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mardi 1 décembre 2015

« Vous êtes en train de créer un véritable Frankenstein »

« Opération Cyclone » fut une des plus longues et coûteuses opérations de la CIA. De 20 à 30 millions $ par an au début des années 80 pour culminer à 630 millions $ en 1987. Lancée par Brzezinski sous la présidence Carter, « Opération Cyclone » devint un projet central sous la présidence Reagan et continua jusqu’en 1992. 

Ainsi, pendant de longues années, Washington finance des groupes terroristes. Dans quel but ? Renverser le gouvernement socialiste Taraki venu au pouvoir en Afghanistan. Pourtant, il fait du bon boulot : un Etat laïc est instauré, rompant avec le féodalisme et l’intolérance religieuse ; les femmes acquièrent l’égalité des droits, les mariages d’enfants et les dots féodales sont supprimés, les syndicats sont légalisés, on construit des routes, des centaines d’écoles et des hôpitaux. Le gouvernement lance un programme d’alphabétisation et aide les petits paysans. 

Mais c’est insupportable pour Washington car l’Afghanistan est soutenu par l’Union soviétique. Problème : sortant d’une défaite honteuse au Vietnam (1961-1975), les Etats-Unis ne peuvent plus se permettre d’entrer eux-mêmes en guerre de façon ouverte. Alors, ils s’associent à l’Arabie saoudite et au Pakistan pour armer, entraîner et financer des terroristes : les moudjahidines. Trente-cinq mille combattants venus individuellement de quarante pays différents sont entraînés dans des camps de la CIA et du MI6 britannique au Pakistan. Parmi eux, un certain ben Laden joue un rôle de plus en plus important. C’est donc Washington et Riyad qui ont permis à ceux ce qu’on appellera plus tard, d’un nom impropre, « les islamistes » de devenir une force politique et militaire importante. 

A l’époque, les moudjahidines afghans sont appelés « combattants de la liberté » par les Etats-Unis et les médias. Curieuse conception de la liberté et des droits de l’homme. « Une de leurs méthodes favorites est de torturer leurs victimes, de leur couper le nez et les oreilles, ainsi que les parties génitales, et ensuite d’enlever une fine couche de peau, l’une après l’autre pour provoquer une mort très lente. Malgré des rapports très documentés sur ces atrocités, le président US Ronald Reagan invita un de ces groupes à la Maison-Blanche en 1985 et les présenta ainsi aux médias : « Ces gentlemen sont les équivalents moraux des pères fondateurs de l’Amérique »*. 

Du moment qu’ils étaient anticommunistes, Washington se fichait de savoir ce qu’ils faisaient sur le terrain. D’ailleurs, à la même époque, les Etats-Unis utilisaient des terroristes et des escadrons de la mort aussi en Amérique latine, notamment au Salvador. 

Comme nous l’avons indiqué dans le livre ici mentionné, l’Opération ben Laden s’est prolongée dans d’autres pays. Washington a utilisé, plus ou moins discrètement, les mêmes terroristes comme armée de subtitution pour renverser ou tenter de renverser des gouvernements qui lui déplaisaient : Yougoslavie, Tchétchénie, Libye, Syrie et d’autres encore. La Syrie représente en fait une « Opération ben Laden bis ». 

Pourtant, en 1989, la première ministre du Pakistan, Benazir Bhutto, avait mis en garde George H.W. Bush (ex-directeur de la CIA) qui venait de succéder à Ronald Reagan : « Les extrémistes qui ont tant été encouragés par les Etats-Unis sont en train d’exporter leur terrorisme dans d’autres parties du monde. Vous êtes en train de créer un véritable Frankenstein. »** En 2007, Bhutto sera assassinée par Al-Qaïda qui revendiquera l’opération. 

Le 11 septembre n’est donc pas tombé du ciel, c’est un enfant, non reconnu, de la CIA. Malgré cette catastrophe, les Etats-Unis ne renoncèrent pas à utiliser des terroristes, qu’ils envoyèrent en Syrie pour renverser Bachar. Avec des retombées un peu partout qu’on découvre à présent. Cette « Opération Cyclone » vient de frapper à Paris. Et demain ? A Bruxelles, à Londres, à Madrid ? 

