vendredi 6 décembre 2013

Ukraine

Après le refus du président Ianoukovitch d’aller plus loin dans les tractations commerciales et politiques menées entre l’Ukraine et l’Union européenne, un mouvement particulièrement massif s’est levé pour réclamer la démission du président et la reprise des négociations en vue de faire entrer l’Ukraine dans l’union bruxelloise. C’était déjà contre Viktor Ianoukovitch que s’étaient dressés les partisans de la révolution Orange, qui rejetaient son régime corrompu et les alliances pour le moins étroites qu’il entretenait avec la Russie de Vladimir Poutine.
C’est bien en regard de la relation à ses voisins qu’il faut chercher à comprendre l’Ukraine et les soubresauts politiques et stratégiques qui l’animent actuellement. Depuis le XIVe siècle, cette terre fertile, qui pourrait même être le berceau des civilisations indo-européennes, est tiraillée entre la puissance de ses voisins, la Lituanie, la Pologne, et la Russie. Dans cette région où l’appartenance religieuse embrasse souvent l’adhésion politique, il est intéressant de contempler l’incroyable division religieuse qui règne – cas unique au monde – dans le peuple ukrainien. L’élément le plus connu en est les uniates, des chrétiens de rite byzantin unis à Rome au XVIe siècle sous l’effet de l’influence latine présente lors de la domination polonaise et lituanienne. Par ailleurs, au sein même de l’Orthodoxie, on peut compter pas moins de trois dénominations en conflit, souvent issues de luttes d’influences étrangères, entre appartenance au Patriarcat de Moscou et autocéphalie.
L’Ukraine est, depuis longtemps, un pays profondément divisé, et les troubles actuels ne font que reprendre les raisons profondes de ce qui anime l’histoire de ce pays. On se souvient que les soldats caucasiens, envoyés comme chair à canon par l’URSS dans les premiers mois de l’offensive Barbarossa, avaient reçu de l’aide et des vivres de la part des russophones de l’Est ukrainien, avant de recevoir des balles de la part des habitants de l’Ouest.
Mais alors, quelles issues à ce conflit pluricentenaire ? Sans s’aventurer à faire de la prospective, il semble bien que l’intérêt premier de l’Ukraine sera avant tout de se libérer des influences étrangères pour construire patiemment une unité politique de sa population, afin de mener à bien les projets dont a besoin le pays. Si tel est bien le cas, tout semble annoncer un avenir bien sombre : entre les chantages qu’exerce Moscou et les pressions évidentes de Bruxelles aux ordres d’un Washington resté dans une logique sénile d’endiguement, l’Ukraine reste bel et bien écartelée entre l’Est et l’Ouest.
La détermination des opposants, leur nombre non négligeable, tout en étant bien sûr liés à l’impopularité d’une caste corrompue, ont aussi pour cause le refus de voir la Russie poutinienne, toujours menaçante, garder son emprise et ses agents dans le pays. Que cela plaise ou non aux lecteurs de Boulevard Voltaire qui ont qualifié le dernier article de votre serviteur d’atlantiste, la Russie est perçue comme une brute dangereuse pour l’identité ukrainienne par une grande partie de la population.
Cependant, il n’est pas certain qu’à l’image des journaux, fanatiques sectateurs de la Pax Americana, qui se sont empressés de chanter la louange de ces providentiels manifestants pro-UE, en profiter pour mettre l’Ukraine sous tutelle américaine se révèle très utile au pays. Les promesses d’un avenir chatoyant et démocratique ne cachent rien d’autre que les abandons de souveraineté et les oukases absurdes que nous connaissons déjà en France : à cause de l’égoïsme aveugle de ses voisins, l’Ukraine risque de rester bien longtemps dans l’état alarmant où elle est aujourd’hui.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire