jeudi 6 octobre 2011

Quelle stratégie afghane?

L’assassinat de Rabbani en septembre bouscule les plans de Karzaï, qui a rompu le dialogue avec les talibans. Les États-Unis, quant à eux, maintiennent les échanges avec le mollah Omar.
L’assassinat, le 20 septembre à Kaboul, du président du Haut Conseil pour la paix (HCP), Burhanuddin Rabbani, va-t-il réellement changer la donne en Afghanistan ? Ou l’élimination de celui qui avait été officiellement chargé par le chef de l’État afghan Hamid Karzaï de négocier avec les insurgés talibans n’est-elle qu’une occasion de plus pour brouiller les cartes entre partenaires et rivaux occidentaux et régionaux ?
 «le double jeu du Pakistan»
Les réactions et les agitations de Hamid Karzaï ne vont pas dans le sens de la clarification. Après avoir annoncé que «les efforts pour tenter d’amener les insurgés islamistes à la table des négociations» étaient suspendus et après avoir dénoncé «le double jeu du Pakistan» – l’assassin de Rabbani serait un islamiste pakistanais –, le président afghan n’en prône pas moins une discussion directe avec Islamabad. Estimant que ce pays avait «autorité sur les insurgés». Une telle perspective a priori de nature à remettre en selle le grand voisin du Sud qui de tout temps a considéré l’Afghanistan comme son pré carré et à remodeler les implications régionales n’en est pas moins aléatoire. Une convocation confirmée lundi d’une assemblée traditionnelle, afin de décider d’une nouvelle stratégie, devrait calmer les partisans de l’Alliance du Nord, opposée à de telles négociations et dont Rabbani était issu. «Dans une Loya Jirga (grande assemblée) qui doit se dérouler prochainement, nous interrogerons les représentants de l’Afghanistan et nous nous conformerons à leurs vœux», a déclaré Karzaï dans un discours télévisé à la nation.
 Ancrage indien  plus important
Or l’assassinat de Rabbani a déjà eu pour effet de favoriser le rapprochement entre l’Inde et l’Afghanistan. La visite de deux jours que vient d’effectuer le président afghan à New Delhi, destinée à appuyer une implication plus forte de l’Inde en Afghanistan, le prouve. New Delhi, qui craint un retour du régime des talibans à Kaboul, a versé des milliards de dollars d’aide au pays pour augmenter son influence et contrecarrer celle d’Islamabad. «C’est une visite significative et l’Inde est entièrement engagée à alimenter notre amitié et le partenariat stratégique avec l’Afghanistan», a estimé le ministre indien des Affaires étrangères, S. M. Krishna, à l’issue des discussions. Pourtant, pour certains analystes, les craintes sont grandes de voir que le rôle accru de l’Inde favorise une «guerre de proximité» plus intense et dangereuse avec le Pakistan sur le territoire afghan, avec des conséquences imprévisibles. New Delhi a maintes fois accusé son voisin rival, doté comme lui de la puissance nucléaire, d’avoir des liens avec des groupes tels que le Lashkar-e-Taïba et le réseau Haqqani, qui ont perpétré des attaques en Afghanistan visant des cibles indiennes, dont son ambassade à Kaboul.
Quant à Washington, principal partenaire dans le «grand jeu» afghan, il cultive l’ambiguïté. En juin dernier, le secrétaire à la Défense, Robert Gates, avait confirmé que le département d’État, ainsi que les autorités d’autres pays, conduisaient des discussions avec les insurgés en Afghanistan. Échanges confirmés en août par le chef du mouvement taliban, le mollah Omar, auquel le réseau Haqqani, régulièrement présenté comme le groupe le plus dangereux pour la coalition internationale, a renouvelé son allégeance. Ce sont ces pourparlers qui pourraient prendre le pas sur ceux engagés par Karzaï, éliminé de facto et au pouvoir considérablement diminué. Et ce, avant les conférences d’Istanbul et surtout de Bonn, le 5décembre, où doit être discuté le futur cadre de la présence internationale en Afghanistan. Washington négocie avec Kaboul un «partenariat stratégique à long terme» qui prévoit notamment le maintien d’un contingent américain en Afghanistan après 2014. Leslie Gelb, du Conseil des relations étrangères (CFR), estime que les États-Unis maintiendront 10 000 à 15 000 soldats.
Appel contre les talibans
La prochaine date importante pour l’avenir de l’Afghanistan 
est la conférence de Bonn, qui, comme celle de Londres (janvier2010), doit réunir, le 5 décembre 2011, 
tous les pays impliqués dans la reconstruction du pays. 
De nombreuses composantes de la société afghane 
refusent que les talibans y soient représentés.
L’association Negar – association de soutien aux femmes 
afghanes basée en Afghanistan – annonce la convocation 
d’une conférence à la mi-octobre à Kaboul, qui réunira 
des associations, des médias, des syndicats, tous les représentants(e)s de la société civile hors gouvernement. Député(e)s, sénateur et sénatrices seront présent(e)s, 
ainsi que des femmes venues de différentes régions. Cette conférence adoptera une résolution exprimant le refus des participant(e)s au processus de paix visant à inclure les talibans qui sera portée à l’Assemblée nationale, puis au Sénat afghans.

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