Aujourd’hui, à la télévision française ou belge, il n’y a plus aucun espace où on peut parler de ces choses-là, simplement sur base des propres documents des Etats-Unis. On n’a pas le droit de dire que Frankenstein a été créé par l’Occident. Et peu importe si, en ne s’attaquant pas aux causes profondes, on va permettre au terrorisme de frapper encore.

Pour s’informer et comprendre, il va falloir créer autre chose. 


Notes : *Michel Collon, Je suis ou je ne suis pas Charlie ? Investig’Action, 2017, p. 39-41.
** "The Road to September 11". Evan Thomas. Newsweek. 1er octobre 2001. Mathieu Auzanneau, Or Noir, La Découverte, 2015, p. 467.
Source :francais.rt.com

dimanche 5 mai 2013

La nuisance du Qatar


Par 
«Etendez vos pieds selon la longueur du tapis». Proverbe arabe
On pensait avoir tout dit de la nuisance du Qatar. Il n'en est rien. Nous découvrons chaque jour l'étendue de sa capacité de malfaisance proportionnelle à une rente imméritée et inversement proportionnelle à l'intelligence. Ceci, du fait d'un machiavélisme qui fait que sa diplomatie est celle du chéquier à laquelle personne, apparemment, ne résiste. Souvenons-nous, à titre d'exemple, des enveloppes de 10.000 dollars remises par l'ambassadeur du Qatar en France à chacun de ses invités lors d'une réception.. Justement, cette diplomatie du chéquier fait des ravages. On se souvient aussi de la réconciliation spectaculaire entre le Hamas et le Fatah à Doha. Il n'est pas étonnant dans cet ordre d'idées au nom d'une impunité des grands, que le Qatar se croit tout permis. Nous allons, dans cette contribution, traiter de deux chancres dans le corps arabe. L'affaire syrienne et le douloureux problème palestinien. Plusieurs écrivains se sont penchés justement sur cette mécanique du diable et apportent un éclairage. Dans une contribution remarquable, Majed Nehmé a interviewé Nicolas Beau et Jacques-Marie Bourget. Ces deux journalistes ont enquêté sur ce minuscule État tribal, obscurantiste et richissime, qui, à coup de millions de dollars et de fausses promesses de démocratie, veut jouer dans la cour des grands en imposant partout dans le monde sa lecture intégriste du Coran. Ecoutons-les: " (...) L'on y a l'impression de séjourner dans un pays virtuel,(...) convaincus qu'il y avait une stratégie de la part du Qatar enfin de maîtriser l'Islam, aussi bien en France, que dans tout le Moyen-Orient et en Afrique. D'imposer sa lecture du Coran qui est le wahhabisme, donc d'essence salafiste, une interprétation intégriste des écrits du Prophète. (...) Le paradoxe du Qatar, qui prêche la démocratie sans en appliquer une seule once pour son propre compte, nous a crevé les yeux. (...) Il existe une folie des grandeurs. L'autre vérité est qu'il faut, par peur de son puissant voisin et ennemi saoudien, que la grenouille se gonfle. Enfin, il y a la religion. Un profond rêve messianique pousse Doha vers la conquête des âmes et des territoires. (...) " (1)
Allant plus loin dans la description du machiavélisme, les deux auteurs attribuent l'impunité du Qatar au parapluie américain. " Certains avançant que le souverain est un roi malade, poussent la montée vers le trône, son fils désigné comme héritier, le prince Tamim. (...) La présence de l'immense base Al-Udaï est, dans l'immédiat, une assurance-vie pour Doha. L'Amérique a ici un lieu idéal pour surveiller, protéger ou attaquer à son gré dans la région. Protéger l'Arabie Saoudite et Israël, attaquer l'Iran. (...) Il faut que le public sache enfin que le Qatar est le champion du monde du double standard: celui du mensonge et de la dissimulation comme philosophie politique. Par exemple, des avions partent de Doha pour bombarder les taliban en Afghanistan alors que ces mêmes guerriers religieux ont un bureau de coordination installé à Doha, à quelques kilomètres de la base d'où décollent les chasseurs partis pour les tuer ". (1)

