Affichage des articles dont le libellé est Finance. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Finance. Afficher tous les articles

jeudi 23 janvier 2014

Carte des pays les plus risqués du monde

La carte, publiée par la société de sécurité française Gallice, est avant tout destinée aux entreprises désirant investir à l’étranger, ou y envoyer des expatriés.

 (c) Gallice

Un fleuve tranquille, le grand export? Un coup d’œil à la "carte des risques sécuritaires 2014", publiée, mercredi 22 janvier, par la société de sécurité française Gallice, suffit à se persuader du contraire. Le document, publié tous les ans, présente un panorama des niveaux de sécurité des différents pays, mais aussi des mers et océans, avec une indication des types de menaces (conflit interethnique, piraterie, criminalité, conflits sociaux etc.) La carte, publiée par Gallice depuis trois ans, est avant tout destinée aux entreprises désirant investir à l’étranger, ou y envoyer des expatriés. Chaque société de sécurité publie la sienne, avec des différences parfois significatives: l’Inde, le Mozambique et Madagascar sont considérées comme sans grand grand risque par Gallice, quand le britannique Control Risks les classe dans la catégorie "risque moyen".
   >> Visualisez la carte dans son intégralité en cliquant ici.

Liste des pays qui ont basculé en 2013

Quelles leçons tirer de l’édition 2014 de la carte de Gallice? Si les grands pays à risque ne changent pas (Irak, Afghanistan, Libye, Syrie, Mali, Yémen, Somalie), d’autres ont basculé en 2013 parmi les pays les plus dangereux du monde: Niger, Nigéria, Sud Soudan, Centrafrique, et dans une moindre mesure le Tchad et la République démocratique du Congo. Une grande poche d’insécurité s’étend chaque année sur tout le nord et le centre de l’Afrique, seuls quelques pays comme le centre de l’Ethiopie, le Ghana, le Togo, le Gabon ou la Guinée y échappant pour l’instant. Un risque accru est aussi identifié au sud-est de l’Iran, au nord-ouest du Brésil, en Birmanie. A l’inverse, Gallice souligne une "baisse notable de la dangerosité au Mexique, en Côte d’Ivoire et en Afrique du Sud" ainsi qu’au "sud du Tadjikistan".
Côté maritime, 2013 a vu une forte baisse de la piraterie dans l’Océan Indien "grâce à un dispositif d’équipes armées embarquées sur les navires de marchandises". Mais la menace est toujours forte au large du Yémen, d’Oman, du Somaliland de la Somalie et du Kenya. Le risque s’accroît aussi dans le Golfe de Guinée, mais aussi sur le détroit de Malacca, le nord du Golfe de Bengale et la mer de Chine méridionale.

Risque sécuritaire élevé des pays à fort potentiel économique

Un des grands enseignements de cette carte est que les pays à fort potentiel économique affichent souvent un risque sécuritaire élevé, comme le Nigéria, l’Irak, le Kenya, voire l’Angola. Une aubaine pour les entreprises de services de sécurité et de défense (ESSD), comme Gallice, Anticip, Geos, Erys, Risk&Co ou Amarante: "Notre activité est portée par le fait que les zones qui affichent la croissance la plus forte, notamment en Afrique et au Moyen-Orient, sont aussi des zones à risques, confirme Alexandre Hollander, directeur général d’Amarante, (voir le magazine Challenges du 23 janvier). Notre objectif, est de d’apporter des solutions pérennes pour protéger les collaborateurs et les investissements dans ces zones."
Le marché des ESSD françaises, traditionnellement beaucoup plus petites que leurs concurrentes anglo-saxonnes, est donc en train de s’élargir. Gallice revendique 10 millions d’euros de chiffre d’affaires et affirme compter parmi ses clients la moitié des entreprises du CAC 40. Amarante affiche 30 à 40% de croissance annuelle, avec un chiffre d’affaires 2013 de 14,9 millions d’euros. La panoplie de l’offre de ces sociétés est large: sécurisation de sites industriels ou miniers, escorte sécurisée (3.000 à 6.000 dollars par jour en Irak pour deux 4X4 blindés), sécurisation des aéroports, formation des expatriés. Vu la carte des risques 2014, ces sociétés ont encore de beaux jours devant elles.

mercredi 8 janvier 2014

Inégalités : le facteur explicatif que tout le monde avait oublié

Aux États-Unis, les disparités de richesses entre jeunes et seniors se sont creusées depuis le milieu des années 1990, en faveur des seniors qui ont vu leur niveau de vie progresser pendant que celui des jeunes stagnait. Une tendance également identifiée par les travaux de Thomas Piketty. Existe-t-il un lien entre vieillissement de la population et creusement des inégalités ?

Jacques Bichot : Oui, il existe un lien, pour trois raisons principalement.
Premièrement les salaires, dans certains pays dont la France, sont rigides à la baisse et progressent le plus souvent avec l'ancienneté. Faute de pouvoir faire des économies sur les rémunérations des seniors, les employeurs cherchent à en faire le plus possible sur les salaires à l'embauche des jeunes. Par exemple, les salaires de début de carrière pour les diplômés bac + 5 ont pris du retard par rapport à ceux qui se pratiquaient il y a vingt ou 30 ans, si bien que les jeunes cadres ont souvent un écart de rémunération avec leurs aînés supérieur à celui que l'on observait jadis. Comme de plus les cadres seniors et les professionnels libéraux seniors appartiennent aux générations nombreuses du baby-boom, la pointe de la pyramide des revenus a augmenté plus que sa base, ce qui pousse à la hausse les indicateurs statistiques d'inégalités de revenus.
Deuxièmement, le poids des pensions et de l'assurance maladie des retraités (environ 45 % des dépenses d'assurance maladie) pèse évidemment sur les actifs. Or, comme l'écrivait un chef d'entreprise dans Le Monde du 20 décembre 2013, "les entreprises répercutent, dans un délai plus ou moins long, toutes les hausses de charges en minorant les salaires à l'embauche et/ou les augmentations annuelles." Si bien que les travailleurs, jeunes pour une forte proportion d'entre eux, ont un salaire net davantage amputé que leurs aînés dès lors que le vieillissement gonfle les prélèvements en faveur des retraités. L'arbitrage que les pouvoirs publics, de gauche mais aussi, dans une moindre mesure, de droite, ont réalisé en faveur des retraités et au détriment des actifs, est une cause importante d'accroissement des inégalités de revenus.
Troisièmement, en sus des inégalités de revenus, il y a les inégalités de patrimoine. Or depuis le début du siècle les prix de l'immobilier, élément principal du patrimoine des ménages, se sont envolés en France. L'immobilier est détenu par les actifs seniors et les retraités. Qu'ils le conservent ou le vendent, fort cher, à de jeunes ménages obligés de se saigner aux quatre veines, ce phénomène combiné avec le passage à la retraite des premiers baby-boomers (qui ont pu devenir propriétaires dans de bonnes conditions), augmente les inégalités patrimoniales. 

Dans quelles proportions le vieillissement de la population permet-il d'expliquer, voire de justifier, les disparités de revenus ?

La question des proportions est très délicate, et il n'est pas sûr que nous possédions les instruments statistiques qui permettraient d'y répondre. Par exemple, il faudrait quantifier le rôle joué par le poids électoral croissant des retraités dans la rétention des terrains à bâtir (facteur n° 1 de l'inflation du coût des logements) et dans le traitement privilégié dont ils bénéficient par rapport aux jeunes : qui sait faire cela ? C'est donc tout-à-fait "au doigt mouillé" que je risquerai un chiffre : le vieillissement pourrait expliquer un quart de l'accroissement des inégalités entre jeunes et vieux.

S'agit-il d'un phénomène particulier à la génération des Trente glorieuses ? Un rééquilibrage est-il en cours ou ces disparités sont-elles amenées à perdurer ?

La génération des 30 glorieuses est composée de retraités pour une minorité (personnes nées entre 1945 et 1953) et d'actifs seniors (nés entre 1954 et 1974) pour la majorité. Les passages à la retraite ne vont pas diminuer les inégalités, au contraire, puisque des personnes ayant des carrières bien remplies, donc de bonnes pensions, vont continuer pendant encore une vingtaine d'années à remplacer les "petits" retraités qui partent au cimetière. Au-delà, c'est un peu loin pour un modeste économiste, il faudrait demander à ceux des futurologues qui se prennent pour Madame Soleil.

Si on considère la question des inégalités par générations, et non à l'échelle de la société dans son ensemble, à quels résultats arrive-t-on ? En creux, quelle est la part d'inégalités que le vieillissement ne permet pas d'expliquer ?

Les inégalités à l'intérieur d'une même génération sont soumises à deux influences contraires : d'une part, la hausse du SMIC, beaucoup plus rapide que celle du revenu moyen, va dans le sens d'une baisse des inégalités ; d'autre part l'écart se creuse entre les jeunes qui ne trouvent pas de boulot et ceux qui en ont un.
Plus généralement, la concurrence des pays émergents à bas salaires rend l'emploi des personnes ayant des qualifications soumises à cette concurrence, et notamment des qualifications dites modestes, moins bien rémunéré proportionnellement, et plus aléatoire. Elle constitue le facteur probablement le plus important de la hausse des inégalités.
En seconde position, ou ex-aequo, vient le scénario "le gagnant rafle tout", qui prend de plus en plus d'importance : un acteur ou un sportif qui accède à la célébrité, un trader à la fois intelligent et chanceux, un cadre dirigeant qui attire l'attention d'une très grande société en quête d'un président, un créateur d'entreprise du net qui connaît le succès, gagnent des ponts d'or, tandis que leurs homologues plus "ordinaires" doivent se contenter de mille ou cent mille fois moins. La mondialisation des marchés est une cause importante de ce phénomène : le gagnant est souvent un gagnant planétaire, ce qui veut dire des gains dix ou cinquante fois plus importants que si le gagnant dominait seulement un marché national.
Le vieillissement constitue le troisième facteur, et il en existe quelques autres. Je risquerai donc, toujours au pifomètre, une répartition avec 25 % pour chacun des trois gros facteurs, et 25 % pour l'ensemble de ceux dont nous n'avons pas parlé.

En quoi ces résultats remettent-ils en cause les politiques actuelles de lutte contre les inégalités ? Dans quel sens faudrait-il les réorienter ?

L'égalité des chances ne sera jamais atteinte, mais il faut tout faire pour s'en rapprocher, notamment au niveau de la formation initiale, d'où des centaines de milliers de jeunes sortent intellectuellement et caractériellement mutilés. Certes, il y en a qui portent une lourde responsabilité dans leur propre échec, mais on pourrait quand même diminuer la casse en ayant des politiques scolaires plus performantes.
Une deuxième piste, c'est l'altruisme. Les gagnants, même s'ils ont bien des mérites, ont souvent bénéficié d'un allié déterminant : la chance. Nassim Nicholas Taleb, l'auteur du best-seller Le cygne noir, le montre très bien. Dès lors que l'on s'est enrichi en partie par hasard, un peu de sens moral incite à partager. Celui qui a gagné quelques centaines d'euros au loto ne paye-t-il pas le champagne ? Cette vieille tradition s'observe aux États-Unis : la fondation Bill Gates en est un exemple. Une certaine redistribution pilotée par l'État est certes nécessaire, mais je crois que le partage volontaire est encore plus efficace, car il agit plus facilement à la source. En caricaturant, on pourrait dire que l'État providence[1] donne plutôt des poissons aux affamés, tandis que la générosité privée leur apprend à pêcher. Dans un monde de plus en plus mécaniquement inégalitaire, le partage ne doit pas rester un monopole d'État, l'humanisation de la société passe nécessairement par le développement du sens moral, et les plus riches comme les plus puissants se doivent de donner l'exemple.

[1] Voir Arnaud Robinet et Jacques Bichot, La mort de l'État providence ; vive les assurances sociales. Les Belles-Lettres, 2013.

mardi 17 décembre 2013

Hold-up en vue sur vos comptes en banque, par Pieter KERSTENS



L
es Banksters dévoient le système bancaire et financier européen. La crise financière de 2008 a poussé les instances mondiales, et européennes en particulier, à adopter un arsenal de mesures dont l’objectif est de renforcer le système bancaire et financier (compagnies d’assurances et dans une moindre mesure les fonds de pension).
Pieter Kerstens
Ce renforcement passe au travers dela mise en place de directives européennes visant à augmenter la liquidité des actifs bancaires et à la diminution de l’effet de levier (le rapport entre les capitaux propres investis et les actifs du bilan).
Malheureusement, rien ou presque n’est mis en place afin d’assurer la qualité et l’efficience du système financier européen. Ainsi aucun seuil absolu et/ou relatif en matière de limite d’investissements n’est défini pour les banques et pour le secteur dans son ensemble.
Par exemple, l’exposition du secteur financier français concernant la dette italienne représente près de 500 milliards d’euros, soit environ 1/3 de la dette publique italienne. En matière de diversification, on a vu mieux.¢

Pire encore : le secteur européen des compagnies d’assurances est poussé, par la réglementation (Solvency II), à accroitre son risque vis-à-vis des dettes souveraines ! Plutôt que de réduire le risque systémique, la directive l’accroît ! C’est scandaleux !

Face à ces obligations, les acteurs du secteur financier n’en restent pas moins des sociétés orientées vers le profit. Afin de pallier à la mauvaise rentabilité des dettes publiques, les institutions financières doivent chercher d’autres sources de profits. Les banques tentent de se tourner vers les marchés financiers, tandis que les assureurs augmentent leurs primes.

La déliquescence du système bancaire européen est aussi un problème structurel, car les grandes banques sont bâties selon le modèle de banque universelle, c'est-à-dire que les activités de marché, risquées, ne sont pas séparées des activités de banque de dépôt. Et la loi mal nommée « de séparation des activités bancaires », a été vidée de son contenu. Aujourd’hui, vos dépôts bancaires dans les grandes banques européennes financent des activités spéculatives, contrairement à ce que prétendent les publicités de ces banques.

COMMENT LES RAPETOUT EUROPÉENS VONT SPOLIER VOTRE ÉPARGNE

Car la plus grande ignominie trouve son essence dans l’accord européen sur les faillites bancaires, qui n’est que de la poudre aux yeux ! Les 27 et 28 juin derniers, le sommet des Chefs d’État et de gouvernement a décidé des mesures à prendre pour éviter que l’argent public ne soit encore utilisé pour sauver le système financier et bancaire dans la zone euro.

En effet, en cas de déconfiture d’une institution bancaire, les actionnaires perdront tout ou partie de leur investissement. Mais si le montant des pertes dépasse les capitaux propres de la banque (soit une perte supérieure à 8% du montant total des actifs), ce sera au tour des créanciers les moins bien assurés puis, le cas échéant, les détenteurs d'obligations dits "seniors" et en dernier recours les déposants, au-delà de la somme de 100 000 euros, qui paieront les dégâts !  Que ce soit des particuliers ou des sociétés… (cf. Chypre).

Mais qu’en sera-t-il de la fameuse « garantie » pour les comptes de moins de 100.000€ ?

Sachant qu’une banque comme BNP-Paribas-Fortis dispose d’à peu près 75 milliards € de fonds propres pour un bilan de 2.500 milliards (sans compter le hors-bilan qui représente plusieurs fois le bilan), un simple risque de contrepartie, c’est-à-dire un défaut d’un acteur financier avec lequel BNP-Paribas-Fortis a des relations commerciales financières, et les 75 milliards partiront en fumée en quelques jours ! Et cela, malgré les propos paternalistes et mensongers des «professionnels du risque» arguant que le collatéral (les garanties mises en place lors de transactions avec d’autres institutions financières) prévient ce genre d’accident.

La seule alternative à ce véritable hold-up sur vos comptes bancaires est bien évidemment de retirer de votre banque, en cash, tous les montants au-delà de 100.000 € ! En attendant de vider la totalité de vos comptes…

E Ces mesures devront être transmises par la Commission Européenne aux 17 pays concernés, avant d’être soumises au vote de chaque assemblée et probablement avant les élections du mois de mai 2014.

Du côté de la réglementation les choses évoluent peu, parce que les diverses directives européennes en faveur d’un renforcement du secteur bancaire, et financier en général, sont lentes quant à leur mise en œuvre effective et ne porteront vraisemblablement pas leurs fruits. En effet, les mesures concernent un accroissement du capital et une plus grande liquidité des actifs, plutôt qu’une meilleure gestion en accentuant la responsabilité du comité de direction et du conseil d’administration. On continue donc comme par le passé à exonérer les banksters des erreurs et des fautes qu’ils commettent… avec vos deniers !

À titre anecdotique, mais néanmoins révélateur des conditions dans lesquelles évoluent les responsables : Dexia et ses investissements en produits financiers de la ville de Détroit.
La situation désastreuse de la ville était connue depuis des dizaines d’années. Malgré tout, Dexia acheta de la dette de Detroit sans en assurer le suivi en bon gestionnaire. Et Detroit s’est mise en faillite au mois de juillet 2013, alors que Dexia détenait toujours ces produits dont la valeur ne faisait que chuter inexorablement.

