même “légat de la Marine” qui, selon lui, mène ses électeurs en bâteau - il déverse sa rancœur contre tout ce qui est catholique ou même croyant. Jugeant la religion d’un regard inquisiteur (Il prétend avoir bûché le sujet !), il fustige d’un doigt vengeur “le préservatif mis à l’index”, accuse ceux qui s’opposent à l’avortement de “faire un enfant dans le dos des classes défavorisées”, se précipite à la curée du célibat des prêtres, lessive en moins de deux la moindre critique des homos. Enfermé dans sa bulle anti-cléricale, il se rêve le nouveau pape de la laïcité.
Moi, je lui dis : “Minute, papillon !” Car si le Pacte Républicain de nos voisins d’outre-Quiévrain – qui, depuis Schengen, a pénétré trop aisément dans notre royaume – place la croyance dans la “vie privée”, tout en lui interdisant l’accès de la sphère publique, la “Liberté de culte et de pensée” n’est pas encore passée sous le couperet de la guillotine chez nous. En effet, qu’espère-t-il ?
Exige-t-il que le Saint-Père parle contre ses convictions, indique à ses fidèles des chemins qu’il juge mener à l’abîme spirituel ? Ce serait comme de demander à Di Rupo d’affirmer que Mital est un bienfaiteur de l’humanité ou à Pierre Galand – président du Centre d’Action Laïque – de soutenir que les attentats islamistes mènent tout droit au “Paradis d’Allah” où 72 vierges attendent les kamikazes (Quoique, dans ce dernier exemple, la présence de drapeaux du mouvement islamiste H’ezbollah dans des manifestations de l’Association Belgo-Palestinienne – qu’il dirige aussi – ne semble pas le déranger !)
D’ailleurs, les propos du successeur de Pierre ne sont – si j’ose dire ! - “parole d’Evangile” que pour ceux qui professent son infaillibilité ex cathedra et rien n’empêche aujourd’hui ceux qui ne sont pas d’accord de s’en aller en “Protestants”, comme l’ont fait jadis Luther, Calvin et bien d’autres. A notre époque, les gens sont bien informés et peuvent peser, en leur âme et conscience, les risques auxquels ils s’exposent éventuellement en suivant le chemin qui, passant par la Ville éternelle, pourrait les mener – Croient-ils ! – à une Vie plus éternelle encore.
Mais le franc-mac en fait tout un fromage ! Craignant sans doute que la rumeur l’accuse d’être “maqué(e)” avec l’Eglise, il affirme être prêt à rendre son tablier si la majorité de ses compagnons fait bon ménage avec le goupillon. Il avance alors comme argument que “les Africains et les Latino-Américains ne saisissent pas tous les dangers inhérents au respect des directives vaticanes”, soulignant involontairement le vrai problème.
Car moi – qui ne suis ni catho, ni chrétien, ni même “de gauche” ou “progressiste” – j’ai foi en l’être humain, j’estime que tous les hommes ont reçu en partage l’intelligence et le discernement… même les non-occidentaux ! Quand j’estime que quelqu’un envisage de prendre une décision dangereuse, je lui expose mes arguments, écoute les siens, les contre encore si je le peux… et lui laisse alors sa liberté de choix vu que je ne me considère pas comme dépositaire de la “seule Vérité”.
C’est bien cela qui cloche avec les “humanistes de salon” : imbus d’eux-même, se croyant seuls détenteurs de la “sapience scientifique absolue”, faisant du prosélytisme outrancier pour leur néo-religion, ils en viennent à considérer tout qui n’épouse pas leurs thèses comme “arrièré”. Appliquée à leurs concitoyens, cette forme de pensée s’appelle du sectarisme, voire du fascisme; étendue à l’étranger, cela se nomme du – Oh ! Le vilain mot qu’ils emploient, pour leur part, à tort et à travers – racisme !
C’est pourquoi, la prochaine fois qu’un de ces beaux parleurs viendra me faire la leçon en me disant, la bouche en cœur, “Tous les hommes sont frères !”, sérieux comme un pape je lui rétorquerai: “Et ta sœur… ?”
Pol Hémickh