La démission probable de Lakhdar Brahimi " Regardons ce qui se passe dans ce coin de désert. Les libertés y sont absentes, on y pratique les châtiments corporels, la lettre de cachet, c'est-à-dire l'incarcération sans motif, est une pratique courante. (...) La " justice ", à Doha, est directement rendue au palais de l'émir, par l'intermédiaire de juges qui, le plus souvent sont des magistrats mercenaires venus du Soudan. Au regard des " printemps arabes ", où le Qatar joue un rôle essentiel, il faut observer deux phases. Dans un premier temps, Doha hurle avec les peuples justement révoltés. On parle alors de " démocratie et de liberté ". Les dictateurs mis à terre, le relais est pris par les Frères musulmans qui sont les vrais alliés de Doha ". (1)
" En Libye, poursuivent les auteurs, nous le montrons dans notre livre, l'objectif était à la fois de restaurer le royaume islamiste d'Idriss tout en essayant de prendre le contrôle de 165 milliards. (...) Au Sahel, les missionnaires qataris sont en place depuis cinq ans. Réseaux de mosquées, application habile de la zaqat, la charité selon l'Islam, le Qatar s'est taillé, du Niger au Sénégal, un territoire d'obligés suspendus aux mamelles dorées de Doha. (...) La Syrie n'est qu'une extension du domaine de la lutte avec, en plus, une surenchère: se montrer à la hauteur de la concurrence de l'ennemi saoudien dans son aide au djihad ". (1)
Justement, s'agissant de la politique syrienne, on apprend que Lakhdar Brahimi est tenté de démissionner du fait d'une situation intenable mise en place par le Qatar selon Richard Gowan, de l'Université de New York. Le médiateur, ajoute M.Gowan, a été "pris au piège, entre un régime syrien qui l'a traité avec mépris et des gouvernements arabes sunnites qui ne veulent pas de compromis avec (le président syrien) Bachar al-Assad". Certains diplomates évoquent la possibilité que M.Brahimi garde un rôle de conseiller auprès de M.Ban sur la Syrie ou le Proche-Orient, avec l'idée qu'il puisse entrer de nouveau en scène au cas où le régime syrien s'écroule et que l'ONU doive organiser une opération internationale d'aide à la population syrienne. (2)
Pour rappel, l'accord de Genève adopté par le groupe d'action le 30 juin 2012 parlait d'une transition en Syrie. Washington estime qu'il ouvre la voie à l'ère "post-Assad", tandis que Moscou et Pékin affirment qu'il revient aux Syriens de déterminer leur avenir. Les deux parties en conflit continuent, en effet, de camper sur leurs positions et refusent de faire les concessions nécessaires à l'amorce d'un dialogue. Le pouvoir syrien reproche à Lakhdar Brahimi, d'aller en fait vers une partition, une " yougoslavisation " de la Syrie comme ce que Peter Fitzgerald avait avancé pour le démantèlement de la Yougoslavie. Nous aurons, dans un premier temps, la réduction des pouvoirs de l'Etat central comme ce fut le cas de la Yougoslavie avec les " Accords de Dayton " qui ont mis fin à la Yougoslavie du maréchal Tito, l'un des piliers des non-alignés avec Nehru, Chou En-Lai et Nasser. Comme conséquence, nous aurons aussi un démantèlement des institutions militaires, ce qui permettra par analogie avec le TPIY, un tribunal pénal international pour la Syrie: le TPIS...
Rejeté par la Syrie, diabolisé par le Qatar, Lakhdar Brahimi est tenté de démissionner:
" Lakhdar Brahimi, écrit Hassan Moali, a compris qu'il est pratiquement le seul à croire à la solution politique conformément aux accords de Genève. Sa démission relève alors de la dignité d'un homme qui ne veut pas cautionner la "qatarisation" de la Ligue arabe, avec la complicité de son secrétaire général qui s'apprête lui aussi à "vendre" son poste, histoire de déplacer pour de vrai le centre de gravité du Monde arabe du Caire à Doha ". (3)