La gestion par Dexia a toujours été aussi calamiteuse et personne n’a réagi; en tout cas on n’a vu aucun résultat positif à l’horizon. 
Il est délicieux de savoir que cette banque franco-belge est à ce jour la « bad bank » européenne la plus importante avec plus de 260 milliards € d’actifs pourris à gérer jusqu’à extinction (2060 ?).

À ma connaissance, aucune question orale ou écrite n’a encore été posée aux ministres des finances des pays de la zone euro sur ces sujets, que ce soit par les partis d’opposition ou plus précisément par les parlementaires des partis nationalistes. Oubli, ignorance ou méconnaissance ?

jeudi 12 décembre 2013

Scandale: les géants pharmaceutiques ont trompé les patients souffrant d'un cancer

Deux géants pharmaceutiques ont saboté en 2005 le lancement d'un antidouleur "bon marché", gagnant de ce fait beaucoup d'argent sur le dos des patients souffrant d'un cancer. "Un scandale", selon l'Europe, qui a infligé une amende de 16 millions d'euros, peut-on lire jeudi dans les quotidiens De Standaard et Het Nieuwsblad.

Janssen-Cilag est une filiale de la société belge Janssen Pharmaceutica. Elle a été condamnée avec Sandoz - ainsi que leurs sociétés-mères Johnson & Johnson (J&J) et Novartis - par la Commission européenne pour entrave à la libre concurrence. L'affaire concerne le Fentanyl, un antidouleur cent fois plus puissant que la morphine et qui est principalement destiné aux patients souffrant d'un cancer.

 "Janssen-Cilag a payé son concurrent afin de ne pas pénétrer le marché"
En 2005 le brevet protégeant le médicament développé par J&J aux Pays-Bas expire et un concurrent, Sandoz, est prêt à lancer une variante moins chère. "Janssen-Cilag a payé son concurrent afin de ne pas pénétrer le marché", indique Joaquín Almunia, le commissaire européen à la concurrence. Une demande à laquelle Sandoz a répondu positivement, car "les versements mensuels qui ont été négociés étaient plus élevés que le bénéfice que Sandoz pensait pouvoir atteindre avec la vente de son produit." Cet accord secret a tenu 17 mois, jusqu'à ce qu'un troisième concurrent lance un médicament générique basé sur la même molécule que le Fentanyl sur le marché. Un porte-parole de Janssen-Cilag à Tilburg a confirmé que Sandoz avait été payé uniquement pour faire de "la promotion commune auprès des pharmaciens et médecins", mais a nié que l'entreprise ait augmenté de ce fait les coûts pour les patients. "Le médicament concerné était totalement remboursé", indique-t-on.

Scandaleux! Le profit à tout prix!

jeudi 28 novembre 2013

Tyrannie des marchés : l'Eglise, le capitalisme et la justice sociale, ce qu'elle en pense, ce qu'elle en comprend

Dans une exhortation apostolique publiée mardi 26 novembre, le Pape François a souhaité fustiger la "nouvelle tyrannie des marchés" tout en plaidant en faveur d'un retour "à une éthique de l'être humain". En accord avec la doctrine sociale traditionnelle de l'Église, ces déclarations auraient néanmoins besoin d'être appuyées par une pensée économique plus aboutie.

Philippe Chalmin

Philippe Chalmin est professeur d’histoire économique à l’Université Paris-Dauphine où il dirige le Master Affaires Internationales. Membre du Conseil d’Analyse Economique auprès du Premier Ministre, il est le président fondateur de CyclOpe, le principal institut de recherches européen sur les marchés des matières premières. 

Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages, dont le récent « Demain, j'ai 60 ans : Journal 2010 - 2011 ».

Atlantico :  Au-delà des déclarations récentes du souverain pontife, perçues par beaucoup comme un choc, quelle est la position actuelle du Vatican vis-à-vis du capitalisme ? Sur quels éléments se fonde-t-elle ?

Philippe Chalmin : Il s'agit d'un thème que le pape François a déjà beaucoup abordé depuis son accession à la fonction de souverain pontife. Déjà en juin dernier il s'était ainsi fait remarquer en dénonçant la spéculation sur les marchés agricoles lorsqu'il avait reçu les ambassadeurs auprès de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, NDLR). Je dirais que cela fait finalement partie d'une posture finalement assez traditionnelle de l’Église contre la finance, mais qui  n'est pas à mon sens la plus éclairée si l'on regarde la doctrine sociale de l’Église. Nous sommes bien ici dans le domaine de l'exhortation, dont les conséquences pratiques resteront relativement limitées. Dénoncer les méfaits de la finance et de la spéculation dans leur ensemble peut paraître porteur symboliquement, mais une telle démarche semble ignorer que dans le monde actuel, fait d'instabilité, la spéculation (sur les marchés agricoles notamment) est nécessaire pour fournir aux marchés les liquidités dont ils ont besoin. Ce que l'on peut définir comme fondamentalement malsain, c'est la spéculation malhonnête qui orchestre des manipulations de marchés à son seul avantage et au détriment de beaucoup. Dans un cadre structuré, les spéculations ne sont finalement que la somme des anticipations des opérateurs sur les marchés, ce qui n'est, en soi, pas choquant. D'aucuns diront que je suis un affreux libéral mais je pense, sans contester le droit au Pape de faire de telles déclarations, que de telles critiques nécessiteraient une connaissance bien plus approfondie sur un phénomène aussi complexe.

Originellement, l’Église condamnait toute forme de prêt à intérêt, et voyait par extension les activités financières d'un très mauvais œil. Peut-on dire que le pape François tente de renouer avec cette vision aujourd'hui ?

Le prêt à intérêt a effectivement été interdit par l’Église jusqu'au XVIIIe siècle, mais on trouve dans les textes originaux de la Chrétienté des passages qui abondent dans l'autre sens, dont la célèbre Parabole des Talents, où le maître reproche à son serviteur d'avoir enfoui son patrimoine dans la terre plutôt que l'avoir porté au banquier pour le faire fructifier.
Pour répondre plus directement sur les objectifs personnels du Pape François, il faudrait être à sa place. Je dirais néanmoins que cette exhortation apostolique ne sera probablement pas considéré comme l'un des textes emblématiques du magistère de l’Église. A l'inverse, l'encyclique "Veritas in Caritate" (La vérité dans la charité) produite en 2008 par Benoît XVI est un texte extrêmement poussé sur ce que l'on appelle la grâce et la beauté du don, dans le sens où il cherche les esprits par la conduite individuelle plutôt que par la remise en cause d'un système économique conséquent. Il est clair que les structures de l'économie mondiale ont été mal construites, mal organisées, mais une remise en cause globale exige une critique extrêmement aboutie.

La banque du Vatican, éclaboussée à plusieurs reprises par des scandales, s'est essayée depuis le mois d'octobre à la transparence en fermant plusieurs comptes douteux et en rendant ses rapports publics. Cette politique de l'exemple peut-elle faire des émules dans d'autres pays ?

Je pense qu'il s'agit finalement d'un sujet assez secondaire, les problèmes qu'a connu la Banque du Vatican s'expliquant pour beaucoup par une accumulation d'incompétences plutôt que par une corruption omniprésente. Il fallait nettoyer les écuries d'Augias, et s'il n'est pas impossible que le Vatican puisse effectivement accoucher d'un modèle capable d'inspirer d'autres États, il s'agissait avant tout d'une question propre aux affaires de l'Eglise.

Plus largement, ces déclarations semblent acter une certaine volonté d'intégrer les sujets économiques et politiques. Le Vatican peut-il trouver son rôle dans un tel cadre ?

Il est important que le Vatican entretienne une réflexion économique, d'autant qu'il possède toujours une certaine responsabilité, ne serait-ce que sur le plan de la parole, en termes de développement économique. Il s'agit là d'un sujet sur lequel le clergé est autrement plus attendu que sur les questions de gestions du marché.

Le site d'informations Rue 89 a titré hier. "Cette fois, c'est sûr, le pape François est socialiste". L'analogie vous semble-t-elle crédible ?