Livre / On ira tous au paradis, d’Emmanuel Jaffelin

« On ira tous au paradis, même moi, qu’on croie en Dieu ou qu’on n’y croie pas, on ira avec les chrétiens, avec les païens », chantait Michel Polnareff. Emmanuel Jaffelin, professeur de philosophie, reprend à son compte cette assertion dans un petit traité rondement mené.
Au début était le Verbe, est-il écrit dans la Genèse. Avec une sympathique légèreté, l’auteur remonte le temps et nous emmène faire un petit tour chez les Grecs. Promenade incontournable, pour peu que l’on s’intéresse à l’histoire des idées et des concepts qui ont tant imprégné l’Occident.
Au début donc, en l’antique Hellène, étaient la Nature et toutes les forces telluriques. Ceux que l’on appelle philosophes sont des individus qui s’interrogent et tentent d’expliquer les rapports complexes s’établissant entre eux et la Nature. Dans une vision tout à fait anthropomorphique, les dieux et les déesses sont de lointains compagnons gambadant avec leurs farces et attrapes en un Olympe intersidéral. Ces forces sont indifférentes au destin de ces humains dont ils sont pourtant la figure tutélaire. Ces divinités trop curieuses ont commencé à s’intéresser de plus en plus au destin des êtres de chair et de sang qui s’agitaient sur cette basse Terre. Il se peut que ces derniers, confrontés au bien et au mal, aspiraient à la transcendance. Ils redoutèrent la déchéance et imaginèrent l’existence d’un paradis et d’un enfer.
L’idée de la mort ne pouvait plus être perçue comme une fin définitive. La chair s’évanouissait. L’esprit ou l’âme s’envolait. Voici venu le temps des prêtres et des prédicateurs, des commandements et de la morale.
Au cours des siècles, le divin paradis descendait peu à peu vers la Terre. Au XVIIe siècle, en France, les libertins s’insurgeaient contre l’omniprésence de Dieu. Deux siècles plus tard, Nietzsche déclarait dans « Le gai savoir » : « Dieu est mort. » Marx, de son côté, estimait que la religion était « l’opium du peuple ».
Emmanuel Jaffelin, en ce texte extrêmement cursif, montre la lente marche conduisant vers cet enterrement. La raison moderne prétendait imposer ses lumières terrestres aux illuminations célestes. Demeure la nostalgie, persiste l’espérance. Il peut y avoir, post mortem, des lendemains qui chantent.
L’auteur montre dans cet exposé un bien agréable sens de l’humour, ce qui n’est pas le cas de bien des doctes personnages qui se penchent sur l’histoire de la pensée. Ses élèves ne doivent pas s’ennuyer avec un tel professeur qui se révèle être un aimable pédagogue possédant le sens de la formule.
NB : tout amateur d’histoire se doit de lire la monumentale « Une histoire du paradis » de Jean Delumeau publiée chez Fayard en trois volumes. Une œuvre magistrale.

mercredi 8 mai 2013

Michel Déon : l’anarchisme de droite, ça conserve !

À l’âge de 94 ans, Michel Déon, le dernier « Hussard » vivant, le « jeune homme vert », n’a guère les faveurs des gazettes littéraires bien-pensantes. Un ostracisme qu’il partage outre-Rhin avec l’un des plus grands écrivains européens du siècle dernier, l’Allemand Ernst Jünger, qui a atteint l’âge mémorable de 103 ans. L’anarchisme de droite, ça conserve !
Michel Déon, comme Ernst Jünger, demeure sans doute l’exemple rare d’une « littérature qui ne se donne pas aux éphémères », selon l’élégante formule de son ami Dominique de Roux, mort lui trop tôt, à 42 ans. Avant de partir vivre en Grèce, qui lui a inspiré ses plus beaux récits (Le rendez-vous de Patmos, Le balcon de Spetsai, etc.), Michel Déon avait partagé durant la guerre, à Lyon, l’aventure éditoriale de Charles Maurras comme secrétaire de rédaction de l’Action française. Dans les années 50, Michel Déon, bien qu’il s’en défende aujourd’hui, rejoint « ce groupe de jeunes écrivains que, par commodité, je nommerai fascistes », comme les diabolisa Bernard Frank, dans les Temps Modernes, les affublant néanmoins du joli nom de « Hussards » qui passera à la postérité.
L’amour du style, un style bref, cinglant, « à chaque phrase, il y a mort d’homme », caractérisaient ces « Hussards » réunis autour de Roger Nimier, le plus brillant d’entre eux, Blondin le plus insolent, François Nourissier, Félicien Marceau ou encore Jacques Laurent, plus grand public. Hétéroclites certes, hérétiques virulents dans leur négation de l’existentialisme ambiant, ils ferraillaient contre l’intellectualisme engagé de Saint-Germain-des-Prés. Dans leur ligne de mire, les « papes » de l’existentialisme, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, qu’Antoine Blondin, en singe désaltéré, rhabilla pour l’hiver : « Un agrégé replet et une amazone altière troussaient des concepts en toute simplicité à deux pas du croquant, comme on fabrique des gaufres. »
La plupart des « Hussards », Roger Nimier en tête, militeront pour l’Algérie française, manifestant ouvertement leur hostilité à la politique du général de Gaulle en Algérie. Michel Déon retrace cette épopée dans les « Gens de la nuit », dont le grand prêtre fut sans conteste Antoine Blondin : « Le noctambule qui découvre, chaque nuit, une métaphysique dans la machine à sous d’un bar-tabac de la rue du Bac. »
Puis, Michel Déon s’éloigna de ces nuits trop arrosées pour la lumière de la mer Égée où il partagea la vie du peuple grec qui, aujourd’hui comme hier, écrit-il, « mange, boit, chante, danse, peine, souffre, et un jour meurt, passant du rire aux larmes aussi vite qu’il passe des larmes au rire. »
Et même s’il a voulu en faire abstraction, la mythologie l’a souvent rattrapé, omniprésente dans la vie quotidienne : « Le berger de la montagne s’appelle Léonidas, le jardinier de nos voisins Épaminondas, un garçon de café Alcibiade, et les petites filles répondent aux noms d’Andromaque, Antigone, Iphigénie. Combien de Français se prénomment Vercingétorix, Mérovée ou Clovis ? »
Ad multos annos, Michel Déon !
Journaliste.
Ancien grand reporter à France 3 Alsace, il passe son temps entre l’Alsace et la Grèce.