Il est connu en effet, que la tentation d'empire avec un sabre nain fait partie du délire du Qatar. Pour cela, sa diplomatie du chéquier fait merveille. Fahim Amraoui explique comment le Qatar a, comme objectif, une OPA sur la Ligue arabe qui lui permettra de mettre en place par procuration la paix israélienne. Nous lisons: " Selon un ancien diplomate algérien au Moyen-Orient, le Qatar exploite le contexte de crise politique, mais surtout économique dans laquelle s'enlise l'Egypte pour lui arracher le poste de secrétaire général de la Ligue arabe. Les tractations ont commencé depuis quelques mois. Et l'émir du Qatar a officiellement demandé, lors de ce 24e Sommet, qui s'est tenu à Doha, au président égyptien Mohamed Morsi de ne plus présenter de candidat à ce poste et de faire en sorte que la présidence de la Ligue arabe échoit au Qatar". Le président Morsi, en difficulté sur le plan interne en raison de la crise économique, a besoin de financements extérieurs. (..) Le Qatar aurait même proposé un chèque "de près de 7,2 milliards de dollars en contrepartie de ce poste qui est toujours revenu à l'Egypte". (...) " (4)
" Bien que Lakhdar Brahimi bénéficie, écrit Hassan Moali, toujours de la confiance de Ban Ki-moon et des Etats-Unis ainsi que du soutien de la Russie, le Qatar ne renonce pas à ses manoeuvres pour avoir sa peau "coûte que coûte". Et pour cause, Doha pousse à fond l'option de l'armement des rebelles, en compagnie de l'Arabie Saoudite, pour abattre le régime de Bachar Al Assad. Il fallait donc déblayer le terrain. Comment? En mettant la tête de Brahimi à prix. D'où les spéculations et autres rumeurs récurrentes sur la prétendue démission du diplomate algérien, que Doha et son canal Al Jazeera se chargent de relayer. Mais, en fin diplomate rompu aux manoeuvres de coulisses, Brahimi reste incassable et tient tête aux coups fourrés venus de Doha. Pour l'instant. (...) Il a plusieurs fois remis les responsables de l'émirat à leur place en leur expliquant qu'il ne travaillait pas chez eux. (...) Sans doute que le prince Hamed Bin Jassem avait prévu de sortir son chéquier, croyant pouvoir acheter tout le monde. C'est sa "recette" miracle qui lui a permis de se mettre dans la poche tous les fonctionnaires de la Ligue arabe, y compris le secrétaire général, Nabil Al Arabi. (...) La démission de Nabil Al Arabi n'est qu'"une simple formalité"". (5)
Hassan Moali nous parle " d'empêcheurs de voler en rond " de grain de sable dans la mécanique qatarie: " (...) Mais une sorte "front de refus" empêche Doha de régner au sein de la Ligue arabe. Et l'Algérie, même si sa voix ne porte plus comme avant, tente, selon nos sources, de résister à la razzia qatarie en compagnie de l'Irak, la Mauritanie et parfois le Liban. (...) On se souvient du fameux "vous, les Algériens, votre tour viendra" qu'aurait lancé le ministre qatari des Affaires étrangères à son homologue Mourad Medelci, quand ce dernier s'était opposé à une résolution "hard" contre la Syrie. Comble du paradoxe, l'adjoint de Nabil Al Arabi, l'Algérien Ahmed Ben Hilli, s'avère plus Qatari que ses généreux sponsors. Il porte bien son nom... Voici un passage sulfureux du livre des deux journalistes du Figaro à propos de "notre compatriote": "Ahmed Ben Hilli est prêt à défendre les positions du Qatar. A tel point que dans une réunion à huis clos, il a reçu une volée de bois vert de la part du représentant algérien qui lui a lancé à la figure: " Tu n'es pas Algérien! Tu es un lâche!'" (...) L'argent est l'arme de destruction massive de l'émirat, sachant qu'il est imbattable sur ce terrain d'achat des consciences ".(5)