Je resterai poli en disant que la comparaison n'est pas des plus intelligentes, d'autant plus qu'elle sous-entend que ceux qui prennent le parti des pauvres sont, de fait, socialistes. Je dirais par ailleurs que beaucoup commettent une erreur en croyant que ces déclarations font état d'une supposée révolution au sein de l’Église. 

http://www.atlantico.fr

mercredi 30 octobre 2013

Crise des subprimes : 107 milliards de dollars pour tourner la page

Le règlement à l’amiable des contentieux liés à la crise financière va coûter plus de 100 milliards de dollars aux banques américaines, selon une estimation publiée par le Wall Street Journal ce 29 octobre.
La dernière estimation de la facture globale de la crise financière pour les banques américaines donne des sueurs froides. 107 milliards de dollars, c’est ce que les établissements américains devraient verser en règlements à l’amiable dans les prochaines années, d’après les données publiés ce mardi 29 octobre par le Wall Street Journal. Déjà, 66 milliards de pénalité pour les plus grandes banques américaines ont été actés.

Concrètement, le régulateur américain leur reproche d’avoir biaisé le marché immobilier global en revendant des produits dérivés de crédit, notamment des subprimes, aux instances para-publiques Fannie Mae et Freddie Mac. En somme, d’avoir refilé des produits toxiques aux deux organismes qui s’occupent du financement du marché immobilier.
Mais ces deux instances, tout comme Deutsche Bank qui s’en prend à Goldman Sachs pour les mêmes raisons, savaient pourtant ce qu’ils achetaient. Le problème, c’est qu’ils se sont retrouvés dans une situation financière insensée, avec des pertes colossales, lorsque le marché de l’immobilier s’est retourné. Si bien qu’ils ont dû être mis sous perfusion directe du Trésor américain.
L’administration essaie donc désormais de récupérer ce qu’elle a perdu pour renflouer “Fannie” et “Freddie”, suivant le principe que ce n’est pas parce que l’acheteur est complice que le vendeur peut s’exonérer de toute responsabilité.
Il faut noter par ailleurs qu’il y a bien eu de véritables manquements aux règles de vente de ce type de produits de la part des banques américaines. Des créances censées être sûres ont été proposées en utilisant une technique bien connue des supermarchés : le “remballe”, où l’on prend un produit périmé pour le mettre dans un emballage tout neuf, très joli, pour faire croire qu’il est de qualité. C’est cela que la justice reproche aux établissements financiers américains.
Cette façon de le faire payer leur renflouement risque en tout cas de les fragiliser. JPMorgan, la banque au cœur de la tempête, est déjà dans le rouge sur le trimestre écoulé précisément à cause de provisions de 23 milliards de dollars pour ses frais de justice. Il lui reste en outre un grand nombre de dossiers à régler, pas seulement dans le domaine des crédits hypothécaires.
Pour certains analystes de Wall Street, cela va commencer très vite à entamer durablement la capacité du secteur américain en général à générer des profits.
BFMTV

mercredi 23 octobre 2013

Chine/États-Unis : Le duel tourne à l’affrontement monétaire

Samedi 13 octobre, l’agence de presse officielle chinoise Xinhua sous la plume de Liu Chang, critiquait vertement les débordements de l’Amérique depuis que Bretton Woods avait fait du dollar une monnaie “aussi bonne que l’or”. L’article fustige l’ingérence des Etats-Unis dans les politiques intérieures de tous leurs partenaires économiques, les interventions militaires directes ou indirectes pour imposer la Pax Americana et une politique monétaire au détriment de l’équilibre économique mondial.
Le pamphlet est très sévère
“Alors que le gouvernement américain veut faire croire au monde qu’il est le champion de la morale, de manière plus ou moins couverte, il torture les prisonniers de guerre, cible des civils avec des attaques de drones et espionne les leaders politiques et économiques dans le monde. Sous ce qui est réputé être la Pax Americana, nous n’avons pas réussi à trouver un monde où les Etats-Unis chercheraient à éviter la violence et les conflits, à réduire la pauvreté et les déplacements de population et feraient leur possible pour apporter une vraie paix durable.
Au lieu d’honorer leurs devoirs en tant que nation dominante et responsable, l’egocentrique Washington a abusé de son statut de super-puissance, introduit encore plus de chaos dans le monde en diffusant des risques financiers à l’international, a été l’instigatrice de tensions régionales… et a lancé des guerres injustifiées sous des prétextes fallacieux basés sur un tissu de mensonges avérés.

Le résultat est que le monde est encore en train de chercher comment s’extirper d’un désastre économique dû à la voracité des élites de Wall Street, alors que les meurtres et les bombes sont le quotidien du peuple irakien des années après que Washington s’est vanté de l’avoir libéré du joug d’un tyran. Plus récemment, la division bipartite itérative de Washington sur le budget fédéral et le plafond de la dette met en danger ses partenaires économiques surchargés de valeurs en dollar et une communauté internationale très angoissée.
Il faut mettre un terme à ces jours d’inquiétude, où la destinée de tous est entre les mains d’une nation hypocrite et un nouvel ordre mondial doit être mis en place pour que toutes les nations, pauvres ou riches, petites ou grandes, puissent voir leurs intérêts primordiaux respectés et protégés sur un pied d’égalité.
Dans ce but, plusieurs pierres angulaires doivent être posées pour construire ce monde désaméricanisé.
Pour commencer, toutes les nations doivent se plier aux principes de base des lois internationales, ce qui inclut le respect de la souveraineté et cesser de se mêler des affaires domestiques des autres.
Les économies émergentes et les pays en développement ont besoin de faire entendre leur voix dans les institutions financières internationales, ce qui inclut la Banque mondiale et le fond monétaire international, de façon à mieux refléter les transformations du paysage économique et politique actuel.
Ce qui induit une réforme-clé : la mise en place d’une nouvelle monnaie de réserve internationale, qui doit être créée pour remplacer le dollar américain, afin que la communauté internationale puisse être tenue à l’écart des désordres politiques intérieurs des Etats-Unis. Ces bouleversements n’ont pas pour but d’écarter complètement les Etats-Unis, ce qui serait impossible, mais plutôt d’encourager Washington à jouer un rôle plus constructif.”
Le processus est en marche.
Dernier exemple en date : la Chine a pesé de tout son poids aux côtés de la Russie pour empêcher l’intervention américaine en Syrie. Les Américains ont plié.
Voici un extrait d’une interview de Michel Raimbaud (ancien ambassadeur de France et professeur au centre d’études diplomatiques et stratégiques de Paris) qui vient éclairer ce bouleversement géopolitique :
Nous vivons actuellement un moment historique majeur, d’une importance sans doute comparable à la chute de l’Union soviétique. Entraînant la dissolution du bloc communiste et ayant pour effet immédiat d’instaurer l’hégémonie sans partage de l’Amérique et de ses alliés occidentaux, la disparition de l’URSS allait amener plus de vingt ans de malheur et d’extrême injustice pour le reste de la planète.
L’événement qui a dominé le récent Sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, fruit d’une gestation de deux ans dans le sillage de la crise syrienne, referme cette parenthèse dramatique. Confirmant la renaissance de la Russie et l’émergence du bloc des BRICS à direction russo-chinoise, il symbolise la recomposition de la vie internationale sur de nouvelles bases : le ‘moment unipolaire américain’, qui consacrait le triomphe des ‘grandes démocraties’ et de leur ‘économie de marché’, est terminé. C’est le glas qui sonne pour la plus grande escroquerie politique de l’ère contemporaine : la ‘communauté internationale’ franco-anglo-américaine est agonisante.
Le double accord conclu entre la Russie et l’Amérique au sujet de la Syrie est l’acte fondateur de cette mutation. Le Mur de Berlin apparaissait comme le symbole du triomphe du ‘monde libre’ et de ‘la fin de l’Histoire’. En cet automne 2013, c’est le mur de l’arrogance qui a été brisé, le ci-devant ‘Axe du Bien’ apparaissant dans toute sa splendeur, sur fond de soleil couchant.
Loin d’être finie, l’Histoire continue.
C’est une belle leçon de diplomatie qu’a prodiguée la Russie (soutenue sans défaillance par la Chine, par ses autres partenaires BRICS comme le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud, mais aussi par une bonne partie du monde) en réussissant à faire prévaloir la légalité internationale et les grands principes onusiens contre les partisans de l’ingérence à tout va.
Ne nous y trompons pas : pendant quelques jours, le monde a bel et bien frôlé la catastrophe et la guerre mondiale. Que Russes et Américains se soient mis d’accord sur le principe d’une solution politique et diplomatique ne peut que réjouir les gens de bonne volonté
Vous assistez en ce moment même à un changement majeur qui restera dans l’Histoire.
Ce changement va être monétaire, comme je l’ai longuement décrit dans l’Histoire de l’Argent, dont le sous-titre est ‘l’or, l’argent et la réforme monétaire’.
Souhaitons que cette révolution se passe avec le moins de violence possible. Il est néanmoins à craindre que l’effondrement d’un système basé sur l’asservissement des peuples par la dette soit très douloureux pour les finances de chacun. L’or et l’argent physiques font partie des planches de salut qui sont offertes à ceux qui auront été assez clairvoyants pour anticiper cette période de troubles à venir et la Renaissance qui suivra.

vendredi 18 octobre 2013

Haro sur l’Église orthodoxe grecque !

