Après avoir retiré ses troupes d’Afghanistan, la France décide de participer à des missions militaires sur le continent qui l’intéresse davantage – l’Afrique. Il y a presque un an, il y a eu l’opération militaire au Mali, et maintenant, Paris se lance dans un nouveau plan militaire en République centrafricaine (RCA). En soutenant la création de « l’OTAN africain », alliance militaire des pays d'Afrique, conçu pour éteindre les conflits armés récurrents sur le continent, la France essaie naturellement de consolider son rôle de « curateur » de cette union dans les pays de l’Afrique française. Car les soldats de la paix africains ne sont pas encore suffisamment préparés, formés et équipés pour combattre sans l’aide de la France.
Malgré une certaine percée cet été suite aux résultats de l’opération militaire au Mali, il s’est avéré vers la fin de l’année que le problème principal n’avait pu être complétement résolu. Lors de l’opération militaire, l’armée française s’efforçait d’éviter les affrontements de l’armée malienne avec les Touaregs. En menant des actions militaires contre les islamistes, les Français affirmaient leur neutralité et leur volonté de négocier avec le nouveau gouvernement. Mais la vieille inimitié a annulé toutes les chances de trouver un compromis.
À la fin novembre, le groupe séparatiste « Mouvement national pour la libération de l'Azawad » (MNLA) a annoncé la résiliation de l'accord de cessez-le feu de cinq mois avec le gouvernement du Mali. Comme l’a souligné le vice-président du MNLA, « là où nous rencontrerons l’armée, nous allons l’attaquer. Cela se fera automatiquement. Les avertissements, c’est fini. »
Les militaires français sont à leur tour prêts à observer l’évolution de la situation. L’approche passive pour la résolution de ce conflit ethnique n’a donné aucun résultat, semblerait-t-il.
« Une chose consiste à chasser les islamistes d’une large partie Nord du Mali à l’aide de l’armée française. Et c’est une toute autre chose de résoudre des problèmes plus larges : la pauvreté extrême, les tensions ethniques, la répressionpolitique, la corruption, la faiblesse des institutions de l'Etat et l'insuffisance des infrastructures », analyse Rob Prince de l'Université de Denver. « Le Mali connaît ces problèmes depuis longtemps. Il s’agit de l’incapacité de résoudre ces problèmes de fond, et de proposer à la place une trêve temporaire jusqu'à ce que la crise sociale fasse à nouveau se dégrader les choses. »
La racine du mal est bien plus profondément que le conflit religieux ou ethnique au Mali. Une situation quasi identique s’est créée en République centrafricaine (RCA). La situation n’est guère meilleure au Tchad, Congo et Soudan, les pays voisins. Difficile de dire si la communauté internationale peut sauver de la catastrophe humanitaire des centaines de milliers de personnes qui vivent dans ces pays. Les fonds recueillis par l'Organisation des Nations Unies pour l'aide humanitaire sont largement insuffisants. Et il est évident que les populations désespérées et en colère puissent aller chercher la raison de leurs malheurs dans les critères religieux et ethniques de leurs voisins.
Pour l’instant la France n’assure que partiellement la sécurité des principales institutions dans ces pays. Au Mali le conflit armé a repris, et en RCA, il ne s’est jamais terminé. Et la France devra accorder des aides risquées pour reconstruire l’économie détruite par la guerre. Mais même en cas de scénario optimiste, les dividendes du « nouveau partage de l’Afrique » ne pourront être obtenus qu’à très long terme. Pour l’instant, Paris devra faire face à des dépenses de guerre colossales et la complexité des problèmes dans ces pays.    N