Le bradage de la cause palestinienne:
S'agissant de la Palestine, là encore tout est fait pour enterrer en grande pompe les droits inaliénables palestiniens. Quand on veut évoquer la politique du Qatar face aux Palestiniens, comme rapporté par Mejid Nehmé: " (...) Il faut s'en tenir à des images. Tzipi Livni, qui fut avec Ehud Barak la cheville ouvrière, en 2009, de l'opération Plomb durci sur Ghaza - 1500 morts - fait régulièrement ses courses dans les malls de Doha. Elle profite du voyage pour dire un petit bonjour à l'émir. Un souverain qui, lors d'une visite discrète, s'est rendu à Jérusalem pour y visiter la dame Livni... Souvenons-nous du pacte signé d'un côté par HBJ et le souverain Al-Thani et de l'autre, les États-Unis: la priorité est d'assister la politique d'Israël. Quand le " roi " de Doha débarque à Ghaza en promettant des millions, c'est un moyen d'enferrer le Hamas dans le clan des Frères musulmans pour mieux casser l'unité palestinienne. C'est une politique pitoyable. Désormais, Mechaal, réélu patron du Hamas, vit à Doha dans le creux de la main de l'émir. Le rêve de ce dernier - le Hamas ayant abandonné toute idée de lutte - est de placer Mechaal à la tête d'une Palestine qui se situerait en Jordanie, le roi Abdallah étant déboulonné. Israël pourrait alors s'étendre en Cisjordanie. Intéressante politique-fiction.(1)
Pourtant, il y a à peine trois mois, un rapport d'experts indépendants commandé par la Conseil des droits de l'homme des Nations unies a demandé hier l'arrêt immédiat des colonisations dans les territoires palestiniens occupés et le retrait progressif de tous les colons, évoquant pour la première fois un éventuel recours devant la Cour pénale internationale. Selon ce rapport rendu public hier à Genève, " un nombre important de droits de l'homme des Palestiniens sont violés de façons diverses en raison de l'existence de ces colonies de peuplement ".
" Conformément à l'article 49 de la 4e Convention de Genève, Israël doit cesser toute activité de peuplement dans les colonies et ce, sans conditions préalables. Il doit immédiatement commencer un processus de retrait de tous les colons des territoires occupés ", souligne le rapport dans ses recommandations (...) La mission appelle " tous les Etats membres " des Nations unies à assumer leurs obligations et responsabilités au regard des lois internationales dans leurs relations avec un État " violant les normes péremptoires " des lois internationales.Constatant les violations de "certaines obligations selon les lois humanitaires internationales", le rapport souligne la compétence de la Cour pénale internationale.(6)
Quelle fut la réponse de la " Communauté internationale "? Aucune! Israël a rejeté ce rapport et naturellement, aucune reprise par les médias, le rapport est donc enterré. Mieux, poursuivant sa politique du rouleau compresseur, Israël envisage de construire un mur entre Bethléem et Jérusalem. Les Palestiniens chrétiens en appellent au pape... On sait que la Ligue arabe n'a jamais été que l'antichambre de la politique égyptienne, l'OPA du Qatar permettrait à ce dernier de brader sans état d'âme ce qui reste de l'unité arabe et de sa position concernant la cause palestinienne: " Les pays arabes, lit-on sur une dépêche de l'Orient le Jour ont donné un signe d'assouplissement de leur initiative de paix au Proche-Orient, le Premier ministre du Qatar évoquant un échange de territoires entre Israël et les Palestiniens au lieu du retour strict aux frontières de 1967 que la Ligue arabe réclamait jusqu'alors. (...) Le dirigeant qatari s'est exprimé au nom de la Ligue arabe. Israël s'est félicité, mardi dernier, de la nouvelle position des pays arabes sur les frontières d'un futur Etat palestinien. "Il s'agit certainement d'une étape importante et je m'en réjouis", a déclaré la ministre israélienne de la Justice, Tzipi Livni, chargée du dossier des négociations avec les Palestiniens. Le plan d'inspiration saoudienne prévoit une normalisation des relations entre les pays arabes et Israël en échange du retrait israélien des territoires arabes occupés depuis juin 1967, la création d'un Etat palestinien avec Jérusalem-Est pour capitale et un règlement "équitable et agréé" de la question des réfugiés palestiniens sur la base de la résolution 194 de l'Assemblée de l'ONU. Ce plan présenté lors du Sommet arabe de Beyrouth, en 2002, a été relancé en mars 2007 au Sommet de Riyad ".(7)
Rien ne peut arrêter l'ambition du roitelet qatari si ce n'est l'avènement du gaz de schiste qui fera que les Américains seront de plus en plus autonomes, et partant, de plus en plus lucides....