Une « olive sans noyau » m’est restée en travers de la gorge en lisant le papier de Marie Delarue hier matin sur Boulevard Voltaire. Ainsi l’Église orthodoxe grecque serait non seulement « propriétaire d’un tiers environ du pays » mais, en outre, on l’aurait dispensée de payer ses impôts. Et qui plus est les moines grecs, « riches comme Crésus », rouleraient en Porsche… Alors que, vous l’aviez compris, le peuple crève de faim.
À moins de travailler pour Gala ou l’Huma, il vaut toujours mieux vérifier les « on-dit » plus ou moins farfelus qui circulent sur la Toile… Car l’Église orthodoxe grecque a en réalité très officiellement versé au fisc 12,5 millions d’euros en 2011, pour l’ensemble de ses évêchés, monastères et paroisses. Et ces affameurs de chrétiens poussent même le détail jusqu’à donner – pour les journalistes pointilleux – la somme au centime près : 12.584.139,92 euros. Espèrent-ils ainsi faire taire la rumeur journalistique autour du « trésor mythique de l’Église grecque » ? Sans doute, mais les insinuations continuent et se distillent subrepticement, élégamment même, y compris sur Boulevard Voltaire.
Il est vrai que les Grecs eux-mêmes entretiennent des relations souvent passionnelles avec leur Église, où se mêlent des sentiments souvent contradictoires entre vénération et envie. Ils n’oublient pas que l’Église orthodoxe reste étroitement liée à leur libération du joug ottoman en 1827, et à l’idée même de la création de la nation grecque. Les biens immobiliers de l’Église ont notamment servi d’hypothèque à l’État grec pour l’émission de ses bons du Trésor. C’est encore elle qui a tenu lieu de garantie pour les emprunts de 1845 auprès de la Banque centrale d’Angleterre.
Certes, l’Église grecque n’est pas à plaindre. Elle reste même, après l’État, le plus grand propriétaire foncier du pays. Mais comme dirait Mgr Antonios, numéro 2 de l’Église grecque : « Il est normal que notre Église soit en possession de certains biens puisqu’elle existe depuis 1.700 ans… Elle est bien plus ancienne que l’État Grec. » Un État grec chancelant dont l’Église orthodoxe reste la béquille indispensable encore aujourd’hui, assurant le soutien social en ces temps de pénurie, distribuant plus de 250.000 repas par jour, payant les factures d’eau et d’électricité, les loyers et les impôts de familles dans le besoin.
Alors, « riche comme Crésus », l’Église grecque ? Elle l’est tellement qu’elle a du mal à entretenir ou à restaurer elle-même les lieux de culte historiques tombant en ruines. Pas question de compter sur le soutien de l’État qui préfère, on l’a vu, financer la construction d’une grande mosquée à Athènes
José
Meidinger
Journaliste.
Ancien grand reporter à France 3 Alsace, il passe son temps entre l’Alsace et la Grèce

mercredi 16 octobre 2013

COMMENT LA CIA A PLACE UN DE SES AGENTS A LA PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE


«Nicolas Sarkozy doit être jugé à son action et non pas dřaprès sa personnalité. Mais lorsque son

action surprend jusquřà ses propres électeurs, il est légitime de se pencher en détail sur sa

biographie et de sřinterroger sur les alliances qui lřont conduit au pouvoir. Thierry Meyssan a

décidé dřécrire la vérité sur les origines du président de la République française. Toutes les

informations contenues dans cet article sont vérifiables, à lřexception de deux imputations,

signalées par lřauteur qui en assume seul la responsabilité.

Réseau Voltaire | Almaty (Kazakhstan) | 19 juillet 2008

русский Espaðol English Português italiano Deutsch

Les Français, lassés des trop longues présidences de François Mitterrand et de Jacques Chirac, ont

élu Nicolas Sarkozy en comptant sur son énergie pour revitaliser leur pays. Ils espéraient une

rupture avec des années dřimmobilisme et des idéologies surannées. Ils ont eu une rupture avec les

principes qui fondent la nation française. Ils ont été stupéfaits par cet « hyper-président », se

saisissant chaque jour dřun nouveau dossier, aspirant à lui la droite et la gauche, bousculant tous

les repères jusquřà créer une complète confusion.

Comme des enfants qui viennent de faire une grosse bêtise, les Français sont trop occupés à se

trouver des excuses pour admettre lřampleur des dégâts et leur naïveté. Ils refusent dřautant plus de

voir qui est vraiment Nicolas Sarkozy, quřils auraient dû sřen rendre compte depuis longtemps.

Cřest que lřhomme est habile. Comme un illusionniste, il a détourné leur attention en offrant sa vie

privée en spectacle et en posant dans les magazines people, jusquřà leur faire oublier son parcours

politique.

Que lřon comprenne bien le sens de cet article : il ne sřagit pas de reprocher à M. Sarkozy ses liens

familiaux, amicaux et professionnels, mais de lui reprocher dřavoir caché ses attaches aux Français

qui ont cru, à tort, élire un homme libre.

Pour comprendre comment un homme en qui tous sřaccordent aujourdřhui à voir lřagent des États-

Unis et dřIsraël a pu devenir le chef du parti gaulliste, puis le président de la République française,

il nous faut revenir en arrière. Très en arrière. Il nous faut emprunter une longue digression au

cours de laquelle nous présenterons les protagonistes qui trouvent aujourdřhui leur revanche.

Secrets de famille

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les services secrets états-uniens sřappuient sur le parrain

italo-US Lucky Luciano pour contrôler la sécurité des ports américains et pour préparer le

débarquement allié en Sicile. Les contacts de Luciano avec les services US passent notamment par

Frank Wisner Sr. puis, lorsque le « parrain » est libéré et sřexile en Italie, par son « ambassadeur »

corse, Étienne Léandri.

En 1958, les États-Unis, inquiets dřune possible victoire du FLN en Algérie qui ouvrirait lřAfrique

du Nord à lřinfluence soviétique, décident de susciter un coup dřÉtat militaire en France.

Lřopération est organisée conjointement par la Direction de la planification de la CIA ŕ

théoriquement dirigée par Frank Wisner Sr. et par lřOTAN. Mais Wisner a déjà sombré dans la

démence de sorte que cřest son successeur, Allan Dulles, qui supervise le coup. Depuis Alger, des

généraux français créent un Comité de salut public qui exerce une pression sur le pouvoir civil

parisien et le contraint à voter les pleins pouvoirs au général De Gaulle sans avoir besoin de

recourir la force [1].

Or, Charles De Gaulle nřest pas le pion que les Anglo-Saxons croient pouvoir manipuler. Dans un

premier temps, il tente de sortir de la contradiction coloniale en accordant une large autonomie aux

territoires dřoutre-mer au sein dřune Union française.

Mais il est déjà trop tard pour sauver lřEmpire français car les peuples colonisés ne croient plus

aux promesses de la métropole et exigent leur indépendance. Après avoir conduit victorieusement

de féroces campagnes de répression contre les indépendantistes, De Gaulle se rend à lřévidence.

Faisant preuve dřune rare sagesse politique, il décide dřaccorder à chaque colonie son

74

indépendance.

Cette volte-face est vécue comme une trahison par la plupart de ceux qui lřont porté au pouvoir. La

CIA et lřOTAN soutiennent alors toutes sortes de complots pour lřéliminer, dont un putsch manqué

et une quarantaine de tentatives dřassassinat [2]. Toutefois, certains de ses partisans approuvent

son évolution politique. Autour de Charles Pasqua, ils créent le SAC, une milice pour le protéger.

Pasqua est à la fois un truand corse et un ancien résistant. Il a épousé la fille dřun bootlegger

canadien qui fit fortune durant la prohibition. Il dirige la société Ricard qui, après avoir

commercialisé de lřabsinthe, un alcool prohibé, se respectabilise en vendant de lřanisette.

Cependant, la société continue à servir de couverture pour toutes sortes de trafics en relation avec

la famille italo-new-yorkaise des Genovese, celle de Lucky Luciano. Il nřest donc pas étonnant que

Pasqua fasse appel à Étienne Léandri (« lřambassadeur » de Luciano) pour recruter des gros bras

et constituer la milice gaulliste [3]. Un troisième homme joue un grand rôle dans la formation du

SAC, lřancien garde du corps de De Gaulle, Achille Peretti ŕun Corse lui aussiŕ.

Ainsi défendu, De Gaulle dessine avec panache une politique dřindépendance nationale. Tout en

affirmant son appartenance au camp atlantique, il remet en cause le leadership anglo-saxon. Il

sřoppose à lřentrée du Royaume-Uni dans le Marché commun européen (1961 et 1967) ; Il refuse le

déploiement des casques de lřONU au Congo (1961) ; il encourage les États latino-américains à

sřaffranchir de lřimpérialisme US (discours de Mexico, 1964) ; Il expulse lřOTAN de France et se

retire du Commandement intégré de lřAlliance atlantique (1966) ; Il dénonce la Guerre du Viêt-

Nam (discours de Phnon Penh, 1966) ; Il condamne lřexpansionnisme israélien lors de la Guerre

des Six jours (1967) ; Il soutient lřindépendance du Québec (discours de Montréal 1967) ; etc.

Simultanément, De Gaulle consolide la puissance de la France en la dotant dřun complexe militaroindustriel

incluant la force de dissuasion nucléaire, et en garantissant son approvisionnement

énergétique. Il éloigne utilement les encombrants Corses de son entourage en leur confiant des

missions à étranger. Ainsi Étienne Léandri devient-il le trader du groupe Elf (aujourdřhui Total)

[4], tandis que Charles Pasqua devient lřhomme de confiance des chefs dřÉtats dřAfrique

francophone.

Conscient quřil ne peut défier les Anglo-Saxons sur tous les terrains à la fois, De Gaulle sřallie à la

famille Rothschild. Il choisit comme Premier ministre le fondé de pouvoir de la Banque, Georges

Pompidou. Les deux hommes forment un tandem efficace. Lřaudace politique du premier ne perd

jamais de vue le réalisme économique du second.

Lorsque De Gaulle démissionne, en 1969, Georges Pompidou lui succède brièvement à la

présidence avant dřêtre emporté par un cancer. Les gaullistes historiques nřadmettent pas son

leadership et sřinquiètent de son tropisme anglophile. Ils hurlent à la trahison lorsque Pompidou,

secondé par le secrétaire général de lřÉlysée Edouard Balladur, fait entrer « la perfide Albion »

dans le Marché commun européen.

La fabrication de Nicolas Sarkozy

Ce décor étant planté, revenons-en à notre personnage principal, Nicolas Sarkozy. Né en 1955, il

est le fils dřun noble catholique hongrois, Pal Sarkösy de Nagy-Bocsa, réfugié en France après

avoir fui lřArmée rouge, et dřAndrée Mallah, une roturière juive originaire de Thessalonique. Après

avoir eu trois enfants (Guillaume, Nicolas et François), le couple divorce. Pal Sarkosy de Nagy-

Bocsa se remarie avec une aristocrate, Christine de Ganay, dont il aura deux enfants (Pierre-

Olivier et Caroline). Nicolas ne sera pas élevé par ses seuls parents, mais balloté dans cette famille

recomposée.

Sa mère est devenue la secrétaire dřAchille Peretti. Après avoir co-fondé le SAC, le garde du corps

75

de De Gaulle avait poursuivi une brillante carrière politique. Il avait été élu député et maire de

Neuilly-sur-Seine, la plus riche banlieue résidentielle de la capitale, puis président de lřAssemblée

nationale.

Malheureusement, en 1972, Achille Peretti est gravement mis en cause. Aux États-Unis, le magazine

Time révèle lřexistence dřune organisation criminelle secrète « lřUnion corse » qui contrôlerait une

grande partie du trafic de stupéfiants entre lřEurope et lřAmérique, la fameuse « French connexion

» quřHollywwod devait porter à lřécran. Sřappuyant sur des auditions parlementaires et sur ses

propres investigations, Time cite le nom dřun chef mafieux, Jean Venturi, arrêté quelques années

plus tôt au Canada, et qui nřest autre que le délégué commercial de Charles Pasqua pour la société

dřalcool Ricard. On évoque le nom de plusieurs familles qui dirigeraient « lřUnion corse », dont les

Peretti. Achille nie, mais doit renoncer à la présidence de lřAssemblée nationale et échappe même à

un « suicide ».

En 1977, Pal Sarkozy se sépare de sa seconde épouse, Christine de Ganay, laquelle se lie alors

avec le n°2 de lřadministration centrale du département dřÉtat des États-Unis. Elle lřépouse et

sřinstalle avec lui en Amérique. Le monde étant petit, cřest bien connu, son mari nřest autre que

Frank Wisner Jr., fils du précédent. Les fonctions de Junior à la CIA ne sont pas connues, mais il

clair quřil y joue un rôle important. Nicolas, qui reste proche de sa belle-mère, de son demi-frère et

de sa demi-soeur, commence à se tourner vers les États-Unis où il « bénéficie » des programmes de

formation du département dřÉtat.

À la même période, Nicolas Sarkozy adhère au parti gaulliste. Il y fréquente dřautant plus

rapidement Charles Pasqua que celui-ci nřest pas seulement un leader national, mais aussi le

responsable de la section départementale des Hauts-de-Seine.

En 1982, Nicolas Sarkozy, ayant terminé ses études de droit et sřétant inscrit au barreau, épouse la

nièce dřAchille Peretti. Son témoin de mariage est Charles Pasqua. En tant quřavocat, Me Sarkozy

défend les intérêts des amis corses de ses mentors. Il acquiert une propriété sur lřîle de beauté, à

Vico, et imagine de corsiser son nom en remplaçant le « y » par un « i » : Sarkozi.

Lřannée suivante, il est élu maire de Neuilly-sur-Seine en remplacement de son bel-oncle, Achille

Peretti, terrassé par une crise cardiaque.

Cependant, Nicolas ne tarde pas à trahir sa femme et, dès 1984, il poursuit une liaison cachée avec

Cécilia, lřépouse du plus célèbre animateur de télévision français de lřépoque, Jacques Martin,

dont il a fait la connaissance en célébrant leur mariage en qualité de maire de Neuilly. Cette double

vie dure cinq ans, avant que les amants ne quittent leurs conjoints respectifs pour construire un

nouveau foyer.

Nicolas est le témoin de mariage, en 1992, de la fille de Jacques Chirac, Claude, avec un

éditorialiste du Figaro. Il ne peut sřempêcher de séduire Claude et de mener une brève relation

avec elle, tandis quřil vit officiellement avec Cécilia. Le mari trompé se suicide en absorbant des

drogues. La rupture est brutale et sans retour entre les Chirac et Nicolas Sarkozy.

En 1993, la gauche perd les élections législatives. Le président François Mitterrand refuse de

démissionner et entre en cohabitation avec un Premier ministre de droite. Jacques Chirac, qui

ambitionne la présidence et pense alors former avec Edouard Balladur un tandem comparable à

celui de De Gaulle et Pompidou, refuse dřêtre à nouveau Premier ministre et laisse la place à son «

ami de trente ans », Edouard Balladur. Malgré son passé sulfureux, Charles Pasqua devient

76

ministre de lřIntérieur. Sřil conserve la haute main sur la marijuana marocaine, il profite de sa

situation pour légaliser ses autres activités en prenant le contrôle des casinos, jeux et courses en

Afrique francophone. Il tisse aussi des liens en Arabie saoudite et en Israël et devient officier

dřhonneur du Mossad. Nicolas Sarkozy, quant à lui, est ministre du Budget et porte-parole du

gouvernement.

À Washington, Frank Wisner Jr. a pris la succession de Paul Wolfowitz comme responsable de la

planification politique au département de la Défense. Personne ne remarque les liens qui lřunissent

au porte-parole du gouvernement français.

Cřest alors que reprend au sein du parti gaulliste la tension que lřon avait connu trente ans plus tôt

entre les gaullistes historiques et la droite financière, incarnée par Balladur. La nouveauté, cřest

que Charles Pasqua et avec lui le jeune Nicolas Sarkozy trahissent Jacques Chirac pour se

rapprocher du courant Rothschild. Tout dérape. Le conflit atteindra son apogée en 1995

lorsquřÉdouard Balladur se présentera contre son ex-ami Jacques Chirac à lřélection

présidentielle, et sera battu. Surtout, suivant les instructions de Londres et de Washington, le

gouvernement Balladur ouvre les négociations dřadhésion à lřUnion européenne et à lřOTAN des

États dřEurope centrale et orientale, affranchis de la tutelle soviétique.