1. Mejid Nehmé http://www.legrandsoir. info/le-qatar-champion-du-mensonge-et-de-la-dissimulation.html
2. Syrie: le médiateur Lakhdar Brahimi sur le point de démissionner AFP 01.05.2013
3. Hassan Moali: Lakhdar Brahimi sur le départ. El Watan le 2 05 2013
4. Fahim Amraoui http://www.algeriepatriotique.com/article/un-ancien-diplomate-algeriepatriotique-le-qatar-veut-acheter-le-ligue-arabe-pour-72-milliard Mardi 30 avril 2013
5. http://www.elwatan.com/international/le-qatar-veut-la-tete-de-lakhdar-brahimi-30-04-2013-212107_112.php
6. Un rapport d'experts de l'ONU demande le retrait des colonies israéliennes AFP 01/02/2013
7. http://www.lorientlejour.com/article/812450/les-arabes-prets-a-assouplir-leur-offre-de-paix-au-proche-orient.html 30 04 2013

mercredi 31 octobre 2012

Réponse aux intellectuels français du café de Flore

Dans une tribune publiée le lundi 22 octobre dans le journal Le Monde, des politiques et intellectuels français ont appelé ouvertement à une intervention militaire occidentale en Syrie, pour abattre le régime de Bashar-El-Assad. Le texte, signé par Jacques Bérès, Mario Bettati, André Glucksmann, Bernard Kouchner et Bernard-Henri Lévy est l’aboutissement d’une pensée politique Occidentale, Americano-centrée, qui associe les notions de « droit d’ingérence » et « d’occident gendarme de la planète ». L’article arrondit des chiffres invérifiables. Bashar El Assad aurait fait assassiner 40.000 personnes (!), alors que ce chiffre est visiblement le total des morts, comprenant quand même les milliers de soldats Syriens et de civils assassinés par ceux que les auteurs de l’article osent qualifier « d’opposition Syrienne ». AL
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Il est sans doute inutile de revenir sur le parallèle grossier et irresponsable qui est fait entre la Syrie et la Libye, puisque désormais tout le monde sait que la Libye d’aujourd’hui ne mérite même plus le nom d’état, tellement elle est gangrenée par l’Islamisme radical, la violence et les volontés séparatistes. Il faut aussi noter, dans cet article, le ridicule parallèle historique fait entre la Russie de Vladimir Poutine qui soutient la Syrie et l’époque ou Mussolini et Hitler armaient les putschistes de Franco pendant la guerre d’Espagne. Mais les choses, observées depuis le café de Flore, paraissent simples : il faut que les puissances occidentales interviennent militairement.
Pour nos va-t-en guerre, « Le Conseil de sécurité de l'ONU étant paralysé par les vetos russe et chinois, n'importe quelle autre alliance est justifiée pour arrêter les rivières de sang qui coulent dans les villes syriennes (…) L'OTAN, l'UE, la France, les Etats-Unis devraient donc cesser de se dérober et enfin organiser une aide décisive à la Syrie démocratique ». Ceux qui s’opposent à une intervention militaire occidentale s’inquiètent eux du sort qui pourrait être réservé aux minorités chrétiennes, alaouites, druzes, ismaélites, turkmènes, arméniennes, après un changement de régime en Syrie, et des risques de déstabilisation pour les pays voisins, Turquie, Liban, Jordanie et Israël. Mais par ailleurs, le véto russo-chinois au conseil de sécurité de l’ONU est peut être bien un soulagement pour les puissances occidentales qui hésitent, face à la complexité de la situation dans la région.
 