Rien ne va plus dans le parti gaulliste où les amis dřhier sont près de sřentre-tuer. Pour financer sa

campagne électorale, Edouard Balladur tente de faire main basse sur la caisse noire du parti

gaulliste, cachée dans la double comptabilité du pétrolier Elf. À peine le vieux Étienne Léandri

mort, les juges perquisitionnent la société et ses dirigeants sont incarcérés. Mais Balladur, Pasqua

et Sarkozy ne parviendront jamais à récupérer le magot.

La traversée du désert

Tout au long de son premier mandat, Jacques Chirac tient Nicolas Sarkozy à distance. Lřhomme se

fait discret durant cette longue traversée du désert. Discrètement, il continue à nouer des relations

dans les cercles financiers.

En 1996, Nicolas Sarkozy ayant enfin réussi à clore une procédure de divorce qui nřen finissait pas

se marie avec Cécilia. Ils ont pour témoins les deux milliardaires Martin Bouygues et Bernard

Arnaud (lřhomme le plus riche du pays).

Dernier acte

Bien avant la crise irakienne, Frank Wisner Jr. et ses collègues de la CIA planifient la destruction

du courant gaulliste et la montée en puissance de Nicolas Sarkozy. Ils agissent en trois temps :

dřabord lřélimination de la direction du parti gaulliste et la prise de contrôle de cet appareil, puis

lřélimination du principal rival de droite et lřinvestiture du parti gaulliste à lřélection présidentielle,

enfin lřélimination de tout challenger sérieux à gauche de manière à être certain dřemporter

lřélection présidentielle.

Pendant des années, les médias sont tenus en haleine par les révélations posthumes dřun promoteur

immobilier. Avant de décéder dřune grave maladie, il a enregistré pour une raison jamais élucidée

une confession en vidéo. Pour une raison encore plus obscure, la « cassette » échoue dans les

mains dřun hiérarque du Parti socialiste, Dominique Strauss-Khan, qui la fait parvenir

indirectement à la presse.

Si les aveux du promoteur ne débouchent sur aucune sanction judiciaire, ils ouvrent une boîte de

Pandore. La principale victime des affaires successives sera le Premier ministre Alain Juppé. Pour

protéger Chirac, il assume seul toutes les infractions pénales. La mise à lřécart de Juppé laisse la

voie libre à Nicolas Sarkozy pour prendre la direction du parti gaulliste.

77

Sarkozy exploite alors sa position pour contraindre Jacques Chirac à le reprendre au

gouvernement, malgré leur haine réciproque. Il sera en définitive, ministre de lřIntérieur. Erreur ! À

ce poste, il contrôle les préfets et le renseignement intérieur quřil utilise pour noyauter les grandes

administrations.

Il sřoccupe aussi des affaires corses. Le préfet Claude Érignac a été assassiné. Bien quřil nřait pas

été revendiqué, le meurtre a immédiatement été interprété comme un défi lancé par les

indépendantistes à la République. Après une longue traque, la police parvient à arrêter un suspect

en fuite, Yvan Colonna, fils dřun député socialiste. Faisant fi de la présomption dřinnocence,

Nicolas Sarkozy annonce cette interpellation en accusant le suspect dřêtre lřassassin. Cřest que la

nouvelle est trop belle à deux jours du référendum que le ministre de lřIntérieur organise en Corse

pour modifier le statut de lřîle. Quoi quřil en soit, les électeurs rejettent le projet Sarkozy qui, selon

certains, favorise les intérêts mafieux.

Bien quřYvan Colonna ait ultérieurement été reconnu coupable, il a toujours clamé son innocence

et aucune preuve matérielle nřa été trouvée contre lui. Étrangement, lřhomme sřest muré dans le

silence, préférant être condamné que de révéler ce quřil sait.

Nous révélons ici que le préfet Érignac nřa pas été tué par des nationalistes, mais abattu par un

tueur à gage, immédiatement exfiltré vers lřAngola où il a été engagé à la sécurité du groupe Elf.

Le mobile du crime était précisément lié aux fonctions antérieures dřÉrignac, responsable des

réseaux africains de Charles Pasqua au ministère de la Coopération. Quand à Yvan Colonna, cřest

un ami personnel de Nicolas Sarkozy depuis des décennies et leurs enfants se sont fréquentés.

Une nouvelle affaire éclate : de faux listings circulent qui accusent mensongèrement plusieurs

personnalités de cacher des comptes bancaires au Luxembourg, chez Clearstream. Parmi les

personnalités diffamées : Nicolas Sarkozy. Il porte plainte et sous-entend que son rival de droite à

lřélection présidentielle, le Premier ministre Dominique de Villepin, a organisé cette machination. Il

ne cache pas son intention de le faire jeter en prison.

En réalité, les faux listings ont été mis en circulation par des membres de la Fondation francoaméricaine

[5], dont John Negroponte était président et dont Frank Wisner Jr. est administrateur.

Ce que les juges ignorent et que nous révélons ici, cřest que les listings ont été fabriqués à Londres

par une officine commune de la CIA et du MI6, Hakluyt & Co, dont Frank Wisner Jr. est également

administrateur.

Villepin se défend de ce dont on lřaccuse, mais il est mis en examen, assigné à résidence et, de

facto, écarté provisoirement de la vie politique. La voie est libre à droite pour Nicolas Sarkozy.

Reste à neutraliser les candidatures dřopposition. Les cotisations dřadhésion au parti socialistes

sont réduites à un niveau symbolique pour attirer de nouveaux militants. Soudainement des milliers

de jeunes prennent leur carte. Parmi eux, au moins dix mille nouveaux adhérents sont en réalité des

militants du Parti trotskiste « lambertiste » (du nom de son fondateur Pierre Lambert).

Cette petite formation dřextrême gauche sřest historiquement mise au service de la CIA contre les

communistes staliniens durant la Guerre froide (Elle est lřéquivalent du SD/USA de Max

Shatchman, qui a formé les néoconservateurs aux USA [6]). Ce nřest pas la première fois que les «

lambertistes » infiltrent le Parti socialiste. Ils y ont notamment placé deux célèbres agents de la CIA

: Lionel Jospin (qui est devenu Premier ministre) et Jean-Christophe Cambadélis, le principal

conseiller de Dominique Strauss-Kahn [7].

Des primaires sont organisés au sein du Parti socialiste pour désigner son candidat à lřélection

présidentielle. Deux personnalités sont en concurrence : Laurent Fabius et Ségolène Royal. Seul le

premier représente un danger pour Sarkozy. Dominique Strauss-Kahn entre dans la course avec

pour mission dřéliminer Fabius au dernier moment. Ce quřil sera en mesure de faire grâce aux

votes des militants « lambertistes » infiltrés, qui portent leur suffrages non pas sur son nom, mais

78

sur celui de Royal.

Lřopération est possible parce que Strauss-Kahn est depuis longtemps sur le payroll des États-Unis.

Les Français ignorent quřil donne des cours à Stanford, où il a été embauché par le prévot de

lřuniversité, Condoleezza Rice [8].

Dès sa prise de fonction, Nicolas Sarkozy et Condoleezza Rice remercieront Strauss-Kahn en le

faisant élire à la direction du Fonds monétaire international.

Premiers jours à lřÉlysée

Le soir du second tour de lřélection présidentielle, lorsque les instituts de sondages annoncent sa

victoire probable, Nicolas Sarkozy prononce un bref discours à la nation depuis son QG de

campagne. Puis, contrairement à tous les usages, il ne va pas faire la fête avec les militants de son

parti, mais il se rend au Fouquetřs. La célèbre brasserie des Champs-Élysées, qui était jadis le

rendez-vous de « lřUnion corse » est aujourdřhui la propriété du casinotier Dominique Desseigne.

Il a été mis à disposition du président élu pour y recevoir ses amis et les principaux donateurs de sa

campagne. Une centaine dřinvités sřy bousculent, les hommes les plus riches de France y côtoient

les patrons de casinos.

Puis le président élu sřoffre quelques jours de repos bien mérités. Conduit en Falcon-900 privé à

Malte, il sřy repose sur le Paloma, le yacht de 65 mètres de son ami Vincent Bolloré, un milliardaire

formé à la Banque Rothschild.

Enfin, Nicolas Sarkozy est investi président de la République française. Le premier décret quřil

signe nřest pas pour proclamer une amnistie, mais pour autoriser les casinos de ses amis Desseigne

et Partouche à multiplier les machines à sous.