Est-ce qu’il s’agit du début d’un grand affrontement entre Islam chiite et Islam sunnite ? Quelles sont les rivalités entre l’Egypte, l’Arabie saoudite et la Turquie ? Quel est le rôle exact du Qatar qui vient de briser l’isolement diplomatique du Hamas dans la bande de Gaza et surtout soutient l’internationale Djihadiste qui combat l’armée Syrienne ?
 
Ceux qui poussent à une intervention occidentale en Syrie se servent également de l’arme médiatique pour ranger le régime syrien dans « l’axe du mal ». Tout comme la Serbie en 1992, la Syrie est elle aussi victime d’une guerre de désinformation de très haute intensité et se retrouve menacée d’une agression militaire.
 
Mais alors qu’Alep est présentée comme une ville en ruines et en sang par toute la presse occidentale (« des rivières de sang » disent nos va-t-en-guerre), un article récent explique qu’en fait la capitale économique du pays était largement aux mains du régime et que de nombreux quartiers de la ville n’étaient même pas touchés par les combats. Mieux encore, le reporter ébahi y constate que le marché fonctionne et que la liaison par bus avec Damas n’est pas coupée. Malgré toute la propagande déployée et l’offensive subventionnée de milliers de mercenaires islamistes, ni l’attaque de Damas ni la bataille d’Alep n’ont pourtant abouti a déstabiliser le régime Syrien.
 
 
La méthode il est vrai n’est pas nouvelle, la Yougoslavie en a fait les frais de 1992 à 1999, lorsqu’elle fut attaquée elle aussi par les mêmes puissances qui menacent la Syrie aujourd’hui. Après une campagne de désinformation médiatique exemplaire, les forces croates et bosniaques furent elles aussi épaulées par des Djihadistes Islamistes acheminés dans la région via le soutien logistique et politique du département d’état américain pour combattre l’armée serbe, il y a de cela déjà 20 ans!
 
Depuis le démantèlement de la Yougoslavie qui n’est toujours pas terminé (Kosovo), les interventions militaires de l’occident en Irak, en Afghanistan et en Lybie n’ont pas donné de résultats probants, c’est le moins qu’on puisse dire. Ces trois pays sont déstabilisés pour longtemps, et une intervention en Syrie pourrait être lourde de conséquences. Déstabiliser toute la région, détériorer les rapports entre les occidentaux d’une part, la Russie et la Chine d’autre part, et de plus enlever toute crédibilité au conseil de sécurité de l’ONU. Alors à quoi jouent nos apprentis sorciers dans les colonnes du journal Le Monde ? Ceux-ci s’étaient faits en 1992 les apôtres de l’impardonnable alliance entre les nationalistes croates, les mercenaires arabes et les intérêts américains dans la région. Nul surprise des lors de les retrouver aujourd’hui a appeler à la croisade en Syrie et à soutenir la diabolique et désormais cyclique alliance entre les puissances occidentales et les pétromonarchies Islamiques du golfe.
 
Il convient de tenter de comprendre l’objectif de ces opérations militaires contre la Serbie et la Syrie et celles-ci sont très claires. Ces deux pays ont un point commun essentiel: avoir refusé l’alignement géostratégique imposé par les Occidentaux, nouveaux gendarmes du monde, et être des alliés objectifs de la Russie.
 
Les interventions contre la Serbie et la Syrie ont donc un objectif géopolitique clair: il s’agit d’annihiler la sphère d’influence de la Russie en détruisant un à un ses alliés les plus fiables, et les plus vulnérables. Nul doute que les prochaines étapes de ce remodelage géostratégique planifié viseront l’Iran, puis la Biélorussie, les deux derniers alliés clefs de la Russie. Et ensuite?
 
Quel que soit le résultat de l’élection américaine, qui pourrait voir l’arrivée à la maison blanche d’un candidat ayant déclaré que la Russie était l’ennemi puis l’adversaire principal de l’Amérique, une chose est certaine, le conflit Syrien semble parti pour s’intensifier et pour durer.
Alexandre Latsa,
La Voix de la Russie