Il forme son équipe de travail et son gouvernement. Sans surprise, on y retrouve un bien trouble

propriétaire de casinos (le ministre de la Jeunesse et des Sports) et le lobbyiste des casinos de lřami

Desseigne (qui devient porte-parole du parti « gaulliste »).

Nicolas Sarkozy sřappuie avant tout sur quatre hommes :

Claude Guéant, secrétaire général du palais de lřÉlysée. Cřest lřancien bras droit de Charles

Pasqua.

François Pérol, secrétaire général adjoint de lřÉlysée. Cřest un associé-gérant de la Banque

Rothschild.

Jean-David Lévitte, conseiller diplomatique. Fils de lřancien directeur de lřAgence juive.

Ambassadeur de France à lřONU, il fut relevé de ses fonctions par Chirac qui le jugeait trop

proche de George Bush.

Alain Bauer, lřhomme de lřombre. Son nom nřapparaît pas dans les annuaires. Il est chargé des

services de renseignement. Ancien Grand-Maître du Grand Orient de France (la principale

obédience maçonnique française) et ancien n°2 de la National Security Agency états-unienne en

Europe [9].

Frank Wisner Jr., qui a été nommé entre temps envoyé spécial du président Bush pour

lřindépendance du Kosovo, insiste pour que Bernard Kouchner soit nommé ministre des Affaires

étrangères avec une double mission prioritaire : lřindépendance du Kosovo et la liquidation de la

politique arabe de la France.

Kouchner a débuté sa carrière en participant à la création dřune ONG humanitaire. Grâce aux

financements de la National Endowment for Democracy, il a participé aux opérations de Zbigniew

Brzezinski en Afghanistan, aux côtés dřOussama Ben Laden et des frères Karzaï contre les

Soviétiques. On le retrouve dans les années 90 auprès dřAlija Izetbegoviç en Bosnie-Herzégovine.

79

De 1999 à 2001, il a été Haut représentant de lřONU au Kosovo.

Sous le contrôle de Wali, le frère cadet du président Hamid Karzaï, lřAfghanistan est devenu le

premier producteur mondial de pavot. Le suc est transformé sur place en héroïne et transporté par

lřUS Air Force à Camp Bondsteed (Kosovo). Là, la drogue est prise en charge par les hommes

dřHaçim Thaçi qui lřécoulent principalement en Europe et accessoirement aux États-Unis [10]. Les

bénéfices sont utilisés pour financer les opérations illégales de la CIA.

Karzaï et Thaçi sont des amis personnels de longue date de Bernard Kouchner, qui certainement

ignore leurs activités criminelles malgré les rapports internationaux qui y ont été consacrés.

Pour compléter son gouvernement, Nicolas Sarkozy nomme Christine Lagarde, ministre de

lřÉconomie et des Finances. Elle a fait toute sa carrière aux États-Unis où elle a dirigé le

prestigieux cabinet de juristes Baker & McKenzie. Au sein du Center for International & Strategic

Studies de Dick Cheney, elle a co-présidé avec Zbigniew Brzezinski un groupe de travail qui a

supervisé les privatisations en Pologne. Elle a organisé un intense lobbying pour le compte de

Lockheed Martin contre les lřavionneur français Dassault [11].

Nouvelle escapade durant lřété. Nicolas, Cécilia, leur maîtresse commune et leurs enfants se font

offrir des vacances états-uniennes à Wolfenboroo, non loin de la propriété du président Bush. La

facture, cette fois, est payée par Robert F. Agostinelli, un banquier dřaffaires italo-new-yorkais,

sioniste et néo-conservateur pur sucre qui sřexprime dans Commentary, la revue de lřAmerican

Jewish Committee.

La réussite de Nicolas rejaillit sur son demi-frère Pierre-Olivier. Sous le nom américanisé «

dřOliver », il est nommé par Frank Carlucci (qui fut le n°2 de la CIA après avoir été recruté par

Frank Wisner Sr.) [12] directeur dřun nouveau fonds de placement du Carlyle Group (la société

commune de gestion de portefeuille des Bush et des Ben Laden) [13]. Sans qualité personnelle

particulière, il est devenu le 5e noueur de deals dans le monde et gère les principaux avoirs des

fonds souverains du Koweit et de Singapour.

La cote de popularité du président est en chute libre dans les sondages. Lřun de ses conseillers en

communication, Jacques Séguéla, préconise de détourner lřattention du public avec de nouvelles «

people stories ». Lřannonce du divorce avec Cécilia est publiée par Libération, le journal de son

ami Edouard de Rothschild, pour couvrir les slogans des manifestants un jour de grève générale.

Plus fort encore, le communiquant organise une rencontre avec lřartiste et ex-mannequin, Carla

Bruni. Quelques jours plus tard, sa liaison avec le président est officialisée et le battage médiatique

couvre à nouveau les critiques politiques.

Quelques semaines encore et cřest le troisième mariage de Nicolas. Cette fois, il choisit comme

témoins Mathilde Agostinelli (lřépouse de Robert) et Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet

dřEdouard Balladur devenu associé-gérant chez Rothschild.

Quand les Français auront-ils des yeux pour voir à qui ils ont affaire ?

Thierry Meyssan

Les informations contenues dans cet article ont été présentées par Thierry Meyssan lors de la table

ronde de clôture de lřEurasian Media Forum (Kazakhstan, 25 avril 2008) consacrée à la

peopolisation et au glamour en politique.

Lřintérêt suscité par ces informations a conduit lřauteur à rédiger le présent article qui a été publié

par Profile, le principal news magazine russe actuel (édition du 16 juin 2008), sous le titre «

ОПЕРАЦИЯ САРКОЗИ ».

80

Plusieurs versions et traductions non autorisées de cet article ont été diffusées alors que le site du

Réseau Voltaire était hors service. Nous vous prions de considérer le présent article comme le seul

valable.

NOTES :

[1] « Quand le stay-behind portait De Gaulle au pouvoir », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 27 août 2001

[2] « Quand le stay-behind voulait remplacer De Gaulle », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 10 septembre 2001

[3] LřÉnigme Pasqua, par Thierry Meyssan, Golias ed, 2000.

[4] Les requins. Un réseau au coeur des affaires, par Julien Caumer, Flammarion, 1999.

[5] « Un relais des États-Unis en France : la French American Foundation », par Pierre Hillard, Réseau Voltaire, 19

avril 2007.

[6] « Les New York Intellectuals et lřinvention du néo-conservatisme », par Denis Boneau, Réseau Voltaire, 26

novembre 2004.

[7] Le responsable US du renseignement, Irving Brown en personne, a revendiqué avoir lui-même recruté et formé MM.

Jospin et Cambadélis pour lutter contre les staliniens alors quřils militaient chez les lambertistes pour, cf. Éminences

grises, Roger Faligot et Rémi Kauffer, Fayard, 1992 ; « The Origin of CIA Financing of AFL Programs » in Covert

Action Quaterly, n° 76, 1999. Il importe dřéviter une interprétation anachronique : leur engagement au service des USA

est celui dřatlantistes durant la Guerre froide. Au-delà, il les conduira, par exemple, en 1999, à jouer un rôle central

dans lřengagement de Paris au sein de lřOTAN pour bombarder Belgrade, pourtant allié traditionnel de la France. De

même, il importe dřéviter les fausses équivalences : la collaboration de Nicolas Sarkozy avec les USA ne sřest pas

développée sur une base idéologique, mais relationnelle et carriériste (note modifiée le 27 juillet 2008 en réponse à des

lecteurs).

[8] « Dominique Strauss-Kahn, lřhomme de « Condi » au FMI », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 octobre 2007.

[9] « Alain Bauer, de la SAIC au GOdF », Note dřinformation du Réseau Voltaire, 1er octobre 2000.

[10] « Le gouvernement kosovar et le crime organisé », par Jürgen Roth, Horizons et débats, 8 avril 2008.

[11] « Avec Christine Lagarde, lřindustrie US entre au gouvernement français », Réseau Voltaire, 22 juin 2005.

[12] « Lřhonorable Frank Carlucci », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 11 février 2004.

[13] « Les liens financiers occultes des Bush et des Ben Laden » et « Le Carlyle Group, une affaire dřinitiés », Réseau

Voltaire, 16 octobre 2001 et 9 février 2004.

Thierry Meyssan

Intellectuel français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Il

publie des analyses de politique étrangère dans la presse arabe, latino-américaine et russe. Dernier

ouvrage en français : L‘Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP

Bertrand, 2007).

Une vidéo a été tirée de ce texte http://www.dailymotion.com/video/xeemmv_sarkozy-et-la-cia-1-

2_news